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28.09.11

Charles-Louis Rollin, pédagogue


LA PEDAGOGIE DE CHARLES-LOUIS ROLLIN (1661-1741)

source : institut pédagogique national, février 1962

"Fondés sur les principes du bon sens et de la droite raison, les préceptes ne sont autre chose que des observations judicieuses, faites par d'habiles gens, sur les discours des meilleurs orateurs, qu'on a ensuite rédigées par ordre et réunies sous de certains chefs". Ainsi s'exprimait Charles-Louis Rollin, en 1728, dans un ouvrage en quatre volumes intitulé : De la manière d'étudier les belles lettres par rapport à l'esprit et au cœur. Cet ouvrage — le premier qui codifiât la coutume pédagogique de l'Université, - est plus généralement connu sous le titre de Traité des études.

 

S'appuyant sur le "bon sens" et "la droite raison", Charles Louis Rollin déclare qu'il préfère l'orateur au rhéteur, que celui-ci n'est et ne doit être au bout du compte que le commentateur de celui-là, dont il a pour charge, en tant que maître d'enseignement, de faire connaître, aimer et imiter les œuvres. C'est au tome II du Traité des études que Rollin traite de la rhétorique comme d'un moyen de formation humaine en qui il place de grands espoirs. Des préceptes, dont il est parlé d'abord, à la lecture des auteurs et, pour couronner le tout, à l'imitation, toutes les investigations du vaste domaine de la rhétorique sont accomplies.

 

C'est le retour aux sources : c'est-à-dire aux bons auteurs, aux Anciens dont parlait Erasme et Montaigne, à ceux qui, "après avoir passé pur l'examen rigoureux de tant de siècles et de tant de peuples, ont mérité par un suffrage unanime d'être, pour les âges suivants, les artistes souverains du bon goût et les modèles achevés de ce que la littérature a de plus parfait". Aux meilleurs parmi les élèves sera donné d'égaler peut-être le talent de l'orateur (l'orateur s'entendant ici comme l'homme dont la culture est susceptible d'applications littéraires : par ta parole mais aussi par l'écriture).

 

Mais cette perfection formelle n'est pas exclue des fins ordinaires de l'enseignement des belles-lettres, Rollin songe aux innombrables élèves des collèges qui ne deviendront ni orateurs, ni poètes, ni phi­losophes. A quoi serviront en ce cas les études de rhétorique ? "Quand celles-ci — répond le Traité des études — ne serviraient qu'à acquérir l'habitude du travail, à en adoucir la peine, à arrêter et à fixer la légèreté d'esprit, à vaincre l'aversion pour une vie sédentaire et ap­pliquée et pour tout ce qui assujettit et captive, ce serait déjà un très grand avantage".

 

Autre chose : "L'étude retire de l'oisiveté, du jeu, de la débauche. Elle remplit utilement les vides de la journée qui pèsent si fort à tant de personnes, et rend agréable un loisir qui, sans le secours des belles-lettres, est une espèce de mort et comme le tombeau d'un homme vivant". Sans oublier ses avantages dans la vie de société. Grâce à l'étude des écrivains du passé, ne se trouve-t-on pas en état de juger sainement des ouvrages actuels, de se lier avec des gens d'esprit, d'entrer dans les meilleures compagnies, de prendre part aux entretiens les plus savants, de fournir de son côté à la conversation où sans cela on demeurerait muet, de la rendre plus utile et plus agréa­ble en mêlant les faits aux réflexions ?

 

On pourrait d'un mot résumer le résultat de la formation litté­raire telle que Rollin la conçoit : c'est le goût que l'on forme. Il le dit lui-même en toutes lettres : "Faire renaître dans les hommes d'au­jourd'hui le goût de l'élégance attique et de l'urbanité romaine".

 

C'était le propre de l'enseignement départi dans les collèges du XVIIe siècle que d'inculquer ce goût-là aux jeunes gens. Les Oratiens, les Jésuites y réussirent à merveille. Ce n'était pas pour leurs éta­blissements que Rollin composait son ouvrage, Ancien recteur de l'Université de Paris, il établissait des règles tirées de l'expérience et susceptibles de servir l'Etat dans sa reprise en main de l'Université. Il s'agissait, parallèlement aux collèges des Jésuites et des Oratiens, de donner aux établissements secondaires dont la monarchie avait la charge des conseils de sagesse, de prudence et de zèle.

 

On conçoit que, dans ce cas, le Traité des études apporte peu d'innovations. Il s'inscrit dans le cadre du règlement rédigé en 1600 sur l'ordre du roi de France et de Navarre Henri IV. Selon Pierre Mesnard, les collèges qui relevaient alors de l'Université de Paris étaient en petit nombre : c'étaient les collèges d'Arcourt, du Cardinal-Lemoine, de Plessis-de-Montaigu (Rollin, boursier, y fit ses études), des Grassins et de Beauvais. L'enseignement que l'on y donnait se répartissait de neuf à seize ans, avec deux années de philosophie. Il n'était dispensé qu'en langue latine, celle-ci se trouvant sévèrement protégée par un article du règlement de 1600 : "Dans chaque classe sera établi un surveillant qui présentera au chef du collège une liste des écoliers qui (...) se seront servi de la langue vulgaire...".

 

Si Charles-Louis Rollin s'était contenté de reprendre en les illus­trant les divers points de ce règlement, son oeuvre ne serait déjà pas inutile. Nous verrons qu'il a, ici et là, donné des indications qui, sans être entièrement neuves, ouvraient la porte à quelques adaptations nécessaires, sur le chapitre du latin par exemple. Mais avant, préci­sons qu'en 1719 Louis XV décida de rémunérer les maîtres, jusque-là payés par les élèves. Rollin remercia le roi :"Nous étions affligés d'avoir à exiger de nos disciples une autre récompense que celle de la reconnaissance et du bon cœur pour un travail qui ne doit pas être perdu, mais qu'il ne convient pas de vendre". Grâces soient donc rendues à Louis XV qui délivra les maîtres de cette "servitude également pénible et indécente". Et la meilleure preuve de cette gratitude, ce sera de lui offrir un ouvrage fixant la méthode d'enseignement usitée dans l'Université - c'est-à-dire le Traité des études.

 

Dans un discours préliminaire, Rollin déclare que l'Université, établie par les rois de France pour travailler à l'instruction de la jeunesse, se propose trois objets qui sont : la science, les moeurs, la religion. La religion, l'élève doit en posséder l'essentiel dès avant son entrée au collège où l'on veillera seulement à l'entretenir par des exercices appropriés.

 

La morale pose un autre problème : objet d'enseignement, faut-il en parler comme d'une chose en soi ou la mêler aux matières sco­laires ? Rollin ne croit pas aux bons penchants de la nature humaine; il a, durant ses études, subi l'influence des jansénistes. Pour lui, le coeur est vicieux.

 

Au maître donc d'opposer "à la conception naturelle de l'homme et au torrent des mauvaises coutumes, de bons principes; à l'amour des richesses et des plaisirs, les exemples de l'Antiquité qui y sont contraires, car la connaissance du caractère et des vertus des grands hommes porte à les imiter". Le raisonnement — c'est à noter — est le même qu'il s'agisse de la formation morale ou de la formation lit­téraire. Ceci dit, doit-on moraliser abondamment ? "Je ne crois pas qu'il faille beaucoup insister sur les réflexions de morale. Les préceptes qui regardant les mœurs, pour faire impression, doivent être courts et vifs, et lancés comme un trait".

 

Divisé en huit livres, le Traité des études parle d'abord de l'é­ducation des petits enfants et de l'éducation des filles. On apprendra à lire aux débutants dans des livres en français, du moins pour les écoles de campagne dont Rollin souhaite que les notables des villages en ouvrent pour les plus pauvres. On exercera la mémoire à l'aide d'images et par les fables de La Fontaine. Pour les filles plus parti­culièrement, pas de latin (sauf si elles se destinaient au cloître), de l'orthographe, de la grammaire, un peu de dessin et de danse, des leçons d'Histoire de France, des travaux ménagers, bien sûr. Et tout ce qu'il faut d'arithmétique pour tenir les comptes du ménage (les quatre opérations). Pas de tragédies, pas de comédies : leur lecture ne pourrait qu'enflammer les cœurs et les précipiter plus tard dans des aventures amoureuses.

 

Le deuxième livre traite de l'enseignement des langues. Point capital : cette étude ne sert-elle pas d'introduction à toutes les scien­ces ? Connaître le plus grand nombre possible de langues serait excel­lent. Puisqu'il faut se borner, on en retiendra trois : le latin, le grec et le français. Le latin avant le grec, et le français en dernier lieu. C'est la tradition. Mais les temps changent ; le latin ne se parle plus guère, s'il s'écrit encore. Charles-Louis Rollin écrit pour la première fois en français lorsqu'il rédige le Traité des études. Jusque-là, il s'est exprimé dans la langue de Cicéron. S'il adopte la langue vulgaire, c'est afin d'être lu non seulement des rhéteurs mais aussi par les parents des élèves.

 

Au surplus, s'il admet, s'il loue même la méthode qui consiste à faire s'exprimer en latin, à l'intérieur du collège, les jeunes gens, il regrette que le règlement de 1600 rende cet emploi exclusif, dont le danger alors est de faire parler incorrectement une langue qu'on n'a pas le droit de maltraiter. Et d'ailleurs, est-il souhaitable que les élèves abandonnent complètement leur langue maternelle ? Mieux vaudra donc limiter l'emploi du latin aux classes elles-mêmes, à condition encore que le maître n'hésite pas à mêler la langue française à la langue latine, Car "les leçons ne seraient pas d'une grande utilité pour les jeunes gens si elles se faisaient purement en latin".

 

Dans l'esprit de Rollin, ces restrictions n'ont rien à voir avec la moindre idée d'abandon du latin. Il ne conçoit pas — et là-dessus il pense comme tous les pédagogues de l'époque — un enseignement dont le latin ne serait pas la charpente. C'est assez dire qu'il faut lui consacrer les plus grands soins. On procédera de la façon la plus concrète possible, à partir des auteurs, chez lesquels l'élève appren­dra le vocabulaire et la syntaxe. Les débutants utiliseront des recueils faits de textes adaptés; on pourra ensuite aborder les auteurs les plus difficiles, qu'on s'exercera en outre à imiter..

Pour ce qui est du grec, Rollin a moins d'enthousiasme. La langue grecque est une langue morte (il n'en dit pas autant du latin), à laquelle on consacrera assez de temps pour ne pas y être étranger. Etonnante modestie ce qui n'ôte rien aux prérogatives de la culture hellénique. "La Grèce a toujours été et sera toujours la source du bon goût". On revient de la sorte au goût, souci primordial du Traité des études.

 

Quant à l'enseignement du français, il se fera par principes. Une partie de la classe sera consacrée aux lectures dirigées. Les auteurs proposés sont : Racine — pour Athalie et Esther, du moins — Fléchier, Bossuet, Pascal (valable aussi, évidemment, pour la classe de philo­sophie). Au fond, la méthode est à peu près la même que pour l'étude du latin. De la lecture, on passera à l'imitation (sous la forme de brèves fables, de dissertations, de discours ou de harangues).

 

La poésie et la rhétorique - objet des livres III et IV - sont un prolongement de ce qui a été dit pour les langues. Il en est de même pour le livre V, qui traite sans originalité des divers genres d'éloquence.

 

Avec le sixième, on aborde l'Histoire. Auteur d'une Histoire ancienne (en quinze volumes) et d'une Histoire romaine (en cinq volumes), Rollin n'innove point en la matière, Il ne cherche pas, il ne demande pas qu'on cherche à étayer la critique des sources ou à découvrir de nouveaux documents dans un domaine où il est persuadé que tout est connu de ce qui peut l'être. Voltaire s'est moqué de cette attitude et a dit du mal de ses ouvrages historiques. Mais Rollin ne voyait pas plus loin que la fin qu'il se proposait en les écrivant, la même qu'il propose aux martres qui enseignent l'Histoire, c'est-à-dire une fin essentiellement morale. La leçon d'Histoire doit être un prolongement de la leçon de morale.

 

Par elle seront offerts aux élèves les exemples des grands hom­mes politiques, des grands peuples, des grandes actions militaires. Ne verra-t-on pas ainsi que le peuple romain, par exemple, souhaitait acquérir beaucoup de gloire et peu de bien ? "Chacun cherchait non à s'enrichir, mais à enrichir la patrie et ils aimaient mieux être pau­vres dans une république riche que riches dans une république pauvre".

 

La peinture du passé doit essentiellement servir au présent. La règle d'or est donc aux yeux de Charles-Louis Rollin : "S'appliquer à découvrir les causes des événements, étudier le caractère des peuples et des grands hommes, observer ce qui regarde les mœurs et la conduite de la vie".


C'est aussi l'objet d'une partie de la philosophie, dont l'étude, selon le règlement de 1600, s'étendait sur deux années. Le traditiona­lisme de Rollin lui fait voir dans la religion le fondement de la philo­sophie et dans les principes des limites à ne jamais franchir, Il admet cependant une petite ouverture sur les ouvrages des philosophes con­temporains. Au total, la philosophie est appelée à fournir, à un esprit mûri par l'étude des langues, des belles-lettres et de l'Histoire, ce goût du vrai et du juste qui s'ajoute à celui du beau.

 

Huitième et dernier livre : le gouvernement intérieur des classes et des collèges, Au préceptorat, on préférera l'éducation communautaire des collèges. Mais des liens devront être tissés entre élèves et maî­tres d' une part, entre martres et parents d'autre part. Pas de violence - plutôt que la répression, la persuasion. Piquer d'honneur les enfants. Mêler détentes et travaux. Rollin insiste là-dessus. Dans son esprit cela aussi fait partie de l'équilibre qui mène à la justesse du goût, Dans une lettre à J.-J. Rousseau sur les études du fils du duc d'Aremberg : "S'il arrivait au jeune prince - écrit-il - de vouloir trop s'appliquer à l'étude et ne pas jouer assez, c'est pour lors que je ferais usage de mon autorité".

 

Un parfait équilibre en tout, n'est-ce pas la sagesse ? Le Traité des études s'est édifié autour d'un tel équilibre, qu'il n'a pas eu à créer, puisqu'il existait déjà, qu'il illustre seulement, et fortifie, en l'adap­tant parfois. C'est le premier livre de pédagogie rédigé en français et aussi complet sur la question, également importante pour l'époque et pour l'histoire de l éducation, des études dans les collèges secondaires.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

OEUVRES DE CHARLES-LOUIS ROLLIN

 

Traité des études, ou de la manière d'enseigner et d'étudier les belles lettres par rapport à l'esprit et au coeur. Paris, chez J.Estienne, 1736-1728.

Mandata rectori s (recommandations du recteur de l'Université de Paris). Publié sans lieu ni date indiqués, en 1695.

 

Ouvrages publiés après la mort de Rollin :

 

- Praeceptiones rhetoricae ex Aristotele, Cicerone et Quintiliano depromptae (Principes de rhétorique pris dans Aristote„ Cicéron et. Quintilien). Paris, chez Sail­lant et Nyon, 1774

- Maximes tirées de l'Ecriture Sainte (en latin et en français), Autun, chez F. Dejussieu, 1811.

 

OUVRAGES ET ETUDES sur Charles-Louis Rollin

 

Eloge de Rollin, par de Boze, chez les frères Estienne, Paris, 1741

Observations adressées à M. Rollin, ancien recteur, sur son traité de la manière d'enseigner et d'étudier les belles-lettres, par Gibert, chez F.-G. L'Hermitte, Paris, 1727.

Dictionnaire de Pédagogie, de Fernand Buisson. Voir article sur Rollin, par F. Cadet. Paris, Hachette, 1911.

Les grands pédagogues, par Jean Chateau. Voir étude sur Rollin et l'esprit de l'enseignement secondaire, par Pierre Mesnard. Paris, Presses Universitaires de France, 1956.

 

Voir aussi :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Rollin

 

 




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