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13.06.13

Solidarité avec Amina

Solidarité avec Amina (extraits)
LE MONDE | 11.06.2013• Mis à jour le 13.06.2013
Par Abdelwahab Meddeb (Ecrivain et universitaire)

 […] Amina se sépare du groupe en niant l'implication de l'honneur de qui que ce soit lorsqu'elle décide de faire de ses seins une arme de combat. Ainsi abolit-elle le crime d'honneur dont se croient investis les mâles qui ont un lien de sang avec le sujet féminin. […]

Une telle interprétation (dont se réclame Amina) arrache l'islam du sol patriarcal où les femmes sont opprimées et qu'Amina dénonce à travers son refus de céder son corps à l'honneur dont sont gardiens les mâles liés au nom par le sang. […]

Lire l'intégralité du texte sur le site du journal Le Monde

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12.05.13

Napoléon et l'Europe (expo)

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09.05.13

P. Tévanian La haine de la religion

Pierre Tévanian
La haine de la religion. Comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche

La Découverte

Un livre salutaire contre l’hystérie laïcarde qui envahit la gauche et la gauche de la gauche. Cette curieuse nostalgie de la IIIe République, cette machine à remonter le temps, discrimine, met à l’écart une partie importante des milieux défavorisés, alors qu’il faudrait unir ceux qui luttent contre les méfaits du capitalisme. On assiste à une résurrection du parti radical-socialiste. Quel progrès…
La France de 2013 souffre d’un excès de laïcité. Il faut reculer, revenir en arrière, pratiquer un compromis, sans pour autant abolir à 100 % l’idéal laïc. De plus,cette passion folle et régressive ne règle aucun des vrais problèmes, les problèmes économiques et sociaux, l’absence de croissance économique, le chômage, la précarité, les bas salaires.

 Citations :


Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Louis Aragon
La rose et le réséda

Il est plus important de s’unir pour une vraie gauche
Ilham Moussaïd février 2000

On peut reprocher aux antireligieux d’accorder à leur ennemi un pouvoir – fût-il de nuisance – qu’il n’a pas, en tous cas pas en lui-même, en dehors de son inscription dans le monde social.

Les déterminants se trouvent en dehors d’elle [la religion].

Nous devons non seulement admettre au parti, mais attirer spécialement  les ouvriers gardant leur foi en Dieu.
Lénine 1909

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06.05.13

Conseils d'un inspecteur 1908

L'ÉCOLE NOUVELLE     
Revue hebdomadaire de l’Enseignement primaire
1er février 1908
Page 243

Réflexions et conseils d’un membre de la commission de classement des directeurs parisiens

[…]

Toutes les leçons que nous avons entendues avaient été préparées ; les candidats avaient conscience d'avoir apporté à ce travail le meilleur d'eux-mêmes. Quelques-uns, pourtant, ont été un peu surpris lorsque je leur ai fait observer qu'il y manquait une chose essentielle, leur critique personnelle, quotidienne, sincère et sévère. L'un d'eux objecta que dans la préparation de sa classe il s'inspirait de la critique de son inspecteur. C'est bien. Ceux qui n'ont point Ia pensée superbe, ceux qui sont restés doux et humbles de coeur peuvent, en effet, tirer parti de la critique de leur chef ; mais cette critique se produit une fois par an, dans les bonnes années ; ce n'est pas assez. Il faut, pour grandir en sagesse, pour acquérir l'expérience, pour se perfectionner dans son art, se recueillir après le travail de la journée, examiner ce travail, au fond et dans la forme, et en fixer la critique.

N’arrive-t-il pas que tel instituteur de quarante ans fasse aujourd'hui telle leçon comme il la faisait à ses débuts dans la carrière ? A quoi lui a-t-il servi de vieillir ?

II me serait impossible d'indiquer dans le détail, les exercices auxquels nous avons assisté. Je voudrais, cependant, prévenir les maîtres contre certaines fautes dans lesquelles ils tombent assez souvent. Ils ne savent pas toujours conserver à une leçon son caractère : elle devient, sans qu'ils y prennent garde, l'occasion d'une leçon à côté. Ils ne redoutent pas assez l'abstrait et se laissent facilement aller à la digression. Puis, dans l'ardeur de leur zèle, ils exigent des enfants une allure trop précipitée. Le programme les pousse, disent-ils. Non, aller lentement, veiller à ce que l'esprit de l'enfant passe par toute la série des déductions, c'est gagner du temps, c'est construire avec solidité. Et, par conséquent, dominer le programme. J'ajouterai encore que si, en général, les leçons sont bien faites, le résultat n'en est pas très rigoureusement contrôlé. La conséquence de cette négligence est que l'enfant ne prend pas l'habitude de l'effort, et que la parole du maître ne le pénètre pas.

Je ne veux pas insister davantage, mais, au risque de paraître un peu pédant, je me permettrai de donner aux futurs candidats quelques conseils rapides :

Ne vous croyez jamais quittes envers vous et vos élèves ; travaillez sans cesse, pour vous et pour eux : on doit toujours apprendre : lisez, prenez des notes, vérifiez-les ; réfléchissez aux difficultés de l'école, et connaissez les enfants. L'un de vous, directeur en herbe, étudie sa classe avec tant de complaisance et de perspicacité qu'il a su définir la nature intellectuelle et morale de tous ses élèves, ainsi que leur constitution physique. Il recueille ses observations sur un petit carnet que je n'ai pu parcourir sans émotion. Apercevez-vous avec quelle sûreté il peut doser son action éducative ? Cependant, ne vous confinez pas trop dans le cadre de la pédagogie ; étendez avec sagesse le cercle de vos lectures ; vivez un peu dans le commerce des grands écrivains qui sont l'honneur des lettres françaises ; suivez le mouvement littéraire et artistique qui traduit l'évolution de la pensée humaine: élevez toujours votre esprit et votre goût. Ce sera profit pour vous et vos enfants. Et soyez sûrs que cela paraîtra le jour où vous serez appelés à causer devant la Commission de classement. Enfin, ne vous découragez jamais : un échec n'est pas un coup d'épée ; au contraire, il trempe la volonté et contribue puissamment à former l'homme. […]

E. Hamon
Inspecteur primaire à Paris.

 

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03.05.13

Le dernier des juges

Roberto Scarpinato
Le dernier des juges

Entretien avec Anna Rizello
Editions la Contre Allée 2011
Collection Un singulier pluriel

Roberto Scarpinato est le dernier survivant des juges Falcone et Borsellino, assassinés par la mafia en 2012. Il a travaillé dans le pool antimafia de Palerme. Il est l’un des procureurs du procès Andreotti et a instruit beaucoup de procès contre la mafia et ses liens.

Citations

Si on considère un peu l’histoire de l’Homme, on constate que sa fragilité renferme une précieuse réserve d’humanité, qu’il est nécessaire de sauvegarder. C’est en laissant s’exprimer cette fragilité qu’on peut offrir au monde ce qu’il y a de plus beau et de meilleur.

Moi j’ai grandi dans un contexte où il fallait avoir honte de sa propre fragilité, où les gens étaient contraints de s’endurcir pour se défendre contre la violence qu’ils subissaient. Cette question touche aussi la jeunesse.

Depuis le XVIe siècle l’histoire italienne est marquée par la criminalité du pouvoir.

La Sicile est une métaphore […] du monde entier.  Elle constitue également une façon ancienne d’exercer le pouvoir, usant d’un cocktail mortel de pouvoir légal et illégal.

La démocratie se fonde sur la liberté de conscience de tous les citoyens, qui induit un pluralisme des cultures et des valeurs ;

La France possède une tradition ancienne du crime organisé qui remonte à l’après-guerre.

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01.05.13

Bourguiba et les femmes

L’idée libre, revue de la Libre-Pensée n°300, mars 2013

Les deux discours de Bourguiba d’août 1956
Jean-Marc Schiappa

Habib Bourguiba (1903-2000), président de la République tunisienne de 1956 à 1987

Discours du 3 août 1956

Nous avons tenu à assurer à la nation une bonne justice, à rapprocher le juge du justiciable, à faciliter aux citoyens la défense de leurs droits et à ne négliger aucun aspect de leurs rapports sociaux. Le statut personnel à cet égard ne saurait en aucune façon être dissocié du complexe d’évolution d’un peuple qu’anime la volonté d’accéder au concert des nations civilisées. Il ne cède en rien en importance en matière civile, commerciale et pénale, et doit s’harmoniser avec le style de vie nouveau.

Discours du 10 août 1956

« Désormais, il devient illicite d’avoir plusieurs épouses en même temps. Cette décision capitale répond au vœu des grands réformateurs musulmans et consacre une pratique courante dans les pays non-musulmans. […] La polygamie en effet n’est plus admissible au XXe siècle et constitue un affront à l’esprit de justice. Je ne vous cacherai pas que nous nous sommes heurtés à des oppositions qui se référaient à certains versets coraniques justifiant la polygamie. Mais on a feint d’oublier que d’autres versets du livre saint font de la polygamie une pratique peu recommandable. Bien mieux, l'esprit général du Coran s'oriente manifestement vers la monogamie.  Ai de cette opinion, je vous avais cité dans mon discours de la semaine dernière, le verset qui dit : « dans le cas où vous craignez d’être injuste, vous ne devez épouser qu’une seule femme. » Il y est affirmé également : « Mais quoi que vous fassiez, vous ne sauriez qu’être injuste ».

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30.04.13

A la mémoire de Brahim Bouarram

Appel pour un 1er mai de refus du racisme et de la xénophobie
le 29 avril 2013

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, 29 ans, profitait d’une journée ensoleillée. Il ne savait pas que des mains criminelles allaient le précipiter dans la Seine et mettre fin à ses jours. Les auteurs venaient de quitter le défilé du Front national.

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Appel pour un 1er mai de refus du racisme et de la xénophobie - Mercredi 1er mai 2013 11:00-12:00 - Pont du Caroussel. Paris 75001 M° Rue du Bac ou Palais Royal

  • Pour rendre hommage à la mémoire de Brahim Bouarram et à toutes les victimes des crimes racistes.
  • Pour dénoncer les discours xénophobes qui mettent en danger les étrangers et discriminent les citoyens selon leurs origines ou leurs croyances.
  • Pour appeler à en finir avec tout ce qui, depuis des années, défigure la République.

Dix huit ans plus tard, les discours de stigmatisation, de discrimination et de rejet de l’autre ont fait tache d’huile. L’année dernière, ici même, nous avons été nombreux à exprimer notre espoir d’un changement de politique favorable aux immigré-e-s et leurs familles. Nous espérions une lutte plus affirmée contre les discriminations, et pour une citoyenneté à part entière. La promesse d’octroyer le droit de vote pour les étrangers, est aujourd’hui une promesse abandonnée, et la traque des sans papiers continue avec toutes ses conséquences sur des femmes et des hommes de plus en plus fragilisé-e-s et abandonné-e-s.

L’instrumentalisation des débats sur l’Islam et la laïcité, conduisent à encourager la montée de l’intolérance et de la haine, alors que doit être encouragé le vivre ensemble démocratique.

Nous, citoyens et organisations fidèles aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens.

Il est temps de dire notre refus de cette dérive dangereuse, de faire barrage à la lepénisation des esprits et des politiques. Oui, il faut barrer la route à l’extrême droite et aux populistes de droite, barrer la route aux idées de haine qui ont tué Brahim Bouarram.

Rassemblement le 1er mai 2013, à Paris à 11 h au Pont du Carrousel.

 

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25.04.13

Pierre Bourdieu, Esprits d'Etat

Pierre Bourdieu, Esprits d'Etat, dans : Actes de la recherche en sciences sociales, 1993.

Extraits

- L’un des pouvoirs majeurs de l’Etat, celui de produire et d’imposer (notamment par l’école) les catégories de pensée.

- Thomas Bernhard, Maîtres Anciens, « L’école est l’école de l’Etat, où l’on fait des jeunes gens les créatures de l’Etat, c’est-à-dire rien d’autre que des suppôts de l’Etat. Quand j’entais dans l’école, j’entrais dans l’Etat, et comme l’Etat détruit les êtres, j’entrais dans l’établissement de destruction des êtres. […] L’Etat a fait de moi un homme étatisé, un homme réglementé et enregistré et dressé et diplômé, et perverti et déprimé, comme tous les autres. Quand nous voyons des hommes, nous ne voyons que des hommes étatisés, des serviteurs de l’Etat ».

- Pour montrer à quel point est nécessaire et difficile la rupture avec la pensée d’Etat.

- La séduction qu’exercent les représentations de l’Etat.

- Si l’Etat est en mesure d’exercer une violence symbolique, c’est qu’il s’incarne à la fois dans l’objectivité sous formes de structures et de mécanismes spécifiques et aussi dans la « subjectivité ».

- L’Etat façonne les structures mentales

- La dimension nationaliste de la culture, se masque, dans le cas de la France, sous des dehors universalistes : la propension à concevoir l’annexion à la culture nationale comme promotion à l’universel fonde aussi bien la vision brutalement intégratrice de la tradition républicaine (nourris notamment du mythe fondateur de la révolution universelle) que des formes très perverses d’impérialisme universaliste et de nationalisme internationaliste.

- Les rapports de force les plus brutaux sont en même temps des rapports symboliques.

- Le fonctionnement du système scolaire, lieu de consécration où s’instituent, entre les élus et les éliminés, des différences durables, souvent définitives, à la façon de celles qu’instituait le rituel d’adoubement de la noblesse.

-  La facilité, en définitive très étonnante, avec laquelle les dominants imposent leur domination

Bourdieu Pierre. Esprits d'Etat . In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 96-97, mars 1993. Esprits d'État. pp. 49-62.
doi : 10.3406/arss.1993.3040
url :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1993_num_96_1_3040
Consulté le 02 octobre 2011

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21.04.13

Los Angeles

Los Angeles

 Plan de cours (chapitre sur les villes)

1)     Ville champignon tournée vers le tertiaire

Développement économique

A longtemps été espagnole puis mexicaine. Devient états-unienne en 1848

Longtemps la région reste agricole et ne se développe pas
1913 développement de tournages cinématographiques. Les riches s’installent. Les 1ers J O
1950 installation d’industries. Disneyland
immigration mexicaine
Actuellement : le tertiaire. Les principales activités sont le cinéma, la télévision, l'aérospatial, la musique = le divertissement, le spectacle. L'aéronautique et le pétrole aussi.
La Californie est aussi le premier Etat agricole américain.

Une ville très peuplée

Le style de vie angélinais
Il y a un contraste frappant avec Chicago. On y trouve un racisme exacerbé, des croyances extrêmes (l'Église de Scientologie).

A L A il y a quatre endroits de base :
- les zones du surf (les villes de plage);
- les collines (les enclaves privilégiées de Beverly Hills, Bel Air, etc.);
- les plaines centrales infinies ;
- les autoroutes. Les boulevards de Los Angeles déterminent la structure de la ville.

2) Le repli sur soi
Un fort étalement
dans l'espace.

Le refus d'avoir un centre-ville s'explique par l'attitude des nouveaux citadins WASP, qui cherchent à affirmer leur hégémonie dans une ville au passé hispanique.
Los Angeles est une addition de localisations. Noyaux de population multicentrés et dispersés. En fait, le centre ville de Los Angeles n'est pas le centre ville pour la vaste majorité de la population régionale.

Risque de replis communautaires et de conflits entre les groupes.
Quartiers riches
Les Blancs quittent Los Angeles et vont sur les collines aux alentours.

La région est divisée en plusieurs fiefs, dont les chefs sont en conflit les uns avec les autres.
Les hispaniques l'emportent dans la ville elle-même

Il y a de la pauvreté à L A
Los Angeles est une "ville informelle" avec de bas salaires, de petits boulots à temps partiel (tels que fast-food) et des secteurs non définis (vendeurs de rue sur les aires d'autoroutes etc.).

Aversion du gouvernement à s'accommoder des problèmes sociaux, économiques et politiques
1965, 1965 émeutes de Watts
1992 émeutes de South Central

Le communautarisme des riches
Le nimby = Not In My Back Yards, en substance : «pas chez moi». C'est la volonté de ne pas voir son cadre de vie troublé par certains groupes ethniques, ou par des aménagements qui le dérangent. L'espace public devient un espace privé, sous la gestion d'associations de propriétaires, selon une logique communautaire.

De ces revendications localistes, est né le "mouvement pour une croissance lente", engendrant ségrégations. Préoccupations environnementalistes, dans une ville marquée par une pollution et une congestion urbaine chroniques, chez des résidants qui veulent préserver les faibles densités et les espaces verts.

Idéologie sécuritaire
Quartiers devenus de véritables forteresses surprotégées et enfermées dans des grillages avec gardiennage. Paranoïa et de la ségrégation résidentielle. Ultrasécuritarisme.

Evolution
Toutefois, les politiques urbaines contemporaines tentent de dépasser ses contradictions.

● Tentatives de régulation des transports, favorisant le covoiturage et le développement des transports en commun.
● La municipalité dvppe le CBD. Nouveaux immeubles.

3) Problèmes d’environnement

le smog. Nuage de pollution. Augmentation croissante des embouteillages

● tremblements de terre, raz de marée, glissements de terrain, incendies. 1994 séïsme

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06.02.13

le troisième jour du communisme

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04.02.13

Education civique et bourrage de crâne

L’éducation civique au collège, ça sert aussi à faire la guerre

En affirmant qu’ « au collège et au lycée, l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation à la défense », la circulaire du 13 septembre 2007 va très loin dans la manipulation des consciences.

Journal d’un prof d’histoire
Bernard Girard
Enseignant en collège

http://blogs.rue89.com/journal.histoire/2013/01/13/leducation-civique-au-college-ca-sert-aussi-faire-la-guerre-229389

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29.01.13

Lénine contre Staline

LE « TESTAMENT » DE LÉNINE

Alors que la maladie le condamnait à l'immobilité, Lénine, inquiet des difficultés graves derrière lesquelles il voyait se dessiner l'ombre de Staline, prépare ses recommandations au prochain congrès.
Le 4 janvier 1923 il ajoute à celles qui sont reproduites ci-dessous le conseil d'écarter Staline du poste de secrétaire général.

J'estime que le point essentiel dans le problème de la cohésion, c'est l'existence de membres du Comité central tels que Staline et Trotsky. Les rapports entre eux constituent à mon sens le principal du danger de cette scission qui pourrait être évitée...

... Le camarade Staline, devenu secrétaire général, a concentré entre ses mains un pouvoir illimité immense, et je ne suis pas sûr qu'il puisse toujours s'en servir avec assez de circonspection [ou prudence]. D'autre part, le camarade Trotsky comme l'a déjà montré sa lutte contre le Comité central dans la question du Commissariat du peuple des voies de communication ne se fait remarquer seulement par des qualités éminentes. Il est peut-être l'homme le plus capable de l'actuel Comité central, mais il pèche par excès d'assurance et par un engouement exagéré pour le côté purement administratif des choses.

Ces deux qualités des deux chefs éminents du Comité central actuel seraient capables d'amener incidemment la division et, si notre parti ne prend pas les mesures nécessaires pour s'y opposer, la scission peut se faire sans qu'on s'y attende...

En ce qui concerne les jeunes membres du Comité Central, je tiens à dire quelques mots sur Boukharine et Piatakov. Ce sont, à mon avis, les compétences les plus marquantes (parmi les plus jeunes) et, à leur propos, il faudrait ne pas perdre de vue ceci : Boukharine n'est pas seulement dans le parti un théoricien des plus marquants et de très haute valeur; il jouit à bon droit de l'affection du parti tout entier. Cependant, ses vues théoriques ne peuvent qu'avec la plus grande réserve être tenues pour parfaitement marxistes, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n'a jamais étudié et, je le présume, n'a jamais compris entièrement la dialectique)... Piatakov, doué sans aucun doute d'une grande volonté et de capacités éminentes, se laisse cependant trop entraîner par les pratiques d'administration et le côté administratif des choses pour qu'on puisse s'en remettre à lui quand il s'agit d'une question politique sérieuse. Il va de soi que ces deux remarques ne sont faites par moi qu’en considération du moment présent et en supposant que ces travailleurs capables et loyaux ne puissent par la suite compléter leurs connaissances et corriger leur étroitesse.

V. I. Lénine (décembre 1922), Oeuvres  complètes, 4e édition (Éditions de Moscou. pp.606-607).

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26.01.13

Jean Luc Godard, interview

 

http://www.tdg.ch/economie/JeanLuc-Godard

Interview vidéo
Jean-Luc Godard: «Les économistes? Il faut les fusiller»
Par Julien de Weck.

Le cinéaste pose son regard sur le capital et le monde de l'argent dans un entretien fleuve accordé à l'hebdomadaire économique Bilan.

 

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24.01.13

Machiavel, Pic de la Mirandole

Texte 1

 "Le soir tombe, je retourne au logis. Je pénètre dans ma bibliothèque et dès le seuil, (...) j'entre dans la cour antique des Anciens : là ils m'accueillent avec affabilité et je me repais de l'aliment qui par excellence est le mien et pour lequel je suis né ; là nulle honte à parier avec eux, à les interroger sur les mobiles de leurs actions. En eux, en vertu de leur humanité, ils me répondent."

Nicolas MACHIAVEL, Discours sur la Première Décade de Tite-Live, 1513.

 Texte 2

 "Dépendre de sa propre conscience plutôt que de jugements extérieurs (...) Je ne t'ai donné ni lieu, ni délimitation, ni tâches fixes, afin que tu puisses assumer n'importe quelle oeuvre et occuper la place que tu désires (...) Quel grand bonheur pour l'homme ! Qui n'admirerait ce caméléon que nous sommes ! (...) Cette liberté de l'homme, expression de sa grandeur comme du risque mortel qu'elle lui fait courir, peut s'entendre aussi bien dans l'enseignement du Christ que dans celui de Platon, comme dans celui de tous ces intercesseurs qui jalonnent cette chaîne ininterrompue de créatures humaines faites à l'image de Dieu."

Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité de l'homme

Question 1.
Dans ces deux textes quelles sont les allusions à l’antiquité ?

 Question 2
Quel rapport Machiavel entretient-il avec les livres ? Montrez comment l’Humanisme développe l’usage du livre.

 Question 3
Dans le texte 2 qui dit « je » ?

Question 4
Montrez comment ces deux auteurs veulent développer la liberté de l’homme.

Question 5
Comment Pic de la Mirandole décrit-il les rapports entre la Divinité et l’Etre humain ? En quoi doivent consister ces rapports ?

 

23.01.13

Du paysage classique à Millet

Le Havre, Musée d'art moderne André Malraux (Mu-Ma)
Visite du 2 janvier  2013.
Exposition « Du paysage classique à Millet »
du 15 septembre 2012 au 28 janvier 2013

Ce musée du Havre est une merveille d’architecture moderne. Un bâtiment agréable à contempler.

La plupart des tableaux de cette exposition viennent du musée de Cherbourg. On y voit des œuvres de Millet, F. Ravier, Eugène Boudin, Pierre Jacques Volaire, Hubert Robert…

Arrêtons-nous ici sur les œuvres de Millet qui occupent une salle entière : eaux-fortes, estampes…

1855 un paysan rentre du fumier avec sa brouette, 1855 des bêcheurs, 1855 la couseuse.
1858-1859. Un tableau style Rembrandt donc assez obscur représente la Charité. Une femme confie un morceau de pain à sa fille pour qu’elle le donne au mendiant qui attend à la porte. Les habits portés sont rouges et bleu.
En 1861 dans La bouillie une femme refroidit une cuiller de bouillie en soufflant dessus.
1862, dans La précaution maternelle, une femme fait pisser son jeune enfant.
1862 La baratteuse.
1862 Le semeur, 1862 La grande bergère, une femme vidant son seau…
1868 la fileuse auvergnate.

 L’artiste nous dépeint un monde paysan idéalisé. Les femmes incarnent la tradition : les travaux ménagers, l’éducation des enfants. Dans les œuvres choisies ici, les hommes au travail sont rares.
Millet n’a pas toujours été ce peintre ruraliste. Dans sa jeunesse il fut audacieux. Mais après les deux révolutions de 1848, il quitte Paris. Désargenté, il cherche des thèmes qui puissent rassurer et attirer la clientèle bourgeoise. Face à l’agitation ouvrière, heureusement que l’on peut compter sur « la sagesse éternelle des campagnes »... D’ailleurs, en décembre 1851, les paysans n’apportent-ils pas leurs suffrages à un obscur neveu du grand empereur…
Millet a trouvé là un filon qu’il exploitera pendant plusieurs années.
Après 1870, la IIIe République, pro paysanne et anti ouvrière, en fera presque son peintre officiel.
Face aux Babylones urbaines dépravées et contestatrices, célébrons le calme rassurant des campagnes.
Pendant que l’Angleterre et l’Allemagne se lançaient hardiment dans l’aventure industrielle, la France cultivait ses racines.

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22.01.13

Sur le Mali

Janvier 2013.

Sur l'intervention militaire au Mali.
Elle était nécessaire. On ne pouvait laisser les fanatiques religieux prendre la moitié sud du Mali avec la capitale. Il y aurait eu des massacres, des tortures et toutes d'atteintes graves aux droits de l'homme. Une nouvelle dictature. Le Mali serait devenu une base arrière pour mener des attentats terrorristes dans les autres pays d'Afrique de l'Ouest : Niger, Sénégal, Burkina etc.
Pour autant, l'avenir de cette guerre pose prblème. On ne réglera pas les difficultés du Nord-Mali à coups de bombes et de rafales de mitrailleuses. Il y a à cette crise des causes écologiques, économiques et sociales qui doivent être prises en compte.
Comment stopper l'avance du désert vers le sud ? Faut-il construire des barrages verts (des bandes d'arbres) ? est-ce efficace ? Comment fournir aux populations des combustibles pour éviter qu'ils ne coupent les derniers arbres encore debouts dont les racines maintiennent un peu d'humidité dans le sous-sol. 
Creuser des puits, installer des canaux d'irrigation, cultiver des plantes adaptées à la sécheresse est une nécessité.
Mais aider le Mali, c'est aussi et surtout ouvrir toutes grandes les frontières de l'U.E. aux produits africains qui doivent entrer librement sans taxes ni contingentement, ni barrières techniques d'aucune sorte.
Il faut aussi prendre en compte les droits des Touaregs, renforcer l'autonomie de la région nord, faire du Mali un Etat fédéral.
Il aurait été souhaitable de lutter contre la corruption.
Or on peut être certain que les gouvernements français (quels qu'ils soient) n'ont pas de vision à long terme et n'auront pas le courage de prendre en compte l'aspect non militaire de l'affaire. C'est pourquoi l'enlisement est prévisible.
Sans compter les inévitables bavures militaires (bombardement d'un camion de civils innocents par exemple) qui dresseront la population contre le colonisateur historique.

Voici également un texte qui correspond à peu prés à mon point de vue.

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21.01.13

Sur une stratégie de l'émancipation, Terray

Sur une stratégie de l'émancipation,

Eléments de réflexion sur une stratégie de l'émancipation

par Emmanuel Terray

27/04/2009
par Emmanuel Terray sur http://www.france.attac.org/

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2009/04/28/13549447.html


 

  Je voudrais prendre pour point de départ de mon exposé le texte publié en janvier 2009 par Gustave Massiah sous le titre : « les dangers et les opportunités de la crise globale ». En effet, j’accepte la plus part des propositions qui s’y trouvent énoncées : l’analyse de la crise et de ses trois composantes, crise économique, crise écologique et crise géopolitique ; l’inventaire des dangers engendrés par la crise, et celui des occasions qu’elle fait apparaître ; la description du mouvement altermondialiste et des quatre axes selon lesquels il se déploie : décolonisation, écologie, luttes sociales, combat pour les libertés. Sur ces bases je souhaiterais prolonger la réflexion dans deux directions. D’une part, il me semble nécessaire d’être un peu plus précis dans la définition de nos objectifs ; par ailleurs et surtout, j’aimerai poser la question des alliances, largement laissée de côté par Gustave Massiah.

Un dépassement du capitalisme

A deux reprises dans son texte (pages 6 et 12), Gustave Massiah évoque la perspective d’un dépassement du capitalisme. Mais il reste très discret sur les formes et les contenus de ce dépassement, et en un sens, on ne peut qu’approuver cette discrétion : l’expérience passée du mouvement ouvrier nous a appris à quel point étaient inutiles et nocifs ces programmes détaillés, dont la réalisation est renvoyée à un avenir sur lequel nous avons aucune prise, et qui, en attendant, barrent l’horizon, enchaînent l’imagination et nous rendent insensibles aux imprévus et aux occasions neuves apportés par le cours du temps. Laissons à ceux qui bâtiront la nouvelle cité le soin de la concevoir et de la dessiner ; notre tâche à nous est de lui faire place nette.

Cependant, pour prévenir les confusions, il peut être utile de préciser la frontière qui sépare le dépassement du capitalisme de sa simple refondation. A cette fin, je partirai des analyses de Karl Polanyi dans « La grande transformation » [1].

Pour Polanyi, on le sait, dans toutes les sociétés humaines jusqu’au XVIème siècle, l’activité économique était une activité « encastrée » (embedded) dans la société ; en d’autres termes, il n’était pas possible d’y repérer un secteur économique séparé et indépendant. Certes les individus et les groupes produisaient, échangeaient, consommaient, mais ces activités étaient gouvernées par des normes et des valeurs extérieures à la sphère économique. Tout d’abord la production était régie par les besoins ; le travail avait pour fin la production de valeurs d’usage ; par ailleurs, les communautés visaient en règle générale la reproduction simple ; dans certaines circonstances historiques, la reproduction élargie pouvait intervenir, pour faire face à telle ou telle conjoncture, mais elle gardait un caractère exceptionnel et n’était pas inscrite dans les structures mêmes du système social. Surtout ce sont des valeurs et des normes morales, religieuses, culturelles qui orientaient la production, déterminaient la division du travail, modulaient le rythme et l’intensité des efforts. Des échanges pouvaient prendre place, mais ils étaient confinés à la périphérie des communautés et ne portaient guère que sur des excédents, en particulier des biens de luxe et de prestige. Enfin, certaines communautés connaissaient en leur sein des rapports de domination et d’extorsion, mais ceux-ci étaient fondés exclusivement sur la dépendance personnelle, établie et maintenue par la force.

Il faut rappeler que le genre humain a vécu dans ce genre d’organisation sociale pendant des millénaires. La « grande transformation » telle qu’elle s’accomplit à partir du XVI siècle, c’est précisément la fin de cet « encastrement » (embeddedness) de l’ économique dans le social. L’activité économique s’affranchit de sa tutelle sociale, et prend son essor comme une sphère désormais autonome ; à partir de ce moment, elle n’obéit plus qu’à des critères et à des normes économiques : coûts, profit, rendement etc. cet affranchissement, poursuit Polanyi, se traduit par l’avènement de l’économie de marché, c’est-à-dire d’une économie où le marché n’est soumis qu’à sa propre régulation. A l’origine, on l’a vu, ne surgit qu’un secteur marchant périphérique, limité aux interstices des communautés ; puis le marché s’infiltre à l’intérieur même des communautés et s’empare d’une fraction croissante de leurs activités. Le processus s’achève lorsque le marché conquiert les deux facteurs décisifs de la production : la terre et le travail. Lorsque la terre devient propriété personnelle aliénable, lorsque la force de travail devient une marchandise, alors le triomphe du marché est complet, et l’économie de marché se transforme du même coup en économie capitaliste.

On peut, me semble-t-il, tirer de ces analyses l’hypothèse d’une sorte de seuil : si le capitalisme commence lorsque la terre et le travail deviennent des marchandises, on peut supposer a contrario que le capitalisme sera dépassé lorsque la terre et le travail seront de nouveau soustraits à la domination du marché. Bien entendu, il ne s’agit en rien d’inviter à un retour en arrière : l’évolution technique et sociale qui s’est produite depuis quatre siècles imposera l’invention de modalités d’appropriation du sol entièrement nouvelles, et les expériences conduites sur ce point dans les pays de l’ancien bloc soviétique nous donnent de précieuses indications sur ce qu’il ne faudra pas faire. Mais il faudra en finir d’une certaine façon avec l’aliénabilité de la terre, et soumettre sa répartition et son usage à des normes réfléchies et adoptées collectivement. Il en va de même en ce qui concerne le travail : le capitalisme prendra fin quand l’allocation, l’intensité, la rémunération du travail ne seront plus assujetties à la loi du profit maximum ; aux collectivités d’imaginer et d’expérimenter de nouveaux modes d’organisation du travail.

La question des alliances

Je voudrais m’attarder un peu plus sur la question des alliances. Je me servirai pour la poser de la bonne vielle méthode maoïste : pour chaque période historique, identifier l’adversaire principal, puis s’efforcer d’unir toutes les forces susceptibles de se dresser d’une manière ou d’une autre contre l’ennemi commun.

Identifier l’adversaire principal : j’accepte sur ce point les thèses de Michael Hardt et d’Antonio Negri [2] : aujourd’hui le monde est gouverné par un conglomérat hétéroclite de dirigeants politiques, économiques et médiatiques. Figurent parmi eux les gouvernants de l’immense majorité des Etats, les responsables des grandes institutions internationales, les détenteurs du pouvoir économique et financier, en particulier les états-majors des grandes firmes multinationales, mais aussi – last but not least – les chefs des grandes mafias – officielles ou officieuses – qui se partagent la planète. C’est à cet ensemble disparate que Hardt et Negri ont donné le nom d’ « empire ».

Il faut bien entendu s’interroger sur la cohésion de l’empire : à première vue, il est traversé par de très nombreuses contradictions et par de multiples conflits ; les uns opposent les Etats les uns aux autres ; d’autres tiennent à la concurrence des multinationales ; parfois un Etat se heurte à une multinationale ; l’autorité des organisations internationales est très largement contestée et battue en brèche ; enfin un affrontement parfois ouvert, parfois larvé, se poursuit entre les Etats et les mafias. Il est donc légitime de s’interroger sur l’unité de l’empire.

Je soutiendrai pour ma part l’opinion suivante : les contradictions et les conflits qui affectent l’empire ne mettent pas en cause son existence. Bien entendu, aucun conflit n’est parfaitement maîtrisable ; tout conflit peut « s’emballer », et du coup échapper aux intensions de ses protagonistes. Il reste qu’aucun des acteurs ne se propose le renversement du système. Certes quelques Etats se trouvent actuellement à l’extérieur de l’empire, qu’il s’agisse des derniers survivants du bloc socialiste, de l’Iran ou des nouveaux régimes de gauche radicale en Amérique Latine. Mais dans les deux premiers cas au moins, le caractère autoritaire de l’Etat interdit de le considérer comme un adversaire effectif de l’empire. En tout état de cause, le poids politique additionné de ces Etats ne leur permet pas de menacer effectivement la stabilité de l’empire.

Quant aux dissensions intérieures de l’empire, elles peuvent certes à l’occasion prendre des formes très aigües ; mais celles-ci ne doivent pas nous abuser : l’enjeu n’est pas la survie de l’empire ; il s’agit toujours de redistribuer en son sein les pouvoirs, les hégémonies, les positions hiérarchiques, les zones d’influence. La compétition vise à équilibrer ou à rééquilibrer les rapports de force entre acteurs, mais on voit bien qu’elle se fixe à elle-même certaines limites : non-ingérence – au moins affichée – dans les affaires intérieures, complicité face aux tentatives de subversion, en particulier lorsqu’elles prennent la forme du terrorisme ; respect des territoires réservés, etc. Mais ce qui s’accomplit au travers de cette compétition, c’est bien la reproduction de l’empire, et la reproduction du système économique et social qui lui a donné naissance : le capitalisme mondialisé.

Contre l’empire et ses assises capitalistes, qui pouvons-nous mobiliser ? Nous, c’est-à- dire le mouvement alter-mondialiste ? A l’extérieur de ce mouvement, existe-t-il des forces qui s’opposent sous un angle ou sous un autre à l’empire, et avec lesquelles nous pourrions essayer de réaliser une convergence des luttes ?

Bien entendu, je ne prétends pas proposer un inventaire exhaustif, et j’évoquerai simplement cinq « partenaires » éventuels, de nature et de statut, on le verra, très variés. Pour plus de clarté, je leur donnerai un nom générique : j’envisagerai donc successivement les keynésiens, les paysans, les religieux, les « identitaires » et les migrants.

Tout d’abord les keynésiens ; ils sont mentionnés à maintes reprises dans le texte de Gustave Massiah. Pour faire bref, il s’agit d’acteurs qui, face à la crise, veulent réformer ou refonder le capitalisme en y introduisant davantage de régulation et en confiant cette régulation à une puissance publique, nationale ou internationale, rétablie dans ses prérogatives. Si les keynésiens l’emportaient, dit Gustave Massiah, notre avenir pourrait à court et à moyen terme, prendre la forme d’un « green new deal ».

Avec les keynésiens, soutient Gustave Massiah, notre rapport doit être celui d’une alliance conflictuelle, sur le modèle maintes fois éprouvé des relations entre gauche radicale et social-démocratie tout au long du XXème siècle. Pour ma part, je souhaiterais distinguer deux catégories de keynésiens. Pour les premiers, le keynésianisme n’est guère plus qu’un ensemble de recettes pour faire face à la crise : soutien de l’activité, plans de relance, etc. Mais ces recettes ne doivent jouer à leurs yeux qu’un rôle temporaire : sitôt la crise passée, on reviendra au statu quo ante, quitte à éliminer quelques symboles trop voyants ou à introduire quelques pratiques trop dangereuses. Pour les seconds, il s’agit de remplacer le capitalisme ultra-liberal par un capitalisme keynésien qui n’est plus tout à fait du capitalisme : dans celui-ci, en effet, les entreprises restent régies par le marché au niveau microéconomique, mais les grandes décisions macro-économiques concernant la monnaie, les investissements, les revenus, sont désormais prises par la puissance publique, étant entendu qu’à notre époque l’action de celle-ci devra s’exercer pour l’essentiel à l’échelle internationale. Avec ces keynésiens-là – seuls fidèles, me semble-t-il, à la pensée et à l’esprit de Keynes – nous pouvons travailler, puisque l’aboutissement de leur projet signifierait un premier dépassement du système capitaliste. Malheureusement, ils sont plutôt rares parmi nos gouvernants, au moins en Europe, puisque la plupart de ceux-ci ne sont que des keynésiens de façade ou d’occasion. On pourrait relever les mêmes ambigüités en ce qui concerne le rôle de l’Etat : il peut être, soit une simple roue de secours, soit une alternative à l’auto-régulation du marché : le simple « retour de l’Etat », tel qu’il est aujourd’hui exalté, peut être tout à fait trompeur.

Les forces

Les keynésiens, quelle que soit leur obédience, font partie de l’empire, et en passant alliance avec eux, nous exploitons les contradictions intérieures au système. Mais à l’extérieur de l’empire, il y a ce que Hardt et Negri appellent « la multitude ». Bien entendu, cette expression vague et confuse a été la cible d’innombrables critiques ; aussi, sans la reprendre à mon compte, je m’intéresserai à quatre « forces » qui entreraient à coup sûr dans la composition de la multitude si celle-ci parvenait un jour à prendre corps.

La première de ces forces est  la paysannerie. Il me paraît nécessaire de rappeler qu’aujourd’hui un habitant de la planète sur deux est encore un paysan. Assurément, cette moyenne dissimulent des disparités considérables ; dans les grands pays industriels, la proportion de paysans ne dépasse pas 5%, mais elle est de 50% en Chine, d’au moins autant en Inde et en Amérique Latine, très largement supérieure en Afrique : des masses aussi considérables ne sauraient être regardées comme résiduelles. Par ailleurs, la paysannerie concentre sur elle la plus grande partie du « malheur du monde » : l’extrême pauvreté – partagée avec les paysans déracinés qui cherchent refuges en ville – conditions sanitaires désastreuses, scolarisation minimale, accès limité à l’eau et à l’énergie, etc.

Face à une telle situation, nous devrions, me semble-t-il, proclamer bien haut que l’urbanisation massive et accélérée n’est pas une fatalité ; que l’entassement dans des mégalopoles surpeuplées et misérables n’est pas un destin inéluctable. Nous savons bien que l’exode rural s’effectue dans l’immense majorité des cas sous la contrainte, et nous n’avons aucune raison de regarder cette contrainte comme un phénomène naturel, analogue aux sécheresses ou aux inondations.

Un de nos objectifs majeurs doit donc être de rendre possible à tous ceux qui le souhaitent la vie à la campagne. Cela passe d’abord, à mon sens, par la fin de l’appropriation privée de la terre, et par l’avènement de diverses formes de propriété collective, assorties d’un droit d’usage individuelle et pérenne. On le sait, la « faim des terres » est une des causes majeure de la misère paysanne ; faute de disposer de la surface nécessaire à sa subsistance, le paysan doit se mettre au service des plus aisés, dans des conditions très défavorables, ou bien il est obliger de s’endetter et tombe entre les griffes des usuriers. Je retrouve ici l’impératif que j’avais évoqué plus haut : la terre doit être soustraite au marché. Au surplus, il faut consentir aux investissements requis pour créer les conditions matérielles d’une vie rurale décente : logement, accès à l’eau et à l’énergie, à l’école et à la santé, etc. Enfin, il faut établir, aussi longtemps que nécessaire, un revenu minimum garanti.

Les enjeux sont ici considérables ; ils sont d’abord d’ordre écologique. Vider la campagne de ses habitants pour les remplacer par des machines, introduire une agriculture et un élevage industrialisés dans un désert humain, cela ne peut produire que des effets désastreux ; ces effets sont d’ailleurs de mieux en mieux connus. Mais les enjeux sont aussi politiques : un paysan qui est maître de sa terre, qui la met lui-même en valeur et qui peut en vivre, est un individu libre et responsable ; il gère lui-même sa vie, et son indépendance fait de lui un très solide rempart contre la tyrannie, ainsi que le démontrent d’innombrables expériences de résistances paysannes à travers l’histoire, des origines à nos jours.

Bref, la vie paysanne n’est pas un vestige du passé dont il faudrait se débarrasser au plus tôt ; elle est une solution alternative qui doit pouvoir être proposée au choix de tous.

Autres alliés éventuels : les religieux, je veux dire les adeptes des diverses religions pratiquées dans le monde contemporain. Assurément, depuis deux siècles, le mouvement progressiste, et en particulier le mouvement ouvrier, ont entretenu avec la religion des rapports difficiles. Les dirigeants et les élites des grandes religions ont été accusés, le plus souvent à bon droit, de complicité avec les pouvoirs en place et avec l’ordre établi ; on leur a reproché de cultiver l’obscurantisme et la résignation. On en a conclu que le progrès social et intellectuel passait par une lutte sans merci contre les croyances religieuses et leur emprise. Au surplus, on a estimé que cette lutte était gagnée d’avance, puisque l’essor des sciences et des techniques entraînait de lui-même la sécularisation des sociétés et le « désenchantement du monde ».

Dès la période considérée, de telles conceptions, sans être inexactes, étaient profondément unilatérales, et elles n’apportaient qu’une image tronquée de la réalité. Aujourd’hui, elles sont au surplus largement dépassées : au vue de l’extraordinaire luxuriance religieuse qui marque notre époque, comment parler encore de désenchantement du monde ?

Il faut donc reprendre l’analyse sur de nouvelles bases, et tout d’abord prendre acte du fait que de très nombreux croyants de toutes obédiences contestent le capitalisme en raison de son caractère immoral ou amoral ; à leurs yeux, sous l’effet du capitalisme, l’économie s’est affranchie de toute règle morale, et c’est ce qui provoque leur indignation.

Leur protestation prend plusieurs formes et vise plusieurs cibles :
Dénonciation de l’esprit de lucre et de profit ; critique de l’individualisme et de l’égoïsme ; condamnation de la concurrence effrénée.
Révolte contre les injustices engendrées par le système : je me rappelle d’avoir enseigné à mes étudiants de Paris VIII, à leur grande surprise, qu’au moins en Afrique subsaharienne et en Amérique Latine, sans parler de l’Europe médiévale, la Bible, l’Evangile et l’Apocalypse avaient inspiré beaucoup plus d’insurrections que le Capital. On en dirait autant des dissidences et des hérésies à l’intérieur de l’islam.
Critique du « matérialisme pratique » caractéristique du capitalisme, c’est-à-dire de l’idéologie selon laquelle les valeurs de la consommation priment sur toute autre valeur.

De façon positive, il est incontestable que, pour les croyants, la religion est créatrice de sens et de lien social. Face à la souffrance et à la mort, elle est source d’espoir. Par ailleurs, dans une société où l’individu est le plus souvent laissé seul en face de lui-même, elle est à l’origine de communautés fortement soudées ; au surplus, elle renforce les appartenances existantes, en particulier la famille. Enfin, elle recommande la compassion et la générosité, et elle donne une puissante impulsion à l’entraide et à la solidarité : pour m’en tenir à un seul exemple, ce sont les tâches accomplies par le FIS ou le Hamas dans le service social qui leur ont valu une grande part de leur prestige et de leur capacité mobilisatrice.

Bien entendu, je n’ignore rien des ambiguïtés qui marquent l’action des religieux, et les dérives dont ils sont capables. Beaucoup d’entre eux sont favorables à un régime politique autoritaire dès lors que celui-ci se déclarerait partisan des valeurs religieuses ; par ailleurs, certaines de ces valeurs sont source d’oppression, notamment à l’égard des femmes. Enfin un prosélytisme par trop énergique et exclusif peut dresser les croyants contre les incroyants et dégénérer en violences et en tyrannies. Sur tous ces points, une extrême vigilance reste nécessaire.

Mais, dans le même temps, nous ne pouvons pas oublier que, dans la plupart des luttes où nous nous sommes engagés ces dernières années – du combat contre la guerre d’Algérie à la défense des sans papiers, nous avons trouvé des croyants à nos cotés. Aujourd’hui même, nous savons la place que tiennent, chacune dans son domaine, des associations comme CCFD, la CIMADE ou le Réseau Chrétiens-Immigrés. Hors de France, il suffira d’évoquer la théologie de la libération et le rôle moteur qui fut le sien dans nombre de luttes sociales en Amérique Latine. Par ailleurs, il est clair que l’islam a été un puissant facteur de mobilisation et de cohésion dans beaucoup de luttes de libération nationale ; en outre, du Maghreb au Proche-Orient et à l’Inde, de nombreux musulmans s’inscrivent dans la tradition d’Al Aghani, de Mohammed Abduh, de Rachid Rida et de Mohammed Iqbal, pour dénoncer l’autoritarisme et la corruption et protester, au nom même de leur foi, contre les injustices.

Quelles conclusions tirer de ces remarques ? Certes, il serait à la fois inutile et inopportun d’entrer dans quelques tractations que ce soit avec les autorités religieuses. En revanche, si nous voulons renforcer les liens qui nous unissent déjà à une partie des croyants, et étendre ces liens à d’autres croyants, alors nous devons changer d’attitude vis-à-vis du fait religieux.

Tout d’abord, nous ne pouvons plus le considérer comme un vestige, comme une survivance vouée à une disparition prochaine. Ensuite, nous devons l’accepter tel qu’il est, et non pas tel que nous voudrions qu’il fût. Par l’exemple, il est absurde de proclamer que la religion est une affaire privée, ne regardant que les individus, alors que de toute évidence la dimension collective est un élément constitutif de la foi et de la pratique dans la quasi-totalité des religions. De même, pourquoi interdire l’espace public aux religions, dès lors qu’elles ne prétendent plus exercer sur lui aucun monopole ?

En second lieu, nous devons nous déprendre de l’attitude de dédain ou de condescendance qui a trop souvent été la nôtre dans le passé vis-à-vis des croyants. Il nous faut accepter que ceux-ci agissent en fonction de leur foi, et ne pas mettre cette motivation entre parenthèses ou faire comme si elle n’existait pas, sous prétexte qu’elle serait d’ordre privé. De même, la liberté d’expression et de critique n’est pas la liberté du mépris et de l’insulte, et, pour ce qui nous concerne, elle devrait s’arrêter sitôt qu’elle risque de blesser nos alliés croyants dans leurs convictions les plus chères. Enfin, nous devrions encourager ceux-ci dans les efforts qu’ils font pour faire évoluer leurs coreligionnaires : de ce point de vue, l’attitude de rejet dont Tariq Ramadan a été victime est à la fois un scandale intellectuel et une faute politique.

Bref, de la célèbre formule de Marx selon laquelle la religion est l’opium du peuple, nous n’avons retenu qu’une seule interprétation : certes l’opium endort ; mais n’oublions pas qu’il apporte aussi le rêve, et une humanité sans rêves serait bien morne troupeau.

Troisième catégorie d’alliés éventuels : ceux que j’ai désignés du nom d’ « identitaires » : j’entends par là toutes les personnes de part le monde qui défendent la diversité sociale, politique et culturelle, face au rouleau compresseur de la mondialisation libérale et à ses effets de nivellement et d’uniformisation.

Là encore la gamme des dérives possibles est extrêmement étendue : nationalisme, chauvinisme, « communautarisme », xénophobie etc. Mais l’attachement à la diversité présente aussi divers aspects positifs, qui pourraient servir de fondements à une éventuelle alliance.

En premier lieu, la défense des particularismes est souvent aussi la défense de communautés qui demeurent « à l’échelle humaine », et où la délibération collective reste possible. Par exemple nous savons tout ce qui nous sépare des souverainistes ; en même temps, il est clair qu’en montant une garde sourcilleuse autour de la souveraineté des Etats-nations, les souverainistes contribuent à maintenir en vie le plus haut niveau d’organisation politique auquel la décision démocratique puisse encore s’exercer : au-delà, nous n’avons plus que le pouvoir incontrôlé des bureaucraties internationales.

En second lieu et surtout, la diversité sociale, politique et culturelle est en soi une excellente chose, et nous, altermondialistes, devrions être ses promoteurs les plus résolus. Il faut tirer ici la conséquence des enseignements de l’anthropologie, nous tourner par exemple vers l’œuvre de Claude Lévi-Strauss : dans Race et histoire [3], celui-ci démontre que tous les progrès accomplis par l’humanité au cours de sa longue histoire ont été le résultat d’échanges et d’emprunts, bref de coalitions entre les cultures. Les grandes civilisations qui ont marqué le passé humain – l’Egypte, la Mésopotamie, la Grèce, Rome, l’Islam médiéval, l’Inde, la Chine, l’empire du Mali, les Aztèques, les Incas – n’ont été grandes que dans la mesure où elles ont su se faire le creuset d’apports très divers, réaliser la synthèse d’éléments très disparates. Dans ces conditions, conclut magnifiquement Lévi-Strauss, « l’exclusive fatalité, l’unique tare qui puissent affliger un groupe humain et l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul. » (ibid. p.73).

L’enjeu est ici considérable, car nous nous trouvons en présence d’une sorte de transposition du principe de Carnot dans le champ de la société et de l’histoire. Dans les termes mêmes de celui qui l’a découvert, le principe de Carnot énonce que « partout où il existe une différence de température, il peut y avoir production de puissance motrice. » (Brunhes 1991 : 234) [4]. Inversement, pas de production de puissance motrice sans différence de température : pour que le travail au sens physique du terme soit possible, il faut que soient mises en relation une source chaude et une source froide. Du coup, un système où la température serait parfaitement uniforme serait un système condamné à l’inaction, à l’immobilité et à l’inertie, en d’autres termes à l’état de « mort thermique ». De même, ce sont les écarts entre cultures qui sont générateurs de découvertes, d’inventions et de création, et une uniformisation totale des sociétés et des cultures signifierait la fin de l’histoire : comme le dit encore Lévi-Strauss, « une humanité confondue dans un genre de vie unique est inconcevable, parce que ce serait une humanité ossifiée. » (ibid. p. 83).

Or la diversité des sociétés et des cultures suppose de toute évidence leur autonomie : il n’y a de variété que si chacun est libre de prendre ses distances à l’égard du modèle reçu, et d’inventer lui-même sa voie. Qui défend la diversité défend donc ipso facto l’autonomie, puisque celle-ci est la condition nécessaire de celle-là. Dans cette mesure, la diversité est en elle-même porteuse de démocratie, puisqu’elle interdit au moins l’existence d’un pouvoir unique s’exerçant uniformément sur toutes les communautés. Reste la question de la démocratie intérieure aux communautés, sur laquelle je vais revenir dans un instant.

Auparavant, il faut rappeler, une fois encore avec Lévi-Strauss, que pour qu’un échange ait lieu, un échange fructueux, il faut deux partenaires, et deux partenaires différents ; s’ils étaient en tous points identiques, l’échange serait inutile, puisque chacun « aurait » déjà tout ce qu’a l’autre. Mais il s’en suit que chaque communauté doit disposer de l’espace nécessaire pour exercer sa liberté, pour s’épanouir et pour développer sa spécificité. En d’autres termes, une société ouverte de part en part aux échanges et aux emprunts risquerait bientôt de se diluer ou de se dissoudre dans l’ensemble plus vaste qui l’entoure. Chaque société, chaque culture doit être en mesure de préserver un certain « quant à soi », sous peine de voir son identité et sa singularité disparaître. Tel est par exemple le sens que l’on peut donner à la revendication de « l’exception culturelle. ».

Ici encore, une juste mesure est à inventer : la sauvegarde de la singularité ne doit pas se traduire en repli sur soi et en fermeture à l’autre. Par ailleurs, une société ou une culture ne sauraient maintenir leur identité en pratiquant vis-à-vis de leurs membres une politique d’enfermement et de contrainte : la diversité ne peut être vivace que si elle est, non seulement acceptée, mais voulue ; elle suppose donc la démocratie au sein de la communauté. Sous cette double réserve, nous devons défendre la diversité humaine au même titre que la diversité animale et végétale, et largement pour les mêmes raisons.

Dernière catégorie d’alliés : les migrants, et en particulier les travailleurs migrants. Ici j’irai plus vite, parce que leur cas n’appelle guère de controverse. Il faut souligner tout d’abord l’ampleur planétaire du phénomène de la migration, et notamment de la migration illégale : il y a désormais des sans-papiers, non seulement en Europe et aux Etats-Unis, mais aussi au Maghreb, dans les Etats du golfe, en Asie du Sud-Est, et aussi en Chine, en raison de l’existence dans ce pays de permis de résidence distribués de façon restrictive.

Or qu’est ce qu’un migrant illégal ? C’est un homme ou une femme qui franchit illégalement la frontière d’un Etat. A présent, dans une économie mondialisée, quel rôle jouent les frontières nationales ? Pour l’essentiel, leur fonction est de segmenter le marché mondial du travail, de façon à produire d’un territoire à l’autre des différences de condition et de statut : dès qu’un travailleur quitte son pays d’origine, ses droits diminuent, et ils diminuent d’autant plus que la migration est irrégulière. Dans ce dernier cas, l’effet des frontières nationales est de mettre à la disposition des employeurs une main d’oeuvre administrativement et socialement vulnérable, et par conséquent disponible pour toutes les exploitations et pour tous les esclavages.

Mais un migrant illégal n’est pas seulement une victime ; il est aussi un acteur. J’ai essayé ailleurs [5] de montrer que la mondialisation libérale est avant tout la domination du capital financier sur le capital industriel et sur le travail, et que le capital financier doit sa suprématie à son extrême mobilité et son extrême caractère nomade : il bénéficie grâce à eux de tous les avantages qui ont de tout temps assuré la victoire des nomades dans leurs affrontements avec les sédentaires. Dès lors la migration peut apparaitre comme la riposte spécifique du travail à l’hégémonie du capital financier : puisque c’est de la nomadisation que celui-ci tient sa puissance, il s’agit de la contrebalancer par une nomadisation symétrique du travail, de façon à rétablir un équilibre au moins relatif. Je rejoins donc ici Michael Hardt et Antonio Negri pour considérer que la migration, bien loin d’être une fuite, est une activité de résistance. (Empire, op. cit., p. 477-8)

Il faut ajouter qu’en rendant les frontières nationales de plus en plus inopérantes, les migrants travaillent à l’unification du marché mondial du travail, prélude et condition de l’unification mondiale des travailleurs.

Enfin, comme je l’ai rappelé dans le même texte, la décision d’émigrer est toujours une décision individuelle : en la prenant et en la mettant en oeuvre, le migrant exerce ce qu’il considère à juste titre comme un droit fondamental et comme la première des libertés : la liberté d’aller et venir. La migration est donc en tant que telle une manifestation d’autonomie : le migrant se refuse à subir passivement la situation qui lui est faite et prend en mains son propre destin : ne serait-ce que pour cette seule raison, il a droit à notre solidarité et à notre soutien.

En termes d’objectifs, notre alliance avec les migrants doit se traduire dans deux revendications : le retour progressif à la liberté de circulation et de l’établissement ; et à l’intérieur de chaque Etat, une stricte égalité des droits entre travailleurs nationaux et travailleurs migrants, impliquant tout naturellement la régularisation des sans-papiers. Ces exigences contredisent-elles la défense de la diversité et des identités culturelles ? En aucun cas, dès lors que la diversité et les identités sont fondées sur l’adhésion volontaire ; dès lors, en effet, leur protection n’implique plus l’existence d’une assise territoriale sur laquelle elles exerceraient une emprise sans partage. Bien au contraire, la liberté de circulation et d’établissement accroît la diversité au sein de chaque Etat-nation, et elle n’exclut nullement qu’à l’intérieur de ceux-ci, des espaces de liberté soient aménagés permettant à chaque communauté de conduire elle-même son propre épanouissement.

Un dernier mot : la stratégie d’alliance qui vient d’être évoquée nous obligera sans doute à remettre en cause notre notion de l’universalisme, notamment dans le domaine des « droits de l’homme ». Je renvoie ici au livre de François Jullien : « De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures » (Fayard, 2008). Tels qu’ils sont aujourd’hui encore énoncés, les droits de l’homme restent trop marqués par la tradition intellectuelle au sein de laquelle ils sont apparus : la tradition occidentale des Lumières. Je n’en veux pour preuve que la place exorbitante qu’ils accordent à un individu abstrait, détaché de tous les liens et de toutes les appartenances qui font un être humain concret. Pour accéder à un authentique universalisme, nous devrons nous libérer de cet héritage. Mais en réalité, le problème serait identique avec toute autre formulation positive : elle aussi plongerait ses racines dans une évolution historique particulière. En conséquence, comme le constate François Jullien, l’universalité des droits de l’homme et leur efficacité sont surtout négatives ; ils ne nous prescrivent aucune organisation sociale déterminée, mais ils nous permettent de dénoncer toutes les oppressions et toutes les atteintes portées à la liberté et à la dignité des personnes. Sur des « droits de l’homme » ainsi conçus, les sociétés du monde entier pourraient s’entendre sans renoncer à aucune part de leur singularité, et ils pourraient donc servir de base et de ciment à l’alliance du plus grand nombre.


Notes

[1] Karl Polanyi : The Great Transformation, Beacon Press, Boston, 1967. (1ère édition : 1944)

[2] Michael Hardt & Antonio Negri : Empire, Exils, Paris, 2000

[3] Claude Lévi-Strauss : Race et histoire, Gauthier, Paris, 1961

[4] Cité par Bernard Brunhes : La dégradation de l’énergie, Flammarion (Champs) 1991. (1ère édition : 1909)

[5] Emmanuel Terray : L’Etat-nation vu par les sans papiers, Actuel-Marx n°44 (2008) p. 41-52

 

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19.01.13

L'Agnus scythicus

L’Encyclopédie de Diderot

Article sur l’AGNUS SCYTHICUS (Histoire Naturelle Botanique).
Il s'agit de la peau d'agneau mort-né dont on fait une fourrure. Diderot rappelle ce que l'on sait à son époque de cet « agneau de Scythie ». Certains auteurs prétendaient qu'il s'agissait d'une plante. Diderot en profite pour établir une méthode critique.

 « Il faut considérer les témoignages en eux-mêmes, puis les comparer entre eux : les considérer en eux-mêmes, pour voir s'ils n'impliquent aucune contradiction, et s'ils sont de gens éclairés et instruits : les comparer entre eux pour découvrir s'ils ne sont point calqués les uns sur les autres, et si toute cette foule d'autorités (...) ne se réduirait pas par hasard à rien, ou à l'autorité d'un seul homme.

Il faut considérer si les témoins sont oculaires ou non ; ce qu'ils ont risqué pour se faire croire ; quelle crainte ou quelles espérances ils avaient en annonçant aux autres des faits dont ils se disaient témoins oculaires : s'ils avaient exposé leur vie pour soutenir leur déposition, il faut convenir qu'elle acquerrait une grande force ; que serait-ce donc s'ils l'avaient sacrifiée et perdue ?

Il ne faut pas non plus confondre les faits qui se sont passés à la face de tout un peuple, avec ceux qui n'ont eu pour spectateurs qu'un petit nombre de personnes. Les faits clandestins, pour peu qu'ils soient merveilleux, ne méritent presque pas d'être crus : les faits publics, contre lesquels on n'a point réclamé dans le temps, ou contre lesquels il n'y a eu de réclamation que de la part de gens peu nombreux et mal intentionnés ou mal instruits, ne peuvent presque pas être contredits.

Voilà une partie des principes d'après lesquels on accordera ou l'on refusera sa croyance, si l'on ne veut pas donner dans des rêveries, et si l'on aime sincèrement la vérité. »

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18.01.13

Les années folles 1919-1929 au Musée Galliera

 

folles

"Les Années folles 1919-1929"

Galliera, Musée de la mode de la Ville de Paris, 20 octobre 2007 - 30 mars 2008.

 

Vive le mouvement

En 1918 se développe une révolte contre les traditions lourdes et empesées d’avant-guerre : le cléricalisme et son frère jumeau le républicanisme laïc, le patriotisme extrémiste, une foi exagérée dans les vertus de la rationalité etc.
A vrai dire, ce mouvement de révolte est précédé annoncé par le mouvement féministe français, puissant, qui s’épanouit dès 1900.

Déjà vers 1880 les peintres pré-raphaélites militent contre le corset dont la suppression libérera les femmes, les aidera d’exprimer leur féminité et leur beauté. Le mouvement pour la liberté du corps gagne la société. On voit même des femmes faire du vélo ou du tennis…

Vers 1906, Mariano Fortuny : souplesse du vêtement sans taille, sobre, lignes droites

Jeunesse, liberté, vitesse, mouvement
Voyez Paul Morand

Souplesse, broderies
Fils métalliques

Robe Delphos 1909 : engouement pour la Grèce

Le maître : Paul Poiret

Paul Poiret ouvre en 1903. Sa femme Denise joue un grand rôle
Paul Poiret, Mémoires. Le corset coupe le corps en deux. Les femmes on l’air de tirer une remorque
Paul Poiret, Ensemble d’été 1911
Paul Poiret tunique Chasse à courre 1918 blanc et noir ? Coton.
Paul Poiret, robe Delphinium 1912, crépon de lin bleu avec broderies de l’atelier Martine.
Paul Poiret, Robe du soir vers 1925. Noir.
Paul Poiret ?, manteau de jour, vers 1922. Drap de laine beige, avec du kasha Rodier, broderie vermillon
Paul Poiret, robe de scène 1923. Robe satin turquoise lamé or + fourrure. Créée pour Grisélidis à l’Opéra comique.
Paul Poiret, Honfleur 1921. Toile de lin écrue. Broderie de lin blanc et bleu, dentelle de lin, coupée dans une nappe russe.
Paul Poiret, manteau de grand soir Sésostris 1923, velours de soie rouge, satin de soie noire style Chine-Russie.

S’amuser

Germaine Lecomte, Manteau du soir 1925, rouge

Agnès, robes du soir vers 1925. Couleur rose, crépon de soie rose

Manteau du soir 1924, velours de soie cyclamen

Doucet, Manteau du soir 1924 : satin de soie noire

Jean Patou, Robe du soir

Une vidéo sur Joséphine Baker
Mistinguett, Maurice Chevalier, jazz
Boites de nuit, dancings

Jeanne Lanvin, Déshabillé, vers 1925, taffetas de soie bleue et noir

Jeanne Lanvin, robe hiver 1920-1921. Crêpe de soie bleu et corail, velours de coton noir, broderies saumon

Charlotte ?, manteau d’après-midi vers 1925. Lin rose et lin grège, fleurs rouges et noires

Le kasha est un tissu Rodier fait avec la laine des chèvres du Cachemire. Cela fait Himalaya.

Lucien Lelong 1925 : mentalité sport, exigences de la vie active.

Deux robes ivoire de Channel

Heimsweathers, ensemble vers 1922-1924. Maille de rayonne ivoire et rouge.

Worth, robe du soir vers 1925, taffetas et satin de soie rose façonné de soie verte lamé or

Princesse Ouroussow, ensemble d’après-midi vers 1925, crêpe de soie fushia.

Les anti-mode

Bécassine, son oncle et leurs amis, 1926, est une bande dessinée sur l’exposition internationale des Arts décoratifs. Elle se moque des mannequins. Une attitude rétrograde et vulgaire qui annonce le déferlement du fascisme sur l’Europe.

http://www.paris.fr/loisirs/portal.lut?page_id=6130&document_type_id=4&document_id=13915&portlet_id=13751&multileveldocument_sheet_id=13025

http://www.dailymotion.com/video/x3cl87_les-annees-folles-1919-1929-au-muse_creation

http://blogs.lexpress.fr/styles/cafe-mode/2007/10/25/expo_les_annees_folles_1919192/

http://www.histoire-politique.fr/documents/comptesRendus/pdf/CR2-Bard-anneesfolles-PDF.pdf

http://www.dailymotion.com/video/x3cl87_les-annees-folles-1919-1929-au-muse_creation

 


Les années folles 1919-1929 » au Musée Galliera par mairiedeparis

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16.01.13

Chrétiens et musulmans à Palerme

Chrétiens et musulmans à Palerme

  Palerme au Xe siècle

« Située sur les bords de la mer du côté du nord, Palerme se divise en cinq quartiers, très distincts entre eux, quoique peu éloignés les uns des autres. Le premier est la cité principale, proprement dite Palerme, entourée d'une muraille de pierre élevée et très formidable. Ce quartier est le séjour des marchands. Ici se trouve la grande mosquée du Vendredi, autrefois église des Chrétiens, où l'on remarque une grande chapelle, à propos de laquelle (...) on prétend que le sage de l'ancienne Grèce, c'est à dire Aristote, est suspendu dans une caisse, dans cette même chapelle que les Musulmans ont transformée en mosquée.

Les Chrétiens, dit on, montraient une grande vénération pour ce personnage, et lui adressaient leurs prières pour avoir la pluie, à cause du talent extraordinaire et des mérites éminents que les Grecs anciens avaient reconnus en lui. On ajoute que la cause de cette suspension entre le ciel et la terre était que l'on cherchait sa production pour obtenir la pluie, ou la guérison des maladies, et pour tout autre circonstance qui force les hommes à implorer Dieu (qu'il soit exalté!) et à lui faire des offrandes dans les temps de misère, de mortalité ou de guerre civile. En effet, j'ai vu en cet endroit une grande caisse, qui contenait probablement le cercueil. »

Ibn Hawqal, Description de Palerme au milieu du 10e siècle, in Palerme 1070 1492, Autrement, 1993.
Ibn Hawqal
: Géographe arabe originaire de Haute-Mésopotamie, mort en 988. Il fit plusieurs voyages en Méditerranée et s’intéressa aux économies des pays qu’il traversait. Son livre fut écrit en 967 et 988. Ce savant soumettait à un contrôle très sérieux les personnes à qui il demandait des informations. Toutefois, il lui arrive de reproduire sans esprit critique les légendes qu’on lui raconte.

 Palerme au XIIe siècle

« Les palais du roi sont rangés sur la poitrine de la cité, comme des colliers sur le cou de jeunes femmes aux seins arrondis ; en ses jardins et ses hippodromes se succèdent plaisirs et jeux. Combien de closeries et de pièces d'eau, de pavillons de plaisance et de belvédères ce roi y possède sans les habiter ! Combien il possède, dans ses quartiers, de couvents aux bâtiments, brillamment ornés dont les moines sont richement pourvus de larges censives et dont les églises ont des croix orfévrées d'or et d'argent. [ ... ].

En cette cité, les musulmans conservent quelques restes de leur foi ; ils fréquentent la plupart de leurs mosquées et ils y célèbrent la prière rituelle sur appel clairement entendu. Ils ont des faubourgs qu'ils habitent seuls, à l'exclusion des chrétiens. Les souks en sont fréquentés par eux, et ils en sont les marchands.

Ils ont un cadi devant lequel ils élèvent leurs procès; ils ont une mosquée principale où ils s'assemblent pour faire la prière et qu'ils ont grand soin d'illuminer en ce mois béni. Les mosquées ordinaires sont fort nombreuses, innombrables. Pour la plupart, elles servent de classes pour les professeurs de Coran. »

 Ibn Jobaïr, Voyages, XIIè s., trad. M. Gaudefroy Dernornbynes.
Ibn Jobaïr, auteur né en Andalousie en 1145, qui servit comme secrétaire les souverains almohades. Il mourut en 1217. Il a laissé une Relation de voyages où il décrit les pays arabes qu’il a traversé lors de ses pèlerinages à La Mekke.

 Le roi de Sicile Guillaume Ier (1154 - 1166)

« L'attitude du roi est vraiment extraordinaire. Il a une conduite parfaite envers les musulmans ; il leur confie des emplois, il choisit parmi eux ses officiers et tous, ou presque tous, gardent secrète leur foi et restent attachés à la foi de l'Islam. Le roi a pleine confiance dans les musulmans et se repose sur eux dans ses affaires et de l'essentiel de ses préoccupations, à tel point que l'intendant de sa cuisine est un musulman.

À Messine, il a un château, blanc comme la colombe, qui domine le rivage de la mer. Il a un choix nombreux de pages et de femmes esclaves. Il n'y a point de roi des chrétiens qui soit plus splendide en sa royauté, plus fortuné, plus luxueux que lui. (...) Par l'éclat de sa pompe royale, par l'étalage de sa parure, il ressemble au roi des musulmans (...). Un autre trait que l'on rapporte de lui et qui est extraordinaire, c'est qu'il lit et écrit l'arabe. (...).

On nous a ainsi raconté que cette île fut secouée d'un tremblement de terre, dont ce roi polythéiste (1) fut fort effrayé. Il parcourut alors son palais, où il n'entendit qu'invocations à Dieu et à son prophète, prononcées par ses femmes et par ses eunuques. Si ceux ci manifestèrent quelque trouble à sa vue, il leur dit pour les rassurer : "Que chacun de vous invoque celui qu'il adore et dont il suit la foi !" »

Ibn Jobaïr, Voyages, XIIe, s., trad. M. Gaudefroy Dernornbynes. »

 Note 1 : Les musulmans accusent les chrétiens, pour qui Dieu est une Trinité (le Père, le Fils et le Saint Esprit), d'être polythéistes.

 Chronologie

535 : Conquête de la Sicile par les Byzantins.
831 : les musulmans du Nord de l’Afrique conquièrent Palerme puis toute l'île en 965.
1072 : le comte Roger de Hauteville prend Palerme.

 

 

 

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