lycées de banlieues

Deux lycées en banlieue. Les profs, les élèves. Cours et documents d'histoire-géographie.

14.05.08

Maïmonide

MaÏmonide

« Moïse Maïmonide, le plus profond penseur religieux et la plus grande intelligence de son temps, fut la fleur de l’Age d’Or des Juifs d’Espagne. Il naquit à Cordoue en 1134, mais, alors qu’il était tout jeune encore, l’Espagne musulmane passa sous le gouvernement des Almohades (Unitaires), tribu arabe qui avait envahi le pays depuis l’Afrique. Ces nouveaux maîtres étaient des fanatiques féroces, et leurs persécutions contraignirent beaucoup de non-musulmans à fuir le pays. Parmi les fugitifs se trouvaient Moshé ben Maïmon, qui, après une période d’errance et de graves privations, s’établit à Fostat (le Vieux-Caire). Il y écrivit, entre autres ouvrages importants, son célèbre "Guide des Egarés" [= de ceux qui doutent] ».

Isidore Epstein, Le Judaïsme, Payot, 1959, p. 197.

Note : à vrai dire, les Almohades étaient plutôt berbères.

« Maïmonide avait la plus grande vénération pour Aristote en qui il voyait le plus sublime représentant, après les prophètes d’Israël, de l’intelligence humaine, et c’est à sa philosophie qu’il demanda une interprétation rationnelle de la foi et de la tradition juives. »

Idem

« Maïmonide fait preuve de beaucoup d’originalité dans son interprétation des commandements. Plusieurs d’entre eux, pense-t-il, ont été donnés pour s’opposer à des rites et usages païens en vogue au moment où naquit la Torah. »

Idem page 202

« Ce qui distingue surtout le code de Maïmonide, c’est sa façon essentiellement humaniste de formuler et d’appliquer la loi. S’il est rigoureux à l’extrême quant aux lois sur la propriété, il tend à l’indulgence en matière rituelle. Son attitude peut se résumer en ces mots : "La Loi rituelle a été donnée à l’homme et non l’homme à la loi rituelle". Il croit donc qu’il peut parfois être nécessaire d’adapter, de modifier, voire d’abroger certaines lois, afin dit-il, "de ramener les foules à la religion et de les sauver de l’indifférence religieuse générale, de même que le médecin ampute le malade d’une main ou d’un pied pour lui sauver la vie » (Mamerim, II, 4). »

Idem, p. 241.

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10.05.08

Echec des ZEP ?

Rapport - n° 2006-076 􀁠 octobre 2006

Inspection générale de l’éducation nationale

Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche

Contribution de l’éducation prioritaire à l’égalité des chances

Anne ARMAND

Jean-Claude Billiet

Viviane Bouysse

Florence Robine

Inspecteurs généraux de l’éducation nationale

Béatrice GILLE

François Dontenwille

Bruno Janin

Jean-Paul Pittoors

Philippe Sultan

Jean Vogler

Inspecteurs généraux de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche

Rapport à monsieur le ministre de l’Éducation nationale

CONCLUSION

[…] Et cependant des effets incertains

Force est de constater que, malgré ces atouts, cette politique n’a pas produit les résultats attendus et que ses acteurs ont connu un certain essoufflement. On ne peut se satisfaire de l’affirmation que « sans elle, la situation serait pire aujourd’hui, compte tenu de la dégradation de la situation sociale ». Les effets positifs enregistrés parfois – notamment sur le comportement des élèves – sont contrebalancés par des phénomènes négatifs comme la « stigmatisation » conduisant à l’« évitement » par les catégories sociales qui en ont les moyens et les résultats insuffisants en matière d’orientation des élèves au-delà du collège.

La nécessité d’une analyse multifactorielle

Les facteurs d'explication de ce bilan mitigé sont multiples et complexes. De nombreuses analyses en ont été proposées, dans lesquelles la subjectivité a largement sa part.

Cependant, un constat est fait depuis longtemps : les moyens supplémentaires ont été trop dispersés (ciblage insuffisant sur les territoires qui en avaient le plus besoin). Ils n’ont pas été placés là où ils auraient dû l’être (en particulier dans le renouvellement de la pédagogie, la formation des enseignants, la structuration du partenariat).

L’objectif de l’action « donner plus à ceux qui ont le moins » était juste, mais quelque peu réducteur, ce mot d’ordre mobilisateur ne s'est pas suffisamment transformé en programme de travail. Il n'a pas pris suffisamment en compte la complexité des facteurs en oeuvre, qu'ils soient d'ordre psychologique, social, culturel, didactique ou pédagogique.

A cela s’ajoute le fait que le contexte général a connu depuis vingt-cinq ans des mutations considérables qui n’ont pas été favorables aux apprentissages scolaires : environnement urbain, environnement médiatique, évolutions du cadre familial.

On a aussi pu vérifier que le consensus initial n’était pas toujours aussi réel qu’il semblait et qu’il masquait des clivages importants : l’éducation prioritaire voulue comme facteur de réussite scolaire ou comme garante de la paix sociale ?

Une politique à forte légitimité

Malgré ces difficultés et ces échecs, cette politique d’éducation prioritaire conserve une forte légitimité.

L’égalité des chances est aujourd’hui un objectif qui s’impose dans l’ensemble des politiques publiques. […] L’éducation prioritaire apparaît dès lors comme l’outil privilégié de cette égalité des chances dans le domaine éducatif.

Dont la poursuite nécessite des infléchissements

Cibler l'éducation prioritaire sur des territoires limités paraît indispensable. Dans ces territoires, il faut offrir aux écoles et établissements, tout en gardant le même niveau d’exigence, une réelle possibilité de sortir des règles communes, dans le cadre de l’expérimentation. Cette expérimentation doit porter prioritairement sur l’organisation et la pédagogie. Il ne faudrait pas que l’inscription en éducation prioritaire se traduise par une mobilisation moins exigeante des outils « ordinaires » de la lutte contre l’échec scolaire.

Il convient évidemment que les dérives et les insuffisances soient identifiées et corrigées : le ciblage insuffisant du périmètre de l’éducation prioritaire, le pilotage défaillant, le primat donné à la mise en place de « dispositifs », à l’organisation plus qu’aux pratiques d’enseignement.

Il y a aussi un équilibre délicat à trouver entre la nécessaire autonomie de cette politique […] et son articulation avec d’autres politiques (de la ville, de la culture, de la jeunesse).

Il serait dommageable que la réflexion s’enferme dans les débats théoriques, qui […] se réduisent trop souvent à des oppositions binaires : discrimination positive (concept lourd de beaucoup d’ambiguïté) ou égalité ; territorialisation ou individualisation ; école sanctuaire ou école ouverte ; égalité des chances ou équité ; réussite scolaire ou intégration sociale.

Il faut d’autre part que cette politique ne s’enferme pas non plus dans la routine. […] Elle devra faire l’objet d’adaptations permanentes. Le dispositif de suivi des « réseaux ambition-réussite » mis en place est, à cet égard, essentiel. On peut d’ailleurs souhaiter que des enseignements plus généraux – notamment dans le champ pédagogique – puissent être tirés de ce suivi. Cela peut d’ailleurs être une justification supplémentaire des moyens exceptionnels accordés à l’éducation prioritaire.

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09.05.08

Lucrèce, De la nature

Lucrèce, De Rerum Natura

Lucrèce, philosophe romain du 1er siècle avant notre ère. Disciple du grec Epicure. D’origine aristocratique.

Texte traduit par Alfred Ernout

Deuxième édition revue et corrigée

Paris, Les Belles Lettres 1924img314

LIVRE I

Victoire d'Epicure sur la religion.

62.

Alors qu'aux yeux de tous, l'humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d'une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier un Grec, un homme usa lever ses yeux mortels contre elle, et contre elle se dresser. Loin de l'arrêter, les fables divines, la foudre, les grondements menaçants du ciel ne firent qu'exciter davantage l'ardeur de son courage, et son désir de forcer le premier les portes étroitement closes de la nature. Aussi l'effort vigoureux de son esprit a fini par triompher ; il s'est avancé loin au delà des barrières enflammées de notre univers ; de l'esprit et de la pensée il a parcouru le tout immense pour en revenir victorieux nous enseigner ce qui peut naître, ce qui ne le peut, enfin les lois qui délimitent le pouvoir de chaque chose suivant des bornes inébranlables. Et par là, la religion est à son tour renversée et foulée aux pieds, et nous, la victoire nous élève jusqu'aux cieux.

Crimes causés par la religion ; Iphigénie.

A ce propos, j'éprouve une crainte :

Peut-être vas-tu croire que tu t'inities aux éléments d'une science impie, que tu t'engages dans la voie du crime. Au contraire, c'est le plus souvent la religion elle-même qui enfanta des actes impies et criminels. C'est ainsi qu'à Aulis l'autel de la vierge Trivia fut honteusement souillé du sang d'Iphianassa par l'élite des chefs grecs, la fleur des guerriers. Quand le bandeau enroulé autour de sa coiffure virginale fut retombé en rubans égaux le long de ses joues; quand elle aperçut, debout devant l'autel, son père accablé de douleur ; près de lui, les prêtres dissimulant le fer, et tout le peuple fondant en larmes à son aspect : muette d'effroi et fléchissant sur les genoux,elle se laissa choir à terre. Malheureuse ! en un tel moment il ne pouvait lui servir d'avoir la première donné au roi le nom de père. Enlevée par des mains d'hommes et toute tremblante elle fut menée à l'autel, non pour être reconduite, une fois accomplis les rites solennels, au chant clair de l'hyménée ; mais laissée vierge criminellement, dans la saison même du mariage, elle devait succomber, victime douloureuse immolée par son père, afin d'assurer à la flotte un départ heureux et des dieux favorables. Tant la religion put conseiller de crimes !img316

LIVRE II

Eloge de la philosophie.

            

1.

Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d'assister de la terre aux rudes épreuves d'autrui : non que la souffrance de personne nous soit un plaisir si grand ; mais voir à quels maux on échappe soi-même est chose douce. Il est doux encore de regarder les grandes batailles de la guerre, rangées parmi les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais rien n'est plus doux que d'occuper solidement les hauts lieux fortifiés par la science des sages, régions sereines d'où l'on peut abaisser ses regards sur les autres hommes, les voir errer de toutes parts, et chercher au hasard le chemin de la vie, rivaliser de génie, se disputer la gloire de la naissance, nuit et jour s'efforcer, par un labeur sans égal, de s'élever au comble des richesses ou de s'emparer du pouvoir. O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres et dans quels dangers s'écoule ce peu d'instants qu'est la vie ! Ne voyez-vous pas ce que crie la nature ? Réclame-t-elle autre chose que pour le corps l'absence de douleur, et pour l'esprit un sentiment de bien-être, dépourvu d'inquiétude et de crainte ?

Ainsi pour le corps, nous le voyons, il est besoin de bien peu de choses. Tout ce qui peut supprimer la douleur est capable également de lui procurer maint plaisir exquis. Et dans cet état, la nature elle-même ne réclame rien de plus agréable : s'il n'y a point parmi nos demeures de statues dorées de jeunes gens, tenant dans leurs mains droites des flambeaux allumés pour éclairer des orgies nocturnes ; si notre maison n'est pas toute brillante d'argent, tout éclatante d'or ; si les cithares n'en font pas résonner les vastes salles lambrissées et dorées : il nous suffit du moins, étendus entre amis sur un tendre gazon, le long d'une eau courante, sous les branches d'un grand arbre, de pouvoir à peu de frais apaiser agréablement notre faim ; surtout quand le temps sourit, et que la saison parsème de fleurs les herbes verdoyantes. Et les fièvres brûlantes ne quittent pas plus vite le corps, que l'on s'agite sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu'il faille s'aliter sur une étoffe plébéienne.

Aussi puisque pour notre corps les trésors ne sont d'aucun secours, ni la noblesse, ni la gloire du trône ; pour le reste, on doit penser qu'ils ne sont pas plus utiles à l'esprit. Est-ce que par hasard, en voyant les légions pleines d'ardeur se déployer dans le Champ de Mars et donner l'image de la guerre, soutenues par de nombreuses réserves < par une puissante cavalerie > , pourvues dans chaque camp des < mêmes > armes et animées d'un même courage < en voyant la flotte s'agiter fiévreusement et se déployer au large> , dis-moi,est-ce qu'à ce spectacle les superstitions effrayées s'enfuient tremblantes de ton esprit ; est-ce qu'alors les affres de la mort quittent ton coeur, le laissant libre et dégagé de souci ? Mais si nous ne voyons là qu'une hypothèse absurde et ridicule, si en réalité les craintes des hommes, les soucis obsédants ne craignent ni le bruit des armes, ni les traits cruels; s'ils hantent audacieusement les rois et les puissants du monde s'ils ne respectent ni l'éclat de l'or, ni la brillante splendeur d'un vêtement de pourpre : pourquoi douter que seule la philosophie ait le pouvoir de les mettre en fuite ? Et ce, d'autant plus que toute notre vie se débat dans les ténèbres. Car, semblables aux enfants qui tremblent et s'effrayent de tout dans les ténèbres aveugles, nous-mêmes en pleine lumière souvent nous craignons des périls aussi peu terribles que ceux que leur imagination redoute et croit voir s'approcher. […] img314

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LIVRE III

48.

[…] Ces mêmes hommes, chassés de leur patrie, bannis loin de la vue de leurs semblables, flétris par un grief infamant, accablés enfin de tous les maux, ils vivent ; et malgré tout, partout où les ont amenés leurs misères, ils sacrifient aux morts, ils immolent des brebis noires, ils adressent aux dieux Mânes des offrandes; et l'acuité même de leurs maux ne fait qu'exciter davantage leurs esprits à se tourner vers la religion. […]

Enfin l'amour des richesses, l'aveugle désir des bonheurs qui poussent les misérables hommes à transgresser les limites du droit, parfois même à se faire les complices et les serviteurs du crime, et nuit et jour s'efforcer par un labeur sans égal d'émerger jusqu'au faite de la fortune : toutes ces plaies de la vie, c'est pour la plus grande part la crainte de la mort qui les nourrit. En effet, dans l'opinion commune, le mépris infamant et la poignante pauvreté paraissent incompatibles avec une existence douce et stable,et, dans cette vie même,semblent pour ainsi dire séjourner aux portes mêmes de la mort. Aussi les hommes, sous la contrainte de leur vaine terreur, veulent fuir loin de ces maux et les écarter loin d'eux : ils versent alors le sang de leurs concitoyens pour enfler leurs richesses ; ils doublent leur fortune avec avidité, accumulant meurtre sur meurtre ; cruellement ils se réjouissent des tristes funérailles d'un frère, et la table de leurs proches leur est un objet de haine et d'effroi.

D'une manière toute semblable, c'est souvent cette même crainte qui fait naître au coeur des hommes la desséchante envie : sous leurs yeux, se plaignent-ils, celui-là a la puissance, celui-Ià attire tous les regards, il marche dans l'éclat des honneurs, tandis qu'eux-mêmes se roulent dans les ténèbres et dans la fange. Les uns périssent pour des statues, pour la gloire du nom. […]

07.05.08

Le duc d'Enghien 1804

Fallait-il tuer le duc d’Enghien ? 1804

A faire en module de Seconde.

On peut étudier les documents, résumer le contexte à l’aide du manuel, puis organiser un débat.

Biographie du duc d'Enghien (1772-1804).

Lointain cousin de Louis XVI, il émigra en 1789 et combattit dans les armées contre-révolutionnaires. A la fin de la guerre, il se retira dans le duché de Bade en Allemagne, à faible distance de la frontière française. Au mépris du droit international, il fut arrêté par la police française, transféré en France et exécuté à Vincennes  par ordre de Bonaparte.

Chronologie

1803, mai : rupture de la paix d'Amiens. Reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre.

1803, juin : Bonaparte prépare une invasion de l'Angleterre

1803, octobre à novembre : arrestations de royalistes. L'un d'eux avoue l'existence d’une conspiration dirigée par deux généraux ambitieux, Moreau et Pichegru. Cette conspiration aurait pour but, dit-il, de renverser le premier consul et de le remplacer par un prince.

1804, février : arrestation de Moreau et de Pichegru

1804, mars : arrestation du marquis de Rivière, du prince de Polignac et de Cadoudal (un chef chouan royaliste).

Interrogatoire de Cadoudal :

"Question : Aviez-vous beaucoup de monde avec vous ?

Réponse : Non, parce que je ne devais attaquer le premier consul que quand il y aurait un prince français à Paris, et il n'y est point encore."

Certains rapports de police affirment que le duc d'Enghien fait de mystérieux voyages et qu'il est sur le point de rentrer en France.

1804, 15 mars : enlèvement illégal du duc d'Enghien sur l'ordre de Bonaparte.

1804 20-21 mars : Interrogatoire à Vincennes. Le duc nie toute participation au complot de Cadoudal. Il est traduit devant un tribunal sommaire qui ne respecte pas les règles du droit. Le duc est condamné et fusillé.

1804, mai : le Sénat proclame Bonaparte empereur héréditaire sous le nom de Napoléon 1er.

Conversations de Napoléon avec Las Cases, à Sainte-Hélène en 1816

« L’Empereur convenait qu’elle avait été extrême [l’émotion populaire en 1804], surtout celle causée par la mort du duc d’Enghien, sur laquelle même encore aujourd’hui en Europe on semblait, disait-il, juger aveuglément et avec passion. Il énumérait de nouveau son droit et ses raisons ; il a fait passer en revue les nombreuses tentatives [d’attentat] pratiquées sur sa personne ».

Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, Seuil 1968, p. 280.

Las Cases : admirateur de Napoléon, il partit avec lui à Sainte-Hélène et recueillit ses confidences pour en faire plus tard un livre qui lui vaudrait de la gloire. Napoléon a vite compris comment il pourrait utiliser Las Cases pour forger lui-même sa légende.

Las Cases : « L’Empereur traitait souvent ce sujet, ce qui m’a servi à remarquer dans sa personne des nuances caractéristiques des plus prononcées. J’ai pu voir, à cette occasion, très distinctement en lui, et maintes fois, l’homme privé se débattant avec l’homme public et les sentiments naturels de son coeur aux prise avec ceux de sa fierté et de la dignité de sa position. Dans l’abandon de l’intimité, il ne se montrait pas indifférent au sort du malheureux prince, mais sitôt qu’il s’agissait du public, c’était tout autre chose. »

Napoléon : « Lui [le duc] et les siens n’avaient d’autre but journalier que de m’ôter la vie ; j’étais assailli de toutes parts et à chaque instant. C’étaient des fusils à vent, des machines infernales, des complots, des embûches de toute espèce. Je m’en lassai. [...] Le sang appelle le sang ; c’est la réaction naturelle, inévitable, infaillible ; malheur à qui la provoque »

Las Cases : « Avec nous, et dans l’intimité, l’Empereur disait que la faute, au dedans, pourrait en être attribuée à un excès de zèle autour de lui [...]. J’étais seul un jour, racontait-il ; je me revois encore à demi-assis sur la table où j’avais dîné, achevant de prendre mon café ; on accourt m’apprendre une trame nouvelle ; on me démontre avec chaleur qu’il est temps de mettre un terme à de si horribles attentats ; qu’il est temps enfin de donner une leçon à ceux qui se sont fait une habitude journalière de conspirer contre ma vie ; qu’on en finira qu’en se lavant dans le sang d’un d’entre eux ; que le duc d’Enghien devait être cette victime puisqu’il pouvait être pris sur le fait, faisant partie de la conspiration actuelle».

Idem, p. 588-589

Napoléon : « J’ai déssouillé la Révolution, ennobli les peuples et raffermi les rois. [...] Et puis sur quoi pourrait-on m’attaquer qu’un historien ne puisse me défendre ? [...] Mon despotisme ? mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité. Dira-t-on que j’ai gêné la liberté ? mais il prouvera que la licence, l’anarchie, les grands désordres étaient encore au seuil de la porte. »

Idem, p. 245.

Opinions diverses sur napoléon

« Aujourd’hui en 1837, les paysans et le bas peuple de tous les pays civilisés de l’Europe ont à peu près compris que la Révolution française tend à les faire propriétaires, et c’est Napoléon qui leur a donné cette éducation. »

Stendhal, Vie de Napoléon, 1837. Cité dans Le dossier Napoléon, Marabout Université, 1962.

« Son mobile n’a été ni la vertu ni la patrie, mais le pouvoir et la renommée »

Lamartine, Histoire de la Restauration, 1851. Même source.

« Tout dans cet homme était démesuré et splendide. [...]. Mais le politique ternissait le victorieux, le héros était doublé d’un tyran.»

Victor Hugo, à l’Académie française, le 3 juin 1841. Même source.

« Pour nous, Bonaparte, c’est Robespierre II. A Austerlitz, la révolution monte à cheval. [...] Robespierre c’est le tyran, Bonaparte c’est le despote ; mais tous deux ont puissamment tenu la dictature révolutionnaire, l’un au-dedans, l’autre au-dehors [...]. Nous leur rendons justice, et nous portons à leur décharge le résultat obtenu, le vieux monde sabordé et coulé à fond. »

Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie. Même source.

« La toute-puissance porte en soi une folie incurable, la tentation de tout faire quand on peut tout faire, même le mal après le bien. Ainsi dans cette grande vie où il y a tant à apprendre pour les militaires, les administrateurs, les politiques, que les citoyens viennent à leur tour apprendre une leçon ; c’est qu’il ne faut jamais livrer la partie à un homme, n’importe quel homme, n’importe les circonstances ! C’est le dernier cri qui s’échappe de mon coeur, cri sincère que je voudrais faire parvenir au coeur de tous les Français, afin de leur persuader à tous qu’il ne faut jamais aliéner sa liberté ».

A. Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire, 1862. Même source.

« Une faiblesse naturelle aux gens supérieurs et aux petites gens lorsqu’ils ont commis une faute, est de la vouloir faire passer pour l’oeuvre du génie. [...] Il [Napoléon] a péri par le côté même où il s’était cru fort, profond, invincible, lorsqu’il violait les lois de la morale. [...] Tout crime porte en soi une incapacité radicale [un affaiblissement] et un germe de malheur : pratiquons donc le bien pour être heureux, et soyons juste pour être habiles. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Le Livre de Poche 1973, tome 1 p. 643-644.

« Le bilan matériel est négatif sur le plan des conquêtes : un territoire national moins étendu qu’en 1791, une population qui s’est accrue certes, en effectif global, mais où les classes actives et productives ont subi de rudes saignées, une industrie que le Blocus continental a, sans doute, favorisée, mais artificiellement »

Jean Mistler, dans Napoléon, éd. Rencontre Lausanne, tome 12 p. 107.

« Le hasard livre entre ses mains le duc d’Enghien et le pousse malgré lui à le faire tuer »

Tolstoï, Guerre et paix, cité par la même source p. 140.

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06.05.08

Bernard Lambert paysan

Libération mardi 36 juin 1984. main_logo_220x100

Bernard Lambert : retour à la terre

Le fondateur du syndicat des Travailleurs Paysans, s'est tué avant-hier au volant de sa voiture. Sa confédération avait organisé en mai dernier l'enlèvement du directeur de l'Office du lait, Francis Ranc.

Figure légendaire du syndicalisme agricole de gauche, Bernard Lam­bert s'est tué dans la nuit de dimanche à lundi au volant de sa voiture. L'accident s'est produit au cours d'une collision dans la commu­ne de Becon-les-Granits (Maine-et-L­oire) alors que le leader paysan, âgé de 52 ans, se rendait à Angers. Au cours de ces dernières années, il avait subi plusieurs malaises cardia­ques. img282

Bernard Lambert, c'était une gueu­le. Grande. Et qu'il était difficile de faire taire. Rond et jovial, mais intransigeant sur les principes et redou­table quand un contradicteur avait l'idée saugrenue de lui marcher sur les pieds, il avait contribué pour une bonne part à la création du mouve­ment des «paysans travailleurs» dans les années 70. Nombre de jeunes ruraux avaient alors trouvé dans son livre, Les paysans dans la lutte des classes, la « bible » qui leur manquait tant, et qui proposait aux campagnes l'application des analyses développées « en ville » au printemps de 1968. Bernard Lambert était toujours à l'heure de sa mort l'un des anima­teurs les plus actifs de la « Confédé­ration nationale des syndicats de Tra­vailleurs Paysans » née en 1981 en se donnant pour but d'élargir l'assise un peu étroite des «paysans travail­leurs». La CNSTP s'était récemment faite remarquer en organisant à Rennes «l'enlèvement» de Francis Ranc, directeur de l’Office du lait.

Homme de passion et d'enthousiasmes, parfois démesurés, Bernard Lambert n'a pas toujours connu le sort des syndicalistes minoritaires.

Responsable de la Jeunesse agricole chrétienne en 1954, il devait devenir deux ans plus tard secrétaire général adjoint du Centre national des jeunes agriculteurs dont la tête de file était alors Michel Debatisse.

En 1958, saisi par le démon de la politique, il est élu député MRP de Chateaubriant en Loire Atlantique et monte aussitôt à l'Assemblée nationale pour réclamer l'indépendance de l'Algérie. Battu en 1962 par un notable UDR, il referme la parenthèse parlementaire et rentre rapidement au PSU, qu'il ne quittera qu'en 1972, avec la fraction de la « Gauche ouvrière et paysanne » dont il suivra patiemment tous les soubresauts. Car, c'est surtout le syndicalisme « pur » qui l'intéresse... En 1965, il a manifesté cette dévorante boulimie d’action en prenant les rennes agricoles de son département et en faisant élire secrétaire général de la Fédération départementale des Syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), poste qu’il occupera jusqu’en 1970.

En 1966, il fonde la Fédération régionale des syndicats d’exploitants de l'Ouest, mais occupe simultanément une bonne partie de son temps à tisser des liens de plus en plus étroits entre le syndicat paysan de Loire Atlantique et les organisations ouvrières. Ses efforts porteront leurs fruits en mai 1968 et Nantes sera considérée, un peu grâce à lui, comme un symbole de la solidarité entre la ville et les champs.img281

Infatigable voyageur, il a cherché à convaincre les paysans au cours de centaines de réunions publiques, de débats et d'interventions. En 1973, il est à l'origine de l'appel pour le rassemblement sur le Larzac et se démène pour faire connaître la « lutte des Lips ». En septembre 1980, il dénonce l'emploi d'hormones pour l'élevage des veaux en batterie, cam­pagne qui sera vigoureusement reprise par l'Union fédérale des consommateurs. Et entre temps, comme si tout cela ne suffisait pas, il continue d'exploiter sa ferme avicole, en GAEC (1) avec son frère, à Teillé en Loire Atlantique (où il sera enterré aujour­d'hui mardi). Là encore, il s'« investit » à fond et occupe jusqu'en 1974 le poste de président de la Coopérative agricole « SICA-CHALLANS ».

Les syndicalistes agricoles qui avaient pris l'habitude de le consulter sur tout et de prendre chaque jour ses conseils et n’avaient n'avaient trou­vé que lui pour occuper en 1981 le poste de permanent de la CNSTP.

Toujours prêt, le vieux Lambert !

Jean GUISNEL

(1) GAEC : Groupement agricole d'exploitation en commun.

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Le MONDE lemondefr_grd

BIBLIOGRAPHIE

« Bernard Lambert - trente ans de combat paysan »

Un syndicalisme de personnes

Retracer l'histoire d'un militant syndical, en dessiner le portrait, chercher à comprendre ce qui le fit courir présente aujourd'hui une utilité certaine. Puisqu'on s'interroge sur la désyndicalisation, sur le renouveau possible des structures et des actions, il n’est pas mauvais de questionner le passé.

Le livre Bernard Lambert - trente ans de combat paysan (1) a cette vertu. Mais ce portrait, c'est aussi l'histoire de l'agriculture des trente dernières années, d’autant plus passionnante qu'elle dévoile l'envers du décor officiel.  img289 

A homme exceptionnel, formule exceptionnelle : la vie de Bernard du Lambert est ici racontée par ses proches, et sa femme. Yves Chavagne, journaliste, tient pour eux la plume, une plume alerte, sans citations excessives, sans le ton respectueux que l'on redoute dans ce centre d'exercice. Le témoignage fait mou­che.

Loin des facilités de l'hagiogra­phie, les défauts mêmes du «grand» homme, mort dans un accident de la route le 24 juin 1984, à cinquante-trois ans, sont analysés. Le plus souvent justifiées aussi avec humour, tendresse. Ainsi l'inimitable façon qu'avait Bernard Lambert d'empor­ter seul une adhésion... démocrati­que. De même les difficultés familiales, rarement absentes chez ceux qui sont souvent absents, sont évoquées avec pudeur.

Précurseur, Bernard Lambert le fut, lorsque député météore, le plus jeune à quelques mois près en novembre 1958, il proposa l'autodé­termination des habitants de l'Algé­rie. C'était le 9 juin 1959 et il ne pût terminer son discours devant l'Assemblée... Précurseur il l'était quand dès les années de formation au sein de la Jeunesse agricole Catholique (JAC), il insistait sur l'information, celle de la base pay­sanne, celle des journalistes, celle des autres catégories professionnelles.

Sortir l'agriculture de son corpo­ratisme ; faire alliance avec les ouvriers et les étudiants, que ce soit en mai 68 à Nantes, sur le Larzac, avec les Lip ; contester la dérive capitaliste de la coopération et du mutualisme ; autant de combats qui restent d'actualité. Sur le statut pay­san, sur la question foncière, sur la politique agricole commune et son cortège d'absurdités (comme la pou­dre de lait reconstituée pour nourrir les veaux), jusqu'à l'analyse du productivisme et de ses méfaits, il aura réfléchi, travaillé, proposé.

Ces parcours, Bernard Lambert les a découverts successivement. S'il était cohérent, le chemin n'était pas tracé d'avance, d'où d'inévitables contradictions. Il fut aussi souvent seul, devant les autres, ou plutôt un coup devant, un coup dans la coulisse. Figure de proue des paysans-travailleurs, après l'avoir été à la JAC, au CNJA, puis à la Fédération, régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, il dut convaincre son extrême gauche pour reconstruire l'unité de la gauche paysanne.img292

Photo étonnante que celle du bureau national de la JAC en 1957. Autour de Bernard Lambert on voit notamment Michel Debatisse, Ray­mond Lacombe, Lucien Douroux qui eux ont pris le chemin des insti­tutions. Dès cette époque, Bernard Lambert plaidait pour un syndica­lisme de personnes, par opposition aux groupes et aux produits. C'est cette conception du syndicalisme qui l'amènera à se dépenser dans une succession de luttes pour la défense de cas individuels, dans l'analyse desquels il puisait cepen­dant les outils de la théorisation.

1. Editions La Digitale (Baye, 29130 Quimperlé), 284 pages, 120 F.

Préface de Bernard Thareau

JACQUES GRALL

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Plaquette de lancement du livre

Bernard LAMBERT est décédé en juin 1984. Quelques-uns de ses amis ont décidé de sauvegarder sa mémoire et la mémoire collective de tous ceux qui ont partagé ses combats, en créant l'association « Bernard Lambert ». img290

Depuis fin 1985, un collectif de rédaction réunissant des cher­cheurs et des syndicalistes de la région nantaise a entrepris la rédaction d'un ouvrage qui, à travers sa biographie, retrace de façon à la fois précise et vivante une trentaine d'années de l'histoire récente du monde agricole : de la J.A.C. des années 50 à la Confédération Paysanne des années 80, du M.R.P. au P.S.U. de la guerre d'Algérie de la dénonciation des veaux aux hormones... en passant par les grandes heures de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, la « commune de Nantes » de 68, la marche sur le Larzac de 73, la présidence de la SICA de Challans... c'est toute la vie agricole, mais aussi sociale et politique d'un tiers de siècle qui est évoquée.

En confiant la mise au point définitive de la rédaction à un journaliste, Yves Chavagne, les auteurs ont voulu faire un livre sérieux qui dépasse les 300 pages) mais facile et agréable à lire. Les 16 pages de photos qui l'illustrent en font un document attachant.

L'ouvrage est publié par les éditions La Digitale de Quimperlé [...]. Il paraîtra début novembre 1988.

Le collectif de rédaction :

Paul Bonhomeau, Joseph Bourgeais. René Bourrigaud, Jean Cadiot, Joseph Chevalier, Nicole Croix, Marie-Paule Lambert, Médard Lebot, René Philippot.

Préface de Bernard Thareau.

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« LES PAYSANS DANS LA LUTTE Des CLAssES » img285

extraits

Page 122.

Risques de technocratie.

La tentation technocratique n'est pas l'apanage des seuls techniciens. Beaucoup de responsables professionnels y succombent (et tous les techniciens ne sont pas technocrates). Malgré les efforts et les moyens mis en oeuvre pour informer, le contre-plan reste le plus souvent étranger, voire incompréhensible, pour la plupart des paysans exploités. Souvent, il est inopérant : les échelons nationaux du syndicalisme agricole ont toujours dénaturé la signification politique des projets; ils y opposent une des forces parmi les plus difficiles à vaincre : la force d'inertie.

Quant aux pouvoirs publics, sachant que la masse agricole n'est pas informée, ils ont beau jeu d'ignorer les problèmes posés, ou de créer des commissions pour occuper les responsables à enterrer le tout. De plus, le langage utilisé contribue à isoler les paysans. Souvent, il est difficile à comprendre, éloigné des difficultés quotidiennement ressenties. Il crée à la base un sentiment d'infériorité plus qu'il n'engage au combat. […]

Page 129.

Renforcer la conscience collective.

Ces perspectives pourront paraître anarchistes à certains. D'autres les qualifieront d'utopistes : lutter à la base contre les cumuls ? Les paysans eux-mêmes refuseront et condamneront l'action. Regardons-y de plus près.

Les paysans sont parfaitement capables de se retrouver, à l'échelon de la commune ou du quartier, chez l'un d'entre eux, pour discuter de leurs problèmes, des évolutions qui seraient nécessaires dans une perspective de justice sans tenir compte des critères légalistes et capitalistes. Un travail de ce genre représente sans doute l'action la plus importante du syndicalisme et des animateurs de développement.

Pourquoi ne pas examiner alors ce que devrait être la destination des terres qui seront disponibles dans les cinq ou dix ans ? A qui devraient aller ces terres, compte tenu des besoins, et en dehors des spéculations ? Quel devrait en être le prix, compte tenu de leur valeur et des revenus possibles ? La destination la plus souhaitable ne serait pas forcément agricole. Les besoins d'urbanisation, d'industrialisation, de circulation, de reboisement pourraient être pris en compte et donner lieu à discussion avec les ouvriers, les élus municipaux par exemple. Tout le jeu des spéculateurs consiste à susciter des réactions individuelles, à dresser les travailleurs les uns contre les autres en évitant toute forme de concertation. Collectivement, les paysans concernés par le sol auront des réactions différentes.manif_agricole

Beaucoup de départements, à partir de réunions de ce genre, ont mis au point le répertoire des exploitations (superficie, types de productions, âge de l'exploitant, reprise assurée ou non, etc.). Beaucoup de communes ont réalisé, à l'occasion du remembrement, le classement et la répartition des terres en employant cette méthode. Lorsqu'un remembrement est réalisé de manière autoritaire, avec consultation individuelle des intéressés, chacun a l'impression d'être lésé par le géomètre ou ses voisins; la délibération collective crée un autre climat et aboutit à plus de justice.

Sans attendre les pouvoirs publics, les paysans peuvent mettre au point leur plan d'occupation des sols. Beaucoup de heurts entre voisins au moment des ventes ou des locations seraient évités grâce à ce travail préalable. Ainsi, l'action collective en cas de surenchère ou de cumuls, serait l'action de tout le groupe qui interviendrait pour faire appliquer ses propres décisions.

Cette méthode de travail peut tout aussi bien s'appliquer à d'autres domaines : commercialisation, prix des fermages, contrats, action contre un intégrateur, etc. Il n'est pas normal de faire appel aux paysans pour agir sans leur avoir permis de participer à l'étude, à la réflexion à partir de leurs propres difficultés quotidiennes. Il ne faudrait toutefois pas en rester à ce stade. Les décisions qui déterminent le revenu, l'avenir des agriculteurs se prennent aussi à Paris, à Bruxelles, à Genève également dans le cadre du G.A.T.T. [actuellement O.M.C.,note de l’auteur du blog]. II importe d'agir pour que constamment l'action de base soit liée à l'action globale et inversement.

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05.05.08

Benjamin Péret

Benjamin Péret

Vers 1972 un professeur d’allemand du lycée de La Celle-Saint-Cloud (78), M. Voldoire, me passa un petit livre écrit par le poète Benjamin Péret. Dans un carnet, je retrouve quelques notes.

Biographie de Benjamin Péret :

1899. Naissance

v 1919. Participe au mouvement surréaliste

1936. Fait la guerre d’Espagne contre Franco

1939. Mobilisé, incarcéré à Rennes par les nazis pour activités politiques, il part pour le Mexique jusqu’en 1948

1959. Décès

Benjamin Péret, Le déshonneur des poètes, précédé de La parole est à Péret,

J.J. Pauvert éditeur, collection Liberté (23). 

La parole est À Péret (extraits) 

La société capitaliste cherche à ramener les hommes à une époque antérieure à la poésie. Pour ces hommes la poésie perd finalement toute expression, toute signification. Il ne leur reste plus que le langage.

De nos jours et dans les sociétés les plus évoluées, il serait aisé de voir se reconstituer sous nos yeux le langage poétique, non dans les couches supérieures, mais parmi les parias et les hors-la-loi : l’argot. Il révèle chez les masses populaires qui le créent et l’utilisent un besoin inconscient de poésie que ne satisfait plus la langue des autres classes et une hostilité élémentaire et latente contre ces classes.

L’homme des anciens âges ne sait penser que sur le mode poétique, surréalistement. Il pénètre peut-être plus profondément en lui-même et dans la nature que le penseur rationaliste.

Il faut réduire une fois pour toutes l’opposition entre pensée poétique et pensée « logique ».

Un siècle avant Freud, Goethe confirme l’intuition populaire qui voit dans les poètes les précurseurs des savants.

Le merveilleux est partout, dissimulé aux regards du vulgaire, mais prêt à éclater, comme une bombe à retardement.

Le merveilleux est, devrait être la vie même, à condition cependant de ne pas rendre cette vie délibérément sordide comme s’y ingénie cette société avec son école, sa religion, ses tribunaux, ses guerres, ses occupations et libérations, ses camps de concentration et son horrible misère matérielle et intellectuelle.

Enfin si la religion réussit à subsister c’est parce qu’elle continue tant bien que mal à satisfaire à des tarifs d’Uniprix un besoin de merveilleux que les masses conservent dans les plis les plus profonds de leur être.

On assiste à des courants athées qui canalisent les tendances religieuses tels Hitler et Staline qui sont divinisés.

Le déshonneur des poétes (extraits)

La poésie est le véritable souffle de l’homme, la source de toute connaissance. En elle se condense toute la vie spirituelle de l’humanité.

Divinité aux mille visages, omniprésente. Elle bouillonne dans le récit mythique de l’Esquimau, éclate dans la lettre d’amour, mitraille le peloton d’exécution qui fusille l’ouvrier exhalant un dernier soupir de révolution sociale, donc de liberté, étincelle dans la découverte du savant […].

Ses innombrables détracteurs, vrais et faux prêtres, plus hypocrites que les sacerdoces de toutes les