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09.01.10

Jacqueline CHABBI, Le Coran décrypté

 

Jacqueline CHABBI

Le Coran décrypté, figures bibliques en Arabie

Bibliothèque de culture religieuse, Fayard 2008

 

Note de LECTURE

 

Voici une lecture indispensable si on veut faire un bon cours sur l’islam (5me, 2de). J’appelle « bon cours », un cours qui ne "pompe" pas sur les manuels scolaires, qui sorte de la doxa routinière impulsée par le ministère, la plupart des collègues, les inspecteurs et la très corporatiste revue Historiens et Géographes.

J’ai déjà fait une chronique sur le livre du même auteur intitulé Mahomet seigneur des tribus.

http://lyceesrp.canalblog.com/archives/2007/12/13/7243594.html

Celui-ci est plus facile à lire.

 

Page 26, l’auteure nous rappelle que sur les débuts de l’islam il n’existe aucun document archéologique, ni Pierre de Rosette, ni tumulus, ni tablette d’argile. Rien que des mots. L’historien travaillera donc différemment que s’il étudiait les débuts du judaïsme ou du christianisme. Information utile pour les élèves.

 

Page 33.

« Pourtant, si le texte du Coran paraît assez vite stabilisé, probablement à la fin du 1er siècle musulman (VIIe s. apr. J.-C.) soit environ trois quarts de siècle après la mort présumée de Mahomet et, certainement plus tard, en tous cas, que l’affirme la tradition musulmane » […].

Jacqueline Chabbi parle ensuite des mutazilites, savants des IXe et Xe s. qui écartaient les hadiths au profit du Coran. Mais ce courant fut marginalisé car trop intellectuel pour la plupart des gens. Les mutazilites aimaient raisonner et cela plait rarement.

« Ce furent les partisans de la double référence au Coran et aux hadiths qui l’emporteront, vraisemblablement dans la mesure où ils semblaient apporter réponse à tout, sans débat excessif ».

 

Page 35.

« On peut penser cependant que c’est le texte du Coran qui appartient à la couche narrative globalement la plus ancienne et la plus proche du substrat proprement arabe ».

« L’énigme demeure donc, jusqu’à nouvel ordre, des conditions précises de la mise par écrit du Coran même si les raisons qui firent aboutir le processus ont une chance de s’expliquer dans le contexte impérial ommeyade face à Byzance ».

Ceci également peut être expliqué aux élèves.

 

Page 43.

Mahomet appartenait au clan des Hachem, lui-même partie de la tribu des Quraysh, maîtresse de la Mekke. Mais alors que la plupart des qurayshites s’enrichissaient avec le commerce caravanier au long cours, les membres du clan de Hachem restaient liés à l’entretien du « temple » et au pèlerinage local. D’où une dégradation de leur statut social.

Pour l’auteur, le toponyme La Mekke a un sens de « lieu sacré », « enclos sacré », « gardien du puit » (il s’agit du puit de Zem Zem).

 

Page 110.

[Au début] « Mahomet n’est encore ni transmetteur attitré, ni prophète. Il est simplement désigné comme « votre compagnon » […], Coran LXXXI, 22, c’est-à-dire, en contexte local, l’homme qui appartient à la même tribu que vous, les Qoraysh de La Mekke.

Bien que défavorisé de naissance, puisque orphelin de père (Coran XCIII) Mahomet était membre à part entière d’un "clan familial" au sein de cette tribu. »

 

Page 112.

« Le discours qui est tenu par Mahomet se définit d’emblée comme étant d’"avertissement" (indhâr). Il s’agit de prévenir la tribu d’un danger imminent » (ils doivent réformer leur code moral].

 

Jacqueline Chabbi insiste sur le mauvais accueil que les idées de Mahomet reçurent à La Mekke au début de sa prédication. Elle fait sans doute allusion au monothéisme, à sa critique du tribalisme, à sa critique des richesses, à sa volonté d’émanciper les femmes.

 

Page 156. « Nul n’est avertisseur en son pays ? L’adage qui se dit habituellement des prophètes pourrait s’appliquer parfaitement à cette surdité collective de la tribu mekkoise. » Elle explique ensuite que contrairement à un cliché répandu les hommes du désert ne sont nullement portés a priori vers le divin car leur vie quotidienne est trop dure, les taches de survie les absorbent totalement.

« Ainsi, la démarche initiale de Mahomet s’est-elle opposée sur ce plan, de façon frontale, aux réflexes culturels des hommes de son monde. Contre son innovation inouïe, le texte coranique rappelle comme en écho la doctrine des hommes de la tribu : "[C’est] la voie suivie par nos pères [et nulle autre qu’il faut suivre] " […] Coran, XXXI, 316.

Dans le monde largement endogène où il vivait, il fallut que l’homme Mahomet fût vraiment à bout de ressources face aux siens pour abandonner ainsi la voie commune et se tourner, contre toute raison tribale, vers des histoires d’autres qui n’étaient pas apparentés au peuple de La Mekke. » Elle fait allusion aux références bibliques omniprésentes dans le Coran.

L’enseignant d’histoire devra insister sur ces références, donner des exemples et insister sur la proximité entre judaïsme et islam. Car le but du cours est de lutter contre l’intégrisme, le traditionalisme et la xénophobie.

 

Page 402, Jacqueline Chabbi, victime d’attaques de la part de fanatiques, précise en conclusion, le sens de son travail :

« Lorsque l’on se trouve en face du texte sacré d’une religion vivante, texte qui a été et demeure porteur d’enjeux de toute sorte, il importe que les hommes sachent que d’autres, avant eux, ont pu vivre leur religion, d’une façon aussi authentique qu’eux-mêmes, mais à leur manière et fonction des contraintes particulières de la société dans laquelle ils vivaient.

[…] Qu’on le sache, il n’est nul retour en arrière, sinon dans le mythe ».

 

Bref, un livre qui encouragera les enseignants à sortir de la routine.

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