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09.02.08

Notes, bac, vie au lycée

En 2003, Luc Ferry ministre de l'Educ-Nat lança un grand débat dans les établissements scolaires pour recueillir les propositions permettant d'améliorer le système. Les discussions entre professeurs, lycéens, parents et administration furent intenses et passionnantes.

Hélas il y eut peu de résultats concrets. Beaucoup d'enthousiasmes et d'initiatives retombèrent. Un instant ébranlé, le conservatisme (directions syndicales, administration, peur et ignorance des élèves et des parents, certitude qu’en France tout est mieux qu’à l’étranger) reprit le dessus.

Je reproduis ici le compte-rendu d'une des commissions qui travailla au lycée de Magnanville (à côté de Mantes-la-Jolie, 78).

Je ne cite pas les noms des collègues qui rédigèrent et signèrent ce compte-rendu.

Compte rendu du dÉbat du 16/11/2003

Question 09 : Quelles doivent être les fonctions et les modalités de l'évaluation des élèves, de la notation et des examens ? 

I)  Faut-il rétablir les félicitations et les encouragements du conseil de classe ?

·   Pour:

Les félicitations permettent d'encourager les meilleurs.

Les encouragements permettent de valoriser les efforts fournis (travail et/ou comportement) et de compenser les notes brutes.

·   Contre :

C'est inutile : l'appréciation au bas du bulletin résume l'ensemble.

Le système des félicitations renforce le poids déjà trop grand de la note.

Ce système peut provoquer des drames familiaux quand, par exemple, un élève a obtenu les félicitations au premier trimestre, mais pas au deuxième.

La note est un élément très lisible par les parents, plus lisible qu'un livret d'objectifs. Elle permet de voir immédiatement s'il y a problème ou pas. C'est un indicateur important.

·    Inconvénients

La note est un élément parfaitement subjectif qui renvoie à la grille d'évaluation de celui qui la met. Elle n'est pas comparable entre professeurs, entre disciplines... (Que signifie un 5 quand la moyenne de classe est de 6 ? Que signifie un 19 quand la moyenne de classe est 18 ?). Le problème, c'est que malgré cela, c'est la note qui détermine pour une grande part l'orientation. Cela entraîne entre autres que les élèves sélectionnent des matières « phare ».

D'après une étude de l'OCDE, le système de notation français est à l'origine de résultats médiocres. S'ils ne sont pas sûrs de leur réponse, les élèves préfèrent ne pas répondre de peur d'être sanctionnés.

La note et la moyenne sont des bilans qui ne montrent pas précisément quelles connaissances et compétences ont été acquises.

La note ne mesure pas que les acquis, mais aussi le rythme (certains élèves savent faire, mais n'ont pas le temps de finir).

Les élèves travaillent dans des cadres trop imposés ; ils n'ont pas souvent l'occasion de faire des choix, de faire valoir ce qui les intéresse.

·   Propositions 

-  Les appréciations doivent soulever (et non sanctionner) les erreurs et expliquer ce qui est à revoir.

Des bulletins plus complets, comportant davantage de rubriques (conseils pour progresser par exemple) ont déjà été expérimentés, mais pas généralisés. C'est dommage.

Mieux former les enseignants à l'évaluation.

Compléter la note d'une grille d'objectifs, indiquant si ces objectifs ont ou non été atteints.

Ne pas faire les contrôles juste après un nouvel apprentissage, niais laisser le temps de la maturation.

Ne pas faire que des évaluations-bilan, mais aussi des évaluations en cours d'apprentissage, permettant à l'élève de repérer ses difficultés et d'y remédier.

L'enseignant doit réinvestir régulièrement les acquis antérieurs pour que les élèves ne les oublient pas.

Faire des évaluations plus fréquentes. Cette proposition ne fait pas l'unanimité. D'une part, cela oblige l'élève à apprendre régulièrement. Mais cela n'est-il pas une routine d'assistanat, n'aidant pas l'élève à devenir autonome dans son travail personnel ?

Dans d'autres pays (Italie par exemple), les notes n‘interviennent qu'assez tard dans la scolarité (vers l'âge de 12 ans). Avant cela, on se contente d'appréciations en termes de compétences acquises.

Les professeurs devraient tenir davantage compte des périodes de fatigue des élèves (fin de trimestre par exemple) et éviter de multiplier les évaluations à ces périodes-là.

3)  Le baccalauréat

Le bac pilote par l'aval les pratiques d'évaluation en lycée. Un baccalauréat plus «intelligent», mesurant davantage la culture générale et centré autant sur des compétences que sur des connaissances, permettrait de faire évoluer les pratiques.

4)  Le contrôle continu au baccalauréat

· Remarques :

- Le brevet des collèges intègre déjà une part de contrôle continu. Dans l'enseignement agricole, le contrôle continu donne satisfaction.

-   Au baccalauréat, l'EPS est déjà évaluée en contrôle continu.

·   Pour

Le contrôle continu permet de valoriser le travail régulier tout au long de l'année.

II donnerait plus de poids au professeur.

Cela allégerait l'organisation très lourde du baccalauréat, surtout que le bac ne fait généralement que confirmer les résultats sur l'année à l'exception de quelques accidents qui pourraient ainsi être évités.

·   Contre

- Si on évalue nos propres élèves, sera-t-on véritablement équitable ? Saura-t-on oublier tout ce qu'on sait de leur vie ?

Cela risquerait d'engendrer des pressions de la part des familles sur les professeurs.

L'anonymat et la correction par des personnes extérieures permet de garantir un caractère « national » à l'examen, qui risquerait sinon d’être dévalué suivant l'établissement dont on provient.

·    Proposition 

Sans remplacer le baccalauréat par du contrôle continu, on pourrait imaginer d'augmenter la part du contrôle continu dans cet examen.

Question 17 : comment améliorer la qualité de la vie des élèves à l'école ?

I)   L'emploi du temps et les exigences scolaires (en comparaison avec d’autres systèmes européens)

·   L'emploi du temps des élèves français est très chargé, trop lourd, ce qui n'est pas forcément un gage d'efficacité. Dans d'autres pays, les élèves ont moins d'heures de cours, sans pour autant avoir un niveau inférieur. La longueur des journées au lycée laisse peu de temps à l'autonomie et au travail personnel. En France, il y a une exigence d'organisation, de structure. Tout est basé sur le plan.

·   Se pose aussi la question des options. Les classes où se trouvent des élèves n'ayant pas choisi les mêmes options ont généralement des emplois du temps « gruyère ». Dans d'autres pays, les élèves sont regroupés par option. Le fait de brasser les options dans une même classe permet de déjouer l'existence de classes d'élite (certaines familles choisissent pour leur enfant certaines options (allemand LV1 ou latin..) pour être certains que leur enfant soit dans une « bonne classe ». Le problème est surtout dû au fait que les emplois du temps des professeurs sont prioritaires sur ceux des élèves, ce qui rend impossible les alignements d'option.

·   Lorsque les établissements créent des classes de niveau, généralement les meilleurs professeurs s'occupent de la meilleure classe, ce qui ne fait que renforcer les écarts.

2) Liberté et autonomie laissées aux élèves dans l'établissement

Des élèves de Terminale regrettent de ne pas avoir le droit de sortir du lycée pendant leurs heures de trou. Ils estiment que cela ne les prépare pas à la grande liberté, sans contrôle, à laquelle ils seront confrontés à l'université. Ils souhaitent s'autogérer et non être gérés.

Le proviseur leur oppose le problème de la judiciarisation de la fonction de chef d'établissement, et de sa responsabilité d'encadrement d'élèves dont la plupart sont mineurs.

Les enseignants ne voient pas comment proposer un encadrement éducatif à des élèves qui seraient sortis de l'établissement et conseillent plutôt aux élèves de profiter de leurs heures libres pour monter des projets, prendre des responsabilités.

C'est au moment des petites vacances que les élèves ont l'occasion de tester leur gestion du temps libre (s'organisent-ils correctement pour faire leurs devoirs? arrivent-ils à conjuguer travail, loisirs et repos ?)

Cette discussion débouche également sur un débat autour de l'orientation. En effet, c'est ce qu'on trouve à la fac qui va faire qu'on y reste. Cette motivation permettra justement de dépasser la question du contrôle d'assiduité.

Or plusieurs élèves de Terminale ne savent pas encore ce qu'ils veulent faire et ont besoin de plus d'informations. Ils souhaiteraient que l'ensemble des enseignants s'investisse davantage sur ce terrain.

La spécialisation précoce ferme des portes. En fait, le travail sur l'éducation au choix, l'orientation et le projet professionnel devrait être mis en place et suivi dès la 4me. Mais les conseillers d'orientation sont en sous-effectif et ne peuvent remplir correctement leur mission d'accompagnement auprès de tous les élèves.

Parallèlement, il faudrait que les élèves consacrent 10 % de leur temps libre à leur recherche d'orientation. Ce devrait être leur prise de responsabilité prioritaire.

Fait le 20/12/2003

Mmes X et Y



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