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17.01.12

L’Evangile selon saint Mathieu


Pasolini : L’Evangile selon saint Mathieu, film.

 


Je retrouve dans mes affaires une vieille cassette vidéo sur un film de Pasolini tourné en 1964 : L’Evangile selon saint Mathieu.

Je me souviens avoir voulu l’utiliser en classe dans le cours sur la naissance du christianisme (6me, 2de). L’ai-je fait ? Je ne m’en souviens plus.

L’avantage était de rompre la tonalité trop scolaire de ce cours pour passionner les élèves, pour rendre ce sujet – forcément complexe - plus humain. C’est tout le problème des cours d’histoire qui sont trop austères, comme si c’était un gage de rigueur intellectuelle. Mais cette rigueur n’est-elle pas fictive ? Les profs ne sont-ils toujours très indulgents avec les politiciens et les institutions ? Le cours sur la naissance du judaïsme est lui aussi devenu ennuyeux parce que trop souvent mal enseigné, sans passion, ce qui n’exclue nullement la rigueur intellectuelle. C’est tout le problème des rapports entre subjectivité et objectivité, problème philosophique sur lequel les enseignants sont mal formés, trop scientistes, trop positivistes. Cela résulte peut-être également de leur formation intellectuelle insuffisante. Comme s’ils avaient peur de s’engager. C’est le résultat de valeurs républicaines et laïques devenues dogmatiques, rigides.

 

J’avais commencé à m’intéresser à ce film dans les années 1970 parce qu’il me paraissait contestataire. Parce que je m’intéressais à l’histoire du cinéma, des films noir et blanc. Influence des cours dispensés par Henri Langlois à la Cinémathèque de Chaillot.

 

Il s’ouvre sur un gospel américain qui chante les espoirs et la douleur du peuple noir opprimé. Cela donne de la force au film. C’est l’époque du mouvement des droits civiques aux States. L. B. Johnson qui succède à JFK en 1963 fait une politique sociale très à gauche.

A d’autres moments, le film contient de la musique classique. Il y a aussi beaucoup de silences.

Le noir et blanc n’enlève aucune force et ne fait pas « vieillir » le film. Une belle lumière claire est portée sur les arbres dans la scène du désert. Le noir et blanc permet de mettre en valeur des paysages rocailleux qu’on imagine siciliens et caniculaires.

 

Chez Pasolini le peuple occupe la place essentielle. Trognes tordues, vieilles femmes édentées. Respect de l’humain, humanisme. Lorsque les pêcheurs rencontrent Jésus, ils courent  d’enthousiasme sur la plage, surtout Jean qui deviendra le disciple préféré.

Par contre la hiérarchie religieuse est ridiculisée avec ses hauts couvre-chefs tronconiques.

Dans de nombreuses scènes, les personnages ont des figures étonnées lorsqu’ils écoutent Jésus, ils sont déphasés, dérangés dans leurs habitudes, il les déstabilise.


Eloge des petits enfants

Extrême jeunesse de Marie, représentée comme une adolescente, ce qu’elle était en réalité car elle a vécu très longtemps après la crucifixion de Jésus.

Au début du film le Christ bambino court et trottine, joyeux. Tout au long du film, Pasolini nous montre beaucoup de cris et courses d’enfants.


Jésus est montré non comme une icône fadasse, mièvre et mollassonne, mais comme un homme de caractère, un point de vue affirmé.

Il convient que nous accomplissions toute justice, explique-t-il.

L’esprit de ce peuple s’est épaissi.

Publicains et prostituées seront avant vous au royaume des cieux.

Il a du caractère, se fâche, pleure. Dans la scène des marchands du temple, il court, furax, renverse les étals et ses vêtements flottent derrière lui tellement il marche à grandes enjambées.

Tu n’auras plus jamais de fruits, dit-il au figuier, à la fin.

Jean-Baptiste aussi insulte les gens : race de vipères !





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Beauté de la langue italienne. C’est l’avantage des films en version originale, de plus en plus rares à la TV hélas. Le doublage est un massacre, un enfermement culturel, un effet de la course à l’audience et à l’argent.


Sur l’évangile de « saint Pasolini, » voir une analyse détaillée :

http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_evangile.htm


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