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08.11.09

Du voile, de l’antiquité à l’Islam

GENOT-BISMUTH Jacqueline-Lise (professeur à Paris III) et DGHIM Chiheb (diplômé en études arabes de l’université de Sousse, Tunisie),

Du voile, de l’antiquité à l’Islam,

Editions de Paris 2003 

NOTE DE LECTURE

genotLa maquette et la mise en page très embrouillées de ce livre n’en facilitent pas la lecture. Néanmoins on y déniche des analyses pleines de rigueur et de bon sens.

Les auteurs mènent une enquête à la fois historique, archéologique, ethnologique et religieuse sur le trop fameux voile pseudo-islamique. Après avoir refermé le bouquin, on reste pantois. Comment les partisans du voile font-ils pour déformer et trahir à ce point le message coranique ?

Les auteurs commencent par décrire le voile dans les anciennes sociétés méditerranéennes et arabes: à quoi il ressemblait, comment il était porté, les différentes sortes etc. Pour cela, ils utilisent les documents antiques : bas-reliefs, textes etc.

Ensuite ils passent à l’étude rigoureuse du Coran et des hadiths.

Ils notent que le hijeb (voile) n’est cité dans le Coran que rarement : « sept fois, juste sept et la seule fois  où l’emploi est en rapport avec les femmes, ce sont celles de prophète » (page 25).

« Burka » est un mot perse et non pas arabe. Ce n’est pas un mot du Coran (p. 26). Celui-ci parle d’un autre voile, le jilbab (pp 28 et 108), grand vêtement de forme vague et enveloppant répandu dans l’Orient antique (un peu comme le sari de l’Inde). C’est ce grand voile blanc que les Tunisiennes portaient encore il y a une vingtaine d’années, avant que le hijab moyen-oriental ne vienne véritablement coloniser le Maghreb, évinçant de la sorte les traditions nationales.

Quant au khimar, c’est une étoffe que la femme se met sur la tête (page 139).

Pages 108 et 111. Ce que dit le Coran, si on en fait une lecture rigoureuse et prosaïque est simple : les femmes de la famille de Mahomet doivent ramener sur elles un pan de leur jilbab, comme cela elles seront reconnues par tous - même la nuit - et éviteront d’être offensées.

Al Kurtubi ( = Le Cordouan), commentateur du Xe siècle écrit dans son ouvrage « Le collecteur de la loi du Coran », édité au Caire en 1935 et 1945 :

« L’usage des femmes arabes était d’être dévoilées et le visage découvert pour attirer le regard des hommes. L’Envoyé d’Allah leur a ordonné de ramener leur khimar sur leur poitrine quand elles allaient dehors pour leurs besoins. Elles faisaient leurs besoins en plein désert avant que les latrines soient en usage. Elles portaient le khimar pour se distinguer des esclaves ou des servantes. La femme croyante, avant que ce verset-signe ne soit donné, allait dehors pour ses besoins et se faisait assaillir par des voyous qui la prenaient pour une esclave. Elles allèrent se plaindre au Prophète et ce verset lui fut donné ».

Ici le mot « Croyantes » n’est pas clair : il semble désigner les femmes de prophètes (en général) ou les femmes du Prophète (Mahomet).

Page 105. Un autre commentateur, Al-Bukhari, nous livre le hadith suivant :

«  Far’a ibn Abi al Maghra nous a rapporté que ‘Ali ibn Mushar lui a rapporté, le tenant d’Hisham son père, le tenant de Aïcha : Elle a dit : Saouda, fille de Zam’a est sortie dehors la nuit. Omar [qui sera le deuxième calife] l’a vue et l’a reconnue et lui a dit : Sa’ouda ! tu ne peux pas être cachée par Allah ! Elle est allée voir le Prophète et lui a raconté ce qui s’était passé. Il était dans ma chambre en train de dîner. Ses mains se couvrirent de sueur. Un signe lui fut donné qui disait : Allah vous ordonne de sortir dehors pour vos besoins ».

(Edition de Beyrouth 2001, 984).

Fakhr al Din Razi, théologien et philosophe perse originaire du Tabaristan (1149-1209), écrit dans son livre Mafatih al-ghayb (Les Clefs de l’Etrange) XXV 231 : « L’exégèse en dit : les femmes dans les temps de la Jahiliya rejetaient leur khimar vers l’arrière, dégageant leur cou et leurs colliers. On leur ordonna de le ramener sur le devant [la poitrine] pour couvrir leur cou, leurs colliers et tout jusqu’au menton ».

Page 139.

Othman Belkhodja, professeur de théologie de la première classe, sheikh de l’université de la Zitouna. En poste entre 1920 et 1930.

Consultation sur le voile.

« D’après le sens du texte, il est recommandé à la femme de ne se montrer en public qu’avec un vêtement qui lui couvre la poitrine. […] Expliquer le mot khimar comme un voile constitue un contre-sens parce que en langue arabe, le voile qui couvre le visage s’appelle burko et le Coran n’a jamais utilisé ce terme. […]

Ce qui n’est pas permis, c’est qu’elle laisse apparents des vêtements plus intimes qui pourraient éveiller le sens de l’homme […]. Toute autre interprétation voulant que l’interdiction concerne le visage et les mains n’est qu’une déformation du sens du texte.

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J’ai reçu le commentaire suivant :

Du Voile

Suite à votre note de lecture sur le livre concernant le voile, voici la traduction d'un extrait du livre "Islam and Gender" (je viens de traduire ce livre en ourdou) de Riffat Hassan, universitaire pakistanaise anciennement professeur de la civilisation islamique à l'Université de Texas à Houston aux USA :


"C’est malheureux que les vrais mobiles des prescriptions coraniques concernant les femmes n’aient pas été pris en compte dans les sociétés musulmanes. Au lieu d’être considérés comme des êtres mentalement et moralement capables de faire les bons choix en ce qui concerne la conduite à tenir, les femmes sont vues comme des créatures moralement déficientes sur lesquelles un code de conduite doit être imposé.

Non content de « l’habit externe » prescrit par le Coran pour les femmes dans un contexte culturel précis, certains musulmans conservateurs (aussi bien des hommes que des femmes) mettent de la pression sur les femmes de se couvrir de la tête aux pieds laissant seulement le visage et les mains découverts. D’aucun sont allés encore plus loin en stipulant que le visage également (à l’exception des yeux) doit être couvert. Le coran n’a jamais décrété ce genre d’hijab. Ce type d’hijab n’existait pas à l’époque du prophète. Un tel hijab est étranger également à la société urbaine au Pakistan. Concernant l’hijab couvrant le visage, le Docteur Fathi Osman (Egypte) a fait cette remarque pertinente : 'Pendant le pèlerinage (à la Mecque) que un très grand nombre de femmes et d’hommes effectuent ensemble, les femmes ne se couvrent pas le visage' »

Hidayat Hussain

21.07.09

Un racisme à peine voilé

affiche_foulard_2009_2_pfUN RACISME A PEINE VOILÉ

Film réalisé par Jérôme HOST, 75 min, 2004

Le film "Un racisme à peine voilé" tente de "dévoiler" ce qui se cache derrière l'exclusion des filles qui portent le foulard à l'école.

Comment les considérer comme des « victimes » tout en réclamant pour elles des sanctions ?! La critique nécessaire des religions ne peut se faire au mépris des individus.

Bourdieu 1989 : « La question patente - faut-il accepter à l'école le port du voile ? occulte la question latente - faut-il ou non accepter en France les immigrés d'origine nord-africaine ? »

Christine DELPHY : « C’est un panneau dans lequel beaucoup de féministes sont tombé(e)s cette demande de répression envers les femmes. Pas seulement celui-là, mais aussi le panneau de favoriser le symbole au détriment de la réalité. […] Des symboles, il y en a à la pelle, et celui-là ne me dérange pas plus que les autres. […]. Ce qui nous dérange vraiment c’est d’être payées 25% de moins que les hommes, de se taper 80% du travail domestique, c’est d’être achetées et vendues comme des marchandises, c’est d’être battues, c’est d’être tuées… »

Liste des points de vente du film http://www.hprod.org/points_vente.html

NOUVELLE EDITION DVD A PARTIR DE SEPTEMBRE 2009

Sur Christine Delphy :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Christine_Delphy

http://marginaliavincenzaperilli.blogspot.com/2007/03/christine-dephy-una-scheda-bio.html

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_35_idc_192_lettre_D-Delphy-Christine.html



21.06.09

Articles sur le voile pseudo-islamique

Collectif Les mots sont importants

http://lmsi.net/

Articles sur le voile pseudo-islamique

·         Pétition contre l’interdiction du voile à l’école

·         Projection du film Un racisme à peine voilé, samedi 7 mars 2009

·          La loi anti-foulard trois ans après : le bilan du point de vue des élèves,  2007

·         L’exclusion des « mamans voilées », de Montreuil à Echirolles (2004-2005) par Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian,  2006

·         Une victoire contre l’exclusion Des protestations convainquent une directrice d’ouvrir la fête de l’école à tous, 2005

·         La loi sur le voile, un an après : un bilan désastreux par Alima Boumedienne-Thiéry, Laurent Lévy, Pierre Tevanian, 2005

·         Exclusions au lycée Louise Michel de Bobigny , 2004

·         400 élèves de Bobigny signent une pétition contre l’exclusion de leurs camarades sikhs ,  2004

·         Charte des collectifs Une école pour tou-te-s / Contre les lois d’exclusion , 2004

·         Pas d’exclusions dans le 93 ! , 2004

·         Appel à manifester le samedi 14 février 2004 

·         Tract aux lycéen-ne-s et étudiant-e-s Contre la loi anti-foulard, 2004

·         Appel à la mobilisation,  2004

·         Communiqué du Collectif Une école pour tou-te-s / Contre les lois d’exclusion, 2004

·         Vous commencez à me gonfler Un enseignant "bouffeur de curé" contre l’exclusion par Janos Borovi, 2003

·         Ne nous trompons pas d’ennemis Lettre ouverte d’enseignants à leurs collègues du lycée Henri Wallon d’Aubervilliers, tentés par l’exclusion de leurs élèves voilées, 2003

·         Rassemblement de soutien à Alma et Lila Lévy Menacées d’exclusion pour simple port d’un foulard islamique, 2003

·         Le gouvernement se voile la face, par deux lycéennes, par Zahra Ali, Khadija Lahlali, 2003

palombella

01.03.09

Le hijab en France

La pratique du hijab en France

Prescription, transmission horizontale et dissidence

Auteur : Simone Tersigni

bandesvertes2

Publié dans le recueil La politisation du voile en France, en Europe et dans le monde arabe

Sous la direction de Françoise Lorcerie

2005

remarques personnelles sur cet article

Les jeunes musulmanes ne veulent pas abandonner la religion transmise par les parents. Ce phénomène n’est pas spécifique aux musulmans. Cf les loubavitchs.

Mais elles méprisent profondément les « superstitions » et la « superficialité » de leurs mères.

Avec la migration, les anciens cadres religieux du monde islamique ayant perdu leur position sociale et morale, ils ne peuvent plus contrôler ces jeunes filles, laissant le champ libre à leur adhésion volontaire à de fausses traditions réinventées.

Elles revendiquent une identité et une dignité culturelle à travers une religiosité d’allure « savante » et scripturaire. En réalité, elles connaissent très mal le Coran et ne savent pas l’interpréter. Cette idée d’une dignité revendiquée me semble importante. Evidemment, du point de vue de la tradition française, marquée par un anticléricalisme obsessionnel et l’athéisme, imprégné par l'adoration (archaïque) de 1789 et la lutte contre la dictature catholique d'antan, il est incongru que cette revendication individualiste s’exprime ainsi par le biais du religieux. Cela fait style «Moyen Age», c’est totalement et définitivement incompréhensible.

Et pourtant il ne s’agit pas d'un retour au Moyen Age. Il s'agit d'un mélange inextricable de Moyen Age et de modernité, une fusion. L’ancienne offensive des Lumières contre l’obscurantisme ne nous permet pas de comprendre les perturbations qu’apporte la mondialisation. En effet, ces jeunes femmes revendiquent le foulard au nom du principe moderne de l’épanouissement du sujet, chose paradoxale. Mais, encore une fois, les classifications d’autrefois (moderne/pas moderne etc.) sont dépassées. Tout se complique. Au lieu d’une droite ascendante allant du primitif au moderne, nous avons affaire à une étrange spirale. Une nouvelle géométrie de l’émancipation.

Dans cette expansion du voile, les figures de Tarik Ramadan et du docteur Abdallah (ex Thomas Milcent) jouent un rôle considérable par leur rayonnement charismatique. T. Ramadan présente bien, porte bien le costard, s’exprime en bon français et parle souvent du rôle important qu’a eue pour lui l’expérience migratoire. Pour son auditoire, cela augmente son audience, cela lui apporte du prestige. Malgré la confusion et la superficialité de sa pensée, il leur apparaît crédible. Il dit souvent « j’ai envie d’être le plus voyant », une attitude qui console et conforte les migrants se sentant exclus, une vengeance face à la discrimination réelle ou ressentie.

« Le hijab constitue pleinement une forme de tradition inventée » (p. 42). Voici une idée importante sur laquelle il faut insister : le hijab est étranger aux véritables traditions vestimentaires du Maghreb, il diffère totalement du voile traditionnel.

Le port du voile répond (ou est censé répondre) à des questions intimes angoissantes : comment ne pas trahir les valeurs parentales ? Si j’accepte la vie d’une femme moderne, ne suis–je pas en train d’assassiner mes parents ? Etre moderne pour une musulmane, n’est-ce pas un parricide ou un matricide ? Mes parents ne sont-ils pas des extra-terrestres ? Et en plus, moi l’ex colonisée, je vis dans l’ancienne métropole impériale. Questions bouleversantes.

Et comment vivre sa condition de minoritaire ? Ce n'est jamais facile.

Notons aussi que « l’obligation » du foulard est liée à la présence d’hommes. C'est un message à leur intention. Le foulard n'est donc pas une façon de se cacher, c'est même exactement le contraire, son but est d'attirer les regards.

Elles veulent poser la limite indépassable d’une différence. Elles ont peur d’une souillure, d’une pollution. Le hijab fait plus sérieux que la drogue.

Ce n’est pas tant l’adhésion à un système normatif religieux qu’une posture individualiste.

Il s’agit aussi de défendre l’identité d'un quartier mal vu.

Elles se coupent de la transmission maternelle (verticale) et préfèrent transmettre horizontalement avec des femmes de leur âge.

Elles s’imaginent libres mais peuvent se faire manipuler par les intégristes.

Elles désirent pouvoir pratiquer l’islam autant que les hommes, aller dans leurs lieux de culte. Elles veulent une autre répartition des tâches domestiques et une égale jouissance sexuelle. Cf le hadith « Donnez-leur [aux femmes] satisfaction car leur satisfaction est dans leur sexe ». L’orgasme doit être conjoint. Elles revendiquent de plus grandes salles de prière pour les femmes, la possibilité de faire de longues études, le droit de choisir leur conjoint. Une forme nouvelle, modeste, limitée et bizarre mais réelle de féminisme. Un féminisme de style arabe. Un féminisme décolonisé ?

Leur discours tente de contenir le sexisme interne au groupe tout en évitant les conflits avec les parents.

Bref, la mondialisation bouleverse les anciens repères.

03.01.09

Néo-communautarisme et citoyenneté

Gérard Raulet, Néo-communautarisme et citoyenneté

in Actuel Marx n°24, 1998 : Habermas une politique délibérative.

Extraits de l’article

Page 58.

Le républicanisme intransigeant n’est de toute évidence plus adapté à une société civile fortement différenciée, voire morcelée. De là à accepter la conclusion qu’en tirent les néo-communautaristes américains, - qui consciemment ou inconsciemment rejoignent Rousseau, pour qui la république démocratique n’était viable que pour les petits Etats -, il y a évidemment une marge qu’un Français ne peut que respecter : le modèle républicain a fonctionné dans une « grande » Nation et il aurait même pu fonctionner dans cette grande nation élargie à ses colonies. Dans une large mesure pourtant, l’atomisation de la société civile rend le modèle américain pertinent pour la problématique républicaine européenne en général et française en particulier – ce qui peut excuser l’actuelle fascination des philosophes allemands pour le débat américain sur le communautarisme et leur désintérêt pour celui qui agite la citoyenneté française et qui mérite pourtant d’être intégré dans la discussion, du fait même qu’il est mesure, si on le l’abandonne pas en route, d’engager une rénovation de la notion de la citoyenneté.

Le constat que dresse Michael J. Sandel, l’un des représentants du néo-communautarisme américain, rejoint en tous points celui que nous avons formulé à partir de l’exemple français. La conception américaine de la « république nationale » avec son patriotisme et son culte des vertus civiques, n’a pas résisté à l’hétérogénéité de la nation et a cédé la place à la conception libérale d’une « république procédurale » dans laquelle la procédure équitable remplace l’attachement à des valeurs et à des buts communs. On peut y voir, avec Rawls, le point le plus faible des théories libérales. Quoiqu’il en soit, l’un des mérites du « communautarisme » américain est d’avoir compris que le morcellement de la société ne doit pas être conçu comme un fléau moderne auquel il faudrait opposer la cohésion de la communauté, mais qu’il est aussi la condition sine qua non de la démocratie.

Page 60.

Cette conception procédurale ne rompt pas seulement avec les appartenances substantielles mais aussi et au premier chef avec le transcendantalisme d’une morale de type kantien, comme celle qui habite le républicanisme français.

Page 62.

Seule la différence est le « vecteur de la démocratie », c’est-à-dire que les oppositions, loin de disparaître, sont devenues le mode de fonctionnement « normal » de l’intégration.

Page 63.

A place des parlements et des partis, le citoyen fait appel, pour défendre sa liberté individuelle, aux tribunaux, aux administrations et ajouterons-nous, à des associations caractéristiques de la tendance à la tribalisation communautaire puisqu’elle sont crées dans le but exprès de faire valoir des différences.

Page 66.

Le patriotisme réside pour elle [la démarche néo-communautariste] plutôt dans la capacité du citoyen à « approuver la diversité sociale que dans le fait de jurer fidélité à une "République une et indivisible" ».

Page 67.

Qu’advient-il, objecte Brunkhorst, lorsqu’un groupe se refuse à soumettre sa position à toute justification par le débat ?

28.10.08

Engels et le voile islamique

Friedrich Engels 1873

Le programme des émigrés blanquistes de la Commune

[...] L'athéisme est une chose allant à peu près de soi dans les partis ouvriers européens, bien que dans certains pays il ait le même caractère que l'athéisme de ce bakouniniste espagnol qui a déclaré : "Croire en Dieu est contraire à tout socialisme, mais croire à la Sainte Vierge c'est différent, tout socialiste qui se respecte doit croire en elle." On peut même dire de la grande majorité des ouvriers sociaux-démocrates allemands que l'athéisme est pour eux une étape franchie ; cette définition purement négative ne leur est plus applicable, car ils s'opposent à la croyance en Dieu pratiquement et non plus théoriquement ; ils en ont fini avec Dieu, ils vivent et pensent dans le monde réel et c'est pour cela qu'ils sont matérialistes.

Il en va sans doute de même en France. Sinon, quoi de plus simple que de diffuser parmi les ouvriers l'excellente littérature matérialiste du siècle passé, littérature qui est jusqu'à présent, tant par la forme que par le contenu, un chef-d'œuvre de l'esprit français, et qui — compte tenu du niveau de la science à l'époque — est toujours infiniment élevée quant au contenu et d'une perfection incomparable quant à la forme.

Mais ce n'est pas à la convenance des blanquistes. Pour prouver qu'ils sont les plus radicaux de tous, ils abolissent Dieu par décret, comme en 1793 :

Que la Commune débarrasse à jamais l'humanité de ce spectre de ses misères passées (Dieu), "de cette cause" (Dieu inexistant serait une cause !), de ses misères présentes. Dans la Commune il n'y a pas de place pour le prêtre ; toute manifestation, toute organisation religieuse doit être proscrite.

Et cette exigence de transformer les gens en athées par ordre du mufti est signée par deux membres de la Commune qui ont certainement eu l'occasion de constater que, premièrement, on peut écrire autant d'ordres que l'on voudra sur le papier sans rien faire pour en assurer l'exécution et que, deuxièmement, les persécutions sont le meilleur moyen d'affermir des convictions indésirables ! Ce qui est certain, c'est que le seul service que l'on puisse rendre encore, de nos jours, à Dieu est de proclamer l'athéisme un symbole de foi coercitif et de surpasser les lois anticléricales de Bismarck sur le Kulturkampf, en prohibant la religion en général. [...]

F. Engels

Ecrit en juin 1873

Source :

http://www.marxists.org/francais/engels/works/1873/06/18730600.htm 

Vocabulaire

-          Bakounine (1814-1876) : anarchiste russe.

-         Blanqui (1805-1881) socialiste français selon qui une élite de militants purs te durs devait prendre le pouvoir par la force, sans s’occuper de l’avis des masses « attardées ». Marx et Engels combattent contre le blanquisme.

-          Commune de Paris : mouvement révolutionnaire français, à la fois républicain et socialiste. 1871.

-          Bismarck : homme d’Etat allemand (1815-1898), d’opinion conservatrice et Premier Ministre de l’empereur.

-          Kulturkampf : ensemble de mesures prises par Bismarck en 1871-1878 contre l’enseignement catholique, très influent au sud de l’empire, qui (selon lui) menaçaient l’unité nationale et l’autorité de l’Etat. Ces mesures furent un échec et ne firent que renforcer les catholiques allemands du parti centriste.

Commentaire

Je trouve le texte d’Engels très amusant. F. Engels (1820-1895), collaborateur et ami de K. Marx (1818-1883), possède un humour caustique.

Si Marx et Engels revenaient parmi nous, ils tireraient l'oreille de ces militants "de gauche" qui ont trahi le communisme pour devenir des républicains laïcs obsessionnels, interdisant le voile pseudo-islamique des établissements scolaires. Car cette mesure n’est pas efficace. Ce faisant, ces collègues renforcent (sans en avoir conscience) le communautarisme arabo-musulman et développent les discours de victimisation chez les élèves de banlieue ZEP !

On ne changera pas les mentalités religieuses à coups de règlements administratifs. La bataille indispensable contre le fanatisme et l’obscurantisme religieux doit se faire avec des idées, dans le contenu des cours, mais pas à coups d'interdictions normatives.

10.08.08

Fallait-il interdire le voile ? 1999

Le voile dans un lycée du Mantois (Yvelines), 1999

Document trouvé en salle des profs

"L'application du règlement intérieur sur le port des signes religieux ostentatoires. 

Historique

- De 1992 à 1999 : La tolérance. Le règlement intérieur autorise le port du voile dans les couloirs et le prohibe en salles de classe, au C.DI. à la cantine et dans les bureaux. Cet esprit de tolérance a laissé la porte ouverte à des abus.

- Difficultés d'application de ce règlement :

Certaines élèves n'acceptaient de retirer le voile qu'une fois la porte des salles fermée par peur de représailles.

Réticence des élèves à enlever le voile à la cantine, au secrétariat et au C.D.I.

Stages professionnels perturbés ; ce qui remettait en cause la validation de l'année scolaire et de l'examen.

Dérives constatées au cours de cette période :

- Circulation de tracts et de cassettes faisant acte de prosélytisme.

Refus de participer à certaines activités (Cours d'E.P.S., « Forum des métiers » de Rosny.

- Augmentation notable du nombre de voiles.

- Radicalisation de la tenue vestimentaire.

- Prière dans les couloirs du lycée.

- Confiscation au profit d'une minorité de la «salle de détente» avec demande d'une séparation de la salle afin de séparer les filles des garçons.

Les réactions :

Suite à ce constat le Personnel de l'Etablissement s'est réuni au mois de Juin pour discuter de ces problèmes. A la suite de quoi le Conseil d'Administration a modifié le Règlement Intérieur et a adopté la règle simple qui suit :

Dès l'entrée du Lycée et dans toutes les activités scolaires et périscolaires les élèves doivent se garder de toute marque ostentatoire, vestimentaire ou autre tendant à promouvoir une croyance religieuse.

Aussi dès la Rentrée 1999 - 2000 conformément aux pratiques en vigueur dans les autres établissements du Mantois, les professeurs et les surveillants ont invité les élèves voilés à respecter le Règlement intérieur et à retirer leur voile.

Pour la moitié d'entre elles ce nouveau règlement n'a pas posé de problème, les autres ayant refusé de l'appliquer elles n'ont pas été autorisées à franchir les grilles.

Le 10 septembre une « Médiatrice » du Ministère nous enjoint de réintégrer les élèves voilées dans l'Etablissement aussi bien que dans les salles de classe.

Face à cette injonction les Personnels se sont réunis ce 13 septembre et ont décidé :

1° Maintien de la demande de retrait du voile dès l'entrée au Lycée.

2° Les élèves qui refusent sont accompagnés par le Proviseur ou son représentant dans une salle (B 214).

3° Conformément à la Circulaire Bayrou du 29/9/94, un dialogue est engagé avec les élèves et leur famille.

4° Si au bout d'une semaine les élèves refusent toujours le retrait du voile, des Personnels saisiront le Conseil de discipline afin de demander l'exclusion définitive de ces élèves.

Des Personnels"

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Mon commentaire personnel

- Ce texte est peut-être partial. Il ne faut pas lui faire confiance de façon inconditionnelle. Ce qu’il décrit est-il exact ou est-ce le fruit d’une mythomanie d’intégristes laïcs ? Les deux hypothèses sont possibles.

- Il y avait-il trop de tolérance ? Ce mot de tolérance a excité beaucoup de passions. Quel rapport avec les maisons du même nom ? Quels sont les sous-entendus machistes ou coloniaux ?

- Jamais au grand jamais personne n’a fait de remarques ou a menacé d’exclure une jeune fille portant une croix autour du cou. C’est donc que, contrairement à ce que dit le texte, on ne visait pas « les religions en général » mais uniquement la religion majoritaire des Arabes.

- Et défiance envers la Médiatrice du Ministère. Machisme ? Peut-être pire.

- Aucune mention n’est faite de problèmes plus graves : les mariages arrangés, l’antisémitisme, l’admiration de certains Arabes pour Hitler…

- Jamais dans un lycée, je n’ai vu d’élève exclu pour propos antisémites. Vous me direz avec raison que l’exclusion ne résoudrait rien. C’est probable, encore que... Mais dans l’affaire du voile, vous croyez qu’elle résoud quelque chose ? On a exclu des élèves portant un objet textile bizarre et incompréhensible autour de la tête (objet pseudo-musulman) mais que jamais au grand jamais on a exclu d’élève exprimant son admiration pour Hitler ou Ben Laden.

Pendant qu’on se passionne pour ou contre le voile, on ne parle pas du nombre d’avortements en banlieue, des mariages arrangés, des parents qui menacent d’envoyer leur enfant « au bled ». Combien de profs s’intéressent au taux de chômage ?

13.12.07

Le voile dit "islamique"

Réflexions sur le voile pseudo islamique dans le Mantois (Yvelines)

Vers 1996-2006

Les filles voilées seraient-elles manipulées par des extrémistes ?

Le danger existe probablement, mais il ne faut pas le surestimer. La plupart du temps, les élèves d’origine musulmane condamnent avec force les attentats et les assassinats commis par le GIA. « Monsieur, ces assassins ne sont pas de vrais musulmans ; l’Islam, ce n’est pas tuer ».

Je pense aussi à cette élève voilée qui a montré de l’enthousiasme pour la révolution française et a condamné la tyrannie napoléonienne. Dans un devoir elle écrit : « La justice de Robespierre est trop sévère. La terreur ne maintient pas toujours un pays en paix. Au contraire, les révoltes se multiplient jusqu’à ce que le dictateur soit renversé. La terreur n’est pas toujours la solution de la paix ». Une autre fille pas voilée mais qui porte un large bandeau parle du « génocide » des chrétiens par Rome. D’autres jeunes filles sont tout à fait claires sur le caractère intolérable de la Shoah. Tout cela n’est-il pas une belle prise de conscience de la supériorité des valeurs démocratiques ? Les valeurs des droits de l’homme les imprègnent plus qu’on ne le croit.

Les intégristes sont minoritaires. Mais les ultra-laïcs se croient encore à l’époque de Jules Ferry qui combattait une Eglise catholique réactionnaire.

Je ne dis pas qu’il n’y a aucun problème.

La preuve, c’est qu’une élève mécontente de sa note, m’a un jour qualifié de « païen » (ce que je trouve rigolo). Les profs d’H G savent bien que faire cours sur Israël et les problèmes du Proche-Orient peut se révéler délicat lorsqu’on a en face de soi quelques élèves qui se tortillent sur leur chaise chaque fois qu’ils entendent le mot Israël et qui pour se protéger invoquent sans arrêt la magie du mot Palestine.

D’autre part, il est certain qu’une forte différence existe entre la laïcité à la française et des jeunes filles voilées pour qui ce mot de laïcité n’a aucun sens : « mais pourquoi devrais-je avoir honte d’être croyante ? pourquoi devrais-je le cacher comme si c’était une activité honteuse ? » se demandent-elles avec raison.

Comment agir ?

L’interdiction du voile me semble peu efficace. Ce n’est pas une question de libéralisme : peut-on tolérer n’importe quoi ? Sûrement pas.

Le fond de l’affaire tient au fait que les républicains considèrent l’école comme un espace magique, un lieu sacro-saint où les particularités devaient devenir invisibles pour pouvoir établir le respect d’autrui. « L’école de la République, par ailleurs, n’a pas à reconnaître comme telles les différences sous peine d’ouvrir son espace aux conflits », Henri Pena-Ruiz, Le Monde de l’éducation, n° 270, mai 1999. Il y a un siècle, vu le caractère conflictuel de l’histoire politique française du XIXe siècle (époque où la droite combattait contre la démocratie) peut-être était-il nécessaire de transformer les écoles en des sortes de monastères cerclés de murailles. Dans une certaine mesure cette stratégie paranoïaque a pacifié l’existence des Français. Cette clôture de l’espace public a présenté un barrage aux tentatives des royalistes et des traditionalistes catholiques de reprendre le pouvoir. Mais les temps changent et le danger n’est plus aussi important.   

Quand j’ai fais cours sur le christianisme, les élèves chrétiens et musulmans discutaient en comparant le rôle de Jésus et celui du Prophète. « Ah bon, vous aussi dans le Coran vous parlez de Jésus ? Sans blague ? Mais si, bien sûr... Mais on ne le présente pas comme vous » et patati et patata.

Ces élèves avaient spontanément trouvé la meilleure façon de pratiquer la laïcité : non pas le gommage des différences (ça ne marche jamais), mais l’oecuménisme (en quelque sorte).   

"Bannir le foulard serait comme interdire le crucifix ou la kippa. On porte ces symboles afin de témoigner et non pas pour faire du prosélytisme. En éliminant le pluralisme des croyances et des opinions des salles de classe, on n’obtient pas la neutralité, mais la stérilité" ». Die Zeit (mars 1997) cité par Alain Boyer, L’Islam en France, Politique d’aujourd’hui, p. 171.

Il y a plusieurs façons de lutter contre le voile. Aucune n’est bonne ou mauvaise de manière absolue.

Si vous imposez un règlement qui tombe d’en haut, vous ne fabriquerez pas de bons citoyens. Car la démocratie c’est le débat entre personnes différentes. La discussion est une libération. Elle fabrique des germes d’évolutions. Apprenons à nos élèves à se méfier d’eux-mêmes, de l’ivresse des discussions passionnées, des invectives, des idées reçues, des conclusions trop rapides, des affirmations péremptoires. Apprenons-leur à écouter ceux qui ne pensent pas comme eux, à essayer d’entrer dans leur raisonnement, à être ni intolérants ni sectaires. Qu’ils acquièrent le réflexe consistant à obtenir des renseignements précis et vérifiés. Apprenons-leur à accepter des demi-mesures.

La démocratie c’est le compromis permanent.

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