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07.11.09
Auto-dénigrement
Au cours d’un dialogue dans une classe de 2de d’un lycée ZEP de la région parisienne. Un élève d’origine arabe, un peu turbulent ou exubérant, dit la chose suivante : Oui, nous sommes les arabes, on est des voleurs.
Il ne parlait pas sérieusement, bien sûr. Il ne pensait pas un mot de ce qu’il disait. Il jouait un rôle. Mais pourquoi avoir choisir cette plaisanterie plutôt qu’une autre ?
Lorsque l’on est agressé par la société française et qu’aucun espoir d’amélioration n’existe, la seule façon de maîtriser la douleur consiste à faire semblant de reprendre à son compte des discours des racistes et des électeurs du Front National.
Dire des horreurs soulage pour un moment la souffrance.
20.08.09
L’os de Dionysos
Christian Laborde, L’os de Dionysos, roman, Régine Desforges éditeur 1987
Ce roman vrai conte le quotidien d’un professeur de lettres du Sud-Ouest. Ce professeur est-il l’auteur lui-même ? Probablement, même si celui-ci prend soin de nommer son personnage Christophe et non Christian. Cela n’empêcha les bien-pensants de faire condamner l’ouvrage par voie de justice.
Ce professeur se passionne pour Claude Nougaro, Gainsbourg, Jacques Higelin, Dizzie Gillespie etc. Bon… personne n’est parfait, il apprécie aussi Jean-Edern Hallier. Ego te absolvo.
Laborde dresse de l’Educ-Nat un tableau réaliste où beaucoup de professionnels reconnaîtront leur vécu. Ce tableau, vous ne le trouverez jamais dans les discours ministériels, administratifs, syndicaux, politiques, journalistiques, pédagos etc. Mais Laborde n’est pas du genre à pratiquer la langue de bois. Il manie plutôt la dynamite verbale. Boum, attention aux éclats.
Détail qui me touche, il est originaire d’Aureilhan, à deux pas de Mimizan, petit bled landais où naguère je construisais des arcs d’indien afin d’exterminer les tuniques bleues.
EXTRAITS
« L’Education nationale, immense corps amorphe, saturé d’habitudes et de circulaires qui font le régal des enseignants consciencieux ». En effet, on pourrait en parler longuement de ce tableau administratif de la salle des profs, mais il y a peu de lecteurs en réalité car les enseignants sont spontanément conservateurs, pas besoin de circulaires pour cela…
Laborde nous parle d’une élève au jean émoustillant et d’une Lolita toute en rose bonbon. Miam miam je te croque. La transmission est affaire de plaisir.
La proviseure est son ennemie numéro un. Il s’agit d’une ancienne collègue, ex syndicaliste dont la « nomination – les voies du Ciel sont impénétrables – avait enchanté ses amies syndicalistes ». « Avant d’exercer le pouvoir [elle] l’avait courageusement combattu, allant même jusqu’à boycotter le repas de fin d’année avec deux ou trois copines » à qui désormais elle n’adressait plus la parole. Désormais, elle place le mot « pédagogie » dans toutes les phrases. Armée de son Bulletin officiel, elle tente de réprimer la spontanéité débordante de notre auteur… Le pouvoir, elle aime ça, c’est visible.
Il y a aussi le surveillant général qui, une fois devenu « conseiller général d’éducation » (nov-langue), range ses jurons au placard et répond au téléphone avec un retard soigneusement calculé.
Une prof de lettres adore Aragon (Il est un temps pour la souffrance / Quand Jeanne vint à Vaucouleurs) ; avec raison l’auteur estime que ce poète est nationaliste (j’avais le même avis en 1ère lorsque la prof nous fit étudier Les Yeux d’Elsa). Laborde cite Benjamin Péret qui n’aimait guère Aragon. Voir dans mon blog la page sur B. Péret.
Une autre prof est décrite comme « la Chantal Goya du contrôle commun à toutes les premières », un rituel religieux obligatoire qui excite beaucoup la hiérarchie.
L’auteur se moque du ministre patriote qui demande aux enseignants de lire une page de Claude Simon lorsque celui-ci reçoit le prix Nobel. On a connu récemment une injonction de la sorte avec un président qui nous ordonnait de lire une lettre sentimentale de Guy Moquet.
Laborde raille les militants occitans car « le patriotisme, fut-il teinté de révolution, c’est la mort ».
Il décrit les premières A remplies d’élèves qui n’aiment pas la littérature mais n’ont pas été admis en classe scientifique : « hors les maths point de salut ! ». Nous en sommes toujours là.
Et cette salle des profs où les agrégés ne saluent que les agrégés (cela existe encore… mais si, je vous jure !).
Autre rituel cruel, le conseil de classe. Sur le tableau administratif, on guette la date, on remplit le bulletin avec des appréciations qui ne veulent rien dire. Puis arrive le Grand Jour. Ah Ah, on va pouvoir se défouler ! taïaut taïaut ! Vengeange mesquine de fonctionnaires frustrés, machine à humilier les élèves (cela n’a pas changé non plus, j’ai connu un conseil de classe sadique il y a seulement quelques mois).
Autre rituel sado-maso, la visite de l’inspecteur. Ce jour-là, le prof tremblant de peur devient un fayot. Idem, j’ai observé de tels comportements.
Heureusement dans ce « roman-vrai », il n’y a pas que des critiques acerbes. On verra aussi le portrait séduisant de la belle Laure préparant son agrégation de lettres puis descendant l’escalier du lycée, ou la description de Marcel amateur de Breton et Céline. Un prof d’histoire-géo, amateur de photos, collectionne les Leica. Beau portait aussi de Bernard Lubat, fin gastronome, pour qui l’Occitanie doit être « ouverte, excitante et basanée ». N’oublions pas le poète Kenneth White. Et enfin la mémé d’Aureilhan qui transmet à Laborde son amour de la langue gasconne.
« Un cours c’est un one man show » dit l’auteur. Hélas l’Institution écrase et, à force, les esprits libres s’épuisent. « Un passionné n’a pas sa place dans l’Education nationale », machine à briser les rêves. Comme on comprend l’amertume de Laborde.
Gabrielle Russier (éloge de)
Hommage à Gabrielle
Quarante ans déjà ! Quarante ans depuis qu’un 1er septembre 1969, Gabrielle Russier, professeur de lettres, s’est suicidée.
Etant jeune, Gabrielle est bonne élève et s’intéresse au Nouveau Roman. En 1967elle obtient l’agrégation de Lettres modernes. Elle se retrouve au lycée Saint-Exupéry de Marseille (quartiers Nord) et se passionne sans réserve (c’est bien le problème) pour le métier, pratique la pédagogie nouvelle (bravo), recherche avec ses élèves une communication totale et qui abolirait (en apparence) toute hiérarchie. Après sa mort l’un d’entre eux lui fit cet hommage : « elle dépoussiérait les bouquins, les cerveaux. Elle pourchassait le conformisme » (France-Soir, 28/09/1969). Quand on connaît l’ennui et le conformisme que dégagent certains enseignants, on ne peut qu’applaudir Gabrielle. Ceci dit, gare au vertige du cours parfait. L’ascendant excessif du prof est contraire aux droits de l’homme.
Gabrielle retrouve ses élèves après le lycée, sort avec eux au cinéma ou à la neige, les reçoit chez elle. Une pédagogie sympa et féconde mais entraînant des risques que l’on peut gérer que si l’on est fort dans sa tête. Elle se priva d’un repos et d’une distance qui auraient été bien utiles pour bousculer ses certitudes (on en a tous besoin), distinguer le principal de l’accessoire, renforcer ses protections, découvrir d’autres mondes.
Elle eut une liaison avec un élève de dix-sept ans, militant d’extrême-gauche. Leur différence était de quinze ans. En juillet 1968, plainte des parents, proches du PC italien. A certains égards, les PC se montraient aussi conservateurs que la droite et l’Eglise. Pour Gabrielle, commence la descente aux enfers. Les puritains (républicanistes ou cathos, c’est kif-kif) crachent leur haine et leur jalousie. On l’accuse de captation, d’envoûtement. Elle est envoyée dans un autre lycée, puis en clinique psychiatrique.
Souvenons-nous de cette époque moralisatrice. L’émancipation des femmes ne faisait que commencer, le totalitarisme familial restait puissant, la sexualité provoquait l’embarras. « La maladie de la famille, c’est la peur du risque», Françoise Parturier dans Le Monde du 10/10/1969. Et aussi : « le rôle que joue la famille en produisant, à travers la socialisation initiale de l’enfant, la normalité et la base du conformisme » (David Cooper, Mort de la famille, Seuil 1972, p. 15). De ce point de vue, Mai 68 et les seventies ont humanisé la société.
Les juges persécutèrent Gabrielle au nom de cette odieuse idée presque cléricale et catholicarde selon laquelle le professeur serait un « délégué de l’Etat », pour reprendre une formule de Guist’hau, ministre de l’Instruction publique en 1912 (!). « Les enseignants sont tenus à une certaine réserve » lit-on dans L’Express du 29/09/1969.
Gabrielle est emprisonnée quelques jours en décembre 1968 puis huit semaines en avril 1969. Elle en sort brisée, angoissée. Le procès commence le 10 juillet, au milieu d’une campagne de presse hystérique. Elle fait appel mais craque.
Après le suicide, la presse se retourne. Les journaux reçoivent beaucoup de lettres. Un groupe d’extrême-gauche, la GP, prend sa défense : « contre les rapports décadents et autoritaires dans les lycées entre profs et élèves ». Jean Cau écrit un article désagréable dans Paris-Match.
Le 22 septembre, en conférence de presse, le Président de la République Georges Pompidou cite ces vers :
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
A la robe déchirée
Au regard d’enfant perdu
(Paul Eluard)
Un soutien émouvant mais tardif. Plus tard le groupe de rock Triangle écrit Elégie à Gabrielle.
Aujourd'hui encore, désobéïssons aux défenseurs de la morale bourgeoise !
23.07.09
L’inspection est rétrograde
POURQUOI NOUS REFUSONS L'INSPECTION
http://www.abasleschefs.org/inspection.html
Refuser l'inspection n’est pas un refus d’ouvrir sa classe à un regard extérieur. Bien au contraire, nous estimons que la confrontation des pratiques est nécessaire.
Mais l’inspection est censée assurer deux fonctions : conseiller et sanctionner ; or ces deux opérations s’excluent. L’inspecteur donne des conseils, c’est vrai, parfois. Toutefois, que vaut un conseil quand l’inspecteur n’a pas les mêmes lubies que le précédent (ou le suivant) ? Que vaut un conseil figé dans un rapport ? Que vaut un conseil donné par quelqu’un qui ne pratique plus le métier depuis des années, s’il l’a jamais pratiqué ?
Mais une inspection est un acte d’autorité. Même chargé de bonnes intentions, un inspecteur, c’est toujours un inspecteur. Cette subordination hiérarchique tend à l’infantilisation : plaire ou ne pas plaire à l’inspecteur. Pour nous, il ne saurait y avoir de collaboration pédagogique en dehors du cadre collectif et égalitaire d’une équipe.
Mais une inspection, c’est une note. Nous refusons la venue d’une personne qui ne vient que pour juger, faire un rapport et mettre une note. L’important n’est pas de juger l’enseignant, c’est de comprendre l’acte éducatif dans sa durée et de le faire évoluer, ce qui ne peut se faire qu’au sein d’une équipe.
S’il est absurde d’évaluer le travail d’un élève sur un seul exercice, cela l’est tout autant pour le travail des enseignants.
La notation, c’est le chantage à l’avancement au choix, à la mutation. Elle ne vise qu’à créer des inégalités dans le déroulement des carrières.
L’inspection est une institution rétrograde qui fait partie d’un système social fondé sur la hiérarchie. Nous ne l’acceptons pas.
19.07.09
Enseignante agressée par des salafistes
Inquiétant et insupportable. Selon le journal Marianne2 et l’association « Riposte laïque », une enseignante a été agressée par une vingtaine de musulmans radicaux salafistes dans sa salle de cours.
J’apprécie la conclusion de l‘article, lorsque Marianne2 manifeste sa solidarité avec Riposte Laïque, tout en prenant ses distances avec une certaine intolérance laïcarde. Il y a aussi un intégrisme laïc.
Voir l’article en entier. Fichier compressé. agression_contre_un_prof_de_Riposte_Laique
ou cliquer sur le lien internet http://www.marianne2.fr/Un-prof-de-Riposte-Laique-agresse_a181443.html?com
« Voici quelques semaines, une vingtaine de lycéens ont fait irruption dans une salle de classe d'un lycée de banlieue parisienne. Pendant de longues minutes, ils ont vilipendé, agressé, menacé une enseignante à cause d'articles qu'elle avait publiés dans le e-journal Riposte Laïque. Ce groupe de lycéens se réclame ouvertement du salafisme et semble très lié à l'une des mosquées locales».
Les enseignants de l’établissement ont légitimement peur et comme d’habitude l’administration pratique la politique de l’autruche en faisant semblant de ne rien voir.
31.05.09
Débat sur la violence

Hiver 2008-2009, notre lycée ZEP a été victimes de violences. J’ai cours avec une 1ère ST2S de filles sympas. Des anges.
Je transforme une heure d’histoire en éducation civique. J’explique aux élèves que la violence est inadmissible, qu’il faut se respecter, que nous sommes là pour les aider à acquérir des connaissances, que nous sommes à leur service etc. Puis je leur demande de réagir par écrit. Le but ne consistait pas à trouver des idées géniales mais à passer par l’écrit pour remplacer la pulsion par la raison.
1 ère question : à votre avis quels sont les problèmes du lycée ?
Beaucoup parlent de la cantine qui ne serait « pas bonne ». Cela fait presque trente ans que j’entends les élèves se plaindre de la cantine, c’est un discours qui exprime autre chose et auquel il ne faut pas accorder une grande importance. Les élèves ajoutent, ce qui paraît plus intéressant, qu’ils manquent de temps pour manger, qu’ils attendent longtemps devant l’entrée de la cantine.
Les élèves trouvent aussi que les récréations et les interclasses sont trop courts. Je dirais plutôt qu’un cours de 55 mn c’est trop long pour eux.
D’autres évoquent les violences. Elles déplorent les "bagares".
Beaucoup se plaignent du mauvais état des locaux.
Une élève dit : "Le lycée est mal exposé. Il est trop proche de la route. Il est peut-être un peu vieux, dans un style qui déplait aux élèves ce qui peut leur donner envie de le détériorer encore plus. Dans ce lycée il y a beaucoup trop d'élèves, cela peut entraîner du bruit dans les couloirs [...]. Le lycée est trop grand."
Une autre : "dans le foyer, la salle est dégradée (murs tagués)". "Les locaux où nous travaillons sont insupportables, il faudrait toute la rénovation". EIles réclament davantage de surveillants.
"Il y a trop d'heures de cours".
"Il n'y pas assez de sorties et de voyages".
"Il n'y pas assez de place pour les élèves qui n'ont pas cours" (elle veut dire : pas de salles d’étude ? pas de cafétéria ?).
2 ème question : quelles sont les solutions ?
Beaucoup souhaitent l'installation de caméras vidéo. Par exemple : « franchement, je souhaite qu’il y est des caméras ».Une élève a une idée précise : « il faudrait les placer au-dessus du grillage vert ». Une élève n’est pas d’accord: « il ne faut peut-être pas mettre des caméras car elles pourraient être enlevées ou arracher rapidement ».
Une autre : "embauché plus de surveillants. Réaménagez la rue devant le lycée [...]. Mettre plus de police avec des tasers et que c'est individus soit arrêtés et viré du lycée. Il faudrait plus encadré". Une autre : « il faudrait mettre (dans l’évidence) des policiers en civil devant le lycée ». Une autre : pour la Police, sa sert à quelque chose. Pour l’extérieur du lycée, à la sortie, il faudrait une voiture de police. […] Dans la cour il faudrait des surveillants». « Rajouter des surveillants » est-il écrit sur une autre feuille. Une autre : « la police devrait passer régulièrement». Plusieurs invoquent plus sobrement la nécessaire sécurité.
Une élève s’oppose aux sanctions professorales englobant élèves coupables et innocents.
D’autres mettent l’accent sur la rénovation des locaux. Une élève écrit : « il faut refaire entièrement le lycée mais l’améliorer au niveau des matériaux. Il faudrait peut-être l’insonoriser car pendant les cours nous entendons du bruit dans les couloirs ».
Une autre demande que la mairie paie des voyages aux classes du lycée. Elle demande aussi qu’il n’y ait plus cours le samedi et le mercredi.
Mon commentaire.
- Les caméras, ce n'est pas si efficace que cela.
- Des rondes de police ? Attention. Beaucoup de jeunes coqs surexcités ne rêvent que de bagarres. Ne leur en fournissons pas l’occasion.
- Davantage de surveillants ? sans aucun doute. Il faudrait aussi les former et bien définir leur mission. La gestion des retards et absences n’a guère d’intérêt. On brasse des paperasses. Par contre, faire des rondes dans les couloirs paraît plus utile.
- La rénovation des locaux semble essentielle. Ce lycée ZEP fait penser à la Tchétchénie. Un autre lycée, assez proche, le lycée Corneille, fait l’objet d’une rénovation, alors que sa population scolaire est essentiellement bourgeoise. Deux poids, deux mesures ? Selon que vous serez puissants ou misérables…
- Davantage d’exclusions ?
La résilience ou comment renaître de sa souffrance
J’enseigne en banlieue sensible. On y voit tant d’histoires de vie douloureuses chez les lycéens. Enfin… «on y voit»… à condition d’avoir envie de voir !
Exemples. Une jeune fille pleure parce que ses parents divorcent. Une autre fait grise mine parce qu’elle vit dans une famille recomposée. Celle-ci a été rejetée par ses parents, a fait une fugue et s’absente du lycée depuis des mois. Des pleurs éclatent souvent. « M’sieur, j’ai des problèmes », entend-on souvent. « M’sieur je suis nulle » dit une autre à la fin d’un contrôle et depuis elle vient peu en cours.
Que pouvons-nous faire, sinon prêter une oreille compatissante, donner quelques encouragements, sourire aux jeunes demoiselles désespérées et faire quelques plaisanteries plus ou moins vaseuses mais réconfortantes pour les âmes en détresse ? N’est-ce pas une action plus utile qu'un cours (sans utilité pratique) sur la Guerre Froide ? 
En flanant dans une librairie (vive les librairies), je tombe sur ce bouquin.
La résilience ou comment renaître de sa souffrance ?
Sous la direction de Boris Cyrulnik et de Claude Sénon.
Editions Fabert, collection Penser le monde de l’enfant, 248 pages, 25 euros.
Sur la table des matières, je vois l’article suivant :
Page 81, Défier le pessimisme des théories établies et l’irréversibilité d’une histoire de vie pour être utile aux jeunes en détresse. Siegi Hirsch, Mari-Carmen Rejas, Pierre Fossion.
Et à la page 93, ces lignes : « Même face à la montagne la plus noire, notre imaginaire est capable de trouver un passage, et, parfois, de construire un pont sur le vide, nous permettant ainsi de franchir l’obstacle. Ensuite, j’ai pris conscience que l’humour est l’outil le plus puissant de l’imaginaire ».
Comment transmettre ce message à mes lycéennes ? Comment former les futurs profs à cette sensibilité ?
http://www.lien-social.com/spip.php?article279&id_groupe=1
http://www.shadow-conseils.org/bibliotheque/resumes/etho_psycho/resilience.htm
21.04.09
Textes sur l'incivilité
Documents donnés comme « punition » formatrice et pédagogique
à des élèves indisciplinés
textes à expliquer, devoir à rendre
Document 1 : La théorie de la vitre cassée ou la spirale de la décomposition
La " théorie de la vitre brisée " : lorsqu'un carreau vient à être cassé, tous ceux qui sont à proximité ne manqueront pas de subir le même sort si la vitre n'est pas remplacée. […] Pour lui, l'apparition d'incivilités constitue, en soi, la cause de plus de désordres, de délinquance ou de crimes. […]
Dans un quartier stable, où les familles entretiennent leurs habitations et les parties communes, font attention à leurs enfants et à ceux des autres, ne laissent pas n'importe qui pénétrer dans le coin simplement par l'attention qu'ils donnent aux personnes qui passent, une cohésion sociale, toujours fragile, règne. Il suffit de peu de chose pour que tout bascule dans une spirale de la décomposition. Les enfants deviennent insolents et bruyants, gênent les commerçants locaux. Les ordures s'accumulent. Les voisins cessent de se respecter. Les jeunes boivent ou fument de haschich en publie, les bagarres sont plus fréquentes, des mendiants traînent dans les rues, etc.
Alors certaines familles commencent à partir. "
A ce stade, on ne constatera pas forcément d'actes de délinquance grave ou d'agressions violentes Cependant, de nombreux habitants auront le sentiment que la délinquance [...] connaît une augmentation et modifieront leur comportement en conséquence : ils sortiront plus rarement [...], resteront à l'écart des autres, appliquant l’idée du « ne nous en mêlons pas ». La satisfaction qu'on trouve à habiter le quartier et l'attachement au lieu déclinent. "
Une telle zone est vulnérable à l'invasion par la délinquance ". […] Les incivilités sont perçues […] comme le signal qu'il n'y a plus de loi commune, que plus personne n'a le souci de faire respecter l'ordre (pas simplement au sens de la loi, mais au sens des choses telles qu'elles doivent être). […] les " comportements d'abandon mènent à l'effondrement des contrôles sociaux.
Source : La société incivile, S. Roché, 1996
Questions :
1 Donnez des exemples illustrant la théorie de la vitre brisée.
2 Quels sont les comportements à l’origine du processus de dégradation de la vie sociale d’un quartier ?
3 En empêchant les incivilités de se manifester sur un quartier, peut-on freiner ou stopper sa déstructuration ?
Document 2 Le règne de la loi.
"Etre libre, c'est se gouverner soi-même.
Le problème c'est que si tout le monde se fiait ainsi à son premier mouvement, il y aurait deux fois plus de morts sur les routes.
Et si tout le monde s'arrangeait pour ne pas payer d'impôts, il n'y aurait plus de gendarmes du tout, ni de lycées, ni d'hôpitaux, ni d'éboueurs, ni d'éclairage public parce qu'il faut de l'argent à l'Etat ou à la ville pour entretenir tous ces services. […]
Un vrai républicain en somme, c'est quelqu'un qui s'arrête au feu rouge, dans une campagne déserte, à trois heures du matin, sans une seule voiture en vue."
Régis Debray, La République expliquée à ma fille, Seuil, 1998.
Questions :
1 Que veut dire l’expression « faire la loi ». A quoi l’auteur fait-il allusion ?
2 Pourquoi dit-on que respecter la loi, c’est se respecter soi-même ?
3 Donnez d’autres exemples que ceux cités dans le texte. Cherchez un exemple sur la vie au lycée.
4. Inventez une nouvelle règle de vie en société pouvant être ajoutée au règlement du lycée afin que les élèves puissent s’instruire tranquillement. Cherchez comment sanctionner ceux qui ne respecteraient pas cette nouvelle règle.
05.01.09
Zones urbaines sensibles 2007
http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_cle5ed71b.pdf
DÉLÉGATION INTERMINISTÉRIELLE À LA VILLE
OBSERVATOIRE NATIONAL DES ZONES URBAINES SENSIBLES
RAPPORT 2008 Synthèse (extraits)
L’emploi
Les revenus des habitants
L’habitat
La santé
Établissements et réussite scolaires
La sécurité et la tranquillité publiques
pour lire le texte complet, cliquez ici : rapport2008ZUS
22.11.08
Mes parents m'envoient au bled
Régulièrement dans notre lycée ZEP, on entend des élèves se plaindre : « M’sieur, il faut me mettre une bonne note, il me faut une bonne moyenne, ne me punissez pas, car mes parents menacent de me renvoyer au bled ». C’est-à-dire : mes parents veulent m’envoyer au Maghreb, dans leur pays d'origine. Que de cruauté. Ces menaces sont scandaleuses. Ces parents sont totalement dépassés, mais il y a des limites. On n’a pas le droit de détruire la vie de ses enfants. Même si la menace n’est pas mise à exécution. De plus, les résultats ne semblent pas convaincants. Les enfants ne « s’améliorent » pas. Un vrai dialogue serait plus efficace. Mais dialoguer n’est pas facile pour eux. Que faire ? Avertir une assistante sociale ? Les parents ne comprendraient pas et adopteraient une stratégie de dissimulation. Au fond, je pourrais en parler dans un cours d’éducation civique.