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23.11.09
Mourir d'aimer (film)
Mardi 24 novembre 2009 sur France 2
Téléfilm : « Mourir d’aimer », avec Muriel Robin.
Il s’inspire librement de l’affaire Gabrielle Russier. L’histoire d’une jeune professeure de français qui devint amoureuse de son élève. Cette affaire (1969) suscita la colère de la France bien-pensante : les catholiques, les gaullistes et les soit-disant "communistes". Sans oublier les syndicats enseignants, l’inspection et les juges.
Cette enseignante fut incarcérée. Brisée moralement, elle se suicida le 1er septembre 1969, il y a quarante ans.
On trouvera davantage de détails dans :
Gabrielle Russier (éloge de)
Hommage à Gabrielle
http://lyceesrp.canalblog.com/archives/2009/08/20/14793123.html
Dans la rubrique « Les grands pédagogues », colonne de droite.
http://lyceesrp.canalblog.com/archives/2009/08/20/14793123.html
Résumé du film
Un film prenant.
Muriel Robin n’a jamais été aussi belle. Elle apparaît calme et sereine. Différente du personnage surexcité qu’elle interprétait au music-hall.
Gabrielle, son personnage, est une professeure qui vient de divorcer et élève seule ses deux enfants. Elle « tombe » amoureuse de l’un de ses élèves. « C’est une nouvelle aventure qui commence » dit-elle sereinement à sa fille qui ne comprend pas et lui fait des reproches.
Gabrielle est une bonne enseignante, savante et tenant sa classe. Elle pratique une pédagogie qui fait participer les élèves, qui les incite à agiter leurs neurones. « Je ne suis pas une nounou », leur dit-elle fermement le jour de la rentrée.
Lorsque l'amour vient, c'est merveilleux. On n'aurait pas le droit d'aimer ceux qui ne nous ressemblent pas, qui n'appartiennent pas à la même catégorie ? Lorsque cette relation est découverte par son entourage, elle se retrouve seule face à l’hostilité quasi générale. Les collègues lui tournent le dos, lui jettent des regards méprisants, lui font des reproches. « Tu es ridicule », « tu exerces une autorité sur lui » quand même, voyons...
La violence de la proviseure est spectaculaire ; sur ce point rien n’a changé dans l’Educ-Nat, toujours cette brutalité de certains chefs d’établissements qui se considèrent comme représentants de l’Etat et ne se remettent jamais en cause.
La Loi peut écraser l’individu, peu importe, n’est-ce-pas ? Il faut servir l'Etat et non la personne humaine. Comportement clérical et moyenageux : l'être humain doit s'effacer devant la fonction. Et bien non ! Gabrielle aime et ne le regrette nullement.
C’est la grande époque du conflit parents/enfants, illustrée par les rapports entre le lycéen et ses géniteurs.
Il faut « faire la révolution » déclare le jeune. Et une fois au lit avec Muriel, il dit fort à propos : « La révolution ce n’est pas une idée morte ».
Brutalité, intolérance, dogmatisme des parents.
- « Tu ne me parles pas sur ce ton ! ».
- « J’ai le droit de quoi ? », « ne pas respecter les normes, c’est marginal ? », « on n’a jamais discuté, on a toujours fait semblant ».
En musique de fond, les envolées lyriques du chanteur Christophe.
On mesure à quel point Mai 1968 fut positif, brisant la morale cruelle du stalino-gaullisme.
Tante Yvonne et Brejnev, complices, voulaient maintenir le vieux monde moralisateur qui écrasait l'individu.
Heureusement, depuis quarante ans, les choses ont évolué dans le bon sens.
1968 : une nouvelle Libération.
24.10.09
Prof en lycée ZEP
dans un lycÉe ZEP
Témoignage partiel (partial ?)
vie quotidienne
2007
cliquer ici = lycee_ZEP
16.10.09
Lycée Léopold Sedar Sengor, de Magnanville (78)
Comment le lycée public Léopold Sedar Sengor de Magnanville (Yvelines) a choisi son nom
Cliquer :nomdulyceeMagnanville
01.10.09
Conférence de Claude Hagège
CLAUDE HAGEGE
Conférence du 25 septembre 2009 à Archamps (74)
Compte-rendu par Philippe Duret
Pour lire le texte cliquez ici : Claude_Hag_ge
29.07.09
Etre subjectif
Je commence ma séance par raconter ce que je veux, sur l’actualité, sur un sujet sans le moindre rapport avec le cours prévu. Je donne des informations et ensuite mon point de vue personnel, sans rien cacher. En principe, je reste bref, de l’ordre de sept minutes. Mais il m’arrive fréquemment de déborder. Il m’arrive aussi de ne pas suivre cette formule. Cela dépend du rapport que j’ai avec la classe. Je ne le fais jamais en 2de, les élèves étant trop jeunes et hostiles à la scolarité, en tous cas en banlieue sensible. Je ne fais Duret-News qu’en 1ère et Terminale.
Parmi les sujets traités et dont je me souviens : l’arrivée d’un satellite en orbite autour de Titan (une lune de Vénus ; jamais je n’ai eu de classe aussi silencieuse que cette terminale STT), la lecture de poèmes de Ronsard et de Prévert (les élèves ont horreur de Ronsard), des explications sur telle ou telle élection suivie du choix que je ferai (les élèves ont décidé que j’étais écolo…), mon point de vue sur telle ou telle grève de l’Education nationale (les élèves sont très conformistes et approuvent tout ce que disent les militants profs et lycéens).
Les élèves adorent. Cela permet de mettre en pratique mon principe : fusionner l’objectivité avec la subjectivité, ne jamais appliquer le principe du devoir de réserve des fonctionnaires.
28.07.09
Le siècle de Watteau
Le siècle de Watteau
Dessins français du XVIIIe siècle du musée Cognacq-Jay à Paris
Du 28 Mars 2008 au 13 Juillet 2008
8 rue Elzévir 75003 Paris Tél. : 01.40.27.07.21
Horaires : 10 h - 17 h 40
Ouverture : Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, Dimanche
Les collections permanentes sont gratuites.
http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=6466
Voici un cadre enchanteur, le quartier du Marais, entre la rue Rambuteau et la place des Vosges. Un immeuble ancien, de charmants escaliers avec vieilles pierres, balustrade et fer forgé, boiseries XVIIIe.
Le musée est consacré au XVIIIe s. On parcourt librement la partie réservée aux collections permanentes. Il y a de belles peintures sur Venise à l’étage.
Vous y verrez des peintures de Fragonard, Greuze et Chardin : le « Portrait de jeune fille » de Greuze, « Perette et le pot au lait » de Fragonard. ..
Souvenirs de l’expo
Les Watteau ne sont guère nombreux, dommage car il constitue le plus grand de ces maîtres.
Watteau sait comme nul autre peindre le naturel, un mouvement fugitif, l’abandon des corps, le plaisir. Il rédige avec son pinceau un pamphlet contre le christianisme puritain et sévère du XVIIes finissant, contre les jansénistes et Mme de Maintenon, contre la fin sinistre du règne louisquatorzien. Il est dans l’ambiance libérée de la Régence.
Voici quelques dessins qui me plurent.
WATTEAU
- Jeune femme assise à terre, sanguine, vers 1717. Quel naturel, un regard vif, des cheveux ramenés, la gorge fascinante.
- La buveuse, v. 1715. Une jeune femme accoudée, nonchalante, son épaule nue attire le regard. Non loin, un verre vide atteste qu’elle sait prendre du bon temps.
- Deux jeunes femmes vues de dos. Nuques fascinantes.
François Boucher
- Jeune sirène couchée sur le dauphin, François Boucher, v. 1748. Une très jeune femme nue.
Lavreince
- La consolation de l’absence, par Lavreince. Dans un salon une jeune femme regarde sa montre. Qui attend-elle ? Son amant est-il en retard ? Pourquoi ?
Huet
- Départ d’une foire, par J. B. Huet (1745-1811). Plume et encre, rehauts d’aquarelle. Plusieurs animaux : chèvre, âne, mouton, vache. Des joueurs de flûte.
http://www.evene.fr/culture/agenda/le-siecle-de-watteau-22861.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Watteau
22.07.09
Christian Lacroix. Histoires de Mode
Exposition Christian Lacroix en 2008
Christian Lacroix. Histoires de Mode
du 8 novembre 2007 au 20 avril 2008
Musée des Arts Décoratifs - Mode et Textile - rue de Rivoli - Paris
Les Arts décoratifs ont offert à Christian Lacroix l’occasion de présenter une exposition sur sa vison de l’histoire de la mode du XVIIIe siècle à nos jours. Un défi qui renverse les barrières, Chr. Lacroix travaillant en même temps comme couturier, historien et conservateur de musée, faisant preuve à la fois d’objectivité et de subjectivité.
Quelle curieuse idée, toutefois, de raconter mes impressions dans un blog sur les banlieues sensibles ! Et pourtant… Pourquoi les banlieues sensibles ne le seraient-elles pas, sensibles justement, à la mode ? Pourquoi l’amour de la mode serait-il réservé aux bourgeois ? D’autant plus que les demoiselles rivalisent d’élégance, dans nos lycées. Bien plus que dans les établissements de mon époque (début des Sixties) où régnait la dictature blafarde des jeans et tee-shirts.
Sur les murs du musée, des textes de Chr. Lacroix qui se révèle un intellectuel politique en même temps qu’un artiste du beau langage. Car la mode est une question très politique. Politique au sens large, et non pas politique-politicien. Cela ne constitue pas une révélation, d’ailleurs. On le savait depuis la querelle de 1910 sur les jupes-culottes où l’on vit les nationalistes attaquer le vent nouveau. L’extrême-droite voulait corseter les femmes et la société.
J’ai noté quelque formules par lesquelles le couturier expose le programme (politique) de son travail :
« Une étrangeté (étrange-étranger) d’actualité ».
« La couleur, les fleurs, les graphismes, l’ethnique ».
« Mixer-centrifuger les pièces du musée avec un regard d’aujourd’hui et le futur immédiat en perspective».
« Mélanges interdits de couleurs et de motifs ».
Il nous explique comment il a été fabriqué par l’Arles de son enfance, ville espagnole. L’essentiel de son inspiration vient d’Espagne. Il fut aussi influencé par les Tziganes des Saintes-Maries–de-la-Mer et leurs capes colorées, les costumes des gardians mêlant rayures, pois et carreaux. Au fait… Chanel n’a-t-elle pas fait une robe « gitane » en 1939 ? On s’explique pourquoi que le régime de Vichy a persécuté les Tziganes et leur liberté d’artistes. Vous voyez, je vous l’avais dit : on en revient à la politique.
« Je n’ai pas un... sentiment de patrie » déclarait à la télévision Karl Lagerfeld en février 2006.
La mode s’oppose au nationalisme étroit, aux identités corsetées et barricadées. La mode plaide pour le dialogue entre les cultures, pour des emprunts réciproques, pour une révolution permanente.
Voici quelques robes qui m’ont tapé dans l’œil :
- La Quand-Même et la Victoria avec leurs grandes fleurs.
- La robe cocktail 1957 de Dior.
- Une petite robe toute simple, blanche avec de petites cerises rouges, de Paul Poiret (1912).
Et sa vision du temps qui ne peut pas ne pas retenir l’attention de l’historien :
- « J’aime le XVIIIe vu ou revu par les années 50, les années 40 regardées par les années 80, le filtre d’une époque sur l’autre plus que l’authenticité supposée d’une décennie qu’on ne peut plus vérifier ».
Lacroix encore : « Je suis embarrassé par les choses trop neuves. L’ancien, l’abîmé, la patiné insufflent quelque chose de plus vif qu’une coupe aérodynamique ou un stretch. ».
Sa sensualité, lorsqu’il évoque les liturgies d’antan, le catéchisme, les églises, la fête de Pâques et les parades de la tauromachie. En témoigne une robe noire avec un motif en forme de croix byzantine sur la poitrine.
21.07.09
Wlaminck, un instinct fauve
Wlaminck rÉhabilite la banlieue
Exposition Wlaminck, un instinct fauve

Musée du Luxembourg, Paris
20 février - 20 juillet 2008
L’exposition rassemble des œuvres de 1900 à 1915.
Maurice Wlaminck (1876-1958) peint la banlieue parisienne au début du XXe siècle, une banlieue naissante, en pleine croissance, avec de nombreux emplois, dont le rôle économique était central. Tout tournait autour d’elle. Pauvre, misérable, mais indispensable au système productif. Une banlieue qui inquiétait déjà car les « Apaches » d’alors valaient bien les « sauvageons » d’aujourd’hui…
Wlaminck veut réhabiliter cet univers.
Les lieux peints se nomment Chatou, Le Pecq, Rueil-Malmaison, Nanterre (cf le tableau Les bords de Seine à Nanterre 1904). La Seine les relie. Les ponts sont souvent représentés avec des angles insolites, comme le pont de Chatou vu d’en bas.
Il représente des usines avec leurs cheminées crachant la fumée, des chalands, des péniches, des remorqueurs, de petits jardinets.
Il y a aussi de charmants petits villages bucoliques avec le clocher de l’église, les rues paisibles, les cultivateurs poussant la charrue.
Wlaminck met en scène un peuple dont il se sent proche : paysans, charretiers, mariniers, consommateurs accoudés devant le zinc, prostituées de cabarets outrageusement maquillées.
Pour Wlaminck la banlieue est belle. Il lui choisit les meilleures couleurs, les plus lumineuses, les plus fortes, avec des rouges, des jaunes ou des oranges étincelants qui magnétisent. Ses rouges de 1904-1906 sont admirables, d’une violence qui fait penser au maître Van Gogh.
Il montre les objets les plus quotidiens dans leur matérialité brute : pots, verres, bouteilles.
Cela ne l’empêche pas, comme beaucoup d’artistes, de s’ouvrir aux civilisations d’Outre-Mer. Il collectionne les masques et statuettes d’Afrique, de Nouvelle-Zélande.
Plus tard, à partir de 1909, Wlaminck abandonne sa fascination pour les couleurs vives pour un style proche de l’expressionnisme allemand et du cinéma des années 1910-1920. Les œuvres les plus réussies sont Le Village à l’Eglise de 1910 et Vin-Liqueurs de la même année.
http://www.senat.fr/evenement/vlaminck/index.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_de_Vlaminck
15.07.09
L’Affaire Mattei, Francesco Rosi

L’Affaire Mattei, film de Francesco Rosi
Rétrospective sur le cinéaste Francesco Rosi.
Juillet 2007 à Paris, cinéma Max Linder.
Le vendredi 6 juillet 2007, nous assistâmes à la projection du film L’Affaire Mattei (Il Caso Mattei), palme d’or à Cannes en 1972.
Après se déroula un débat avec Francesco Rosi lui-même, Marc Lazar (professeur à Sciences Po), Patrick Lafond (spécialiste d’histoire économique), Jean-Philippe Domecq (romancier), Michel Ciment (critique de cinéma, pilier de l’émission radiophonique Le Masque et la Plume, directeur de la revue Positif).
Le public remplissait la salle, de l’orchestre au balcon. Quelques Italiens et professeurs se trouvaient dans l’assistance.
Résumé du film « L’Affaire Mattei »
A la fin de la Seconde Guerre mondiale un gisement d’hydrocarbures est découvert en Italie du Nord. Les ingénieurs dissimulent le gisement et les installations aux autorités fascistes.
Après la guerre, Mattei, interprété par Gian Maria Volonte, est nommé directeur de l’ENI, entreprise d’Etat chargée de gérer les hydrocarbures. Il découvre un rapport relatant l’existence du gisement. Sur place, il gagne la confiance de l’ancien ingénieur qui supervisait les travaux. Il convainc le gouvernement et les banques de financer la remise en service de ce gisement. Les travaux commencent. Il y a de belles scènes sur l’enthousiasme des ingénieurs et des ouvriers. La joie prométhéenne d’un peuple qui veut coûte que coûte sortir d’une effroyable pauvreté. Le grand jour arrive. On demande aux paysans qui exploitent un champ voisin de laisser leur travail et de sortir. Un jet d’eau sale sort du puit. Un formidable atout économique pour ce jeune pays.
Mais les Sept Sœurs, les sept grandes compagnies pétrolières américaines, ne l’entendent pas de cette oreille. Elles veulent briser cette entreprise italienne. Pour cela, tous les moyens, même les plus infâmes, sont employés. On reproche à Mattei d’être malhonnête, de devenir mégalomane, d’avoir une comptabilité clandestine, de pratiquer des prix bas qui dérangent la concurrence etc. La presse aux ordres du Capital se déchaîne, des tentatives d’attentat sont utilisées.
Mattei n’en a cure et fonce, débordant d’énergie et d’enthousiasme. Les grandes compagnies pétrolières sont de plus en plus mécontentes et la France lui reproche aussi de trop s’intéresser au pétrole algérien. La mafia rode.
Finalement Mattei meurt en 1962 dans un accident d’avion suspect alors qu’il revenait de Sicile.
Personnalité du Mattei réel
Tout ce que je sais sur Mattei, je l’ai mis dans le film, dit l’auteur du film. Il est fier de constater que les problèmes soulevés par le film restent encore actuels. Le pétrole garde toute son importance.
Mattei était tiers-mondiste, populiste dans le bon sens du terme. Il voulait servir un Etat moderne, défendre l’indépendance nationale. Un patriote énergique. C’était un grand Italien. Quel dommage que l’Italie n’ait pas eu plusieurs Mattei (F. Rosi).
Mattei était déjà chef d’entreprise sous le fascisme. Il naquit en 1906 dans les Marches, vers Ancône, dans une famille pauvre. Il avait le sens de l’entreprise et des initiatives. Dans les années 1930 il crée une entreprise chimique prospère qui à l’époque de la guerre d’Ethiopie travaille pour l’armée. Il ne se posait pas beaucoup de questions, alors. Puis vers 1939-1940 il évolue sous l’influence d’universitaires. Il rencontre des professeurs et des étudiants catholiques qui vont le dégrossir.
Il entre dans la Résistance et y prend des responsabilités. Il devient l'efficace trésorier du comité de Libération de l’Italie du Nord. Il accorde des financements à tous les partis italiens, avec équité. Le PC lui en sera reconnaissant. Sur les photos du défilé de la victoire, on le voit aux premiers rangs.
Après la guerre, il est élu député de la Démocratie Chrétienne, tendance de gauche. Puis il prend la direction de l’ENI.
Le récit du petit chat, cité dans film, montre les idées de Mattei. Il s’agit d’un petit chat, très fragile, qui meurt de faim. Il aperçoit de féroces molosses autour d’une écuelle. Pas effarouché il s’approche pour se substenter mais un coup de patte l’envoie valdinguer. Le petit chat a l’échine brisée et meurt.
Mattei devient de plus en plus puissant. Il a son propre journal et devient de plus en plus mégalo. Il paraît qu’à la fin, il avait l’intention de se retirer de l’ENI, satisfait d’avoir lancé cette entreprise.
Les conceptions artistiques de Francesco Rosi
Il a voulu faire un film dialectique, ne pas prendre parti de manière propagandiste, mais exposer le dossier.
F. Rosi fut aidé par la présence de Volonte, un acteur extraordinaire dit-il.
Au début il y a la séquence avec l’épouse de Mattei qui vacille en apprenant le décès de son époux. Le film commence avec un peu d’émotionnel, juste ce qu’il faut pour amorcer le public. C’est un film d’action et de réflexion. De la réflexion tout en restant vibrant, insiste F. Rosi. J’ai voulu provoquer la participation du spectateur, montrer que Mattei avait une vision à long terme. La scène avec l’épouse est suivie d’un retour en arrière, mais bref.
Pour F. Rosi le pouvoir se juge au résultat. Ne pas avoir d’hostilité de principe au pouvoir, comme dans les années 1970. Mattei avait la passion du pouvoir.
F. Rosi veut créer une vibration, donner une émotion au spectateur. Dans ses films on retrouve de grandes scènes collectives comme celle de Sicile où Mattei annonce à un village écrasé de pauvreté qu’on va exploiter du pétrole dans la commune, que tout le monde trouvera du travail. Une femme vêtue de noir s’approche, lui prend les mains : il rassure, elle peut dire à son fils parti en Allemagne qu’il peut revenir. Dîtes-leur de revenir, il y aura du travail pour tous !
Comment arriver à communiquer une telle émotion ? Par les regards, les gestes, les angles de prise de vue. Ainsi, le public s’identifie. C’est du cinéma, pas un tract. Très différent de la distanciation brechtienne. Il faut donner une l’impression de vérité. C’est un psychodrame, presque de l’hypnose.
Recréer la vérité. Obtenir un résultat de vérité. Il faut tourner dans les murs, dans les pierres où l’action s’est déroulée. Car les pierres parlent. Replacés dans les lieux réels, les acteurs expriment davantage de vérité. C’est ainsi que l’on arrive à faire sentir le rôle à l’acteur.
Le rôle du journaliste qui s’oppose à Mattei a été confié à un ancien salarié d’une multinationale américaine, afin d’obtenir de meilleurs accents de vérité.
Dans la scène du film Luky Luciano, il y a une scène où les femmes sortent pour aller dans les rues. Au début les femmes du village ne voulaient pas sortir. Diable ! C’est que l’on se trouve en Méditerranée… F. Rosi a trouvé une astuce. Il a envoyé un assistant chercher des prostituées à Palerme. Des femmes très sympathiques, dit-il. Quand elles sont arrivées, les femmes du village ont protesté : mais c’est nous, qui étions là, à l’époque. L’une d’elles sort sur son balcon pour protester, alors Rosi lui dit de descendre et de se joindre au tournage. Voilà comment les femmes du village se sont mélangées aux prostituées pour jouer dans le film.
Mais je n’ai pas fait que des films politiques, proteste Rosi. J’aime aussi rire, danser, manger, j’aime Ginger Roger et Fred Astaire.
Analyse de la situation politique italienne de l’Après-Guerre
La Démocratie Chrétienne fut seule au pouvoir pendant cinquante ans. Mattei était démocrate-chrétien de gauche.
La DC ne se situait pas entièrement à droite. Il y avait plusieurs courants, explique Marc Lazar. F. Rosi confirme. Il y avait aussi une DC méfiante vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Otan.
Le contexte explique que l’affaire Mattei avait des résonances internationales. On était en pleine Guerre Froide. Il y avait en Italie un fort PC. On voit dans le film Mattei aux funérailles de Staline en 1953 .
L’Italie était peu industrielle, très retard. Elle a beaucoup changé en peu de temps. D’où de fortes tensions sociales et régionales. La pauvreté augmente au sud tandis qu’au nord l’économie se développe. Le progrès suscita une grande ferveur populaire. Il avait aussi une forte émigration jusqu’en 1974.
Il y a toujours une grande violence des rapports sociaux en Italie. Une révolution si rapide a créé de forts contrastes. L’Italie a accomplit en quarante ans ce que la France a fait en cent cinquante ans.
Mais l’Italie et la France ne se ressemblent pas. Ce fut toujours difficile de construire l’Etat en Italie alors qu’en France, l’Etat est omniprésent. N’oublions pas que l’unité italienne est récente (1860), souligne F. Rosi.
Les Français ont le sens de l’Etat alors que pour beaucoup d’Italiens l’Etat demeure illégitime.
Comme la DC est restée au pouvoir longtemps, l’opposition était réduite à l’impuissance. Le rôle des artistes et des intellectuels se développa. D’où un cinéma politique italien alors qu’en France ce n’est pas important.
Liens :
- http://www.pariscinema.org/fr/programmes-2007/rosi.html?PHPSESSID=i5sshhga
- http://www.iicparigi.esteri.it/IIC_Parigi/webform/SchedaEventoAltrove.aspx?id=146&citta=Parigi
- http://www.paris-cinema.org/fr/film/fiche-film.html?film_id=1998
- http://www.cinemotions.com/modules/Artistes/fiche/20942/Gian-Maria-Volonte.html
- http://www.fantasfilm.com/image/SIT-7-1-LES%20ACTEURS-VOLONTE-GIAN-MARIA.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Francesco_Rosi
14.07.09
Le style STG
Le style STG pendant le bac
Juin 2009
Cette classe de terminale STG « planche » dans les préfabriqués du lycée.
Ils prennent – ou font semblant de prendre – leurs distances avec l’épreuve. Ils arrivent dans la salle à la dernière seconde. Ils plaisantent beaucoup, se charrient, parlent fort, rient. Le groupe se forme, se soude, vérifie qu’il est toujours groupe. Pas de concentration silencieuse et solitaire comme chez des bacheliers de section générale. Quelques-uns parlent tout seuls. Ils portent les mêmes habits que d’habitude.
Mais dès que l’épreuve est commencée, ils cogitent tout aussi sérieusement qu’une autre classe. Peut-être sont-ils plus nombreux à sortir longtemps avant la fin du temps imparti.
J’ai eu l’un jadis un de ces bacheliers en classe de première. Il m’annonce qu’il est reçu comme admissible à Science-Po et qu’il peut aussi entrer à la Sorbonne pour faire de l’Histoire. Je le félicite. Il me demande « vous êtes fier de moi, monsieur ? ». Je lui réponds affirmativement. Il m’explique qu’il a changé de comportement depuis sa première. En effet. J’espère que sa réussite se confirmera à l’oral.