lycées de banlieues

Lycées de banlieue populaire. Professeurs, élèves, vie du quartier. Cours et documents d'histoire-géographie. Conseils aux élèves. Conseils pour le baccalauréat. Améliorer le système scolaire, extraits de rapports officiels. Lectures, visites de musées.

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04.06.09

Une 2de ST2S débat

Débat avec une classe de 2de ST2S dans un lycée ZEP

Propos entendus

- A propos des retards : l’administration est trop pointilleuse. Elle pose parfois des questions indiscrètes. La lutte contre l’absentéisme est exagérée. Le logiciel qui gère les absences et les retards a des ratés.

- Les informations circulent mal. Quand un prof est absent, on est averti trop tard alors que le professeur a informé l’administration à temps.

- On a tort de considérer que les ST2S sont bêtes. Les profs ont peur d’organiser des sorties théâtres ou cinéma avec nous. Nous voulons davantage de sorties. Nous savons bien nous tenir quand il le faut.

-  On est mal informées de l’orientation. Nous avons peu d’informations sur les débouchés après le bac ST2S.

-  Faut-il réserver l’entrée des écoles de santé aux élèves venant du bac ST2S ? Non ; répondent certaines élèves au nom de l’égalité des droits. Oui, disent les autres. Il y a une discordance entre les études de ST2S, qui comportent beaucoup d’heures de cours et le peu de débouchés pour nous. C’est une injustice.

- Certaines journées de cours sont trop chargées, il y a trop d’heures de cours. Il faut retirer les cours du samedi matin.

-  On voudrait des enseignements plus pratiques.

-  Les élèves ne veulent pas faire de TPE ( = travail libre consistant à faire un dossier en groupe).

-  Par contre, l’ECJS c’est bien car cela apprend la politique.

-  ll faut enlever l’Histoire –Géographie et mettre davantage de langues vivantes.

-  Il faut rétablir les stages en ST2S (unanimité sur ce point). L’une d’elles explique : heureusement qu’en troisième j’ai eu un stage avec une infirmière à domicile : j’ai compris que cela n’est pas fait pour moi.

- Faut-il un uniforme pour les élèves ? Pour certaines la réponse est affirmative, cela créerait plus d’égalité et ce serait plus simple pour nous de s’habiller le matin. Non, disent les autres, cela porterait atteinte à notre liberté.

-  On préfère les classes mixtes, mélangées garçons/filles.

-  Faut-il raccourcir la durée des cours ? Non, disent les élèves.

01.06.09

Débat avec une 1ère

Mai 2009. J’arrive devant une classe de ST2S sympa. Je suis censé continuer mon cours sur la 2de Guerre Mondiale. Mais je me demande si ces connaissances sont utiles, dans la vie réelle.

Puisque Richard Descoings doit rendre un rapport sur la réforme des lycées, ne serait-il pas plus judicieux, de faire un machin civique et de discuter avec les élèves sur leur condition ?

Extraits de propos entendus.

-  Dans la classe « personne ne se respecte ». Il y a « une mauvaise ambiance », on s’engueule pour un rien. Il y a un manque de communication. Des « clans ennemis » se forment et s’affrontent « pour des gaminages ».

-  Il y a beaucoup de bavardage. Or certaines bavardes « n’assument pas ». les autres se font punir à leur place. On ne devrait pas « parler derrière » ou faire des « bourrages de crânes ».

-  Quand il y a du bavardage, certains profs s’énervent trop vite, « pêtent un câble » et punissent des innocents.

-  Certains professeurs tiennent des propos déplacés, genre « vous manquez d’éducation » : cela insulte nos parents. Dans ce cas, il faut prendre l’élève à part mais ne pas « l’afficher ». Cela humilie, cela énerve.

- Beaucoup de profs « ne savent pas dialoguer ». Ils n’aiment pas les heures de vie de classe [heures où l’on doit parler avec les élèves des problèmes de la classe].

- Que le prof s’excuse quand il arrive en retard.

-  Le prof veut toujours avoir le dernier mot.

-  Les profs ne pensent qu’à finir le programme. Le programme est surchargé, on va trop vite.

- Il y a un manque de communication entre profs et élèves.

-  Aussitôt que nous entrons dans la salle de classe, certains profs veulent commencer le cours de suite. Non. Il faut nous laisser du temps.

- Quand ils font passer les oraux, certains profs parlent et rient entre eux. Nous, les élèves, nous avons alors l’impression qu’ils sont en train de se moquer de nous.

-  Dans les formations post-bac (IUT etc.) il faut laisser davantage de places aux bacheliers ST2S.

31.05.09

Débat sur la violence

   

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Hiver 2008-2009, notre lycée ZEP a été victimes de violences. J’ai cours avec une 1ère ST2S de filles sympas. Des anges.blinkie_024_06

Je transforme une heure d’histoire en éducation civique. J’explique aux élèves que la violence est inadmissible, qu’il faut se respecter, que nous sommes là pour les aider à acquérir des connaissances, que nous sommes à leur service etc. Puis je leur demande de réagir par écrit. Le but ne consistait pas à trouver des idées géniales mais à passer par l’écrit pour remplacer la pulsion par la raison.

1 ère question : à votre avis quels sont les problèmes du lycée ?

Beaucoup parlent de la cantine qui ne serait « pas bonne ». Cela fait presque trente ans que j’entends les élèves se plaindre de la cantine, c’est un discours qui exprime autre chose et auquel il ne faut pas accorder une grande importance. Les élèves ajoutent, ce qui paraît plus intéressant, qu’ils manquent de temps pour manger, qu’ils attendent longtemps devant l’entrée de la cantine.

Les élèves trouvent aussi que les récréations et les interclasses sont trop courts. Je dirais plutôt qu’un cours de 55 mn c’est trop long pour eux.

D’autres évoquent les violences. Elles déplorent les "bagares".

Beaucoup se plaignent du mauvais état des locaux. 

Une élève dit : "Le lycée est mal exposé. Il est trop proche de la route. Il est peut-être un peu vieux, dans un style qui déplait aux élèves ce qui peut leur donner envie de le détériorer encore plus. Dans ce lycée il y a beaucoup trop d'élèves, cela peut entraîner du bruit dans les couloirs [...]. Le lycée est trop grand."

Une autre : "dans le foyer, la salle est dégradée (murs tagués)". "Les locaux où nous travaillons sont insupportables, il faudrait toute la rénovation". EIles réclament davantage de surveillants.

"Il y a trop d'heures de cours".

"Il n'y pas assez de sorties et de voyages".

"Il n'y pas assez de place pour les élèves qui n'ont pas cours" (elle veut dire : pas de salles d’étude ? pas de cafétéria ?).

2 ème question : quelles sont les solutions ?

Beaucoup souhaitent l'installation de caméras vidéo. Par exemple : « franchement, je souhaite qu’il y est des caméras ».Une élève a une idée précise : « il faudrait les placer au-dessus du grillage vert ». Une élève n’est pas d’accord: « il ne faut peut-être pas mettre des caméras car elles pourraient être enlevées ou arracher rapidement ».

Une autre : "embauché plus de surveillants. Réaménagez la rue devant le lycée [...]. Mettre plus de police avec des tasers et que c'est individus soit arrêtés et viré du lycée. Il faudrait plus encadré". Une autre : « il faudrait mettre (dans l’évidence) des policiers en civil devant le lycée ». Une autre : pour la Police, sa sert à quelque chose. Pour l’extérieur du lycée, à la sortie, il faudrait une voiture de police. […] Dans la cour il faudrait des surveillants». « Rajouter des surveillants » est-il écrit sur une autre feuille. Une autre : « la police devrait passer régulièrement». Plusieurs invoquent plus sobrement la nécessaire sécurité.

Une élève s’oppose aux sanctions professorales englobant élèves coupables et innocents.

D’autres mettent l’accent sur la rénovation des locaux. Une élève écrit : « il faut refaire entièrement le lycée mais l’améliorer au niveau des matériaux. Il faudrait peut-être l’insonoriser car pendant les cours nous entendons du bruit dans les couloirs ».

Une autre demande que la mairie paie des voyages aux classes du lycée. Elle demande aussi qu’il n’y ait plus cours le samedi et le mercredi.

Mon commentaire.

- Les caméras, ce n'est pas si efficace que cela.       

- Des rondes de police ? Attention. Beaucoup de jeunes coqs surexcités ne rêvent que de bagarres. Ne leur en fournissons pas l’occasion.

-  Davantage de surveillants ? sans aucun doute. Il faudrait aussi les former et bien définir leur mission. La gestion des retards et absences n’a guère d’intérêt. On brasse des paperasses. Par contre, faire des rondes dans les couloirs paraît plus utile.

-  La rénovation des locaux semble essentielle. Ce lycée ZEP fait penser à la Tchétchénie. Un autre lycée, assez proche, le lycée Corneille, fait l’objet d’une rénovation, alors que sa population scolaire est essentiellement bourgeoise. Deux poids, deux mesures ? Selon que vous serez puissants ou misérables…

-  Davantage d’exclusions ?

26.02.08

Débat sur le Val-Fourré 2002

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Libération lundi 11 février 2002

Mantes-la-Jolie, envoyé spécial.

Trois heures de paroles sur la violen­ce, les jeunes, la cité. Et une jeune fille qui lance : « Qu'est-ce qu'on fait ?» La salle se tait. Elle répète: «Qu'est-ce qu'on fait ?» Trois fois. C'était samedi à Mantes-la-Jolie. Une centaine de personnes se retrouvent à la maison des syndicats. Ils sont enseignant, libraire, parent d'élèves, médecin, étudiant. Plutôt à gauche, voire à gauche de la gauche. Ils se sont assis en cercles sur des chaises brunes à l’appel de Mieux vivre ensemble dans le Mantois. Tout est dit dans le nom du col­lectif et, franchement, « il y a du boulot », selon l’un de ses membres : « Au départ, c'est l’industrie automobile qui a suivi le cours de la vallée de la Seine où nous sommes. Après ce fut le chômage dans l'in­dustrie automobile et maintenant, c'est le désespoir qui coule dans ce coin de vallée.»

Urgence.

A quelques centaines de mètres, il y a la grande cité du Val-Fourré. On en parle quand un policier est acquitté après avoir tué un jeune homme. C'était, il y a quatre mois, devant les assises de Versailles (Libération du 29 sep­tembre). La violence au Val-Fourré, c'était encore la semaine dernière. Deux bandes s'affrontent, mercredi après-midi, sur la dalle du centre commercial Fragonard. Coups de feu, armes blanches, jets de pierre. Trois personnes sont blessées et onze jeunes sont mis en examen et écroués. Alors, dit, samedi, un participant, il y a «urgence» à se réunir car la crain­te d'Abdelaziz, 24 ans, «c'est que cette violence se banalise». Il habite le quartier des Peintres, au coeur du Val-Fourré. Pour lui, c'est tout le quotidien qui est miné par la violence. «Quand tu te lèves et qu'il n'y a pas d'eau chaude, que tu restes deux, trois jours sans chauffage, avec un petit bébé. La vie au Val-Fourré, c’est déjà un rapport de force avec le bailleur. Parfois, on entame plusieurs pétitions sans le savoir. L’un d'entre nous en commence une au bas de la tour et l'autre au som­met. On finit par se croiser au milieu des étages.» La voix est tranquille mais le ton est rugueux, même pour ceux qui pensent parfois bien faire. Abdelaziz : « L'image qu'on donne aux jeunes de leurs parents, de leurs cultures d'origine, est catastrophique. Notamment à l’école. Moi, j'en ai marre de ces fêtes où l'on nous demande d'’apporter du couscous ou d'interpréter des danses africaines. Comment voulez-vous intégrer les jeunes quand vous leur faites comprendre que « vous c’est vous et nous, c’est nous ». On est toujours dans le rapport à l'indigène. Ce n’est pas une démarche d’intégration. Il ne faut pas s’étonner que, dans ces conditions, les jeunes se referment. »

Une jeune femme se lève, mince et sombre, dans son imperméable noir: « Je suis née au Val-Fourré. On a vécu des moments difficiles mais on ne supporte plus cette violence. C'est invivable pour ceux qui ne peuvent pas partir du quartier.»

Résistance.

Yazid Kherfi écoute. Après une jeunesse cabossée, racontée dans un livre (1), il a dirigé la maison de quartier de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), une des cités les plus dures d'Ile-de-France. Il explique aux travailleurs sociaux, aux policiers, comment travailler avec les plus violents. Et intervient, bien sûr, auprès des jeunes. Aujourd'hui, il est un peu le guetteur de ce débat. Il dit : « Ne soyez pas dans un sentiment de désespoir. On a tous des compétences, des réseaux. Quand il y a un problème dans le quartier, il se mobiliser à plusieurs pour aller dans la rue, dans la cour de l’école. Si quelqu’un se fait agresser, il faut aller voir les jeunes. Idem, si un policier vous parle mal, il faut aller voir le commissaire ».

C'est un peu comme une veillée avec la pluie qui résonne sur les toits métalliques. Comme à la veillée, chacun vient y conter des bouts de vie.

Le psychosociologue Didier Martin intervient dans les quartiers ouest d’Arras : « Quand j’interviewe les jeunes, je m'aperçois que tous les gamins ont été victimes de violences avant d'en commettre. C'est un gamin qui me dit : tu ne sais pas ce que c'est toi, quand, depuis l’âge de 5 ans, on te regarde comme si tu allais piquer la caisse quand tu entres dans la boulangerie. » Pour exister debout, on a besoin de se défendre. L'acte de résistance est nécessaire pour les jeunes mais il faut le canaliser».

Res­te à savoir comment, dans des quartiers où il n'y a plus de syndicat ou de parti politique pour valoriser l’action collective. Où, aussi, «Chirac est considéré comme le premier délinquant de France», dit un participant. « Je ne suis pas certain que les modes de représentation de la planète Mc Do soient le meilleur moyen pour canaliser la violence», souffle un enseignant.

Dalila est profes­seur d'anglais dans un collège de Mantes-la-Ville. Face à la violence, elle a participé la formation d'élèves-médiateurs capables de gérer des conflits (une insulte, un vol de stylo) sans que les adultes interviennent. Et ça marche. «Il y a moins d'agressivité et, l'année dernière, il y a eu un seul conseil de discipline».

A côté des expériences comme celle de Dalila, beaucoup de questions ont fusé. Fondamentales, donc politiques. Comme celle de Didier Martin : « Et si, au lieu de parler de famille démissionnaire à propos de la violence des jeunes, on parlait d'adultes en perte de dignité sociale ? »

Jacky Durand 

(1) Repris de justesse, éditions Syros.

13.12.07

"Paroles" de jeunes

« paroles » d’ÉlÈves du mantois

2002

mantes

Ce genre de discours s‘entend dans les classes en difficulté scolaire ou dans les secondes, classe «d’orientation», classes d’inquiétude. Ces propos furent prononcés lors d’un débat d’éducation civique dans une seconde «faible». J’ai restitué les paroles comme je le pouvais.

Il y a-t-il une part de provocation dans leurs propos ? Exagèrent-ils ? Un peu ? Beaucoup ? Tous les immeubles du Val Fourré ne sont pas dans l’état dégradé qu’ils décrivent, loin de là. Mon compte-rendu dramatise-t-il ? N’ont-ils pas une vision fantasmée du « bled » ? Que connaissent-ils réellement de la vie quotidienne en Afrique du Nord ? Pas grand-chose. Sont-ils de vrais arabes ? Quelle est la part de vérité ou d’affabulation dans l’histoire de cette voiture qui fonce contre une cabine téléphonique ?

Que penser du travail de la police ? Un travail indispensable, difficile et héroïque. Mais certains policiers venus de province, trop jeunes ou trop fatigués, ne « pêtent-ils pas les plombs » lorsqu’ils sont provoqués ?

Il aurait fallu un magnétophone pour restituer fidèlement ces propos. Et encore.

Comme il est difficile de se faire une idée exacte !

Il va de soi que je ne reprends pas à mon compte tous leurs propos. Leur description des violences est ambiguë. La condamnent-ils ou sont-ils fascinés ? La façon dont ils parlent du Moyen Orient comporte aussi de sérieuses ambiguïtés. 

Extraits

« Les policiers contrôlent nos papiers trop souvent, sans raison. Surtout en été lorsque nous discutons dehors. C’est humiliant. C’est la cause de tout.

L’autre jour, on jouait au foot. Des jeunes faisaient un cambriolage dans l’école. Nous on les a vu sortir mais ce n’était pas nous, je vous jure. Les policiers ont quand même embarqué tout le monde. Ce sont surtout ceux de la BAC (Brigade Anti Criminalité) que nous n’aimons pas.

Un autre jour on discutait dans l’entrée de l’immeuble. Un certain M..., un peu barjo, qui cherche à frimer, à jouer au caïd, a insulté les policiers qui passaient par là. Ceux-ci ont fait le tour de l’immeuble, sont entrés par derrière et ont contrôlé tout le monde. Nous on y était pour rien.

L’autre jour, des jeunes ont volé une voiture et ils ont foncé sur une cabine téléphonique où il y avait plusieurs personnes. Une petite fille est morte. Ses frères ont ameuté leurs copains et ont fait une chasse à l’homme avec leurs guns pour se venger sur les coupables. Ceux-ci ont été massacrés. Les flics sont arrivés « des années après » !

Le marché c’est sympa. A la fin on se bat toujours avec des pierres.

Chaque fois qu’il y a un problème, on le règle comme ça. On fait appel aux voisins, aux cousins. On se venge. Comme au bled. Ca commence par une histoire entre deux personnes et quand ça finit nous sommes plusieurs dizaines, plusieurs centaines.

L’autre jour Machin a eu le crâne défoncé par une batte de base-ball. Il saignait de partout.

On fait aussi des tags sur la Palestine ; ce sont nos frères. « D’ailleurs, tout ça, c’est la faute aux feujs ( = juifs). C’est pas leur pays, la Palestine. » Ca nous concerne, ce qui se passe là-bas. Vous avez vu les incendies des synagogues ? Ca ne finira jamais...

Sans arrêt on jette des pierres sur les policiers. Pourquoi ? Pour s’amuser... C’est un jeu.

Le jour de l’An, plusieurs voitures ont brûlé. Quelqu’un avait voulu mettre le feu à une voiture, mais manque de chance les voitures d’à côté aussi ont brûlé. Les gens qui viennent pour rendre visite à leur famille n’osent plus prendre leur voiture. La Seine est pleine de voitures et de cadavres. Maintenant même les petits, ils s’y mettent aussi. Ah non ça alors, c’est quand même exagéré, à cet âge.

L’autre jour les policiers ont interpellé un dealer, c’était un hadj. Il s’est fait cogner dessus.

Les Arabes et les Noirs ne vivent pas dans des immeubles séparés. On est frères. Par contre il y a trois immeubles plus petits et plus confortables dont les loyers sont plus élevés. Il n’y a que des Français là-bas. On les appelle les anciens combattants, les campagnards. Quand on les course, ils se plaignent : attention, nous sommes cardiaques.

Dans nos immeubles, ça pue la pisse, les boites aux lettres sont arrachées et il y a beaucoup de canettes et de tags. Surtout contre les quelques Français qui habitent encore dans nos immeubles. Les pauvres, ils se font traiter de tous les noms. Ils se font insulter nommément.

Nos parents n’osent plus rien faire. Ils ont baissé les bras depuis longtemps. Ils n’osent plus nous punir, ils n’osent plus nous frapper parce qu’ils ont peur des assistantes sociales. Nous ne sommes jamais privés de dessert. Parfois ils nous menacent de déchirer nos papiers et de nous réexpédier au bled, mais ce ne sont que des menaces.

Les Français vivent tous dans le centre de Mantes, ils ne viennent jamais au Val Fourré. Pourquoi les gens ont-ils si peur de nous ? L’autre jour on était cinq dans le métro. Bon d’accord il y avait M..., c’est vrai qu’il a une sale tête et un drôle de comportement... Et bien la personne assise en face de nous, elle est partie en courant. » 

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