18.02.09
Autre façon de corriger les devoirs
Les devoirs en deux temps
Mots clefs =
confiance des élèves en eux, ne pas se dévaloriser, ne pas survaloriser la note, ne pas humilier les élèves, réfléchir aux consignes du prof'
Innovation tirée du site suivant.
http://innovalo.scola.ac-paris.fr/pni3/1/13/monographie.htm
Il s’agit de groupes de réflexion animés par les idées de Françoise Bernard.
Un devoir sur table est programmé, on annonce qu’il ne sera pas noté sur la copie : la correction des copies consistera en annotations qui signalent les erreurs et les qualités, sans l’attribution d’une note sur 20 ; celle-ci sera conservée par le professeur mais non dévoilée aux élèves.
Lorsque les copies commentées sont remises aux élèves, on leur demande de remplir un questionnaire. Il n’y a pas, à cette occasion, de corrigé en classe ; la consigne donnée aux élèves est d’étudier les annotations et de corriger leur travail en fonction des seules indications sur la copie.
Le même sujet est repris après un délai d’environ une semaine pour un nouveau devoir sur table. Celui-ci est noté, et les élèves sont alors informés de la note du travail précédent ; mais seule la deuxième note est comptabilisée (sauf si, cas exceptionnel, la première était meilleure). Au moment de la remise des copies, un deuxième questionnaire est rempli par les élèves, pour leur faire mesurer l’évolution de leurs compétences et les transformations de la représentation mentale qu’ils ont d’un « contrôle ».
Ce principe simple vise à ce que les élèves ne s’attendent plus à être « jugés » sur une seule note sanctionnant un travail trop isolé et trop vite oublié, mais prennent les devoirs en considération comme une source d’informations leur permettant d’aiguiser leurs compétences et d’améliorer leur performance. Ils sont appelés à analyser les appréciations du professeur et peuvent participer à une discussion ouverte en classe sur une typologie des « erreurs ». Ils sont conviés à retravailler le tout à la maison et doivent se présenter armés de plus de certitudes à une deuxième session où le devoir sera ouvertement noté et apprécié en des termes faisant état de l’évolution des savoir-faire.
Le premier devoir est une mise en perspective du second, mais n’est pas un simple brouillon. Entouré de la solennité d’un contrôle, il est complet, apprécié et noté, mais le professeur garde la note pour lui. Et, comme nous l’avons dit, la première des notes est dévoilée après la remise des deux devoirs, l’élève gardant la possibilité de conserver la meilleure des deux.
L’équipe cherche par ce moyen à évaluer les impacts affectifs et cognitifs à chacune des phases de la correction et l’évolution accomplie par des élèves qui se trouvent en sécurité, et dans la satisfaction de soi.
Les élèves sont plus que des acteurs: ils participent à la réflexion et peuvent prendre un recul critique.
Une autre technique serait à mettre en avant :
La classe étant partagée en groupes (de deux à quatre élèves), faire composer par chaque groupe un énoncé de devoir ; celui-ci est ensuite proposé à un autre groupe, dans une interrogation écrite en temps limité.
Puis chaque groupe prend en charge les copies de ceux qui ont traité son sujet, et les corrige selon un modèle et un barème établi à l’avance.
Le professeur contrôle corrigés, barème et correction, évalue le travail du groupe (recherche d’un sujet / traitement d’un autre sujet / correction de copies) : c’est une activité très formative, donnant du sens à l’évaluation en plaçant l’élève en position d’être celui qui interroge et évalue ; cela a été pratiqué dans le cadre des modules.
04.07.08
Réunion d'un jury du bac après l'écrit
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RÉunion d’un jury du bac |
Mercredi 2 juillet 2008, 9 h.
Correcteur d’histoire-géographie au bac, j’arrive dans un lycée centre d’examen pour assister à la réunion du jury. Nous venons de plusieurs lycées différents, nous ne nous connaissons pas. Les élèves qui ont composé viennent eux aussi de lycées différents.
Nous devons déterminer quel candidat aura immédiatement le bac, qui recevra une mention, qui devra passer l’oral, qui sera recalé. Sont présents des collègues de toutes les disciplines présentes à cette première partie de l'examen. En histoire-géo, nous sommes cinq et il y a 280 candidats à «traiter».
Le président du jury, prof de maths probablement, donne les consignes à sa petite troupe : jusqu’à cinq points qui manquent, on comble le déficit et on ajoute des points. Cinq points... compte-tenu des coefficients, cela se trouve dans la zone d’incertitude de la correction, laquelle ne peut jamais être exacte.
Au-delà de cinq points manquant, il y aura lecture du livret scolaire et débat. « Il ne faut pas avoir d’état d’âme à ajouter des points », dit-il carrément. « Il faut donner toutes ses chances au candidat ». Les points que nous ajouterons n’auront pas de rapport avec le niveau de la copie ; ils seront uniquement liés à la lecture du livret. En théorie, s'il manque plus de 15 points, nous ne rattaperons pas le candidat, mais cette règle varie d'un jury à l'autre. Chaque jury est souverain, vieille règle aristocratique désuette.
Combien de points un professeur peut-il ajouter à sa copie ? La plupart du temps,on se contente d’un seul. La tradition veut que l’on ne dépasse pas deux points, bien qu’il n’y ait aucune obligation. Le jury est souverain... Avec le jeu multiplicateur des coefficients, cela peut rapporter au total trois, cinq points ou davantage. Tout cela fait désordre.
Ce président se montre énergique. Les copies défilent. Tant mieux, nous aurons fini à 12 h 30, 3 heures et 1/2 pour presque 300 copies.
Oh, parmi les candidats je reconnais des amis de ma fille, dit un correcteur. Je me demande quelle note ils ont.
Un professeur en colère refuse de donner des points à une copie. Néanmoins, dans l’ensemble les collègues se montrent résignés. Inutile de faire un esclandre pour si peu.
Un candidat à qui il manque 20 points sera rattrapé parce qu'il a un livret élogieux, ce qui fait râler certains. 20 points, quand même...
Les appréciations des livrets restent stéréotypées. Un ou deux candidats auront droit à un traitement dur parce que leurs appréciations sont sévères : absentéïste chronique, peu attentif en classe...
Lors de la lecture des livrets et des avis du conseil de classe du 3me trismestre, on entend certains profs s’exclamer : « Il vient d’où cet élève ? », « de quel lycée vient-il ? ». A la réponse, certains remarquent : « ah ce n’est pas étonnant », « c’est un lycée facile », ou « c’est un lycée difficile ». Parfois des rires moqueurs fusent.
Les lycées ne sont pas égaux, il y a des lycées coulants sur les notes et les appréciations, et d’autres plus "vaches". Tiens, je croyais que nous étions tous égaux devant le bac ? Et cette fameuse république dont on nous rebat les oreilles ?
Le président accélère le mouvement. A ce moment de l’année, bof, dit-il. Quand il lit le livret, il commence toujours par la note de maths.
Certains candidats ont eu beaucoup de mauvaises notes, sauf à l’option portugais où ils atteignent 17 et davantage. Visiblement, c’est leur langue maternelle. Ce gonflage des notes par une option linguistique fait soupirer quelques membres du jury. Mais le portugais est une langue tout à fait respectable, s'écrit le président comme pour se rattraper. Petits sourires, nous nous comprenons à demi-mot.
Pendant la pause, nous discutons dans la cour.
Des collègues de langues disent que les programmes et les pédagogies s'harmonisent entre pays européens. Il était temps car en matière de maîtrise d’une langue étrangère, la France est 27me sur 27. Dans les programmes, l’étude des grands auteurs disparaît. Exit Goethe, Brecht, Shakespeare et compagnie. Désormais les élèves étudient des articles de journaux un peu neu-neu, portant par exemple sur les dangers du tabac et autres gentilleries du même acabit. Le discours humanitaire va-t-il tuer la littérature ? Dans les exercices du bac, la maîtrise de l’écrit décline au profit de l’oral. Logique. Le but n’est pas de former des érudits raffinés mais des gens capables de demander leur chemin dans les rues de Londres. Et puis l’étude des grands auteurs est trop difficile pour beaucoup de jeunes, surtout si l’enseignant le fait de manière conformiste.
Au fond, la vraie culture n’est peut-être pas démocratisable ? Elle reste peut-être inévitablement élitiste ? Triste constatation à laquelle je ne suis pas résigné. En histoire, j’aime faire des cours compliqués et parler des grands penseurs. Il faut bien stimuler les élèves. N'ayant plus envie de nunucheries, j'ai abandonné l'éducation civique, préférant un cours d'histoire personnel qui développe l'esprit critique.
En effet ces grands auteurs nous enrichissent et nous rendent heureux. Ils augmentent notre liberté de vie.
On en arrive donc à ce constat paradoxal que la démocratisation (massification, en fait) de l’enseignement tue la liberté individuelle. La démocratie ne supporte pas la liberté.
Jamais je n’ai ressenti une impression si étrange. Beaucoup d'enseignants se moquent de l'examen.
J’ai le sentiment de vivre en URSS à l’automne 1991. L'Educ-Nat aura-t-elle un jour son Gorbatchev ?
19.06.08
Consignes officielles aux correcteurs du bac
Consignes pour corriger le bac d’histoire-géo
Voici des instructions données aux correcteurs du bac histoire-géo :
1) Une réunion d’harmonisation entre les correcteurs. Compte-rendu personnel
2) Un document écrit du lycée centre de correction relatif à la notation.
1) Réunion d’harmonisation pour les correcteurs du bac histoire-géographie.
Compte-rendu personnel
Professeur d’histoire-géographie, j’arrive dans un lycée chicos d’une commune BCBG. Belles pelouses, élégants parterres de fleurs, bâtiments vastes et spacieux, en bon état, élèves bien habillés. Quelle différence avec ma banlieue populaire.
Si j’étais muté, pourrais-je être à l’aise dans ce lycée bourge, après douze années de lycées prolétaires ?
Dans une immense pièce se trouve une demie douzaine de collègues. Sur une table, du café et des biscuits. On va nous donner des conseils précis pour corriger les copies d’histoire-géographie au Bac.
Bonne idée. Il faut rompre avec l’individualisme aristocratique qui animait jadis les correcteurs. Chacun dans son coin utilisait ses critères personnels et se prenait pour Dieu sur terre. C’était l’anarchie féodale, le pouvoir absolu des seigneurs-profs. Je me souviens d'une réunion préparatoire à la correction des copies, dans un lycée du Quartier latin. Moi, jeune débutant, j'entrais, intimidé de me trouver chez les dieux de l'Olympe. Sur l'estrade, les inspecteurs épiscopaux s'écoutaient parler, comme d'habitude. De temps en temps, un demi fou se dressait et hurlait : le sujet sur la Chine est beaucoup trop facile, c'est la décadence. Alors, un autre, tout aussi hargneux, levait les bras au ciel : au contraire ce sujet est beaucoup trop difficile. Les inspecteurs, qui pourtant ne sont pas des tendres, ne savaient plus quoi faire et ne maîtrisaient plus rien. On sortait de là avec le tournis, attristé, sans idées précises pour la correction. Chaque année, la même scène recommençait et l'on entendait d'atroces gémissements sur le niveau qui baisse. Snif snif. Il y avait de gros écarts de notes.
Or, ce qui était plus ou moins tolérable avec un bac pour l'élite bourgeoise ne peut plus être admis dans notre société marquée par le chômage et la pauvreté, avec un lycée massifié, où l'économie exige des qualifications plus hautes, où les employeurs demandent que la moitié d’une classe d’âge possède un diplôme universitaire.
Désormais on veut coordonner, harmoniser, rationaliser pour réduire les injustices de notation. De plus en plus de candidats protestent contre les notes. L'Educ-Nat peine à calmer la fureur de l’opinion. Mais cette rationalisation est-elle réalisable ? Autre problème : sur le marché du travail le Bac ne sert plus à rien. On fait donc beaucoup d'efforts pour pas grand' chose.
La « présidente » du groupe est syndiquée et membre du CA de son lycée. Elle a assisté à une précédente réunion dirigée par des inspecteurs. Elle en fait le rapport.
Auparavant, les inspecteurs avaient prélevé quelques copies dans les paquets, les avaient lues et en avaient corrigées trois : une bonne, une mauvaise et une moyenne. Les écarts de notes étaient forts. La mauvaise copie a été notée entre quatre à sept sur vingt, selon les correcteurs. La copie moyenne entre neuf et douze et la bonne copie entre quinze et dix-neuf. Il peut donc y avoir jusqu’à QUATRE points d’écart entre les correcteurs.
Conseils donnés par la high society scolaire :
Il ne faut pas mettre de demi points, utiliser toute la gamme de zéro à vingt. Excellent. Il faut valoriser la langue et l’expression, l’histoire-géo étant une discipline littéraire. Oui, mais problème : en général ce sont les bourgeois qui maîtrisent la langue. L'orthographe est de droite, l'orthographe est facho.
On nous donne une consigne claire et nette : donnez le plus possible de bonnes notes. Au moins, cela a le mérite de la franchise. Les inspecteurs ont la trouille que dans la prochaine réforme des lycées, l’histoire-géographie ne soit plus obligatoire en terminale. Il faut gonfler les notes pour rendre notre discipline attrayante et ainsi maintenir des postes. Vieil argument corporatiste et conservateur. Mais si l'argument est discutable, sur le fond les inspecteurs ont raison. A quoi bon noter strict ? Par plaisir sadique d'humilier les élèves ? Autrefois moi aussi j'ai noté ric-rac afin de "défendre le niveau", "défendre la culture". La moyenne de mes copies oscillait entre 9,3 et 10, 5/20. J'ai vu certains noter vache pour ne pas être retenus l'année suivante.
Il me semble maintenant que cette attitude est erronée. Cette année je noterai généreusement.
Dans les sujets, nous remarquons que dans les questions posées, la paraphrase des textes est encouragée et l’esprit critique découragé. Ceci n’est pas absurde. Dans nos classes, les élèves ont de moins en moins d’esprit critique. Pire même, cela les met mal à l’aise. Quelque chose de profond a changé dans la civilisation. Il se meurt l'esprit des Lumières ; adios amigos il fallait tenir tes promesses.
La présidente du groupe projette au mur quelques copies. Dans la mauvaise, celle qui a reçu quatre sur vingt, j'observe des remarques renversantes à propos du texte sur la constitution roumaine de 1965. L’élève écrit à propos de ces Roumains vivant sous la terreur stalinienne : « ils sont maîtres de leur propre sort », « le peuple organise des scrutins universels », « la liberté d’expression est garantie ». Et je n’ai pas eu le temps de tout noter ! Au fond peut-être n’est-il pas possible d’espérer que tout le monde puisse avoir un esprit critique. Et les profs, eux, ont-ils réellement un esprit critique ? Peut-être faut-il choisir entre l’intelligence et la « démocratisation » des diplômes. Si l’on veut « démocratiser » le bac (le massifier), il faut baisser le niveau ? Pourtant croit-on vraiment que les parents d'ouvriers seront dupes ? Ce serait les mépriser. Ils ont peur des évolutions en cours ; ils n'ont pas confiance. Ils ont toujours été grugés par ceux qui détiennent du capital culturel.
D'ailleurs, soyons francs, à quoi a servi cet esprit critique ? Partout il y a guerres, massacres et tortures, la politique du gouvernement utilise vis-à-vis des immigrés des méthodes dignes de Vichy, en ex-Yougoslavie ou en Belgique des Européens ayant reçu des cours d’histoire-géo n’hésitent pas à massacrer ou persécuter leurs voisins de palier. L’esprit critique se dévalorise parce que les partis traditionnels de gauche se modérent, s'embourgeoisent, et finalement ne sont plus de gauche.
J’apprends que certains collègues n’ont pas encore été payés de leur correction du Bac 2007. Un an après ! Leurs interventions, ainsi que celles de leurs proviseurs et des inspecteurs restent sans effet. Malgré l’informatisation, l’administration du ministère se caractérise par sa lenteur et sa bureaucratie. D'ailleurs, dans quelles conditions est-elle faite, cette informatisation ? Oyez, oyez, bonnes gens, l'URSS habite désormais rue de Grenelle, c'est la dérive des continents. De plus, ce gouvernement de droite cherche à faire des économies par tous les moyens.
Il faudrait avoir le courage de se révolter, boycotter et empêcher la tenue et la correction de ce Bac vermoulu. Mais nous n’osons bousculer le dogme, un peu comme ces adolescents qui n'osent pas pisser dans le bénitier parce que monsieur le curé ne serait pas content.
Il paraît que dans les réunions préparatoires, les géographes ont protesté parce que cette année le sujet d’histoire valant douze points et celui de géo huit seulement, la géographie se voit qualifiée de « sujet mineur ». "Mineur", quelle offense ! Les géographes bondirent : nous ne sommes pas « mineurs », nous sommes égaux aux historiens, halte aux discriminations ! Il faut donc maintenant parler de Première et de Deuxième partie du bac, au lieu de sujet « mineur » et « majeur ». Ouf l'honneur est sauf.
On nous distribue quelques documents pour nous aider à corriger. Vous les lirez plus bas. Ils ont été rédigés par des inspecteurs.
Après la réunion, je vais chercher les copies. Je remarque avec plaisir qu’il y en a moins qu’autrefois. Au lieu d’une centaine, je n’en ai qu’une soixantaine. Tout n’est donc pas négatif.
Il parait que les prochaines années, nous ne pourrons plus corriger les copies chez nous. Il faudra venir dans un lycée. On nous demande aussi un bilan à mi-parcours. Harmonisons, harmonisons... Corrigeons, corrigeons, en rang serrés ! Han, dé ! Han, dé !
Les privilèges aristocratiques du métier disparaissent. Il devient normatif, formaté et militaire.
Une évolution à la fois bonne et mauvaise. En tous cas, inévitable.
.2) Document émanant du lycée centre de correction relatif à la notation.
Aux correcteurs
1) Consignes de corrections (extrait du mémento 2008 du Chef de centre édité par la Maison des Examens)
Le correcteur doit porter sur chaque copie : la note sur 20 exprimée en nombre entier (article 7 du décret du 15 septembre 1993) et à l'encre (pas de note au crayon). Ce point est impératif. Un correcteur ne peut pas présenter des copies faisant apparaître des notes exprimées en décimales. Si tel était le cas, le président de jury au regard de la note attribuée, est habilité à arrondir d'office la note finale au point supérieur.
Les copies corrigées pouvant être communiquées aux candidats, les éléments de corrections doivent être clairs et incontestables (exactitude des totaux, lisibilité des notes partielles, références éventuelles au barème, etc...). De plus, en cas de devoir incomplet, le signaler, de même s'il y a un doute sur le nombre de feuillets intercalaires.
Très important : les notes doivent être clairement expliquées et justifiées, en particulier les notes inférieures à la moyenne ; "le résultat de l'examen ne doit pas apparaître au candidat comme une décision dont la motivation lui échapperait". (N.S du 9 mai 1995).
Il est recommandé d'éviter des formules lapidaires ou trop définitives dont l'interprétation pourrait déborder la seule évaluation du devoir, ainsi que l'humour ou la familiarité. En effet, le non respect de ces consignes peut donner lieu à des contentieux délicats à traiter.
05.06.08
Comment noter une copie ?
Notation au bac 2008
Bilan établi par le "chef de groupe" des correcteurs dans mon centre de correction, le 24 juin 2008, à mi-parcours du travail :
« Les résultats concernent un % de copies très variable. Certains n’ont travaillé que sur un seul type d’exercice. Dans l’ensemble, les fourchettes sont assez larges.
Compilation des résultats :
Prénom : |
nombre de copies |
moyenne |
note la + haute |
note la + basse |
Correcteur 1 |
45 |
9,4 sur 20 |
16 |
3 |
Correcteur 2 |
45 |
9,9 |
19 |
4 |
Correcteur 3 |
28 |
9,75 |
18 |
3 |
Correcteur 4 |
36 |
9,19 |
17 |
3 |
Correcteur 5 |
33 |
10,4 |
15 |
4 |
Moi-même |
21 |
10 |
17 |
2 |
Correcteur 6 |
43 |
12,1 |
18 |
6 |
*Le correcteur 5 précise qu’il ou elle n’a corrigé que les compositions, et qu’il ou elle craint une diminution de la moyenne avec les études de documents. »
A la suite de cela, j'augmente mes notes. J’en suis aujourd’hui à une moyenne de 10,8. Il faut absolument que je dépasse 11. Sur plusieurs copies, j’ai encore une note hésitante au crayon : 10-11, 8-9. Dans ce cas, je mettrai la note supérieure, sans relire.
En discutant avec mes collègues, j'apprends que dans un autre groupe de professeurs, qui corrigeaient des copies de STG pour faire un test, l'écart des notes est allé de 06 à 15 pour une copie ! Cela en dit long. Ce bac est devenu un archaïsme ridicule. Supprimons-le ou allégeons-le.
Lundi 30 juin 2008. Je rends mes copies. A mon grand dam, la moyenne de mon paquet ne dépasse pas 10,4. J’aurais voulu noter plus généreusement mais je n’y suis pas arrivé. Mauvais réflexes. Je ferai mieux l'année prochaine, c'est promis.
Ci-dessous, la répartition de mes notes.
14.03.08
Bruno Suchaut, Les notes au bac
Les Documents de Travail de l'IREDU
Working Papers
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Institut de Recherche sur l'Education
Sociologie et Economie de l’Education
Institute for Research in the Sociology and Economics of Education
UMR 5225 CNRS/Université de Bourgogne
La loterie des notes au bac
Un réexamen de l'arbitraire de la notation des élèves
Mars 2008
Bruno Suchaut
Extraits de la conclusion
Au niveau des examens encore, les procédures d'harmonisation des notes ne limitent que très imparfaitement les biais puisqu'elles […] n'agissent aucunement sur les écarts entre les correcteurs. Une solution pourrait être quand la nature de l'épreuve le permet, de recourir à des formes de type Q.C.M. pour lesquelles les marges d'interprétation des réponses sont nulles. Le coût en temps est plus élevé au niveau de la construction des épreuves […], mais les gains en termes d'équité de la notation sont significatifs, de même que ceux relatifs au temps alloué à la correction. Bien sûr certaines disciplines se prêtent moins que d'autres à cette forme d'évaluation, sachant par ailleurs que les épreuves orales n'échappent pas non plus aux biais d'évaluation.
conclusion : quels enseignements pour le baccalauréat ?
Cette expérimentation ne fait que confirmer les conclusions bien connues des recherches antérieures sur la question des aléas de la notation. […] Les écarts de notation d'un correcteur à l'autre sont très importants (jusqu'à 10 points) et peuvent avoir pour certains élèves une réelle influence sur la réussite à l'examen. Ainsi, pour l'épreuve de sciences économiques et sociales qui est affectée d'un coefficient 7, un écart de 5 points en matière de notation entraîne au total des différences de 35 points, ce qui est loin d'être négligeable... Evidemment, on peut penser que les aléas de notation ont tendance à se compenser avec le nombre d'épreuves mais les coefficients variables affectés à ces épreuves ne donnent pas à toutes les erreurs de mesure le même poids. La réflexion suscitée par l'expérimentation présentée dans ce texte peut être menée à plusieurs niveaux.
Le premier niveau concerne la notation des élèves lors des examens […] Les grilles de correction avec un barème précis peuvent contribuer à garantir des aléas moins importants. Toutefois même dans des disciplines scientifiques l'utilisation d'un barème précis détaillé en de nombreuses sous-questions est loin d'être un outil parfait et les biais ne sont pas non plus négligeables (Aymes, 1979). Une autre possibilité est de multiplier le nombre de correcteurs […] notamment le principe de double correction. Pour des raisons évidentes de nature économique cela n'est pas possible et la recherche de la « vraie note » (au sens statistique du terme), celle qui réduirait au maximum les aléas de correction n'est concrètement pas envisageable (Leclercq, Nicaise, Demeuse, 2004).
Un deuxième niveau de réflexion concerne le baccalauréat lui-même. Au début du XXIe siècle, 200 ans après sa création, la question de la pertinence de cet examen emblématique se pose et des interrogations sur sa valeur, son coût et son organisation sont légitimes (Solaux, 2001). II est évident, qu'au fil des décennies le bac a perdu de son intérêt en terme de sélectivité et même si les différentes séries du bac ne se valent pas toutes pour la poursuite d'études ultérieures, sa dévalorisation est néanmoins évidente (Dura-Bellat, 2006). Un autre aspect est son coût élevé7 à la fois monétaire et en temps pour les élèves avec la mobilisation des locaux scolaires pour les centres d'examen. II serait aussi possible d'envisager des épreuves plus légères possédant le même caractère prédictif de la réussite, mais moins coûteuses en matière d'organisation (Oget 1999), mais le problème des aléas de la notation ne serait pas davantage résolu. C'est donc clairement la question de la suppression de l'examen qui peut se poser sachant que son remplacement par le contrôle continu n'est pas la panacée […].
Enfin, un dernier niveau de réflexion concerne plus généralement la pratique de la notation au quotidien en soulignant que cette pratique évaluative n'existe pas dans un certain nombre de pays. […] Faire le deuil de la notation, renvoie aussi à changer plus globalement la vision de la finalité de l'acte d'enseignement. Un changement en la matière obligerait à revoir totalement les mécanismes de sélection, d'orientation et de certification des élèves, mais aussi au quotidien, le regard que porte l'enseignant sur l'élève.
Note 7 :
Il est difficile d'avoir une estimation précise du coût du bac. Les chiffres disponibles varient selon les éléments intégrés dans les calculs. Pour l'année 2002 le coût moyen par élève présent au baccalauréat général s'élève a 44.6 euros. Ce coût étant établi sur la base des dépenses d'indemnités de jury et de remboursement des frais de déplacement (hors frais d'organisation matérielle dont certaines dépenses sont affectées à un ensemble d'examens). Données du SISEC.

17.02.08
Le bulletin scolaire
Affiché dans la salle des profs d'un lycée mantois le 26 mars 2003. Depuis, des dispositifs informatiques ont été pris pour que, lorsque nous remplissons les bulletins scolaires sur ordinateur, nous ne puissions point voir les remarques des collègues, ce qui pourrait nous influencer. Mais le problème demeure : A quoi sert le bulletin scolaire ? Les remarques des professeurs doivent-elles rester stéréotypées ? Quelle part de subjectivité et de diplomatie devons-nous y incorporer ? Le texte ci-dessous me semble inutilement moqueur et cruel vis-à-vis des élèves en difficulté.
Le bulletin scolaire
On s'efforce aussi de se conformer aux normes édictées par Ségolène Royal dans le Bulletin officiel du 15 juillet 1999. (Je ne sais si cela relève du hasard, mais les B O les plus niais sortent souvent en juillet. Quand le professeur randonne joyeusement.) Elle nous enjoint ainsi d'éviter les formules vagues, réductrices et humiliantes. Il s'agit d'endiguer la folie meurtrière de l'enseignant qui, sans doute, ne manquait pas jusque-là d'inscrire sur le bulletin : « nul à chier», «peut peu», «ferait mieux de mourir» ou «élève qui n'a rien pour lui ».
Le ton est donné par cette phrase : «La sévérité, pour être utile, doit être associée à un regard positif et prospectif ». «Positif» est le mot fétiche de l'Education nationale qui, s'épuisant dans une quête éperdue de la positivité, cherche à en injecter là où elle le peut.
Grâce à ces conseils avisés, nous pourrons expliquer à un élève qu'il a positivement une moyenne qui monte vers le bas, lui délivrer les secrets de la réussite (bosser un peu) et conclure par une petite remarque sur son formidable sens de la vie en collectivité et de l’animation (foutre le bordel en cours, par exemple). On retrouve ici, comme souvent dans l'Education nationale, ce mélange assez pernicieux de nunucherie et de cruauté, de bonne conscience et d'impensé, de niaiserie et d’agressivité, de subtilité apparente et de balourdise profonde.
09.02.08
Notes, bac, vie au lycée
En 2003, Luc Ferry ministre de l'Educ-Nat lança un grand débat dans les établissements scolaires pour recueillir les propositions permettant d'améliorer le système. Les discussions entre professeurs, lycéens, parents et administration furent intenses et passionnantes.
Hélas il y eut peu de résultats concrets. Beaucoup d'enthousiasmes et d'initiatives retombèrent. Un instant ébranlé, le conservatisme (directions syndicales, administration, peur et ignorance des élèves et des parents, certitude qu’en France tout est mieux qu’à l’étranger) reprit le dessus.
Je reproduis ici le compte-rendu d'une des commissions qui travailla au lycée de Magnanville (à côté de Mantes-la-Jolie, 78).
Je ne cite pas les noms des collègues qui rédigèrent et signèrent ce compte-rendu.
Compte rendu du dÉbat du 16/11/2003
Question 09 : Quelles doivent être les fonctions et les modalités de l'évaluation des élèves, de la notation et des examens ?
I) Faut-il rétablir les félicitations et les encouragements du conseil de classe ?
· Pour:
Les félicitations permettent d'encourager les meilleurs.
Les encouragements permettent de valoriser les efforts fournis (travail et/ou comportement) et de compenser les notes brutes.
· Contre :
C'est inutile : l'appréciation au bas du bulletin résume l'ensemble.
Le système des félicitations renforce le poids déjà trop grand de la note.
Ce système peut provoquer des drames familiaux quand, par exemple, un élève a obtenu les félicitations au premier trimestre, mais pas au deuxième.
La note est un élément très lisible par les parents, plus lisible qu'un livret d'objectifs. Elle permet de voir immédiatement s'il y a problème ou pas. C'est un indicateur important.
· Inconvénients
La note est un élément parfaitement subjectif qui renvoie à la grille d'évaluation de celui qui la met. Elle n'est pas comparable entre professeurs, entre disciplines... (Que signifie un 5 quand la moyenne de classe est de 6 ? Que signifie un 19 quand la moyenne de classe est 18 ?). Le problème, c'est que malgré cela, c'est la note qui détermine pour une grande part l'orientation. Cela entraîne entre autres que les élèves sélectionnent des matières « phare ».
D'après une étude de l'OCDE, le système de notation français est à l'origine de résultats médiocres. S'ils ne sont pas sûrs de leur réponse, les élèves préfèrent ne pas répondre de peur d'être sanctionnés.
La note et la moyenne sont des bilans qui ne montrent pas précisément quelles connaissances et compétences ont été acquises.
La note ne mesure pas que les acquis, mais aussi le rythme (certains élèves savent faire, mais n'ont pas le temps de finir).
Les élèves travaillent dans des cadres trop imposés ; ils n'ont pas souvent l'occasion de faire des choix, de faire valoir ce qui les intéresse.
· Propositions
- Les appréciations doivent soulever (et non sanctionner) les erreurs et expliquer ce qui est à revoir.
Des bulletins plus complets, comportant davantage de rubriques (conseils pour progresser par exemple) ont déjà été expérimentés, mais pas généralisés. C'est dommage.
Mieux former les enseignants à l'évaluation.
Compléter la note d'une grille d'objectifs, indiquant si ces objectifs ont ou non été atteints.
Ne pas faire les contrôles juste après un nouvel apprentissage, niais laisser le temps de la maturation.
Ne pas faire que des évaluations-bilan, mais aussi des évaluations en cours d'apprentissage, permettant à l'élève de repérer ses difficultés et d'y remédier.
L'enseignant doit réinvestir régulièrement les acquis antérieurs pour que les élèves ne les oublient pas.
Faire des évaluations plus fréquentes. Cette proposition ne fait pas l'unanimité. D'une part, cela oblige l'élève à apprendre régulièrement. Mais cela n'est-il pas une routine d'assistanat, n'aidant pas l'élève à devenir autonome dans son travail personnel ?
Dans d'autres pays (Italie par exemple), les notes n‘interviennent qu'assez tard dans la scolarité (vers l'âge de 12 ans). Avant cela, on se contente d'appréciations en termes de compétences acquises.
Les professeurs devraient tenir davantage compte des périodes de fatigue des élèves (fin de trimestre par exemple) et éviter de multiplier les évaluations à ces périodes-là.
3) Le baccalauréat
Le bac pilote par l'aval les pratiques d'évaluation en lycée. Un baccalauréat plus «intelligent», mesurant davantage la culture générale et centré autant sur des compétences que sur des connaissances, permettrait de faire évoluer les pratiques.
4) Le contrôle continu au baccalauréat
· Remarques :
- Le brevet des collèges intègre déjà une part de contrôle continu. Dans l'enseignement agricole, le contrôle continu donne satisfaction.
- Au baccalauréat, l'EPS est déjà évaluée en contrôle continu.
· Pour
Le contrôle continu permet de valoriser le travail régulier tout au long de l'année.
II donnerait plus de poids au professeur.
Cela allégerait l'organisation très lourde du baccalauréat, surtout que le bac ne fait généralement que confirmer les résultats sur l'année à l'exception de quelques accidents qui pourraient ainsi être évités.
· Contre
- Si on évalue nos propres élèves, sera-t-on véritablement équitable ? Saura-t-on oublier tout ce qu'on sait de leur vie ?
Cela risquerait d'engendrer des pressions de la part des familles sur les professeurs.
L'anonymat et la correction par des personnes extérieures permet de garantir un caractère « national » à l'examen, qui risquerait sinon d’être dévalué suivant l'établissement dont on provient.
· Proposition
Sans remplacer le baccalauréat par du contrôle continu, on pourrait imaginer d'augmenter la part du contrôle continu dans cet examen.
Question 17 : comment améliorer la qualité de la vie des élèves à l'école ?
I) L'emploi du temps et les exigences scolaires (en comparaison avec d’autres systèmes européens)
· L'emploi du temps des élèves français est très chargé, trop lourd, ce qui n'est pas forcément un gage d'efficacité. Dans d'autres pays, les élèves ont moins d'heures de cours, sans pour autant avoir un niveau inférieur. La longueur des journées au lycée laisse peu de temps à l'autonomie et au travail personnel. En France, il y a une exigence d'organisation, de structure. Tout est basé sur le plan.
· Se pose aussi la question des options. Les classes où se trouvent des élèves n'ayant pas choisi les mêmes options ont généralement des emplois du temps « gruyère ». Dans d'autres pays, les élèves sont regroupés par option. Le fait de brasser les options dans une même classe permet de déjouer l'existence de classes d'élite (certaines familles choisissent pour leur enfant certaines options (allemand LV1 ou latin..) pour être certains que leur enfant soit dans une « bonne classe ». Le problème est surtout dû au fait que les emplois du temps des professeurs sont prioritaires sur ceux des élèves, ce qui rend impossible les alignements d'option.
· Lorsque les établissements créent des classes de niveau, généralement les meilleurs professeurs s'occupent de la meilleure classe, ce qui ne fait que renforcer les écarts.
2) Liberté et autonomie laissées aux élèves dans l'établissement
Des élèves de Terminale regrettent de ne pas avoir le droit de sortir du lycée pendant leurs heures de trou. Ils estiment que cela ne les prépare pas à la grande liberté, sans contrôle, à laquelle ils seront confrontés à l'université. Ils souhaitent s'autogérer et non être gérés.
Le proviseur leur oppose le problème de la judiciarisation de la fonction de chef d'établissement, et de sa responsabilité d'encadrement d'élèves dont la plupart sont mineurs.
Les enseignants ne voient pas comment proposer un encadrement éducatif à des élèves qui seraient sortis de l'établissement et conseillent plutôt aux élèves de profiter de leurs heures libres pour monter des projets, prendre des responsabilités.
C'est au moment des petites vacances que les élèves ont l'occasion de tester leur gestion du temps libre (s'organisent-ils correctement pour faire leurs devoirs? arrivent-ils à conjuguer travail, loisirs et repos ?)
Cette discussion débouche également sur un débat autour de l'orientation. En effet, c'est ce qu'on trouve à la fac qui va faire qu'on y reste. Cette motivation permettra justement de dépasser la question du contrôle d'assiduité.
Or plusieurs élèves de Terminale ne savent pas encore ce qu'ils veulent faire et ont besoin de plus d'informations. Ils souhaiteraient que l'ensemble des enseignants s'investisse davantage sur ce terrain.
La spécialisation précoce ferme des portes. En fait, le travail sur l'éducation au choix, l'orientation et le projet professionnel devrait être mis en place et suivi dès la 4me. Mais les conseillers d'orientation sont en sous-effectif et ne peuvent remplir correctement leur mission d'accompagnement auprès de tous les élèves.
Parallèlement, il faudrait que les élèves consacrent 10 % de leur temps libre à leur recherche d'orientation. Ce devrait être leur prise de responsabilité prioritaire.
Fait le 20/12/2003
Mmes X et Y