03.11.09
De Byzance à Istambul, Grand Palais
De Byzance à Istambul
Grand Palais, Paris
Jusqu’au 25 janvier 2010.
Belle expo sur la triple ville : Byzance, Constantinople, Istambul. De grandes salles où - miracle - on peut déambuler sans être comprimé par la foule.
Lire la suite : ByzanceIstanbul
.29.10.09
Tillmann Moser, lettre ouverte d’un psychanalyste à Dieu
Tillmann Moser, lettre ouverte d’un psychanalyste à Dieu, Z’éditions 1994, traduit de l’allemand par Anne –Marie Trentrup-Mansart.
Je viens de tomber sur cette lecture frappante. L’auteur est l’un des grands noms de la psychanalyse allemande. Ce petit livre se lit facilement et d'un seul trait.
"Cher Bon Dieu,
C’est par un blasphème que je voudrais commencer ou par un flot d’injures […].
Toi, maladie qui m’habite, tu es une maladie des normes, des normes impossibles à satisfaire. […]
C’était peut-être chez toi et non chez nous que quelque chose ne tournait pas rond si la grandeur de ton amour pour nous t’obligeait à faire massacrer ton fils. Après ça, tu nous le donnes à boire et à manger, comme on dit, en réconciliation. […]
Tu n’es qu’un bouche-trou revanchard ; c’est dans les vides de l’impuissance sociale et de l’ignorance que tu te développes. […]
Les merveilleuses qualités que tu avais annexées à ton avantage, je les retrouverai chez les hommes. En regardant certains visages, je sens que je n’ai rien perdu. […]"
08.10.09
Eléments historiques sur saint Paul
Eléments historiques sur saint Paul pour bâtir un cours de 6me ou de 2de.
Cliquer ici Paul
22.09.09
Eléments historiques sur Jésus
Cliquer ici pour avoir le texte : J_sus
05.05.09
James Cone et la Black Théology
James Cone et la black théology
En octobre 1976 des protestants et des catholiques français firent un voyage aux E.U. et au Canada pour observer la vie religieuse nord-américaine. Une des participantes écrivit un journal d’où j’extrais ce passage.
« Mardi 5 octobre 1976
L’entretien avec James Cone professeur de théologie (la faculté blanche de théologie de Harvard ? ce qui est tout à fait extraordinaire).
Historique [...]
La première systématisation véritable des revendications de la communauté noire date de 1969 avec la parution du livre de J. Cone. Il se déclare donc comme le promoteur du mouvement en toute simplicité !!
Le premier livre à paraître « Black Theology and Black Power ».
La thèse principale est que l’évangile du Christ annonce la libération des pauvres de tous leurs liens. Tous les opprimés, lorsqu’ils luttent pour leur propre libération et celle de leurs frères sont dans la ligne de l’évangile.
Il fonde cette thèse sur la Bible et cela sur trois niveaux :
1) L’Exode : libération du joug égyptien
2) Les prophètes. Libération de tout hébreu de quelque système que ce soit (autorités politiques ou religieuses)
3) Le message de Jésus-Christ.
Dieu veut que les pauvres ne restent pas pauvres. C’est là la justice de Dieu et l’unique explication de la vie et de la mort de Jésus-Christ.
J. Cone a écrit actuellement quatre livres de « Black Theology » qui ont été traduits en sept langues (il n’a pas dit lesquelles). Ces livres sont :
- La théologie noire et le pouvoir noir.
- La théologie noire de la libération.
- Les negros spirituals et les blues.
- Le Dieu des opprimés. [...]
Après l’exposé, une discussion
1) Quels sont les liens entre les noirs de la Black Theology et les mouvements de libération en Amérique Latine ?
Les deux mouvements sont très semblables mais tout à fait indépendants. La théologie noire est plus ancienne, elle date de 1969 environ alors que les affirmations en Amérique Latine (catholique) datent de 1971. Il y a une différence de situation, de contexte :
- D’une part (Amérique Latine), condition de classe
- D’autre part (Afrique noire), condition de race.
2) Il y a-t-il des liens entre la Black Theology des USA et l’Afrique noire ?
Les deux sont très liées mais le mouvement noir en Afrique n’apparaît qu’en 1971.
Il y a une différence aussi en ce qui concerne :
- La base politique.
- La base culturelle.
Recherche portant sur ce point : rendre "indigène" la foi chrétienne dans le continent. Donc point de vue culturel.
Les problèmes sont complexes et se posent différemment suivant les régions :
Pays à dominante réformée ou protestante
Pays à dominante catholique.
Remarque : il semble que les explications données par J. Cone sur ce point soient vagues et confuses.
3) Comment, dans la Black Theology, s’articulent le salut religieux et individuel avec la position générale c’est-à-dire la libération politique ou sociale de classe ou de race ?
Il n’y a pas de salut personnel sans implication politique. Ceux qui ne suivent pas la Black Theology, c’est parce qu’ils n’ont pas besoin de libération politique. Ceux qui se trouvent bien ne se posent pas de problème dans leurs églises qu’elles soient romaines ou protestantes. Pour lui la chrétienté occidentale a déformé profondément le message chrétien (et même juif) en spiritualisant la foi (en la désincarnant).
4) Sur quelle politique débouche la Black Theology ?
Il est difficile de donner une réponse générale car on ne peut séparer les différentes circonstances. Les problèmes se posent en fonction du contexte, des situations particulières. Mais l’Eglise noire est une Eglise politique qui agit de deux manières :
- Confirme ce qu’explique Martin Luther King sur la situation humiliante des Noirs en Amérique du nord
- Critique les Eglises noires qui se contentent d’une Eglise uniquement spiritualiste, piétiste...
5) Est-ce que Jésus-Christ est venu pour libérer politiquement le peuple juif ?
J. Cone répond rapidement en disant que la vie est un tout. La libération des âmes et la libération sociale sont étroitement liées.
6) Que pensez-vous de la violence dans le combat pour la libération ?
J. Cone estime que la distinction entre violence et non-violence est profondément fausse, une distorsion. Car il y a violence dans toute situation injuste et toute violence, qu’elle qu’elle soit, entraîne une contre-violence, violente nécessairement. [...]
Vendredi matin à Washington
Entretiens divers dans le vaste immeuble méthodiste situé en plein centre (quartier du Capitole et de la Maison Blanche). L’entretien porte essentiellement sur les relations entre le monde politique et le monde religieux. Le Congrès et les Eglises.
[Quelqu’un fait un tableau de la situation].
A signaler :
- L’engagement de tous
- La rapidité de concertation
- La pression énergique exercée par chacun des membres sur les élus locaux ou nationaux. Action sur les autorités politiques.
On lui pose la question : n’est-ce point du chantage ?
Peu importe, dit-il. Ce que je fais : "je joue le jeu du système" (système politique évidemment) car il ne faut pas que les "méchants" soient les seuls à faire pression ».
Mon commentaire
Le pasteur noir James Cone constitue l’une des grandes figures du protestantisme américain et africain. Il a exercé une certaine influence auprès d’une petite-bourgeoisie militante afro-américaine et aussi sur le continent africain, en Afrique du Sud notamment. Il m’a semblé intéressant de porter ses idées à la connaissance des Français, non pour les approuver mais pour enrichir notre réflexion.
Cone passa sa jeunesse à Bearden en Arkansas. Les Noirs y fréquentaient des écoles séparées, devaient rester au balcon dans les cinémas et ne buvaient l’eau des fontaines réservées aux gens de couleur.
Dans sa théologie, Dieu et Jésus viennent en aide aux opprimés. Il refuse « le mensonge blanc que le christianisme est d’abord concerné par la vie dans l’autre monde. [...] La théologie a un espoir pour cette vie ». Il croit en un « Dieu en action, délivrant les opprimés à cause de sa droiture. On doit le voir non pas à la manière transcendante de la philosophie grecque, mais immanent, parmi son peuple ». Cela aboutit à la notion de pouvoir noir, qu’il définit comme la liberté et la détermination des Afro-Américains à choisir leur destin. L’adjectif noir désignant moins une pigmentation de la peau qu’une situation sociale. Voilà pourquoi il alla jusqu’à affirmer que le Christ est noir : « Dieu a la couleur dont il a besoin pour faire connaître aux gens qu’ils ne sont pas personne mais quelqu’un ».
Cette théologie a le mérite de redonner confiance au peuple noir, elle indique que l’Evangile doit se traduire concrètement en actes de fraternité.
Mais en ne posant qu’une seule lecture du texte, cette conception utilitariste de la Bible lui enlève une partie de sa force. D’autre part en affirmant que le Christ est noir, les idées de Cone aboutissent à une conception totalitaire de la vie à l’intérieur de la communauté. Que deviendraient alors les droits de l’individu ? Cela ne risque-t-il pas d’entraîner un racisme à l’envers ? Terminons en évoquant sa réponse ambiguë sur la violence. La violence physique n’est pas admissible.
Les idées de J. Cone me semblent inquiétantes.
Sur James Cone, quelques liens
- http://www.pbs.org/thisfarbyfaith/people/james_cone.html
- http://www.nathanielturner.com/jconesblacktheologylib.htm
- http://cas.uchicago.edu/workshops/rrtpm/Dr.%20Cone%20Biography.htm
- http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/015048.pdf
- http://www.theologia.fr/article/index.jsp?docId=1869445 (point de vue critique)
20.01.09
Les Homélies clémentines
Les Homélies clémentines
Première traduction française
avec introduction et notes
par A. Siouville [= Auguste Lelong].
Les éditions Rieder 1933.
Présentation par Ph. Duret.
Texte judéo-chrétien écrit vers 200.
Jusque vers + 70, il n’y a encore aucune séparation entre judaïsme et christianisme. Les -chrétiens ne forment qu’une des branches du judaïsme.
- Le groupe de Jérusalem, dirigé par Jacques, frère de Jésus, reste très attaché à l’observance des rituels juifs (alimentaires, notamment) et de la Loi d’Abraham et de Moïse.
- Paul de Tarse, moins communautariste, plus ouvert sur le monde extérieur, plus mondialiste, propose au contraire de relativiser l’importance de la Loi parce que celle-ci décourage les chrétiens d’origine païenne et les confine dans un statut d’infériorité. Mais il ne veut pas non plus de rupture avec le judaïsme et continue de se considérer comme juif. Simplement, lui, contrairement à Jacques, admet « quand même » les Gentils à la même table que les juifs chrétiens et ne considère pas la circoncision comme un argument suffisant pour les « mettre à la porte ». Il propose un judéo-christiannisme mixte, diversifié, à cheval sur les deux croyances.
A partir de 70 et jusqu’en 135 judaïsme et christianisme commencent un peu à diverger mais cela se fait lentement et dans la confusion la plus totale. Le christianisme reste très hétérogène, certains groupes restant attachés au judaïsme et d’autres restant davantage marqués par leurs racines païennes. On assiste à la multiplication de petits groupes orientaux judéo-chrétiens, se séparant par d’infimes nuances.
La séparation totale et définitive entre les deux religions date seulement de la fin du 2d siècle, voire du début du IIIe siècle. Les chrétiens d’origine juive (comme les auteurs des Homélies clémentines) sont devenus très minoritaires et les croyants d’origine païenne prennent l’hégémonie.
Les textes ici présentés refusent l’idée d’une séparation entre christianisme et judaïsme. Pour eux, les deux croyances restent complémentaires. Leur hostilité à Paul de Tarse (« l’homme ennemi ») est très forte. Ils rejettent également « la gentilité », à savoir les chrétiens d’origine non juive. C’est l’une des dernières manifestations de ce judéo-christianisme qui avait eu son heure de gloire quelques décennies auparavant.
On peut se demander si l’islam des premières années ne constitue pas une variante éloignée de ces groupuscules judéo-chrétiens.
Une nouvelle édition est parue aux éditions Verdier en 1991.
Pour lire des extraits de l'introduction et du texte, cliquez ci-dessous sur le mot Homélies.
texte format Word 2000
17.07.08
L'abbé de Lamennais
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Lamennais |
Quelle trajectoire que celle de l'abbé Félicité de Lamennais (1782-1854). Pendant la Restauration, il fut d'abord l'ardent partisan d'une monarchie autoritaire soutenue par l'Eglise et s'opposa avec vigueur aux idées de la Révolution française. Peu à peu cependant, il rompt avec les ultra-royalistes. "Si en 1814 le clergé avait pu séparer sa cause de celle des partis ; si moins touché par des souvenirs qui, au reste, avaient ému toute la France, il n'eût pas permis de confondre ses intérêts avec ceux d'une famille, si illustre qu'elle fût, et que se bornant à revendiquer son indépendance légitime, la nation n'ait jamais vu en lui, que le représentant de Dieu et le protecteur naturel des droits de la conscience, le clergé eut acquis le respect de tous" (Les Affaires de Rome, novembre 1836, in O. C. tome VI page 41). Dans son journal L’Avenir, il milite pour les libertés de conscience, de la presse, d'enseignement, d'association sans oublier celles des peuples irlandais, polonais et belge. Il réclame la séparation de l'Eglise et de l'Etat. En 1832 il dénonce l'appui du pape au tsar russe qui réprime l'insurrection des patriotes polonais. II est en contact avec de nombreux écrivains et artistes : Victor Hugo, Lamartine, Sainte-Beuve, Franz Liszt, George Sand... Il découvre la dureté de la condition ouvrière. « La société telle qu'elle est aujourd'hui n'existera pas : à mesure que l'instruction descend dans les classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l'ordre social depuis le commencement du monde ; plaie qui est la cause de tous les malaises et de toutes les agitations populaires. La trop grande inégalité des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle a été cachée d'un côté par l'ignorance, de l'autre par l'organisation factice de la cité, mais aussitôt que cette inégalité est généralement aperçue, le coup mortel est porté. » (O. C., t. VI, p. 180) Après sa condamnation par le pape, il oppose dans le Livre du Peuple (décembre 1837) le catholicisme officiel de Rome au christianisme généreux de Jésus. Il supplie le clergé de revenir à un christianisme plus charitable, plus pauvre et plus libre. Les catholiques sont invités à séparer leur cause de celle de la monarchie. Il dénonce le passéisme des Jésuites. Il combat le roi Louis-Philippe, dénonce les tyrannies et met ses espoirs dans le peuple, le véritable souverain. Pour lui la religion est une loi d'amour, d'ouverture à autrui et de refus du dogmatisme. II annonce la venue d'une ère nouvelle où régneront le suffrage universel, la justice, l'égalité des droits (mais non des fortunes) et le respect des autres.
12.03.08
saint Augustin
Saint Augustin
Les Confessions ont été rédigées entre 397 et 400.
Editions Les Belles Lettres 1925, traduction Pierre de Labriolle.
Bien tard, je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard, je t'ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors,
et c'est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix. [...]
(X, 27, 38)
Et qu’est-ce qui me charmait, sinon d’aimer et d’être aimé ?
Tome 1, livre 2-2
Et voici que j'entends une voix, venant d'une maison voisine ; on disait en chantant et l'on répétait fréquemment avec une voix comme celle d'un garçon ou d'une fille, je ne sais : "Prends, lis ! Prends lis !". A l'instant, j'ai changé de visage et, l'esprit tendu, je me suis mis à rechercher si les enfants utilisaient d'habitude dans tel ou tel genre de jeu une ritournelle semblable ; non, aucun souvenir ne me revenait d'avoir entendu cela quelque part."
(VIII, 12-28-30)
Et voici que j’arrive aux domaines, aux vastes palais de la mémoire, là où sont les trésors des images innombrables apportées par les perceptions multiformes des sens. […]
Quand je suis là, je convoque les images qu’il me plaît. […] Grande, ô mon Dieu, est cette puissance de la mémoire, oh oui ! bien grande ! C’est un sanctuaire immense, infini. Qui n’a jamais pénétré jusqu’au fond ? Ce n’est pourtant qu’une puissance de mon esprit, liée à ma nature.
Tome 2, 10-8-12
Voir clair est une chose, badiner en est une autre. Non, ce n’est pas comme cela que je réponds. J’aime mieux dire « je ne sais pas » quand je ne sais pas.
Tome 2, 11-12-14
Le présent même, s’il était toujours présent, sans se perdre dans le passé, ne serait plus le temps ; il serait éternité. Donc, si le présent pour être temps, doit se perdre dans le passé, comment pouvons-nous affirmer qu’il est lui aussi, puisque l’unique raison de son être c’est de n’être plus. De sorte, qu’en fait si nous avons le droit de dire que le temps est, c’est parce qu’il s’achemine au non-être.
Tome 2, 11-14-17
J’écoute, j’étudie toutes ces interprétations, mais je ne veux pas disputer sur des mots. « Cela ne sert à rien, si ce n’est à la ruine de ceux qui nous entendent ». […] Qu’est-ce que cela me fait que ces paroles vraies en tous cas, soient interprétées d’une façon ou d’une autre. Qu’est-ce que cela me fait, je le répète, qu’un autre tienne pour le vrai sens de l’auteur sacré un sens différent du mien ? Nous tous qui le lisons, nous nous efforçons de pénétrer, de comprendre les intentions de celui que nous lisons. Et, ayant foi qu’il dit la vérité, nous nous gardons de supposer qu’il ait pu dire ce que nous savons faux, ou ce que nous croyons faux.
Tome 2, 12-18-27
Il en va de même pour l’interprétation des paroles qui suivent. Parmi les manières de les entendre, toutes vraies, chacun choisit la sienne.
Tome 2, 12-21-30
Tertullien
TERTULLIEN
TERTULLIEN, Apologétique, traduction J.-P. Waltzing, Les Belles-Lettres, 1929.
Tertullien (155-222), chrétien d’Afrique du nord, très sévère et puritain sur le plan moral. Avocat, il défend les chrétiens emprisonnés. Il écrit son livre en 197.
Il explique bien comment le conflit qui opposait l’Etat impérial aux chrétiens n’était pas de nature religieuse mais politique. Le ciment civique de l’empire était la prière à l’empereur divinisé. Les chrétiens voulaient bien se montrer disciplinés mais ils ne pouvaient prier qu’un seul dieu, le leur.
30. Car nous autres nous invoquons pour le salut des empereurs le Dieu éternel, le Dieu véritable, le Dieu vivant (...). Par des prières incessantes, nous demandons pour les empereurs une longue vie, un règne tranquille, un palais sûr, des troupes valeureuses, un sénat fidèle, un peuple loyal, l’univers paisible, enfin tout ce qu’un homme ou un césar peuvent souhaiter.
32. Nous respectons dans les empereurs le jugement de Dieu, qui les a mis à la tête des nations. Nous savons qu’il y a en eux ce que Dieu a voulu et, par conséquent, ce que nous voulons sain et sauf, c’est ce que Dieu a voulu, et c’est là, à nos yeux, un éternel serment.
En effet, je n’appellerai pas l’empereur « dieu », ou parce que je ne sais pas mentir, ou parce que je ne voudrais pas me moquer de lui, ou parce qu’il ne voudrait pas lui-même être appelé dieu. S’il est homme, il est de son intérêt de le céder à Dieu. Il lui suffit d’être appelé empereur, c’est aussi un grand nom que celui-là, car il est donné par Dieu. Dire qu’il est dieu, c’est lui refuser le titre d’empereur.
36. Aussi bien la piété, la religion et la fidélité dues aux empereurs ne se manifestent pas par les hommages de ce genre
38. Quant à vos spectacles, nous y renonçons, parce que nous renonçons aux superstitions d’où ils tirent, nous le savons, leur origine et que nous sommes étrangers aux choses elles -mêmes qui s’y passent. Notre langue, nos yeux et nos oreilles n’ont rien de commun avec la folie du cirque, avec l’immoralité du théâtre, avec l’atrocité de l’arène, avec la frivolité du xyste (gymnase).
39. A la vérité, pour justifier leur haine, ils allèguent, entre autres vains prétextes, qu’ils regardent les chrétiens comme la cause de tous les désastres publics, de tous les malheurs nationaux. Le Tibre a-t-il débordé dans la ville, le Nil n’a-t-il pas débordé dans les campagnes, le ciel est-il resté immobile, la terre a-t-elle tremblé, la famine ou la peste se sont-elles déclarées, aussitôt on crie : « les chrétiens au lion ! » Eh quoi ! tant d’hommes à un seul lion !
49. De même, elle est bien vaine aussi, la joie que la populace éprouve de nous voir persécutés. De même, en effet, nôtre est la joie qu’elle revendique pour elle, puisque nous aimons mieux être condamnés que d’être infidèles à Dieu. (...)
50. Notre combat à nous c’est d’être traînés devant les tribunaux, afin d’y lutter, au péril de notre tête, pour la vérité. (...)
Mais courage, bons gouverneurs, qui devenez beaucoup meilleurs aux yeux du peuple, si vous lui immolez des chrétiens, tourmentez-nous, torturez-nous, condamnez-nous, broyez-nous ! C’est une preuve de notre innocence que votre iniquité ! Et voilà pourquoi Dieu supporte que nous supportions ces tribulations. Car naguère encore, en condamnant une chrétienne à l’entremetteur (personne chargé de cherche un futur mari ou une future femme) plutôt qu’au lion, vous avez reconnu que la perte de la pudeur est regardée chez nous comme un mal plus atroce que toute espèce de châtiment et que toute espèce de mort. (...)
Mais elle ne servent à rien vos cruautés les plus raffinées. Elles sont plutôt un attrait pour notre secte. Nous devenons plus nombreux chaque fois que vous moissonnez : c’est une semence que le sang des chrétiens ! (...)
Car il n’est pas de faute que le martyre ne fasse pardonner. Et voilà pourquoi nous vous rendons grâce pour vos sentences.
saint Jean Chrysostome
Saint Jean Chrysostome, Dialogue sur le sacerdoce. Discours sur le mariage. Lettres à une jeune veuve. Traduction de l’abbé F. Martin, librairie Garnier frères, 1933.
Présentation
Saint Jean Chrysostome (345-407). Prêtre d’Antioche en Syrie, peut-être élève de Libanios. Il devient évêque de Constantinople et théologien chrétien. Connu pour son éloquence, d’où son surnom de Chrysostome (Bouche d’Or). En conflit avec la femme de l’empereur, il fut exilé sur les bords de la Mer noire en 407. Célèbre pour ses homélies, ses commentaires de saint Paul. Prône l’austérité des moeurs.
D’après Paul Petit, Histoire générale de l’empire romain, tome 3 Le Bas-Empire, Points-Seuil 1974.
Page 136.
Quand, pendant longtemps, alors qu’elle (la jeune épouse), son père et sa mère ont pris tant de peine pour la garder pure, pour l’empêcher de dire ou d’entendre rien de malsonnant, pour préserver de tout contact troublant ses appartements, le gynécée tout entier, son personnel, ses portes, ses verrous, ses sorties du soir, pour la dérober aux regards de tous, même de leurs proches, et pour multiplier les précautions autour de sa puberté, vous, vous arrivez et, en un jour, vous détruisez l’échafaudage de tant d’années, et vous lui apprenez à regarder sans honte ce licencieux cortège et à entendre sans rougir des paroles plus licencieuses encore.
Quand avec vos chansons vous invitez le démon à votre mariage ; quand, avec vos obscénités, vous comblez leur joie (...), quand vous la remplissez de danseuses et de prostituées, quand vous laissez s‘y déchaîner la sarabande diabolique, à quel bon résultat pouvez-vous prétendre ?
C’est pourquoi la première raison du mariage, c’est de régler la concupiscence (envie sexuelle), maintenant surtout que le genre humain a rempli toute la terre. Au commencement le désir d’avoir des enfants se comprenait : chacun voulait laisser le souvenir et la trace de sa propre vie. Quand il n’était pas encore question de résurrection, quand tout semblait finir à la mort, quand le mourant ne voyait plus rien pour lui après cette vie, Dieu donna cette consolation d’avoir des enfants. (...)
Mais maintenant que nous attendons la résurrection, que la mort n’est plus pour nous la fin, et que nous espérons, après cette vie, une vie meilleure, la préoccupation d’avoir des enfants n’a plus la même importance. (...)
De sorte que le mariage n’a plus guère qu’une raison d’être, celle d’éviter la fornication (acte sexuel) et c’est bien pour cela avant tout qu’il a été institué.
Page 142.
Alors que, sur les autres points, Paul donne à l’homme une grande supériorité, « quelque soit l’amour du Christ pour son Eglise, ayez le même amour l’un pour l’autre : que l’homme aime sa femme comme lui-même ; mais que la femme ait en même temps pour son mari du respect car il est le chef et la femme doit lui être soumise ». C’est également, dans la Genèse, ce que Dieu dit à la femme : « Tes yeux se tourneront toujours vers ton mari, et il sera ton maître » (Genèse III, 16).
Page 143.
Considérez donc les autres femmes pour vous comme des statues de pierre et n’oubliez pas que, du moment que vous êtes mariés, un regard coupable sur une autre femme, quelle qu’elle soit, mariée ou non, vous entraîne à l’adultère.
Page 174.
Le seul rôle de la femme, c’est de conserver intact le patrimoine, de bien employer les revenus, de bien s’occuper de la maison : c’est pour cela que Dieu l’a donnée à l’homme (...). Dieu a donné à chacun sa part : il a mis la femme à la tête des affaires domestiques : sa place est à la maison ; et il a mis l’homme à la tête des affaires publiques : sa place est à l’agora, au tribunal, au sénat, à l’armée.
Sur l’empire romain d’Orient à cette époque, voir :
- http://www.geocities.com/Athens/Acropolis/6200/carto/f380.html#380
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Constantinople
- http://www.planet-turquie-guide.com/hippodrome_plan.htm
- http://eric.hurtebis.chez-alice.fr/constant.htm