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25.10.09

La cité de Sparte, M I Finley

sparte2LA CITE DE SPARTE  sparte1

par M.I. FINLEY

In Problèmes de la guerre en Grèce ancienne

Cliquer ici : LA_CITE_DE_SPARTE 

25.05.09

Euripide et la religion

euripide et la religion

Textes pour un module de 2de sur la citoyenneté athénienne

Pour lire, cliquer : EURIPID

04.09.08

Démosthène, La citoyenneté à Athènes

            

TEXTES de Démosthène

PROUVER SA CITOYENNETÉ DANS L'ATHÈNES DU IVe siècle

Pour voir les textes, cliquer ici : Demosthene2

01.09.08

Démosthène, Contre Néaira

                                                                                                                                 

L'OBTENTION DU DROIT DE CITÉ

A ATHÈNES

Démosthène, Contre Néaira

extraits

Pour lire les textes, cliquer ici  : n_aira

19.08.08

Aristote, citoyenneté, éphébie

L’inscription des jeunes citoyens

Selon Aristote

Athènes, IVe siècle

XLII.

L'état actuel du gouvernement est le suivant. Prennent part au gouvernement ceux qui sont nés de parents ayant tous deux le droit de cité. Les jeunes gens sont inscrits au nombre des démotes à l'âge de dix-huit ans. Au moment de l'inscription, les démotes, après serment, décident par un vote : premièrement s'ils ont l'âge exigé parla loi - en cas de décision contraire, ils retournent parmi les enfants - ; deuxièmement s'ils sont de condition libre et de naissance légitime. Celui que les démotes repoussent par leur vote, comme n'étant pas de condition libre, peut faire appel au tribunal ; le dème de son côté élit cinq de ses membres pour soutenir l'accusation. Si le tribunal décide qu'en effet il n'a pas le droit de se faire inscrire, l'État le fait vendre ; si au contraire il gagne son procès, les démotes sont tenus de l'inscrire.

2 Cela fait, le Conseil soumet les inscrits à un examen, et s'il décide que l'un d'eux n'a pas atteint l'âge de dix-huit ans, il met à l'amende les démotes qui l'ont inscrit. Après que les éphèbes ont subi cet examen, leurs pères se réunissent par tribus et, après avoir prêté serment, élisent, parmi les membres de la tribu âgés de plus de quarante ans, les trois citoyens qu'ils jugent les plus honorables et les mieux faits pour prendre soin des éphèbes. Sur ces trois le peuple en élit à main levée un pour chaque tribu comme censeur (sophroniste). Le proviseur (cosmêle) est élu parmi les autres Athéniens comme chef de tous les éphèbes.

3 Ces chefs, après avoir réuni les éphèbes, commencent par faire avec eux la tournée des sanctuaires, puis se rendent au Pirée où ils tiennent garnison, les uns à Munichie, les autres à l'Acté. Le peuple nomme encore à main levée deux instructeurs (pédotribes) et des maîtres spéciaux qui leur apprennent à combattre comme hoplites, à tirer de l'arc, à lancer le javelot, à manoeuvrer la catapulte. Il est alloué à chacun des sophronistes une drachme par jour pour sa nourriture, et aux éphèbes quatre oboles par tète. Le sophroniste reçoit l'argent pour les éphèbes de sa tribu et achète ce qu'il faut pour la nourriture commune de tous ; car ils prennent leurs repas par tribu. Il a soin de tout ce qui les concerne.

4 Ils passent ainsi la première année de l'éphébie. La seconde année, une assemblée du peuple est tenue au théâtre et les éphèbes y sont passés en revue pour les manoeuvres de compagnie. Ils reçoivent alors de l'État un bouclier rond et une lance, font des marches militaires dans le pays et tiennent garnison dans les forts.

5 Pendant ces deux années de garnison, ils portent une chlamyde et sont exempts de toute charge. Afin qu'ils n'aient pas de prétexte pour s'absenter, ils ne peuvent ester en justice ni comme défendeurs, ni comme demandeurs, excepté lorsqu'il s'agit de recueillir une succession, une fille épiclère ou un sacerdoce de famille. A l'expiration des deux années ils sont désormais confondus avec les autres citoyens.

Aristote, Constitution des Athéniens, XLII, pp. 44-46.

18.08.08

Citoyens romains 2me s.

La citoyennetÉ Romaine IId s ap. J.-C.

ancien cours de 2de

pour lire le cours, cliquez :  rome

13.03.08

Cours sur Athènes

Le citoyen et la cité à Athènes au Vme siècle avant J.-C.

cours de 2de

attique

pour lire le cours, cliquer ici :  citeAthenes

16.01.08

Faut-il admirer Socrate ?

Faut-il admirer Socrate ?

carteATHSocrate, philosophe athénien, mort vers 399.

1 « Ma seule affaire, c’est en effet d’aller par les rues pour vous persuader, jeunes et vieux, de ne vous préoccuper ni de votre corps, ni de votre fortune aussi passionnément que de votre âme pour la rendre aussi bonne que possible : oui, ma tâche est de vous dire que la fortune ne fait pas la vertu, mais que de la vertu provient la fortune, et tout ce qui est avantageux, soit aux particuliers, soit à la cité ».

« Et tant que j'aurai un souffle de vie, tant que j'en serai capable, soyez sûrs que je ne cesserai pas de philosopher, de vous exhorter, de faire la leçon à qui de vous je rencontrerai

Platon, Apologie de Socrate, 30b; 29d 

2 « Cette enquête, je la continue encore aujourd’hui, à travers la ville, j’interroge, selon la pensée du dieu, quiconque, citoyen ou étranger, me paraît savant. Et, quand il me semble qu’il ne l’est pas, c’est pour donner raison au dieu que je mets en lumière son ignorance. Tout mon temps se passe à cela, si bien qu’il ne m’en reste plus pour m’occuper sérieusement des affaires de la cité, ni des miennes. Je vis donc dans une extrême pauvreté, et cela parce que je suis au service du dieu 

Platon, Apologie de Socrate, 23 bcd.

3. « Lorsque l'oligarchie se fut établie, les Trente me firent venir avec quatre autres [...] et nous ordonnèrent d'aller chercher Léon à Salamine pour qu'on le mît à mort. De tels ordres étaient souvent donnés par eux à beaucoup d'autres ; car ils voulaient associer à leurs crimes le plus de citoyens possible.

En cette circonstance, je manifestai, moi, non par des mots mais par mes actes, que de la mort [...] je me soucie comme de rien, mais que je ne veux pas faire quoi que ce soit d'injuste ou d'impie et que de cela je me soucie avant tout. Aussi ce pouvoir, si fort qu'il fût, ne réussit-il pas à m'extorquer par crainte un acte injuste. [...] Mes quatre compagnons se rendirent à Salamine et en ramenèrent Léon ; moi, je m'en retournai au logis. »

Platon, Apologie de Socrate, 32 c - e

Les Trente : dictature qui s’installe à Athènes pendant l’année - 404. Ce régime policier met en prison et condamne à mort les opposants.

Léon : une des personnes pourchassées par cette dictature.

4. L'oracle de Delphes a affirmé que Socrate était le plus savant des hommes. Socrate, étonné, fait son enquête auprès des hommes d'Etat, des poètes, des artisans. Sa conclusion :

"Il se peut que ni l'un ni l'autre de nous ne sache rien de bon ; seulement lui croit qu'il sait, bien qu'il ne sache pas ; tandis que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir quelque chose.

Il me semble en somme que je suis tant soit peu plus savant que lui en ceci du moins que je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas".

Platon, Apologie de Socrate 21 d

5 « - Soutiens-tu [dit Socrate] que je ne crois à aucun dieu et que j’enseigne à n’y pas croire ?

- Oui [réponds Mélétos qui a déposé une plainte contre Socrate] voilà ce que je soutiens, c’est que tu ne crois à aucun dieu.]

Platon, Apologie de Socrate.

6 Dialogue imaginaire entre Socrate et Strepsiade, un vieil Athénien

« Strepsiade : mais voyons, notre Zeus olympien, au nom de la terre, n’est-il pas un dieu ?

Socrate : Quel Zeus ? Veux-tu bien ne pas déraisonner . Zeus n’existe même pas.

Strepsiade : Que dis-tu là ? Et qui fait pleuvoir ? Explique moi d’abord cela ?

Socrate : Ce sont elles [les nuées] j’imagine. je m’en vais t’en donner des preuves éclatantes. Voyons, où donc as-tu vu jusqu’à présent Zeus faire pleuvoir sans nuées ? Il faudrait pourtant qu’il le fît par un ciel serein, clair, en leur absence. »

Le fils de Strepsiade va ensuite suivre les « leçons » de Socrate et de ses disciples. Revenu chez lui, il bat son père.

« Strepsiade : Hélas quelle folie ! Comme j’étais insensé de vouloir rejeter les dieux à cause de Socrate. Mais mon cher Hermès ne te courrouce point contre moi, ne t’acharne pas sur moi. Pardonne-moi plutôt si le Bavardage m’a fait perdre la raison. Conseille-moi. Dois-je déposer une plainte et leur faire un procès, ou agit tout autrement selon toi ?

Ah ! C’est une bonne idée que tu as de ne pas m’engager dans un procès, mais de m’inviter à mettre au plus tôt le feu à la demeure de ces bavards ».

Aristophane, Les Nuées, vers  423 av. J.-C.

7 Accusation de Mélétos contre Socrate, d’après Platon.

« Socrate est coupable de corrompre les jeunes gens, de ne pas croire aux dieux auxquels croit la cité et de leur substituer des divinités nouvelles. »

8. La mort de Socrate

Un serviteur apporte la coupe contenant le liquide où l'on a broyé la ciguë (poison).

« Eh bien, mon cher", dit Socrate, "toi qui es au courant de la chose, que faut-il que je fasse ?

- Rien de plus," répondit-il, "que de faire un tour après avoir bu jusqu'à ce que tes jambes se fassent lourdes, ensuite, rester étendu, comme cela il produira son effet".

Ce disant il tendit la coupe à Socrate; celui-ci la prit et en conservant toute sa sérénité, sans un tremblement, sans une altération ni de son teint ni de ses traits. [...] "C'est un devoir d'adresser aux dieux une prière pour l'heureux succès de ce changement de résidence, d'ici là-bas. Voilà ma prière: ainsi soit-il ! " Aussitôt dit, sans s'arrêter, sans faire aucunement le difficile ni le dégoûté, il but jusqu'au fond.

Alors nous, qui presque tous alors avions de notre mieux réussi à nous retenir de pleurer, quand nous vîmes qu'il buvait, qu'il avait bu, il n'y eut plus moyen. Ce fut plus fort que moi; mes larmes partirent à flots si bien que, la face voilée, je pleurais tout mon saoul sur moi-même (car, bien sûr que non, ce n'était pas sur lui), oui, sur mon infortune à moi qui serais privé d'un tel compagnon. »

Platon, Phédon 117 a - c

pnyx3Paul Veyne, L’empire gréco-romain, Seuil 2005

Page 79 et suivantes : Les présupposés de la cité grecque, ou pourquoi Socrate a refusé de s’évader.

«  Trois traits majeurs de la démocratie grecque – le loisir des riches, les fêtes collectives et ce que nous appellerons le militantisme du citoyen »

« La démocratie antique n’a que le nom de commun avec la nôtre ».

« La démocratie grecque était le pouvoir pour chacun des citoyens de débattre, de décider, de juger […]. Mais aucun Etat ancien n’a eu l’idée que les individus eussent des droits ».

« La sociologie de groupe de chacun de ces minuscules Etats ressemblait moins à celle d’une nation moderne, démocratique ou pas, qu’à celle d’un parti politique militant ».

« Une intense politisation ».

« Une cité antique, elle […] attend d’eux [les citoyens] un zèle de soldats de métier. Il n’y a donc pas de limite à ce qu’une cité est en droit d’attendre des siens ».

« Dans le Criton, le patriotisme de Socrate s’attache aux lois et non pas au terroir, aux ancêtres, à la Nation. Obéïr à la Loi voulait dire se dévouer avec zèle à la volonté du groupe. Obéïr et non revendiquer ».

« Socrate resta volontairement en prison, but la ciguë et, à nos yeux, rendit sa patrie coupable d’un assassinat judiciaire. Certes, sa conduite peut sembler sublime. […] Mais si elle n’était pas sublime ? En 1943, quel résistant français aurait hésité une seconde à s’évader d’une prison de la France vichyste ? »

« Socrate n’est pas membre de quelque " population"  athénienne, mais le souverain de cette cité ou du moins un membre de ce souverain collectif ; il est à la fois sujet et souverain, et c’est comme souverain qu’il se laisse mettre à mort : il ne va pas donner le mauvais exemple et scier la branche sur laquelle est assis tout membre du corps civique souverain ».

Pnyx1

15.01.08

Les étrangers à Athènes

GRcouleurIntroduction

Dans un lycée avec de nombreux élèves d’origine étrangère, il est capital d’étudier la condition des étrangers dans la «démocratie» athénienne.

Il y avait alors deux catégories :

- les métèques, restant étrangers mais demeurant à Athènes parfois depuis plusieurs générations

- les étrangers de passage tels que les commerçants, pèlerins, ambassadeurs etc.

C’est l’occasion de réfléchir sur le sens  vague du mot démocratie.

Certes il signifie « le pouvoir du peuple », mais que veut dire « peuple » ?

L’ensemble des habitants ou alors les privilégiés qui possèdent le droit de vote ? Tout le problème de la démocratie est là ! Il y a une ambiguëté qui existe encore dans nos «démocraties» contemporaines où les étrangers demeurent souvent exclus de la citoyenneté.

On verra dans ces textes que les étrangers à Athènes étaient exclus du droit de vote mais que par ailleurs ils faisaient bien partie de la communauté des habitants et bénéficiaient de droits réels. Leur exclusion de la catégorie des citoyens s’explique par le fait qu’Athènes était une démocratie directe, une démocratie sans classe politicienne, sans ministres, députés ou sénateurs, où les citoyens votaient eux-mêmes les lois, où les élus étaient étroitement contrôlés par le peuple.

Du moins en théorie, car en pratique il y avait une élite qui manipulait les citoyens de base. Mais la théorie, même non appliquée, a son importance.

Définir les mots difficiles.

Se servir d’une carte de la Grèce .

Pir_e2Les mÉtÈques dans la citÉ des athÉniens

textes

Au début du Ve siècle

Le poète Eschyle imagine vers - 460 un décret de l’assemblée d’Argos donnant asile à des étrangères :

« Nous aurons sur cette terre statut de métèque, libres et non saisissables, protégées contre toutes représailles humaines ; nul, habitant ou étranger, ne pourra nous saisir. En cas de violence tout habitant de ce pays qui ne nous aura pas porté secours est frappé d’atimie [privé de ses droits civiques], exilé par sentence [décision] du peuple. »

Eschyle, Les Suppliantes [pièce de théâtre], vers n° 600-614.

Un Arcadien s’installe à Argos :

« Entré dans nos bataillons comme un Argien de naissance, il a défendu notre territoire, prenant sa part de nos succès, déplorant nos revers. »

Eschyle, Les Suppliantes, 888-898.

Au milieu du Ve siècle

« Et deux ans plus tard, sous l’archonte Antidotos [451/450], à cause du grand nombre des citoyens et sur la proposition de Périclès, les Athéniens décidèrent que ne ferait pas partie des citoyens quiconque ne serait pas né de père et de mère "astoï" » [de la ville, c’est-à-dire de nationalité athénienne].

Aristote (philosophe), Politique, 26, 3.

A la fin du Ve siècle

Se défendant contre des reproches possibles, un Athénien déclare :

« Cléon ne pourra pas m’accuser de dire du mal de la cité en présence d’étrangers ; car nous sommes entre nous ; c’est le concours des Lénéennes [une fête], les xénoï [les alliés] ne sont pas encore là. Aujourd’hui nous sommes entre nous, débarrassés de la balle [la balle du grain, les étrangers] ; car je dis que les métèques forment le son [au sens du son d'un grain de blé] des citoyens. »

Aristophane, Les Acharniens, vers - 425 en pleine guerre du Péloponnèse.

« Voici, dans ce qui concerne la guerre, en quoi nous différons de nos ennemis. Notre cité est accessible à tous les hommes ; aucune loi n’en écarte les étrangers, ni ne les prive de nos institutions ou des spectacles qui se donnent chez nous : chez nous, rien de caché, rien dont ne puissent profiter nos ennemis. »

Discours de Périclès selon Thucydide, La guerre du Péloponnèse, 2, 39.

Thucydide a vécu de - 460 à - 395.

« Ces Platéens qui avaient donné un témoignage si éclatant de leur dévouement à votre peuple, qui avaient sacrifié tous leurs biens, leurs femmes et leurs enfants, voyez encore dans quelles conditions vous leur avez accordé le droit de cité. [...]

Décret [définir le mot] au sujet des Platéens.

Proposition d’Hippocratès. A dater de ce jour, les Platéens seront citoyens d’Athènes avec les mêmes droits que les autres Athéniens et posséderont les mêmes prérogatives [pouvoirs] en matière religieuse et profane »

Démosthène, Contre Néaita, 104-106.

« Quant aux esclaves et aux métèques, ils jouissent à Athènes de la plus grande licence ; on n’y a pas le droit de les frapper et l’esclave ne se rangera pas sur votre passage. Quelle est la raison de cet usage, je vais l’expliquer. Si la loi autorisait l’homme libre à frapper l’esclave, le métèque ou l’affranchi, il lui arriverait souvent de prendre un Athénien pour un esclave et de le frapper ; car l’homme du peuple à Athènes n’est pas mieux habillé que les esclaves et les métèques et n’a pas meilleure apparence qu’eux. [...]

Voilà pourquoi nous avons accordé même aux esclaves vis-à-vis des hommes libres la même franchise de parole qu’à eux.

Nous l’avons donnée de même aux métèques vis-à-vis des citoyens, parce que l’Etat a besoin des métèques pour une foule de métiers et pour sa marine [insister sur l’importance de la marine dans la société athénienne]. C’est cela qui justifie l’égalité de parole que nous avons laissée aux métèques aussi. »

Pseudo-Xénophon, La république des Athéniens, entre - 424 et - 415.

Interrogatoire d’un accusécarteATH

« - Dis-moi, toi ; tu es métèque ?

- Oui.

- Si tu es métèque, c’est pour obéir aux lois de la cité, ou pour agir comme tu l’entends ?

- C’est pour obéir aux lois de la cité.

- Ne crois-tu donc pas mériter la mort si tu as commis un délit que les lois punissent de mort ?

- Sans doute. »

Lysias (orateur et avocat), Contre les marchands de blé : discours XXII, 5.

Pour les citoyens le respect de la loi était une véritable religion, un dogme rigide.

Victimes d’une injustice

A la fin d’une longue guerre contre Sparte, la dictature dite « des Trente » renverse la démocratie et s’installe à Athènes de - 404 à - 401.

L’avocat Lysias (environ - 450 à - 370) raconte ses souvenirs. Il vient d’une famille grecque sicilienne qui s’installa à Athènes.

« Mon père Képhalos, sur les instances de Périclès, vint s’établir dans ce pays [vers - 470]. Il y habita trente ans, et jamais il ne lui arriva pas plus qu’à nous [ses fils] de citer personne en justice ni d’être accusé. [...]

Théognès et Pison déclarèrent dans le Conseil des Trente que, parmi les métèques, il y en avaient d’hostiles à la Constitution. [...]

On décida d’arrêter dix métèques et, dans le groupe, deux pauvres, afin de pouvoir protester auprès du public que la mesure avait été dictée non par la cupidité, mais par l’intérêt de l’Etat. [...]

Ils se partagent donc les maisons et les voilà en route. Pour moi, ils me trouvent à table avec les hôtes ; ils les chassent et me livrent à Pison. Le reste de la bande entre dans l’atelier et dresse la liste des esclaves. [Tout son argent lui est pris].

Ce n’est pas certes ce que méritait notre dévouement à la cité : nous avions exercé toutes les chorégies [don d’argent pour la fête de Dyonisos], versé bien des eisphoraï [impôts extraordinaires en temps de guerre] ; nous nous étions montrés d’honnêtes gens, toujours aux ordres de la cité ; nous ne nous étions pas fait d’ennemis ; nous avions payé la rançon de biens des Athéniens prisonniers et c’est nous qu’ils traitèrent de la sorte, nous qui avions compris notre rôle de métèque tout autrement qu’ils ne comprenaient leurs devoirs de citoyens ».

Lysias, discours XII : Contre Eratosthène, 4 et 20.

Citoyens et métèques au coude à coude contre la dictature

Dans le port du Pirée où résident de nombreux métèques (marins, commerçants, artisans), les démocrates s’organisent contre la dictature :

« Ceux-ci qui étaient nombreux et de toute condition, se fabriquaient des boucliers en bois, les autres en brins d’osier, qu’ils teignaient en blanc. Dix jours n’étaient pas passés, qu’ils avaient garanti à ceux qui combattaient avec eux, même si c’étaient de simples étrangers, l’égalité d’impôts ».

Xénophon (philosophe), Helléniques, II, 4, 25.

L’inscription d’Evenor

« Considérant qu'Evénor, le médecin, s'est toujours montré bienveillant à l'égard du peuple, qu'il a mis son art au service des citoyens et des autres habitants de la cité et que récemment, il a donné au Trésor public un talent [monnaie] d'argent, le peuple a décidé de louer Evénor, Argien, et de lui décerner une couronne d'olivier pour prix de sa bienveillance à l'égard du peuple athénien. Il sera athénien, lui et tous ses descendants ; il pourra se faire inscrire dans la tribu, dans le dème et la phratrie [définir] qu'il voudra, conformément à la loi. Ainsi on votera sur son admission dans la prochaine réunion de l'assemblée. »

D'après le Catalogue des inscriptions épigraphiques de langue grecque,  Berlin 1877-1895

agora__poqueGrecque

09.01.08

Lucrèce, De la nature

Lucrèce, De Rerum Natura

Lucrèce, philosophe romain du 1er siècle avant notre ère. Disciple du grec Epicure. D’origine aristocratique.

Texte traduit par Alfred Ernout

Deuxième édition revue et corrigée

Paris, Les Belles Lettres 1924img314

LIVRE I

Victoire d'Epicure sur la religion.

62.

Alors qu'aux yeux de tous, l'humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d'une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier un Grec, un homme usa lever ses yeux mortels contre elle, et contre elle se dresser. Loin de l'arrêter, les fables divines, la foudre, les grondements menaçants du ciel ne firent qu'exciter davantage l'ardeur de son courage, et son désir de forcer le premier les portes étroitement closes de la nature. Aussi l'effort vigoureux de son esprit a fini par triompher ; il s'est avancé loin au delà des barrières enflammées de notre univers ; de l'esprit et de la pensée il a parcouru le tout immense pour en revenir victorieux nous enseigner ce qui peut naître, ce qui ne le peut, enfin les lois qui délimitent le pouvoir de chaque chose suivant des bornes inébranlables. Et par là, la religion est à son tour renversée et foulée aux pieds, et nous, la victoire nous élève jusqu'aux cieux.

Crimes causés par la religion ; Iphigénie.

A ce propos, j'éprouve une crainte :

Peut-être vas-tu croire que tu t'inities aux éléments d'une science impie, que tu t'engages dans la voie du crime. Au contraire, c'est le plus souvent la religion elle-même qui enfanta des actes impies et criminels. C'est ainsi qu'à Aulis l'autel de la vierge Trivia fut honteusement souillé du sang d'Iphianassa par l'élite des chefs grecs, la fleur des guerriers. Quand le bandeau enroulé autour de sa coiffure virginale fut retombé en rubans égaux le long de ses joues; quand elle aperçut, debout devant l'autel, son père accablé de douleur ; près de lui, les prêtres dissimulant le fer, et tout le peuple fondant en larmes à son aspect : muette d'effroi et fléchissant sur les genoux,elle se laissa choir à terre. Malheureuse ! en un tel moment il ne pouvait lui servir d'avoir la première donné au roi le nom de père. Enlevée par des mains d'hommes et toute tremblante elle fut menée à l'autel, non pour être reconduite, une fois accomplis les rites solennels, au chant clair de l'hyménée ; mais laissée vierge criminellement, dans la saison même du mariage, elle devait succomber, victime douloureuse immolée par son père, afin d'assurer à la flotte un départ heureux et des dieux favorables. Tant la religion put conseiller de crimes !img316

LIVRE II

Eloge de la philosophie.

            

1.

Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d'assister de la terre aux rudes épreuves d'autrui : non que la souffrance de personne nous soit un plaisir si grand ; mais voir à quels maux on échappe soi-même est chose douce. Il est doux encore de regarder les grandes batailles de la guerre, rangées parmi les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais rien n'est plus doux que d'occuper solidement les hauts lieux fortifiés par la science des sages, régions sereines d'où l'on peut abaisser ses regards sur les autres hommes, les voir errer de toutes parts, et chercher au hasard le chemin de la vie, rivaliser de génie, se disputer la gloire de la naissance, nuit et jour s'efforcer, par un labeur sans égal, de s'élever au comble des richesses ou de s'emparer du pouvoir. O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres et dans quels dangers s'écoule ce peu d'instants qu'est la vie ! Ne voyez-vous pas ce que crie la nature ? Réclame-t-elle autre chose que pour le corps l'absence de douleur, et pour l'esprit un sentiment de bien-être, dépourvu d'inquiétude et de crainte ?

Ainsi pour le corps, nous le voyons, il est besoin de bien peu de choses. Tout ce qui peut supprimer la douleur est capable également de lui procurer maint plaisir exquis. Et dans cet état, la nature elle-même ne réclame rien de plus agréable : s'il n'y a point parmi nos demeures de statues dorées de jeunes gens, tenant dans leurs mains droites des flambeaux allumés pour éclairer des orgies nocturnes ; si notre maison n'est pas toute brillante d'argent, tout éclatante d'or ; si les cithares n'en font pas résonner les vastes salles lambrissées et dorées : il nous suffit du moins, étendus entre amis sur un tendre gazon, le long d'une eau courante, sous les branches d'un grand arbre, de pouvoir à peu de frais apaiser agréablement notre faim ; surtout quand le temps sourit, et que la saison parsème de fleurs les herbes verdoyantes. Et les fièvres brûlantes ne quittent pas plus vite le corps, que l'on s'agite sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu'il faille s'aliter sur une étoffe plébéienne.

Aussi puisque pour notre corps les trésors ne sont d'aucun secours, ni la noblesse, ni la gloire du trône ; pour le reste, on doit penser qu'ils ne sont pas plus utiles à l'esprit. Est-ce que par hasard, en voyant les légions pleines d'ardeur se déployer dans le Champ de Mars et donner l'image de la guerre, soutenues par de nombreuses réserves < par une puissante cavalerie > , pourvues dans chaque camp des < mêmes > armes et animées d'un même courage < en voyant la flotte s'agiter fiévreusement et se déployer au large> , dis-moi,est-ce qu'à ce spectacle les superstitions effrayées s'enfuient tremblantes de ton esprit ; est-ce qu'alors les affres de la mort quittent ton coeur, le laissant libre et dégagé de souci ? Mais si nous ne voyons là qu'une hypothèse absurde et ridicule, si en réalité les craintes des hommes, les soucis obsédants ne craignent ni le bruit des armes, ni les traits cruels; s'ils hantent audacieusement les rois et les puissants du monde s'ils ne respectent ni l'éclat de l'or, ni la brillante splendeur d'un vêtement de pourpre : pourquoi douter que seule la philosophie ait le pouvoir de les mettre en fuite ? Et ce, d'autant plus que toute notre vie se débat dans les ténèbres. Car, semblables aux enfants qui tremblent et s'effrayent de tout dans les ténèbres aveugles, nous-mêmes en pleine lumière souvent nous craignons des périls aussi peu terribles que ceux que leur imagination redoute et croit voir s'approcher. […] img314

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LIVRE III

48.

[…] Ces mêmes hommes, chassés de leur patrie, bannis loin de la vue de leurs semblables, flétris par un grief infamant, accablés enfin de tous les maux, ils vivent ; et malgré tout, partout où les ont amenés leurs misères, ils sacrifient aux morts, ils immolent des brebis noires, ils adressent aux dieux Mânes des offrandes; et l'acuité même de leurs maux ne fait qu'exciter davantage leurs esprits à se tourner vers la religion. […]

Enfin l'amour des richesses, l'aveugle désir des bonheurs qui poussent les misérables hommes à transgresser les limites du droit, parfois même à se faire les complices et les serviteurs du crime, et nuit et jour s'efforcer par un labeur sans égal d'émerger jusqu'au faite de la fortune : toutes ces plaies de la vie, c'est pour la plus grande part la crainte de la mort qui les nourrit. En effet, dans l'opinion commune, le mépris infamant et la poignante pauvreté paraissent incompatibles avec une existence douce et stable,et, dans cette vie même,semblent pour ainsi dire séjourner aux portes mêmes de la mort. Aussi les hommes, sous la contrainte de leur vaine terreur, veulent fuir loin de ces maux et les écarter loin d'eux : ils versent alors le sang de leurs concitoyens pour enfler leurs richesses ; ils doublent leur fortune avec avidité, accumulant meurtre sur meurtre ; cruellement ils se réjouissent des tristes funérailles d'un frère, et la table de leurs proches leur est un objet de haine et d'effroi.

D'une manière toute semblable, c'est souvent cette même crainte qui fait naître au coeur des hommes la desséchante envie : sous leurs yeux, se plaignent-ils, celui-là a la puissance, celui-là attire tous les regards, il marche dans l'éclat des honneurs, tandis qu'eux-mêmes se roulent dans les ténèbres et dans la fange. Les uns périssent pour des statues, pour la gloire du nom. […]

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