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Recherche sur le Web SUR CE SITE

25.06.09

Alain Badiou

Alain Badiou parle du capitalisme et du communisme 

émission « ce soir ou jamais » FR3

9 avril 2009

http://www.dailymotion.com/video/x8xpkw_alain-badiou-lhypothese-communiste_news 


Alain Badiou l'hypothèse communiste csoj 09-04-2009
par inet

04.03.09

Marc Heurgon

J’ai rassemblé ici divers documents et liens internet sur Marc Heurgon.

Pour lire ces textes, cliquez sur « histoire d’Heurgon »

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Marc Heurgon, militant de gauche décédé en 2001, fut un des fondateurs du Parti Socialiste Unifié (PSU). Il milita ensuite à la Gauche Ouvrière et paysanne (GOP). Au cours des années 1970, il s'est beaucoup investi pour soutenir les travailleurs de l'usine Lip de Besançon et les paysans du Larzac.

Il était professeur d’histoire et de géographie. C’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier.

Je publierai peut-être un jour les souvenirs et les textes que j’ai sur lui.

20.04.08

Serge Mallet sociologue

Hommage à Serge Mallet.

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Serge Mallet, sociologue et militant du PSU, décédé en 1973.

Assez de ce déluge médiatique sur les quarante ans de MAI 68... On ne présente qu’une seule face du phénomène, restrictive, Dany (si sympathique par ailleurs), le Quartier latin, les souvenirs de telle ou telle vedette médiatique, la vie des étudiants etc. Trop de propos convenus et prévisibles.

On oublie que Mai 1968 fut également un mouvement ouvrier.

Au lieu de célébrer Mai 1968, on ferait mieux d’augmenter le nombre d’inspecteurs du travail, de mieux protéger les médecins du travail, de donner plus de sous aux tribunaux prud'hommaux etc.

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Serge Mallet, Le pouvoir ouvrier. Bureaucratie ou démocratie ouvrière.  

Editions Anthropos 1971.

Pages 84 et 85.

En fait, le fer de lance du mouvement a été constitué par de jeunes ouvriers sortis depuis peu d'une école professionnelle et qui n'ont pas trouvé à l'usine une qualification professionnelle correspondant à leur formation, ni la sécurité d'emploi et de revenu qui leur était promise, ni l'autonomie professionnelle que leur permettait d'envisager ce qu'ils connaissaient du métier appris au cours de formation.

Pas encore résignés à la « discipline industrielle », à subir les récriminations de contremaîtres moins compétents qu'eux et les ukases de bureaux de méthodes décidant abstraitement et bureaucratiquement des formes de travail et de son rythme, se sachant menacés de perdre les premiers leur emploi en cas de récession, ces jeunes ouvriers ont été fortement traumatisés, au cours des derniers mois, par l'échec répété des grèves classiques. Ce sont eux qui, déjà — bien avant les étudiants — ont dressé des barricades et attaqué les C.R.S. à Caen et au Mans, en janvier et en février. C'est chez eux qu'a pénétré le plus profondément l'influence de certaines organisations néo-trotskystes, comme la « Voix Ouvrière » qui a popularisé les notions d'autogestion ouvrière […].

L'action des étudiants, qui avaient obtenu, en quelques jours de combats de rues, le contrôle de leurs universités, a été le signal de leur révolte : la preuve était faite qu’on pouvait obtenir plus de pouvoir par l'action que par négociation.

Mais le mouvement des jeunes ouvriers n'aurait pas abouti s'il n'avait été immédiatement repris à son compte et répercuté par une autre couche « nouvelle » mais adulte, celle-là, de la classe ouvrière : celle des ouvriers professionnels modernes et des techniciens des secteurs plus avancés de l'industrie française : électronique, nautique, automobile, chimie et pétrole.

C'est là qu'a pesé de tout son poids une autre organisation syndicale dont Jean Dru semble presque ignorer l’existence : la C.F.D.T. Celle-ci n'a, au début, guère mieux compris que la C.G.T. ce qui se passait dans le mouvement étudiant. Mais elle a immédiatement réagi la poussée ouvrière et saisi le sens profond de la forme prise par le mouvement : l'occupation d'usines et la mise question de l'autorité patronale. Contrairement à la C.G.T., elle a, dés le début, mis en avant des revendications de pouvoir syndical dans l'entreprise. Ses syndicats branche ont, ici et là, élaboré des formules d'autogestion : et de nombreux cadres supérieurs ont donné concours à ces projets.

La rencontre entre une C.F.D.T. « réformiste » — que le P.C. situait à sa droite — et les éléments « gauchistes » de la classe ouvrière (trotskystes et anarcho-syndicalistes) a manifestement surpris et embarrassé le P.C. plus encore ne l'avait fait le développement inattendu du mouvement étudiant. Il n'y a vu qu'une sombre machination anticommuniste, une volonté démagogique de le « déborder ».

Or, ce qui s'est passé dans la classe ouvrière en mai a révélé ce qu'il y avait de faux dans ce jugement. Partant de la conception paternaliste chrétienne de la « participation », le syndicalisme chrétien a progressivement débouché sur une conception anti-autoritaire du syndicalisme et du socialisme. [...]

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Bernard Lambert paysan

Libération mardi 30 juin 1984. main_logo_220x100

Bernard Lambert : retour à la terre

Le fondateur du syndicat des Travailleurs Paysans, s'est tué avant-hier au volant de sa voiture. Sa confédération avait organisé en mai dernier l'enlèvement du directeur de l'Office du lait, Francis Ranc.

Figure légendaire du syndicalisme agricole de gauche, Bernard Lam­bert s'est tué dans la nuit de dimanche à lundi au volant de sa voiture. L'accident s'est produit au cours d'une collision dans la commu­ne de Becon-les-Granits (Maine-et-L­oire) alors que le leader paysan, âgé de 52 ans, se rendait à Angers. Au cours de ces dernières années, il avait subi plusieurs malaises cardia­ques. img282

Bernard Lambert, c'était une gueu­le. Grande. Et qu'il était difficile de faire taire. Rond et jovial, mais intransigeant sur les principes et redou­table quand un contradicteur avait l'idée saugrenue de lui marcher sur les pieds, il avait contribué pour une bonne part à la création du mouve­ment des «paysans travailleurs» dans les années 70. Nombre de jeunes ruraux avaient alors trouvé dans son livre, Les paysans dans la lutte des classes, la « bible » qui leur manquait tant, et qui proposait aux campagnes l'application des analyses développées « en ville » au printemps de 1968. Bernard Lambert était toujours à l'heure de sa mort l'un des anima­teurs les plus actifs de la « Confédé­ration nationale des syndicats de Tra­vailleurs Paysans » née en 1981 en se donnant pour but d'élargir l'assise un peu étroite des «paysans travail­leurs». La CNSTP s'était récemment faite remarquer en organisant à Rennes «l'enlèvement» de Francis Ranc, directeur de l’Office du lait.

Homme de passion et d'enthousiasmes, parfois démesurés, Bernard Lambert n'a pas toujours connu le sort des syndicalistes minoritaires.

Responsable de la Jeunesse agricole chrétienne en 1954, il devait devenir deux ans plus tard secrétaire général adjoint du Centre national des jeunes agriculteurs dont la tête de file était alors Michel Debatisse.

En 1958, saisi par le démon de la politique, il est élu député MRP de Chateaubriant en Loire Atlantique et monte aussitôt à l'Assemblée nationale pour réclamer l'indépendance de l'Algérie. Battu en 1962 par un notable UDR, il referme la parenthèse parlementaire et rentre rapidement au PSU, qu'il ne quittera qu'en 1972, avec la fraction de la « Gauche ouvrière et paysanne » dont il suivra patiemment tous les soubresauts. Car, c'est surtout le syndicalisme « pur » qui l'intéresse... En 1965, il a manifesté cette dévorante boulimie d’action en prenant les rennes agricoles de son département et en faisant élire secrétaire général de la Fédération départementale des Syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), poste qu’il occupera jusqu’en 1970.

En 1966, il fonde la Fédération régionale des syndicats d’exploitants de l'Ouest, mais occupe simultanément une bonne partie de son temps à tisser des liens de plus en plus étroits entre le syndicat paysan de Loire Atlantique et les organisations ouvrières. Ses efforts porteront leurs fruits en mai 1968 et Nantes sera considérée, un peu grâce à lui, comme un symbole de la solidarité entre la ville et les champs.img281

Infatigable voyageur, il a cherché à convaincre les paysans au cours de centaines de réunions publiques, de débats et d'interventions. En 1973, il est à l'origine de l'appel pour le rassemblement sur le Larzac et se démène pour faire connaître la « lutte des Lips ». En septembre 1980, il dénonce l'emploi d'hormones pour l'élevage des veaux en batterie, cam­pagne qui sera vigoureusement reprise par l'Union fédérale des consommateurs. Et entre temps, comme si tout cela ne suffisait pas, il continue d'exploiter sa ferme avicole, en GAEC (1) avec son frère, à Teillé en Loire Atlantique (où il sera enterré aujour­d'hui mardi). Là encore, il s'« investit » à fond et occupe jusqu'en 1974 le poste de président de la Coopérative agricole « SICA-CHALLANS ».

Les syndicalistes agricoles qui avaient pris l'habitude de le consulter sur tout et de prendre chaque jour ses conseils et n’avaient n'avaient trou­vé que lui pour occuper en 1981 le poste de permanent de la CNSTP.

Toujours prêt, le vieux Lambert !

Jean GUISNEL

(1) GAEC : Groupement agricole d'exploitation en commun.

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Le MONDE lemondefr_grd

BIBLIOGRAPHIE

« Bernard Lambert - trente ans de combat paysan »

Un syndicalisme de personnes

Retracer l'histoire d'un militant syndical, en dessiner le portrait, chercher à comprendre ce qui le fit courir présente aujourd'hui une utilité certaine. Puisqu'on s'interroge sur la désyndicalisation, sur le renouveau possible des structures et des actions, il n’est pas mauvais de questionner le passé.

Le livre Bernard Lambert - trente ans de combat paysan (1) a cette vertu. Mais ce portrait, c'est aussi l'histoire de l'agriculture des trente dernières années, d’autant plus passionnante qu'elle dévoile l'envers du décor officiel.  img289 

A homme exceptionnel, formule exceptionnelle : la vie de Bernard du Lambert est ici racontée par ses proches, et sa femme. Yves Chavagne, journaliste, tient pour eux la plume, une plume alerte, sans citations excessives, sans le ton respectueux que l'on redoute dans ce centre d'exercice. Le témoignage fait mou­che.

Loin des facilités de l'hagiogra­phie, les défauts mêmes du «grand» homme, mort dans un accident de la route le 24 juin 1984, à cinquante-trois ans, sont analysés. Le plus souvent justifiées aussi avec humour, tendresse. Ainsi l'inimitable façon qu'avait Bernard Lambert d'empor­ter seul une adhésion... démocrati­que. De même les difficultés familiales, rarement absentes chez ceux qui sont souvent absents, sont évoquées avec pudeur.

Précurseur, Bernard Lambert le fut, lorsque député météore, le plus jeune à quelques mois près en novembre 1958, il proposa l'autodé­termination des habitants de l'Algé­rie. C'était le 9 juin 1959 et il ne pût terminer son discours devant l'Assemblée... Précurseur il l'était quand dès les années de formation au sein de la Jeunesse agricole Catholique (JAC), il insistait sur l'information, celle de la base pay­sanne, celle des journalistes, celle des autres catégories professionnelles.

Sortir l'agriculture de son corpo­ratisme ; faire alliance avec les ouvriers et les étudiants, que ce soit en mai 68 à Nantes, sur le Larzac, avec les Lip ; contester la dérive capitaliste de la coopération et du mutualisme ; autant de combats qui restent d'actualité. Sur le statut pay­san, sur la question foncière, sur la politique agricole commune et son cortège d'absurdités (comme la pou­dre de lait reconstituée pour nourrir les veaux), jusqu'à l'analyse du productivisme et de ses méfaits, il aura réfléchi, travaillé, proposé.

Ces parcours, Bernard Lambert les a découverts successivement. S'il était cohérent, le chemin n'était pas tracé d'avance, d'où d'inévitables contradictions. Il fut aussi souvent seul, devant les autres, ou plutôt un coup devant, un coup dans la coulisse. Figure de proue des paysans-travailleurs, après l'avoir été à la JAC, au CNJA, puis à la Fédération, régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, il dut convaincre son extrême gauche pour reconstruire l'unité de la gauche paysanne.img292

Photo étonnante que celle du bureau national de la JAC en 1957. Autour de Bernard Lambert on voit notamment Michel Debatisse, Ray­mond Lacombe, Lucien Douroux qui eux ont pris le chemin des insti­tutions. Dès cette époque, Bernard Lambert plaidait pour un syndica­lisme de personnes, par opposition aux groupes et aux produits. C'est cette conception du syndicalisme qui l'amènera à se dépenser dans une succession de luttes pour la défense de cas individuels, dans l'analyse desquels il puisait cepen­dant les outils de la théorisation.

1. Editions La Digitale (Baye, 29130 Quimperlé), 284 pages, 120 F.

Préface de Bernard Thareau

JACQUES GRALL

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Plaquette de lancement du livre

Bernard LAMBERT est décédé en juin 1984. Quelques-uns de ses amis ont décidé de sauvegarder sa mémoire et la mémoire collective de tous ceux qui ont partagé ses combats, en créant l'association « Bernard Lambert ». img290

Depuis fin 1985, un collectif de rédaction réunissant des cher­cheurs et des syndicalistes de la région nantaise a entrepris la rédaction d'un ouvrage qui, à travers sa biographie, retrace de façon à la fois précise et vivante une trentaine d'années de l'histoire récente du monde agricole : de la J.A.C. des années 50 à la Confédération Paysanne des années 80, du M.R.P. au P.S.U. de la guerre d'Algérie de la dénonciation des veaux aux hormones... en passant par les grandes heures de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, la « commune de Nantes » de 68, la marche sur le Larzac de 73, la présidence de la SICA de Challans... c'est toute la vie agricole, mais aussi sociale et politique d'un tiers de siècle qui est évoquée.

En confiant la mise au point définitive de la rédaction à un journaliste, Yves Chavagne, les auteurs ont voulu faire un livre sérieux qui dépasse les 300 pages) mais facile et agréable à lire. Les 16 pages de photos qui l'illustrent en font un document attachant.

L'ouvrage est publié par les éditions La Digitale de Quimperlé [...]. Il paraîtra début novembre 1988.

Le collectif de rédaction :

Paul Bonhomeau, Joseph Bourgeais. René Bourrigaud, Jean Cadiot, Joseph Chevalier, Nicole Croix, Marie-Paule Lambert, Médard Lebot, René Philippot.

Préface de Bernard Thareau.

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« LES PAYSANS DANS LA LUTTE Des CLAssES » img285

extraits

Page 122.

Risques de technocratie.

La tentation technocratique n'est pas l'apanage des seuls techniciens. Beaucoup de responsables professionnels y succombent (et tous les techniciens ne sont pas technocrates). Malgré les efforts et les moyens mis en oeuvre pour informer, le contre-plan reste le plus souvent étranger, voire incompréhensible, pour la plupart des paysans exploités. Souvent, il est inopérant : les échelons nationaux du syndicalisme agricole ont toujours dénaturé la signification politique des projets; ils y opposent une des forces parmi les plus difficiles à vaincre : la force d'inertie.

Quant aux pouvoirs publics, sachant que la masse agricole n'est pas informée, ils ont beau jeu d'ignorer les problèmes posés, ou de créer des commissions pour occuper les responsables à enterrer le tout. De plus, le langage utilisé contribue à isoler les paysans. Souvent, il est difficile à comprendre, éloigné des difficultés quotidiennement ressenties. Il crée à la base un sentiment d'infériorité plus qu'il n'engage au combat. […]

Page 129.

Renforcer la conscience collective.

Ces perspectives pourront paraître anarchistes à certains. D'autres les qualifieront d'utopistes : lutter à la base contre les cumuls ? Les paysans eux-mêmes refuseront et condamneront l'action. Regardons-y de plus près.

Les paysans sont parfaitement capables de se retrouver, à l'échelon de la commune ou du quartier, chez l'un d'entre eux, pour discuter de leurs problèmes, des évolutions qui seraient nécessaires dans une perspective de justice sans tenir compte des critères légalistes et capitalistes. Un travail de ce genre représente sans doute l'action la plus importante du syndicalisme et des animateurs de développement.

Pourquoi ne pas examiner alors ce que devrait être la destination des terres qui seront disponibles dans les cinq ou dix ans ? A qui devraient aller ces terres, compte tenu des besoins, et en dehors des spéculations ? Quel devrait en être le prix, compte tenu de leur valeur et des revenus possibles ? La destination la plus souhaitable ne serait pas forcément agricole. Les besoins d'urbanisation, d'industrialisation, de circulation, de reboisement pourraient être pris en compte et donner lieu à discussion avec les ouvriers, les élus municipaux par exemple. Tout le jeu des spéculateurs consiste à susciter des réactions individuelles, à dresser les travailleurs les uns contre les autres en évitant toute forme de concertation. Collectivement, les paysans concernés par le sol auront des réactions différentes.manif_agricole

Beaucoup de départements, à partir de réunions de ce genre, ont mis au point le répertoire des exploitations (superficie, types de productions, âge de l'exploitant, reprise assurée ou non, etc.). Beaucoup de communes ont réalisé, à l'occasion du remembrement, le classement et la répartition des terres en employant cette méthode. Lorsqu'un remembrement est réalisé de manière autoritaire, avec consultation individuelle des intéressés, chacun a l'impression d'être lésé par le géomètre ou ses voisins; la délibération collective crée un autre climat et aboutit à plus de justice.

Sans attendre les pouvoirs publics, les paysans peuvent mettre au point leur plan d'occupation des sols. Beaucoup de heurts entre voisins au moment des ventes ou des locations seraient évités grâce à ce travail préalable. Ainsi, l'action collective en cas de surenchère ou de cumuls, serait l'action de tout le groupe qui interviendrait pour faire appliquer ses propres décisions.

Cette méthode de travail peut tout aussi bien s'appliquer à d'autres domaines : commercialisation, prix des fermages, contrats, action contre un intégrateur, etc. Il n'est pas normal de faire appel aux paysans pour agir sans leur avoir permis de participer à l'étude, à la réflexion à partir de leurs propres difficultés quotidiennes. Il ne faudrait toutefois pas en rester à ce stade. Les décisions qui déterminent le revenu, l'avenir des agriculteurs se prennent aussi à Paris, à Bruxelles, à Genève également dans le cadre du G.A.T.T. [actuellement O.M.C.,note de l’auteur du blog]. II importe d'agir pour que constamment l'action de base soit liée à l'action globale et inversement.

28.01.08

Marc Heurgon 1970

QF

Texte paru dans

« Que faire » n°1 février 1970

Cette revue, proche de la gauche du PSU, voulait renouveler la réflexion  de l'extrême-gauche.

Sur certains points ce texte a vieilli. Mais il reste passionnant par sa volonté de rapprocher la radicalité anticapitaliste du réalisme sans lequel pas de victoire.

De surcroît, il est remarquablement écrit.

Marc Heurgon fut à la fin des années 1950 un des fondateurs du PSU, dans le contexte de la guerre d’Algérie où la SFIO et le PCF se caractérisaient par leur nationalisme et leur colonialisme. Le PSU, lui, soutenait le peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance nationale.

Plus tard Marc Heurgon désapprouva Michel Rocard, dirigeant du PSU, qui voulait rejoindre le PS de Mitterrand. Heurgon quitta le PSU en 1973 pour militer dans une organisation originale, à la fois anarchiste et léniniste, la GOP.

Il enseignait l’histoire-géographie au lycée de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).

Il a écrit une Histoire du PSU (tome 1) aux éditions de La Découverte.

C’est un peu grâce à lui que je suis devenu professeur d’histoire-géographie.

PSUEditorial

Pourquoi ne pas l'avouer? Le mouvement révolu­tionnaire français est dans l'impasse : il procède de plus en plus par affirmations péremptoires et sacrifie à des pratiques incantatoires qui masquent son inca­pacité à regarder les choses en face. Nous ressem­blons comme des frères à ces moines du Moyen Age qui, à force d'annoncer la fin du monde, ne savaient plus qu'attendre impatiemment l'an 1000.

II est vrai que 68 et 69 ont marqué, notamment en France et en Italie, une crise fondamentale du capita­lisme occidental. II n'est pas moins vrai que le systè­me a révélé une fois de plus sa surprenante capacité d'adaptation il a su faire la part du feu et colmater partiellement ses lézardes puis, à force de tâtonne­ments, ravaler peu à peu sa façade au point qu'elle fait encore illusion. A prédire comme fatale et pro­chaine une nouvelle crise, parce qu'on la souhaite, on se réfugie dans une attente mécaniste et on « répète » pour « le grand soir » sans savoir quand la pièce sera jouée.

La contradiction de la présente période réside dans le décalage croissant entre une combativité accrue de la base, se traduisant par des luttes d'une ampleur particulière et la faiblesse de cadres politi­ques qui savent de moins en moins analyser la situa­tion de l'adversaire, apprécier les rapports de force réels, déterminer les objectifs et proposer les moyens, bref élaborer les formes d'une stratégie nouvelle. La capacité de réflexion et d'initiative est en train de changer de camp.

QFII est vrai que mai 68, par son succès initial comme par son échec final, a scellé la condamnation de tout horizon réformiste, qu'il prenne la forme traditionnelle du parlementarisme ou qu'il se déguise sous la variante de la technocratie moderniste. La démonstra­tion n'est plus à faire des illusions néfastes qu'ont longtemps entretenues le mythe de la «gauche unie», ou la pratique de cartels frontistes, incapables d'ébranler sérieusement le régime comme d'offrir aux masses des raisons suffisantes de se mobiliser. II est partiellement exact que les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, politiques ou syndicales, sont à ce point intégrées au système et inféodées à ses règles, qu'elles en viennent à jouer le rôle de soupapes de sûreté et dressent un obstacle majeur à toute relance révolutionnaire.

La contradiction majeure réside aujourd'hui entre mise en cause, chaque jour plus radicale au sein des masses ouvrières, de toute stratégie réformiste et confiance que celles-ci continuent d'accorder, fau­te mieux, aux organisations de la gauche officielle. A cette situation, dont il est en partie responsable, le mouvement révolutionnaire est incapable de répondre. Lorsqu'on identifie dans le même anathème les appareils réformistes et les masses qui les suivent encore, on renforce l'emprise des premiers et on donne prise à la répression que ceux-ci exercent contre militants « gauchistes ». Quand, contrairement à toute l'expérience du mouvement ouvrier, on feint de croire qu'il est possible de bâtir une force nouvelle sans arracher des pans entiers aux structures du passé, on s'isole et on se minorise. Si l'on oublie que c’est précisément quand on veut rompre avec un ad­versaire qu'il faut discuter avec lui, afin d'opérer en sein la cassure la plus large, on laisse le champ libre à l'efficace rétablissement que la direction du P.C.F., une fois la tempête passée, réalise sur les différents fronts de lutte. Encore faut-il pour discuter avoir quelque chose à dire, des perspectives à offrir sur le type de société à construire et les moyens d'y venir. Or non seulement le mouvement révolutionnaire est sourd, mais il devient muet.

Il est vrai que le mouvement de mai 68, par sa singulière puissance, a ébranlé les bases du régime, s'il est non moins vrai qu'il a finalement été battu et qu'à repartir sur les mêmes bases, il déboucherait une nouvelle défaite. Rien n'est plus irritant que mentalité des « anciens combattants de mai » : comme toutes les associations de ce type, ils fossilisent une réalité dépassée et repréparent avec ardeur le dernière guerre. S'il est exact que l'absence d'un parti révolutionnaire s'est cruellement fait sentir, cette carence n'était que le reflet de réalités plus profondes : l'incapacité à définir une alternative plausible, une faible connaissance du niveau de conscience des masses et des rapports de force, le refus gauchiste des étapes indispensables, des compromis nécessaires, ­des conditions de leur dépassement. II est donc à fait vain de prétendre aujourd'hui résoudre ces problèmes complexes en en faussant d'avance la solutio­n par un quelconque préalable organisationnel.

Un des apports essentiels de la secousse de mai fut de transformer les structures et même les mentalités i­nternes des groupes révolutionnaires qui se sont battus côte à côte. Peut-être était-il possible, dans le climat de l’été 1968, de saborder l’ensemble de ces groupes et de poser, dans la foulée de mai, les bases d'une force révolutionnaire unifiée ; personne n'a osé le tenter sérieusement et il est des occasions man­quées qui ne se retrouvent pas. La réalité, en ce début de 1970, c'est que la défaite commune, l'isolement et le découragement partiels qui ont suivi, la tentation pour chacun de faire fructifier son petit pécule, ont développé dans tous les groupes des réactions du même type. On se recroqueville sur l'organisation mythifiée qui devient but et non plus outil ; on dispose la couveuse d'un unanimisme interne et on voit dans tout débat le germe de microbes centrifuges ; on fa­cilite l'autosatisfaction par la récitation du vieux lan­gage, évitant ainsi le risque d'un affrontement sur les problèmes réels et on coupe court au danger de surchauffe en laissant se développer une pratique anti­nomique ; on s'auto-proclame noyau authentique, ce qui permet de réserver les coups les plus durs aux noyaux hérétiques, parce que les plus voisins ; on s'acharne à liquider les organismes de masse (comi­tés de base, mouvements étudiant ou lycéen) qui furent en mai non seulement les lieux de rencontre et d'élaboration, mais les amplificateurs essentiels du mouvement : ils sont devenus des obstacles à l'appé­tit des micro-appareils, dressés derrière leurs féti­ches. Comme dans toutes les périodes de réaction, sclérose et unanimisme internes, sectarisme et acti­visme externes, vont de pair et font peser sur les anciennes composantes du défunt mouvement de mai, la formidable tentation d'un néo-stalinisme. […]

Marc HEURGON 

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