lycées de banlieues

Lycées de banlieue populaire. Professeurs, élèves, vie du quartier. Cours et documents d'histoire-géographie. Conseils aux élèves. Conseils pour le baccalauréat. Améliorer le système scolaire, extraits de rapports officiels. Lectures, visites de musées.

Page Précédente

Recherche sur le Web SUR CE SITE

22.02.09

Judéo-arabes de Grenade et Lunel, 1190

Les juifs arabes d’Espagne, 1190

Document pour un module d’histoire de 2de

Présentation

Judas Ibn Tibboun, originaire de Grenade, émigre à Lunel pour fuir les Almohades. Cette lettre à son fils, écrite sous forme d’admonestation vers 1190, atteste de la survivance de la culture arabe au sein de l’élite juive émigrée en terre chrétienne.

Document

Tu ne profites pas, morigène-t-il son fils, de l'occasion qui t’est offerte en utilisant la bibliothèque que j'ai réunie à grand-peine ; tu n'es pas sans savoir que Samuel Ibn Nagrela - le ministre tout puissant des rois zirides de Grenade, au début du XIe siècle - dut son ascension à sa maîtrise dans l'art de la calligraphie, et tu ne t'appliques pourtant pas pour faire des progrès en écriture arabe, et pour ce qui est de l'écriture hébraïque, ton précepteur particulier déclare forfait devant ton incapacité à assimiler son enseignement Tu aurais pourtant dû prendre exemple sur le fils de Sheshet Benvemiste, le médecin et trésorier du roi d'Aragon ; il a tout juste douze ans, et on ne peut distinguer une page écrite de sa main, d'une autre rédigée par son professeur. Mais tu préfères, il est vrai, négliger les conseils diététiques de la médecine arabe, et passer ton temps dans les banquets et te gâter la santé en t'empiffrant. Tu n'as même pas de respect pour ton père : tu as toujours refusé de me montrer les lettres ou les pièces de vers que tu expédies à l'étranger, alors que Zerahyah Hallévi, nonobstant toute sa notoriété, n'a jamais manqué de me soumettre ses productions poétiques ou ses lettres, même purement personnelles et adressées à son frère, avant de les dépêcher.

Cité dans Maurice Kriegel, Les juifs à la fin du Moyen Age dans l’Europe méditerranéenne, Paris 1979, p. 145-146

Photocopie distribuée dans le cadre d’une conférence dans un stage de l’académie de Versailles en 1996. Ce stage se déroulait dans un lycée hôtelier où la nourriture valait à elle seule le déplacement…

Compléments d’informations 5_almoravides

- Zirides =

Bourgade espagnole, Grenade entre dans l'histoire au début du XIe s., lorsque des Zirides – (Berbères) –, offrant leur service au calife de Cordoue, débarquent en Andalousie. Les Zirides font de Grenade, alors peuplée essentiellement de juifs, la capitale de ce district.
La dynastie ziride administre efficacement Grenade avec le concours des vizirs juifs.
Se heurtant à l'hostilité de leurs voisins musulmans et chrétiens, les Zirides consacrent de grosses sommes pour les fortifications de leur ville sans, pour autant, venir à bout de leurs adversaires.

- Almohades =

La dynastie des Almohades est une dynastie berbère et musulmane issue d'un mouvement de réforme religieuse, qui règne sur le Maghreb et la Péninsule Ibérique musulmane de 1147 à 1269.

Ils sont bordés par l’océan Atlantique à l’ouest, par le Portugal, Couronne de Castille et Couronne d'Aragon au nord, par Ayyoubides et Fezzan à l’est, et au sud par Sahara.

- Lunel =

Ville languedocienne située entre Montpellier et Nîmes.

À la fin du XIIIe s., la ville compte plus de 5 000 habitants, signe de son dynamisme.

Au XIIIe s., une importante communauté juive, installée semble-t-il depuis le XIIe s., est présente à Lunel. Originaire probablement d’Espagne, elle fuyait la reconquête des chrétiens sur les musulmans. L’importance de Lunel, « petite Jérusalem médiévale », est incontestée aux XIIe et XIIIe s., et ce, grâce à l’installation d’un foyer actif d’intellectuels juifs, dont le rayonnement dépassait largement la région.

- Samuel ibn Nagrela (993-1060), dit Samuel ha-Naguid, né à Cordoue, vit à Grenade et y reçoit une solide formation hébraïque et talmudique, ainsi que dans les sciences mathématiques et la philosophie. Il parle plusieurs langues, possède parfaitement l'arabe et a un beau talent de calligraphe. Il est nommé vizir du roi Habbus, puis de son fils aîné Badis dont il appuie la revendication au trône. En signe de gratitude, Badis donne à son vizir le plein contrôle de son royaume, que Samuel gouverne avec sagesse pendant plus de trente ans, menant de victorieuses campagnes contre le royaume de Séville et ses alliés, ou usant de son habileté diplomatique pour promouvoir ses intérêts. Samuel répand un tel lustre sur les Juifs de Grenade qu'ils lui confèrent le titre de Naguid, ou Prince.

Poète doué, Samuel ha- Naguid compose des poèmes sur la guerre, l'amour et l'amitié. Il fait aussi l'éloge du vin, et chante les plaisirs ou les chagrins. Sa poésie a souvent des accents mélancoliques, notamment dans ses élégies qui pleurent la mort d'un ami ou les souffrances du peuple juif exilé et sa nostalgie de Sion.

- Schèschét Benveniste =

Dans l’Aragon et la Catalogne, les Juifs vivaient dans une complète sécurité et pouvaient s’adonner librement à des travaux intellectuels. Le roi Alphonse II (1162-1196), grand admirateur de la poésie provençale, protégeait les savants, qui, à cette époque, étaient presque tous Juifs.

Schèschét Benveniste était médecin et philosophe, poète et talmudiste. Comme il connaissait à fond la langue arabe, le roi d’Aragon lui confia plusieurs missions diplomatiques. Comblé d’honneurs et de richesses, il devint le protecteur de ses coreligionnaires. Les poètes célébrèrent l’élévation de ses sentiments et sa générosité.

Zerahya Hallévi =

La petite communauté de Girone, en Catalogne, fut le berceau de plusieurs hommes de mérite. Un de ses enfants les plus illustres fut Zerahya Hallévi Girondi, esprit sagace, qui osait examiner avec impartialité et critiquer, s’il le fallait, les travaux des plus grands talmudistes. Ses hardiesses, incomprises des talmudistes de son temps furent vivement attaquées par ces savants.

28.08.08

Toukabri, Juifs dans la Tunisie médiévale

Hmida Toukabri

Les Juifs dans la Tunisie médiévale 909-1057 d’après les documents de la Geniza du Caire

Editions Romillat Paris 2002

pagedegarde

AVANT PROPOS

INTRODUCTION

Considérations méthodologiques et théoriques : les sources, l'historique de la présence juive en Ifriqiya, et la problématique.

I — DES HOMMES, UN PROFIL

• Ya 'coub b. Killis, la conversion et le pouvoir

En Egypte, chez Kâfûr al-lkhshîdî

A la cour d'al-Mu'izz al fâtimî

Les médecins de la cour

Ishâq b. Souleymân al-lsrâ'ilî

Mosché b. al-'azar

• L'idéal religieux et la spéculation philosophique

Hushi'el b. Elhanan et la fondation de l'école talmudique de Kairouan

Notes de philosophie médiévale

Il — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE ET LES VICISSITUDES DE L'ÉPOQUE

• Le commerce : approche quantitative et qualitative

Rythme et volume du commerce

Les importations et les exportations

• L'entreprise individuelle et le partenariat

Professions et métiers         

Profit et partenariat

L'événement hilalien et les Juifs de l'Ifriqiya      

Récits autour d'un événement       

Témoignages juifs sur l'arrivée des Hilaliens      

III — SOCIETÉ COMMUNAUTAIRE ET HOMOGÉNÉITÉ SOCIALE

L'organisation interne de la communauté juive 

L'organisation religieuse et juridique

Traits culturels et quotidienneté

• Discrimination ou protection ?

A propos du signe distinctif.         

La Jizya, la taxe de capitation

• Symbiose ? 

Rapports de voisinage

L'orthodoxie et les rapports interethniques       

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

       

24.07.08

La médecine arabe du XIIe s.

au XIIe s., la médecine arabe était en avance

1) Un médecin andalou en France

« Selon le moine historien anglo-saxon Orderic Vital (mort après 1143), le prince Louis, futur Louis VI, fut empoisonné par sa marâtre Bertrade d’Anjou vers l’an 1100. « Les médecins français étant tous impuissants à la guérir, arriva de Barbarie [Afrique du Nord, plutôt ici l’Espagne musulmane] un individu hirsute [quidam hirsutus, chevelu et barbu] qui se mit à pratiquer sur le jeune homme dans un état désespéré une expérience d’art médical. Grâce à Dieu, cela réussit malgré le dépit des médecins indigènes [français]. Cet homme, ayant vécu longtemps parmi les païens [les Musulmans], avait étudié avec précision auprès de leurs maîtres les secrets les plus profonds de la physique [médecine]. En effet, la recherche philosophique prolongée les avait élevés au-dessus de tous les savants barbares dans la connaissances des choses. Alors, le prince se rétablit... »

Historia ecclesiastica, XI, 9, éd. A. Le Prévost, Paris, 1833-1855, t. IV, p. 196-197, cité par M. Rodinson, La Fascination pour l’Islam, p. 42

2) Description de l’Hôtel-Dieu, le principal hôpital de Paris au Moyen Age

« Le sol pavé de brique était recouvert de paille, et les malades s’entassaient sur ces litières, les pieds des uns contre le tête des autres (...). Des individus atteints de maladies contagieuses en coudoyaient d’autres qui ne souffraient que d’une légère indisposition. (...) Les malades manquaient souvent de l’essentiel. On leur donnait une nourriture infecte en quantité insuffisante et à intervalles irréguliers. (...) La vermine grouilllait partout, et dans les salles de malades l’air était si pestilentiel que les surveillants et infirmiers ne s’y aventuraient qu’une éponge imbibée de vinaigre devant la bouche. Les cadavres attendaient au moins vingt-quatre heures et souvent davantage leur évacuation. »

Source : S. Hunke, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, éditions A. Michel, p. 125.

A la première lecture, le livre de S. Hunke pourrait gêner les historiens, car l’auteur cite rarement ses sources. Mais j’ai vérifié l’origine des citations des pages sur la médecine arabe. Je n’y ai relevé aucune erreur. Le problème, ce sont les imprécisions ; on ignore de quand datent ces descriptions et quelle est la ville concernée par le texte 3.

3) Apropos d’un hôpital arabe.

« Mon cher père, tu me demandes si tu dois m’apporter de l’argent. Sache que lorsque je quitterai l’hôpital je recevrai un vêtement neuf et cinq pièces d’or (...). Mais il faut te dépêcher si tu veux me trouver encore ici. Je suis dans le service d’orthopédie, à côté de la salle d’opération. Pour me trouver, après avoir franchi le portail principal, longe la galerie sud. C’est là qu’est située la polyclinique où l’on m’a transporté après ma chute. C’est là que les malades sont examinés à leur arrivée par les médecins assistants et les étudiants. A ceux qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés on remet une ordonnance qu’ils peuvent faire préparer à côté dans la pharmacie de l’hôpital. Aussitôt l’examen terminé, on m’enregistra puis on m’amena devant le médecin chef. Après quoi un infirmier me transporta dans la section des hommes me fit prendre un bain et me donna un vêtement d’hôpital propre. »

Source : S. Hunke, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, éditions A. Michel, p. 125

29.01.08

Contacts chrétiens/musulmans au XIIe s.

cours de Philippe Duret

Problématique

Méditerranée = zone de contacts, interface.

Jusqu’au XIe siècle la civilisation musulmane domine

Au XIIe s., les chrétiens renversent la situation.

I) LE COMMERCe

1) L’essor du commerce italien

Les ports italiens furent les premiers à bénéficier du renouveau économique de l’Occident. En effet, des ports comme Naples, Amalfi, Bari et surtout Venise ont très tôt une flotte leur permettant de commercer avec Constantinople et avec les musulmans. Les marchands vénitiens pratiquent le commerce "triangulaire". Ils se rendent à Alexandrie où ils échangent le bois, les armes, les esclaves achetés en Europe occidentale contre les produits de l’Orient. De là, ils gagnent Constantinople où ils possèdent des quais et un quartier réservé ; ils y complètent leur cargaison d’épices, de soieries, de produits de luxe, revendus par la suite en Occident.

La concurrence se développe de la part de Pise et de Gênes. Les marchands pisans et gênois s’installent sur les rivages orientaux de la Méditerranée et de la Mer Noire, fréquentés par les marchands orientaux.

Au XIIe siècle, à la faveur des croisades, les Pisans, les Gênois et les vénitiens favorisent le développement des ports de Syrie et de Palestine (Tripoli, Beyrouth, Jaffa, Saint-Jean d’Acre...).

2) Le développement du commerce continental

Le commerce maritime a permis le développement dans les ports de fabriques, où les matières premières sont transformées en produits destinés à la vente. Ainsi des fabriques, qui travaillent la soie, la laine, les armes ou les produits de luxe, s’implantent dans les villes de l’intérieur comme Florence, Padoue, Sienne, ou Milan.

Les marchands de la péninsule assurent les échanges entre ces cités marchandes et les ports. Certains se rendent en France, en Espagne et en Angleterre pour y vendre les produits de l’Orient et ceux des fabriques italiennes, revenant avec des produits bruts comme de la laine, du drap ou de l’artisanat local.

La Flandre est au XIIe siècle le second foyer économique de l’Occident derrière l’Italie du Nord. S’y développent des villes drapantes comme Bruges, Gand, Douai, Arras où s’installent des banquiers et des correspondants des compagnies de commerce italiennes.

D’autres foyers se développent en Allemagne du Nord et dans la vallée du Rhin où à la fin du XIIIe siècle se met en place une vaste association commerciale : les villes de la Hanse. Sur la côte Atlantique, apparaissent des centres comme Bordeaux, Nantes, La Rochelle et sur la Méditerranée, les ports de Barcelone et de Montpellier connaissent un grand essor.

Au XIIe s, le commerce en Occident se fait par voie terrestre. Pour raccourcir les distances à parcourir, les hommes d’affaires du Nord et du Midi prennent vite l’habitude de se rencontrer aux grands carrefours de routes dans des villes étapes. Ainsi, naissent les grandes foires dont les plus fréquentées sont celle de Champagne (Troyes, Lagny, Châlons, Provins, Bar-sur-Aube) ce qui entraîne une internationalisation des affaires où chacun se familiarise avec de nouvelles pratiques commerciales (billet à ordre, lettre de change).

II) Les guerres

1) En Méditerranée occidentale : l’Andalousie envahie par les chrétiens

g Premières victoires chrétiennes

La conquête musulmane laisse de petits royaumes chrétiens dans les régions montagneuses du nord de la péninsule : Léon, Navarre, comté de Barcelone.

Ces petits royaumes entreprennent une conquête de l’Espagne.

Supériorité militaire des chrétiens : rejoints par des mercenaires, des chevaliers (des Français, en majorité) et par des moines clunisiens. Ils profitent de la dislocation du califat de Cordoue en petits royaumes, dits "taifas", pour mener de grandes chevauchées (algarades) au coeur de la péninsule. Pas immédiatement conquête. Plutôt un terrain d'exploitation économique : mercenariat, puis parias: tributs imposés aux reyers musulmans (mi-XIe s.), grignotage de territoires, enfin conquête. Dans un premier temps, pas d'esprit de Reconquista ou de pré-Croisade qui aurait donné un puissant sentiment d'unité des Chrétiens face aux Musulmans.

A la fin du XIe siècle, l’invasion des Almoravides remet ces succès en question. Malgré l’arrivée massive de chevaliers français, les chrétiens sont réduits à la défensive.

g La parenthèse berbère (XIIe siècle)

- Le mouvement almoravide est un mouvement de réforme islamique. Il a une conception sévère de l’islam. Il prend naissance en Mauritanie, dans des tribus berbères nomades. Ce sont de bons cavaliers.

La réunification du Maghreb est réalisée à partir de 1062, date à laquelle ils fondent Marrakech.

Ils imposent aussi leur pouvoir à l’Espagne. Au début du XIIe siècle, la moitié de la péninsule est sous le contrôle des Almoravides qui s’avancent jusqu’à Saragosse et Barcelone (1114). Les Almoravides se trouvent ainsi à la tête d’un empire. La cohésion de l’ensemble repose sur le souverain, qui tire sa puissance de l’armée et de la religion. Les docteurs de la foi sont consultés pour toutes les affaires importantes. 

Destruction des lieux de plaisir et instruments de musique

Attachés à la lettre du Coran et hostile aux interprétations rationnelles

- Les Almoravides sont renversés par un autre mouvement de réforme religieuse, également venu d’Afrique Noire, celui des Almohades. Peu avant le milieu du XIIe siècle, les Almohades s’emparent de Fès et de Marrakech. Ils lancent des raids dans tout le Maghreb. Au début des années 1160, l’ensemble du Maghreb est unifié. Les Almohades prennent le pouvoir à Séville qu’ils choisissent comme capitale. Ils développent le commerce, attirent les philosophes et protègent les arts. Mais ils ont une morale rigoriste. Ils ne pourront pas protéger durablement l’Andalousie contre la reconquête chrétienne

g Reprise des invasions chrétiennes (1212)

La force apportée par les Berbères ne dure guère. Au début du XIIe siècle, les conquêtes chrétiennes reprennent : Tudèle est reprise en 1114, Saragosse en 1118, et la vallée de l’Ebre est occupée par Alphonse Ier. En 1137, le comté de Barcelone et l’Aragon sont réunis. A l’Ouest, Alphonse Henriquez s’empare de Lisbonne et libère la majeure partie du Portugal dont il devient roi en 1139.

Ces succès sont remis en cause par les querelles qui divisent les royaumes chrétiens et par la vague almohade. Les rois chrétiens ne peuvent poursuivre leurs avantages et, au milieu du XIIe siècle, la reconquête chrétienne reste bloquée sur les bords du Tage.

Il faut attendre 1212 pour que les trois rois de Castille, d’Aragon et de Navarre remportent une victoire décisive à la bataille de Las Navas de Tolosa. La Reconquista est alors relancée.

2) En Méditerranée centrale : L’arrivée des Normands

Au IXe siècle les Arabes prennent la Sicile.

g XIe siècle : la Sicile est envahie par les chrétiens.

Dès le début du XIe siècle, des Normands en quête d’aventures et de terres partent en Italie du Sud. Là, certains chefs parviennent à se faire concéder des fiefs. Ils forment des principautés indépendantes au détriment des Byzantins. L’un d’eux, Robert Guiscard, se rend maître de la Campanie et vainc les troupes pontificales en 1053. Le pape Nicolas II doit reconnaître son autorité. Guiscard chasse les Byzantins d’Italie du Sud (Bari est prise en 1071) et débarque sur l’autre rive de l’Adriatique pour les combattre.

La conquête de la Sicile est lancée en 1060 et achevée par ses successeurs qui finissent de chasser les musulmans de l’île. A la fin du XIe siècle, la Sicile est entièrement sous l’autorité des Normands.

g XIIe siècle : les Normands prennent pied sur la rive sud de la Méditerranée, pour quelques années : Sfax, Djerba et Tripoli sont occupées en 1148. Ils coupent ainsi un axe essentiel du commerce musulman et ouvrent la Tunisie au commerce de Gênes et de Pise.

La Sicile " verrou du monde méditerranéen " saborde la domination musulmane dans la région.

L’expansion normande met fin à quatre siècles de domination musulmane en Méditerranée.

3) En Méditerranée orientale : les Croisades

* Les Croisades sont avant tout un phénomène religieux.

C’est pour racheter leur fautes et assurer le salut de leur âme que de nombreux chrétiens accomplissent depuis le Xe siècle de longs et périlleux pèlerinages. Le plus prestigieux est celui qui conduit à Jérusalem où se trouve le tombeau du Christ. Les Arabes, maîtres de la Palestine, se sont toujours montrés tolérants envers les pèlerins mais cette province tombe aux mains des Turcs ce qui crée un grand choc en Occident. La croisade se transforme alors en expédition militaire.

Les participants se reconnaissent à des signes extérieurs (port de la croix à partir de la 3e croisade, mots de passe...) et qu’ils bénéficient de privilèges accordés par l’Eglise (des indulgences, par exemple).

* pour des raisons d’ordre politique et psychologique

- appel des empereurs byzantins face à la poussée musulmane.

- Le souci de la papauté d’acroître son influence. Chaque croisade est déclenchée par le Saint-Siège, le pape y est représenté par un légat,

- Les ambitions de prestige des souverains occidentaux .

- Le goût de l’aventure et de la guerre de la part des chevaliers.

* pour des raisons économiques

- Pour assurer aux échanges des routes sûres.

La rage de guerre sainte a conduit les croisés aux pires excès, depuis les pogroms perpétrés sur leur route jusqu’aux massacres et aux pillages.

g La première croisade

Elle est prêchée le 27 novembre 1095, par le pape lors du concile de Clermont. Il soulève les foules, entraînées par des prédicateurs populaires (comme Pierre l’Ermite) ; c’est la "croisade populaire". Mais ces quelques dizaines de milliers d’hommes et de femmes se font décimer par les Turcs, la famine ou les maladies.

- En revanche, les troupes de chevaliers, mieux organisés, prennent Jérusalem en 1099 et établissent des fiefs sur la côte orientale de la Méditerranée :

- La principauté d’Antioche,

- le royaume de Jérusalem

- le comté d’Edesse.

- le comté de Tripoli.

Ces Etats "latins" sont faibles du fait de la division qui règne entre les seigneurs. Leur défense est alors assurée par de nouveaux ordres militaires monastiques comme sont les hospitaliers ou les templiers qui construisent de puissants châteaux-forts (les krak).

En 1099 l’arrivée des Croisés bloque l’avancée des Turcs Seljukides vers l’Egypte et la Palestine.

g La seconde croisade (1147-1149)

En 1144, Edesse est reprise aux croisés, ainsi que Damas, en 1154. Saint-Bernard prêche la seconde croisade.

L’Empereur et le roi de France prennent la tête d’une nouvelle expédition qui échoue et aboutit à la perte de certains territoires.

g En 1187, troisième croisade

En 1173, le Kurde Saladin devient maître de l’Egypte. Il se rend maître de la Syrie et de l’Arabie. C’est un guerrier remarquable et un musulman sévère. En 1187, il écrase les armées chrétiennes lors de la bataille d’Hattin. Jérusalem est prise et presque toute la chevalerie franque est tuée ou capturée. En quelques semaines, Saladin se rend maître des Etats chrétiens à l’exception de quelques places côtières.

g Finalement en 1204, la quatrième croisade est détournée par les marchands vénitiens vers Constantinople où les croisés s’emparent de la ville et se partagent avec les Vénitiens les restes de l’Empire byzantin.

III) la culture

1) L’influence de la civilisation arabe en Occident

L’héritage culturel transmis à la chrétienté par les Arabes est considérable et touche à tous les domaines. A leur contact, les Occidentaux adoptent certaines cultures et certaines techniques d’irrigation. Ils ont appris l’usage du papier. Ils se sont inspirés des décors géométriques utilisés par les artistes musulmans.

Mais surtout, c’est par leur intermédiaire que les occidentaux ont pris connaissance de nombreux textes scientifiques et philosophiques grecs : ceux des mathématiciens Pythagore, des médecins Hippocrate et Galien, du géographe Ptolémée, ceux surtout du philosophe Aristote, dont la pensée - fondée sur la primauté de la raison - a été utilisée par les penseurs musulmans pour renforcer la foi tirée du Coran.

Cet apport fondamental rénove la pensée philosophique et théologique occidentale, en réintroduisant la raison dans la connaissance humaine.

Il s’y ajoute celui des sciences dont les arabes ont recueilli les leçons fournies par le monde hellénique et par l’Inde. C’est par leur intermédiaire que l’Occident s’est familiarisé avec l’usage du zéro et des chiffres dits "arabes", qu’il a appris l’usage de l’algébre et de la trigonométrie et qu’il a retrouvé tout un bagage scientifique constitué par les Grecs, qu’il s’agisse de la géographie, de l’astronomie, de la médecine, de la botanique, etc.

Influence considérable d’Averroës en Europe chrétienne.

2) Le sort des minorités religieuses

g En pays musulman

Le statut des minorités

Les versets coraniques sont contradictoires.

¤ “ O Fils d’Israël !, rappelez-vous le bienfait dont Je vous ai comblés ! Tenez fidèlement le pacte envers Moi ! Je tiendrai fidèlement Mon pacte envers vous. Moi, redoutez-Moi ! ”, II, 38

¤ “ O vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix... ” II, 206

¤ “ Et combattez-les [les chrétiens et les juifs] jusqu’à ce que ne subsiste plus de tentation d’abjurer et que le Culte en entier soit rendu à Allah ! ”, VIII, 40-39

¤ “ Ne discute avec les gens du Livre que de la manière la plus bienveillante ” XXIX 45

Les juifs et les chrétiens (Gens du Livre) peuvent pratiquer leur religion mais ont un statut de seconde zone (dhimmis). Ils ont le droit de demeurer en pays musulman, de se marier, de faire du commerce etc. Ils ne peuvent être convertis de force. Ils ont théoriquement le droit de pratiquer leur religion et leurs lois. Ils gardent leurs chefs religieux. Ils payent un impôt supplémentaire.

Les Juifs

Dans les pays musulmans les Juifs furent davantage protégés que les chrétiens. Ils travaillaient dans le commerce et se rendaient indispensables. Ils ont joué un rôle important d’intermédiaires entre chrétiens et musulmans. Dispersés dans tout le monde méditerranéen, ils constituent sur les frontières entre l’islam et la chrétienté un vaste ensemble qui transmet une production philosophique, scientifique et religieuse où entrent des éléments relevant des trois civilisations.

A Alexandrie (Egypte)

En Andalousie

Les juifs vivaient dans des quartiers spéciaux.

Ils font des voyages en Orient pour chercher de la soie, des épices et des esclaves. Habiles en médecine, ils sont aussi versés dans divers arts et sciences, et sont particulièrement prisés comme traducteurs, interprètes et ministres. Les courtisans juifs rencontrent librement avec leurs homologues arabes, se parent à leur instar de riches vêtements et de turbans incrustés de joyaux, se déplacent dans de somptueux équipages ou à cheval.

A Cordoue, le juif Hasdaï (915-970), médecin, traducteur, ambassadeur et ministre des Affaires étrangères d’Abd-ar Rahman III. Il parle le grec, le latin, l’arabe, l’espagnol et l’hébreu.

A Grenade, le juif Samuel Naguid (993-1060), devient ministre du roi et dirige le royaume. Poète doué, Il fait l'éloge du vin , et chante les plaisirs ou les chagrins de la vie.

Le Juif andalou Maïmonide (m. 1204) écrit ses livres de philosophie et de médecine en arabe.

Mais au XIe et XIIe s. les juifs sont victimes de la repression

En Afrique du Nord en 1391 les musulmans accueillirent les juifs victimes de massacres dans les royaumes chrétiens espagnols.

Les chrétiens

Au XIe siècle dans les régions d’Asie Mineure occupées depuis peu par les armées musulmanes, il y a 90 % de chrétiens. Ensuite la proportion baisse.

Nombreuses communautés chrétiennes en Syrie, Palestine, Irak.

Egypte. Au XIIe siècle la majorité de la population est peut-être encore peuplée de chrétiens appelés “ Coptes ”.

Afrique du Nord. Au XIe siècle on signale des chrétiens dans quelques villes. Certaines communautés ont un évêque. A Kairouan on a trouvé une stèle mortuaire qui date du XIe siècle, la date du décès est fixée d’après les deux calendriers musulman et chrétien ; les musulmans y sont qualifiés d’infidèles.

Ces communautés déclinent peu à peu. En 1159 lors de la prise de Tunis les almohades obligent les Juifs et les chrétiens à choisir entre la conversion ou la mort. A Marrakech en 1232 des chrétiens furent mis à mort. En 1390 une cinquantaine de chrétiens du Maroc doivent partir en Espagne chrétienne.

Chez les princes musulmans d’Espagne (région conquise en 711) les chrétiens restent majoritaires jusqu’aux environs de 900. Ensuite ils se convertissent ou sont victimes de massacres. Ils restent une forte minorité au XIIe siècle.

Muwalladun : espagnols convertis à l’islam

Mozarabes : chrétiens vivant dans l’émirat de Cordoue. Longtemps majoritaires surtout dans les campagnes.

Mudejares : musulmans devenus sujets de souverains chrétiens

Des moments d’intolérance

Les Almohades persécutent les minorités religieuses en Afrique du nord et en Andalousie.

Conclusion du 1)  :

- un “ pays musulman ”, c’est un pays où le pouvoir politique est musulman ou se prétend tel, mais pas forcément la majorité de la population.

- Que veut dire être “ arabe ” ?

Théoriquement, ce nom s’applique seulement aux habitants de la péninsule arabique. Lors de la conquête, certains émigrent vers la Syrie, la Mésopotamie. Les Arabes forment une aristocratie. Les non-Arabes s’arabisent. Il y a des mariages mixtes. Les califes ont souvent des mères persanes.

Le mot arabe n’a pas un sens ethnique. C’est une langue et une culture, une façon de vivre. Les peuples conquis abandonnent souvent leur langue pour parler l’arabe.

En Iran les savants écrivent en arabe et en persan. Les califes almohades parlent berbère mais écrivent en arabe. Les Turcs parlent turc mais prient en arabe. Les Perses parlent en persan mais prient en arabe.

Les arabes musulmans du Moyen Orient méprisent les “ arabes ” andalous.

- Arabe ne veut pas dire musulman

Il y a des arabes chrétiens

g En pays chrétien

Pas l’équivalent du statut de dhimmi

En Sicile et en Andalus, les conquêtes réalisées par les guerriers ouvrirent la voie à des expulsions de musulmans et à l'immigration de paysans en provenance de la chrétienté latine.

La minorité musulmane de Sicile

Au IXe siècle les Musulmans prennent la Sicile. La plupart des musulmans de Sicile ne sont donc pas des Arabes mais des Siciliens qui ont changé de religion.

Les chrétiens gardent leur liberté de culte et leurs tribunaux.

XIIe siècle : la Sicile est prise par les chrétiens.

Les musulmans gardent leurs institutions religieuses, leurs tribunaux. La langue arabe survit.

Le géographe Edrissi est né au Maroc en 1100. Il est élevé à Cordoue. Il voyage en Andalousie, Angleterre, Maghreb, Afrique, La Mekke. C’est un juriste. Le roi A soumis une partie de l’Italie. Il veut savoir à quoi ressemble son royaume. Il veut aussi connaître les pays voisins. Edrissi rédige pour le roi  une encyclopédie (Kitab Roujari) avec 70 cartes (v. 1150). Il y passa 15 ans. Le roi le fait venir chaque fois qu’arrive à la cour un invité étranger. Edrissi lui pose des questions.

Dès le XIIe s Les musulmans doivent payer un impôt spécial et sont souvent réduits à la condition de serfs.

Les élites musulmanes sont écartées du pouvoir.

Au XIIIème siècle, la cour de Frédéric II à Palerme devient un lieu particulièrement brillant de rencontre entre deux cultures. L’empereur germanique pratiquait la langue arabe et recevait de nombreux savants, intellectuels et artistes musulamans, ces derniers participant à la construction ou à la décoration des églises.

En Sicile, le mélange des inspirations et des styles fait naître une civilisation originale.

Les musulmans dans l’Espagne chrétienne

Leur situation est variable.

L'avancée des royaumes d'Aragon, de Castille, de Léon et de Portugal provoqua la plupart du temps l'émigration de la majeure partie de la population musulmane, remplacée par des colons chrétiens. Certaines régions, comme les royaumes de Valence ou d'Aragon, se caractérisent, en revanche, par la permanence de communautés musulmanes importantes dont le statut n'est pas homogène. L’occupation permanente des espaces andalusî-s engendra une substitution massive de populations.

La migration paysanne. Quand celle-ci n'accompagne pas la conquête, l'expansion rencontre des difficultés pour se consolider et échoue.

Prise de Tolède en 1085 : dans les années immédiatement postérieures à la prise de la ville, la presque totalité des musulmans qui y demeuraient encore abandonna la zone.

L'Eglise latine discrimina et persécuta les chrétiens mozarabes qui n’avaient pas tout à fait les mêmes croyances. L'Eglise de Tolède acquit une grande quantité des biens immobiliers possédés par les mozarabes

Conquête de la vallée de l'Ebre, fin XIe et début XIIe : Les effets furent dévastateurs : les Andalusî-s fuirent ou furent expulsés ; ceux qui demeurèrent furent l'objet de déplacements et de ségrégation.

Permanence d'une partie de la population indigène musulmane après l'incorporation de la vallée de l'Ebre au royaume d'Aragon. Il est difficile d'évaluer la proportion qu'ils pouvaient représenter juste après la conquête : une petite fraction de la masse des habitants présents avant la conquête, et ils sont rapidement devenus minoritaires face aux colons chrétiens.

Les droits du propriétaire (chrétien) prévalaient sur ceux du tenancier (musulman), qui pouvait être chassé de ses terres. Il s'agissait d'une condition plus défavorable que le servage, dans la mesure où le tenancier n'avait pas la sécurité qu'aurait offert, pour lui et sa descendance, un lien stable à la terre qu'il travaillait

La conversion au christianisme latin. Les baptizati sont, presque toujours, des esclaves ou d'anciens esclaves qui choisirent de se convertir pour améliorer leur situation et avoir quelque possibilité de libération (parfois pour s'échapper ensuite vers les terres musulmanes et y apostasier).

L'influence de la conversion n'alla pas plus loin que le cadre de la servitude domestique urbaine. Ainsi, rien qui puisse évoquer de grandes masses christianisées intégrées dans un mélange ethnique. Jamais un véritable projet assimilateur : la ségrégation permettait de maintenir une société subordonnée.

Expulsions et  fuites massives.

Il y a une division de la société indigène en deux groupes : ceux qui conservent leurs terres dans le cadre de véritables communautés et les dépossédés qui travaillent les terres des colons chrétiens aisés.

Le programme de l'expansion coloniale était fondé sur les idées d'exclusion et de purge.

Quelques cas de cohabitation entre islam et catholicisme existent au XIIIe s. On le voit avec le règne du souverain de Castille Alphonse X le Sage (1252-1284), législateur, poète, savant et musicien, qui garde des musulmans à sa cour.

Les Juifs en Europe.

Souvent persécutés

Parler de Rachi de Troyes

Conclusion

Les contacts mélangent la violence et les influences réciproques.

.

14.01.08

Maïmonide

MaÏmonide

«Moïse Maïmonide, le plus profond penseur religieux et la plus grande intelligence de son temps, fut la fleur de l’Age d’Or des Juifs d’Espagne. Il naquit à Cordoue en 1134, mais, alors qu’il était tout jeune encore, l’Espagne musulmane passa sous le gouvernement des Almohades (Unitaires), tribu arabe qui avait envahi le pays depuis l’Afrique. Ces nouveaux maîtres étaient des fanatiques féroces, et leurs persécutions contraignirent beaucoup de non-musulmans à fuir le pays. Parmi les fugitifs se trouvaient Moshé ben Maïmon, qui, après une période d’errance et de graves privations, s’établit à Fostat (le Vieux-Caire). Il y écrivit, entre autres ouvrages importants, son célèbre "Guide des Egarés" [= de ceux qui doutent]».

Isidore Epstein, Le Judaïsme, Payot, 1959, p. 197.

Note : à vrai dire, les Almohades étaient plutôt berbères.

« Maïmonide avait la plus grande vénération pour Aristote en qui il voyait le plus sublime représentant, après les prophètes d’Israël, de l’intelligence humaine, et c’est à sa philosophie qu’il demanda une interprétation rationnelle de la foi et de la tradition juives. »

Idem

« Maïmonide fait preuve de beaucoup d’originalité dans son interprétation des commandements. Plusieurs d’entre eux, pense-t-il, ont été donnés pour s’opposer à des rites et usages païens en vogue au moment où naquit la Torah. »

Idem page 202

«Ce qui distingue surtout le code de Maïmonide, c’est sa façon essentiellement humaniste de formuler et d’appliquer la loi. S’il est rigoureux à l’extrême quant aux lois sur la propriété, il tend à l’indulgence en matière rituelle. Son attitude peut se résumer en ces mots : "La Loi rituelle a été donnée à l’homme et non l’homme à la loi rituelle". Il croit donc qu’il peut parfois être nécessaire d’adapter, de modifier, voire d’abroger certaines lois, afin dit-il, "de ramener les foules à la religion et de les sauver de l’indifférence religieuse générale, de même que le médecin ampute le malade d’une main ou d’un pied pour lui sauver la vie» (Mamerim, II, 4). »

Idem, p. 241.

23.12.07

Moïse dans les légendes musulmanes

img015

La figure de MOÏSE prophète d’Israël, (dont les historiens ignorent s’il a existé) a inspiré de nombreuses légendes. Il a une place importante dans les légendes musulmanes.
Moussa (son nom arabe) est surnommé rasoul Allah (messager de Dieu) et nabi (prophète) : « En vérité je t’ai choisi de préférence à tous les hommes pour que tu transmettes mes messages et ma Parole » (C, VII-144). Il est le Kalim Allah, celui qui parle à Dieu. On le qualifie de noble, sincère, fidèle. Un hadith  rapporte cette parole de Mahomet qui montre à quel point le fondateur de l’islam vénérait Moïse : « Ne me donnez pas la supériorité sur Moïse, dit Mahomet. Au jour de la Résurrection, tous les hommes s’évanouiront et moi je serai le premier à reprendre mes esprits. A ce moment Moïse sera en train de saisir un des coins du trône ; j’ignore s’il se sera évanoui et s’il aura repris ses sens avant moi ou s’il aura été du nombre de ceux pour lesquels Dieu aura fait une exception » .

Les « légendes dorées » du judaïsme et de l’islam se rejoignent.

Un récit islamique évoque le géant Og qui vivait en Canaan. Il était si grand que lorsqu’il se tenait au bord de la mer et qu’il plongeait sa main dans l’eau, il prenait un poisson, le tenait dans le soleil jusqu’à ce qu’il fut rôti et le mangeait. Les Israélites lui adressèrent douze envoyés. « Ils paraissaient aux yeux d’Og comme des fourmis ; il les mit tous les douze dans la tige de sa botte ». Pour le tuer, Moussa fit un bond formidable, le frappa à la cheville avec son bâton et d’un seul coup le fit tomber mort . Ce récit ressemble fort à un texte du Talmud qui comporte un détail supplémentaire : Og voulant lancer une montagne sur les Israélites, Dieu fit venir les fourmis qui creusèrent un trou de telle façon que la pierre tomba sur les épaules d’Og. Ses dents poussant au-delà de l’ouverture l’empêchaient de se dégager. Alors Moïse frappa.

Les musulmans Tabari et Al -Kissaï rapportent une autre histoire : jouant un jour avec l’enfant qui avait trois ou cinq ans, Asiya, la femme du pharaon, l’assit sur les genoux du roi. Moussa enleva alors la couronne qui se trouvait sur la tête de Pharaon et la remit sur la sienne. Une autre version dit que le bébé Moussa avait confondu la mamelle de sa nourrice avec le menton de Son Altesse, laquelle n’avait pas du tout apprécié. On prétend également que Moussa s’en prenait à la royale barbe. En tous cas, les conseillers du roi s’écrièrent : « Voilà l’enfant qui détruira l’Egypte ; il faut le tuer ». Asiya répondit : « Je veux éprouver cet enfant pour voir s’il a agi avec discernement ». Elle ordonna qu’on apportât deux bassins, l’un plein de feu et l’autre plein de rubis. Puis elle plaça Moussa entre les deux. Moussa se dirigea vers le bassin plein de rubis, mais l’ange Gabriel porta sa main vers le feu et l’enfant prit un charbon ardent, le mit dans sa bouche et pleura. Asiya dit alors : « Vous savez maintenant que c’est par ignorance qu’il a commis cette faute ». « Quant à Moïse, il se forma un noeud à l’extrémité de sa langue, qui perdit la facilité de ses mots. C’est là ce qu’on appelle en arabe ilthrà et parmi les lettres de l’alphabet il y en une, le sin, que Moïse ne pouvait pas bien prononcer. Mais lorsqu’il fut devenu homme et que Dieu lui eut accordé le don de prophétie, Moïse dit à Dieu : " Dissous le noeud de ma langue afin qu’on entende mes paroles "» (C, XX, 28-29). Cette légende fut empruntée à une source juive midraschique qui dit plus simplement : voilà pourquoi Moïse était bègue . On peut supposer que ce point sert à mettre en valeur le rôle prophétique de Moïse (et de Mahomet).

Sur quelques points le Coran et les légendes post-coraniques diffèrent du Premier Testament. Au lieu de la fille du pharaon, c’est sa femme Asiya qui sauve le nourrisson. Les princesses malades guérissent dès qu’elles touchent le berceau.

Comme dans la Bible, Moussa tue un Egyptien, mais le Coran donne des précisions : Moïse frappa « avec quatre doigts et le dos de la main tourné vers l’Egyptien. Or Moïse avait la main lourde et, comme il frappa sur la mamelle, où les coups sont mortels, l’Egyptien tomba et mourut, et l’Israélite fut délivré de lui. Moïse se repentit d’avoir tué l’Egyptien. [...] Il éprouva donc du repentir de l’action qu’il avait faite, et dit, comme il est rapporté dans le Coran : l’action que j’ai faite de tuer l’homme sans que cela fut nécessaire, vient du Démon » .
Dans le Coran le prêtre de Madian a deux filles et non sept. Après leur échec, les magiciens du pharaon finissent par proclamer leur foi dans le Dieu de Moussa. Le Coran ne mentionne pas le deuxième séjour au Sinaï, ni son deuxième jeûne ou le renouvellement des Tables de la Loi. Le bâton de Moussa vient du Paradis : Adam, Ismaïl, Ishak, Yakoub se sont appuyés sur lui ; c’est un bâton miraculeux. L’épisode du rocher, reprenant des textes juifs, parle de douze sources, une pour chaque tribu. Un hadith (recueil de paroles de Mahomet) affirme même pouvoir décrire le physique de Moussa : « Sa’îd-ben-El-Mosayyib rapporte les paroles suivantes de Abou-Horaïra : l’Envoyé de Dieu a dit : la nuit où on m’enleva au ciel, je vis Moussa. C’était une homme maigre, aux cheveux lisses ». Un autre hadith affirme : « Moussa était roux et de haute taille ; on eût dit un homme des Chenoua » .

D’autres différences existent.
Dans le Coran le Pharaon a un rôle plus important que dans la Bible et se pose en rival de Dieu. On peut supposer que cela fait allusion au combat que Mahomet a mené contre des pouvoirs politiques rivaux (chefs de tribus). Plus tard cette image du Pharaon-Satan sera détournée de son sens et utilisée indûment par des extrémistes voulant renverser les gouvernements de leurs pays. Dans la Bible le pharaon meurt encore païen alors que dans le Coran il tente de se convertir à la religion de Moïse. Gabriel rapporta à Mahomet l’entretien qu’il eut avec Pharaon lorsque celui-ci fut enseveli par les eaux : « Or, lorsque Pharaon se trouva sur le point d’être noyé, il prononça des paroles de foi ; mais moi, par un effet de la colère et de l’inimitié que je ressentais contre lui, je poussai mon aile sur le fond de la mer, et je lui jetai de la terre dans la bouche, afin qu’il ne répétât pas les mêmes paroles et que la miséricorde de Dieu n’arrivât jusqu’à lui. Depuis ce jour-là jusqu’à présent, j’ai craint que Dieu n’eut peut-être accepté la foi de Pharaon et ne me punît à cause de ce prince » .

Qu’il nous semble bizarre cet ange intolérant qui se veut plus pur que Dieu. Orgueil et vanité des extrémistes.

Le Coran cite un mystérieux personnage absent de la Bible : Khidr. Est-ce un prophète ? Selon les exégètes, il s’agirait d’Elisée, Jonas ou Lot. Pour certains, Khidr est éternel et vivait déjà avant Abraham ; pour d’autres il en savait plus que tout le monde sur terre. En tous cas Moussa le rencontra dans la mer de Qoulzoum (le golfe Persique ?) ; Khidr l’invita dans sa barque et fit de nombreux miracles mais Moussa, bavard et effrayé, posa trop de questions et Khidr disparut par enchantement.

Dans l’ensemble, les points communs l’emportent. L’islam et le judaïsme sont proches. Les deux cultures s’interpénètrent et se mélangent. A la fois une et deux, confondues et distinctes.
Les récits islamiques sur Moïse semblent venir de la littérature midraschique et du Talmud que les Juifs d’Arabie transmettaient aux musulmans ; ces derniers les embellirent. Il y avait donc des échanges théologiques entre communautés.

14.12.07

Le traité d’ibn ‘Abdun (1100 env.)

Vers l’an 1100

L’auteur

Muhammad ibn Ahmad Ibn ‘Abdun, magistrat musulman peu important de Séville, fin XIe siècle-début XIIe siècle.

Son traité constitue une bonne description de la vie quotidienne. L’auteur donne l’impression d’être une sorte de vieux grincheux puritain et intolérant.

Mais de son côté, la minorité chrétienne se montrait elle aussi parfois insultante vis-à-vis des Musulmans.

Il n’est pas certain que les interdictions prônées par l’auteur aient été mises en pratique. Sinon, pourquoi prendrait-il la peine de les énoncer ?

Texte utilisé en cours d'histoire de Seconde.

img038

« § 152. Les bassins des bains publics devront être munis de couvercles ; s’ils demeurent à découvert, on ne peut éviter que l’eau qu’ils contiennent ne se souille, alors qu’il s’agit précisément d’endroits qui doivent être propres par définition. Dans les thermes, le baigneur, le frotteur et le barbier ne doivent circuler qu’en caleçon ou en culotte courte.

§ 153. Un musulman ne doit pas servir de masseur à un juif ou un chrétien ; il ne doit ni nettoyer leurs ordures, ni nettoyer leurs latrines : le juif et le chrétien sont effet plus désignés pour ces besognes qui sont des travaux vils. Un musulman ne doit pas s’occuper [comme guide ou palefrenier] de la bête d’un juif ou d’un chrétien ; il ne doit pas leur servir d’ânier, ni leur tenir l’étrier. Si l’on s’aperçoit que quelque musulman a contrevenu à ces défenses, il sera blâmé.

§ 154 On doit empêcher les femmes musulmanes d’entrer dans les églises abominables : les clercs sont en effet des débauchés, des fornicateurs et des sodomites. Il sera interdit aux Franques de pénétrer dans l’église d’autres jours que les jours d’office ou de fêtes religieuses : car elles ont coutume d’aller y banqueter, boire et forniquer avec les clercs. De ces derniers, il n’en est pas un qui n’en ait deux ou davantage comme maîtresses, et qui ne passent leurs nuits avec elles. C’est devenu chez eux un usage établi, car ils ont déclaré illicite ce qui licite et licite ce qui est illicite. Il faut ordonner aux clercs de se marier, comme cela se fait en Orient. S’ils y tenaient d’ailleurs, ils le feraient !

Il ne faut tolérer dans la maison d’un clerc la présence d’aucune femme, vieille ou non, si ce clerc persiste à demeurer dans le célibat. On doit les forcer à se faire circoncire, ainsi que les y obligeait al-Mu’talid ‘Abbad : ils prétendent en effet suivre les règles de jésus – qu’Allah le bénisse et le sauve ! Or Jésus était circoncis, et l’anniversaire du jour de sa circoncision est pour eux une fête qu’ils célèbrent solennellement. Pourquoi dès lors délaissent-ils cette pratique pour eux-mêmes ?

§ 164. On ne doit pas vendre de manteau ayant appartenu à un lépreux, à un juif ou à un chrétien, à moins qu’on en fasse connaître l’origine à l’acquéreur éventuel ; de même si ce vêtement a appartenu à un débauché. On ne doit pas prendre de pâte comme salaire de cuisson du pain d’un lépreux. On n’achètera ni œufs, ni poulets, ni lait, ni toute autre denrée à des lépreux, qui en feront le commerce entre eux seulement. […]

§ 166. Il faut interdire aux diseurs de bonne aventure de se rendre à domicile, car ce sont des voleurs et des fornicateurs. […]

§ 168. Les prostituées ne doivent pas se tenir tête nue à l’extérieur de la maison publique. Les femmes honnêtes ne doivent pas s’attifer de manière à leur ressembler. Il faut leur interdire d’user d’artifices de coquetterie, quand elles sont entre elles, et d’organiser des réunions pour se divertir, même si elles en ont reçu l’autorisation de leurs maris. Il faut défendre aux danseuses de se dévoiler le visage. […]

§ 205. Il faut interdire définitivement aux femmes d’organiser des parties de plaisir et des beuveries sur le fleuve, d’autant plus qu’elles s’y rendent parées de tous leurs atours. […]

§ 206. On ne doit pas vendre aux Juifs ou aux chrétiens des livres de science, sauf s’ils ont trait à leur propre loi; en effet, ils traduisent les livres de science et en attribuent la paternité à leurs coreligionnaires et à leurs évêques, alors qu’ils sont l’oeuvre de musulmans ! Le mieux serait de ne laisser aucun médecin juif ou chrétien s’installer pour soigner les musulmans. Ne pouvant en effet nourrir de bons sentiments à l’égard d’un Musulman, ils n’ont qu’à soigner leurs coreligionnaires ; comment, les sachant dans cet état d’esprit, pourrait-on leur confier des vies de Musulmans ?

Source : E. Lévi-Provençal, Séville musulmane au début du XIIe siècle, le traité d’ibn ‘Abdun sur la vie urbaine [...], Maisonneuve 1947. Ouvrage trouvé à la bibliothèque de l’Institut du monde arabe à Paris. Un lieu formidable pour y passer un après-midi.

13.12.07

Averroës

AVERROËS

Averroës ou Ibn Rochd, philosophe et théologien musulman du XIIe siècle. Originaire d’une famille andalouse, il doit s’exiler. Lutte contre les interprétations littérales ou fantaisistes du Coran qui ne font que favoriser les extrémistes. Recommande une lecture rigoureuse et logique du texte.

Ce texte peut-être utilisé pour lutter en classe contre l’intégrisme religieux.

cordou2« Cela étant, si [le raisonnement] conduit à une connaissance quelconque d'un être quelconque, alors, de deux choses l'une :

ou bien il n'est pas question de cet être dans la Loi divine, ou bien il en est question.

S'il n'en n'est pas question, pas de contradiction [...].

Si au contraire, la loi religieuse en parle, alors le sens extérieur du texte est ou bien d’accord avec les conclusions auxquelles conduit la démonstration appliquée à cet être, ou bien en désaccord avec ces conclusions.

S'il est d'accord, il n'y a rien à en dire.

S'il est en désaccord, alors il demande à être interprété. Interpréter cela veut dire faire passer la signification d'une expression du sens propre au sens figuré ».

« De ce que quelqu’un se trompe ou fasse erreur dans ces raisonnements, soit par faiblesse d’esprit, soit par mauvaise méthode, soit par incapacité à résister à ses passions, soit faute de trouver un maître qui dirige son intelligence dans ces études, soit par la réunion de toutes ces causes d’erreurs ou de plusieurs d’entre elles, il ne s’ensuit pas qu’il faille interdire ce genre d’études à celui qui y est capable. »

« Oui, celui qui interdit l’étude des livres de philosophie à quelqu’un qui y est apte, parce qu’on juge que certains hommes de rien sont tombés dans l’erreur pour les avoir étudiés, nous disons qu’il ressemble à celui qui interdirait à une personne altérée de boire de l’eau fraîche et bonne et la ferait mourir de soif, sous prétexte qu’il y a des gens qui se sont noyés dans l’eau ; car la mort que l’eau produit par suffocation est un effet accidentel, tandis que la mort causée par la soif est un effet essentiel et nécessaire. Le mal qui peut résulter accidentellement de cette science ou art, la philosophie, peut aussi résulter accidentellement de toutes les autres sciences ou arts. [...] »

« L’étude désignée par ce nom de philosophie est, de par la Loi religieuse, ou bien obligatoire ou bien méritoire »

Ibn Rochd ( = AverroËs), L'accord de la religion et de la philosophie, collection « Islam », éditions Simbad, pages 12, 18, 21, 35. 

Les Arabes chrétiens de Tunisie (XIe s.)

plaque

DOCUMENT

« Témoignage épigraphique sur la communauté chrétienne de la capitale islamique, Kairouan

Marbre blanc.

H. 0,41 ; 0.345

Brisée dans sa partie supérieure.

Découverte fortuitement en1961 à Kairouan dans un tertre de remblais dénommé ‘Khraïb (=ruines) Sidi Sa’ad.

Conservée, à titre provisoire, dans les réserves du Musée de la Grande Mosquée à Kairouan.

Epitaphe en langue latine, gravée en lettres calligraphiées, datée à la fois de l’ère chrétienne et de l’ère islamique (Hégire).

Le nom du défunt a disparu. Mais nous sommes assurés qu’il était chrétien et qu’il a été inhumé le lundi 9 (luna dies nobe dit le texte) du mois de mars sans doute, en l’an de grâce 1007 (anno Domina nostri Ihesu Christi millensimo septimo) correspondant à l’année 397 de l’Hégire. La fin de l’épitaphe comporte une invocation relative à la résurrection (resurgat in bita eterna) et une évocation du culte des saints (cum omnibis sanctis).

Mais le plus remarquable dans cette inscription funéraire, n’est-il pas la coexistence des deux usages, chrétien et musulman, pour la datation ? C’est aussi, malgré l’héritage antique dans le domaine de la graphie et de possibles influences mozarabes, la recherche décorative qui caractérise la gravure des lettres et qui les rapproche plutôt de la calligraphie arabe de Kairouan.

Enfin, et surtout, si la formule annorum infidelium est banale pour désigner les Musulmans dans un milieu chrétien, elle ne pouvait sans doute pas l’être dans une capitale islamique.

Datation, formulaire, graphie et rapprochement avec deux autres épitaphes chrétiennes de Kairouan, tout incite à mettre en valeur le climat spirituel qui régnait à Kairouan, au temps de la dynastie des Zirides . Climat de tolérance et d’interférences culturelles. »

De Carthage à Kairouan, catalogue d’exposition, musée du Petit Palais, 1982, page 217.

COMMENTAIRE. LA FIN DU CHRISTIANISME INDIGENE EN TUNISIE

150 après J.-C. : christianisation de l’Afrique du nord

650 : arrivée des musulmans. Les non musulmans ont le statut de dhimmis. Celui-ci est ambiguë : il les protège et leur reconnaît des droits mais d’un autre côté il en fait une catégorie inférieure aux musulmans. En réalité le statut de dhimmi est diversement appliqué selon le contexte politique, social, militaire, selon la personnalité de la personne qui détient le pouvoir.

A Kairouan (al-Kayrawn), « à côté des musulmans majoritaires, on y trouvait aussi des Juifs et des Chrétiens. Al-Fadl b. Rawh (793-794) y avait autorisé l’édification d’une église [1]. Au milieu du IXe s. l’église d’al-Kayrawan avait plusieurs chefs (‘Iyad, Madarik, 132) » [2].

Vers l’An mil, la communauté chrétienne de Kairouan comporte un senior (institution particulière de l’Eglise africaine) et un lector. Cela indique que les laïcs jouaient un rôle important et qu’il y avait une école religieuse. Ils savent rédiger des inscriptions en latin et ils sont arabisés [3].

En 1053 on signale cinq évêques en Afrique du nord ; en 1076 il n’en reste plus qu’un seul, à Bougie.

L’historien « al-Bakri, qui est mort en 1094, nous apprend que de son temps, parmi les monuments antiques que l’on remarquait à Tlemcen, il y avait des églises encore fréquentées par les chrétiens ». Il y avait aussi une église en ruines à Alger au XIe s [4]. En ce qui concerne la Tunisie, en 1053, il y avait un évêque à Gummi, bourg proche de Mahdiyya, sur le Cap Bon, ancienne capitale de la Tunisie fatimide. A Mahdiyya les chrétiens faisaient le culte en latin, probablement influencés par les habitudes liturgiques siciliennes. Mais il est possible qu’ils aient une origine grecque. On dit que les Fatimides tunisiens étaient proches des Grecs d’Egypte.

On signale aussi au XIIe s. une église Saint-Nicolas que l’on localise mal (Mahdiyya ? Djerba ?).

Ces églises possédaient un matériel liturgique abondant et riche.

Les assauts des rois normands de Sicile pour contrôler le littoral tunisien (attaque ratée en 1123, expéditions victorieuses en 1134-1149) avaient peut-être pour but (entre autres) de réveiller ces minuscules communautés.

NOTES

1 Pseudo Ibn al Rakik, Ta’rikh, éd M. al Kaâbi, Tunis 1968, 185).

2 Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition 1978.

3 Henri Bresc, Le royaume normand d’Afrique et l’archevêché de Mahdiyya, in Les relations des pays d’Islam avec le monde latin du milieu du Xe siècle au milieu du XIIIe siècle, Articles réunis par Françoise Micheau, éditions Jacques Marseille librairie Vuibert 2000.

4 Atallah Dhina, Les Etats de l’Occident musulman aux XIIIe, XIVe et XVe s. (…), Office des Publications universitaires, Alger, 1984 ?

Ibn Hawqal, l'Egypte, l'Irak

Cet auteur arabe du Xe siècle nous renseigne sur la diversité ethnique, religieuse et culturelle du Moyen Orient médiéval. Le pouvoir politique était musulman mais la société était mélangée.

Présentation

Ibn Hawqal, Configuration de la Terre (Kitab surat al-ard), traduction J. H. Kramers et G. Wiet, éd. G. P. Maisonneuve et Larose, 1964. Tome 1.

L’auteur était un géographe arabe originaire de Haute-Mésopotamie, mort en 988. C’était un musulman mutazilite. Il écrivit entre 967 et 988 un livre de "géographie", en fait une description des pays musulmans. Il avait fait plusieurs voyages en Méditerranée, en particulier en Sicile. Il soumettait ses informateurs à un contrôle très sérieux. A propos d’une illusion d’optique concernant un cimetière à l’ouest de l’Euphrate, il écrit : « je n’ai aucune honte à raconter cette histoire : lorsqu’on me la rapporta, je la démentis, mais après avoir vu le fait par moi-même, je suis bien obligé d’affirmer que mon premier informateur avait dit vrai » (p. 220).

Ceci dit, en ce qui concerne les légendes, il se montre parfois assez crédule. Ses remarques sur la psychologie des peuples sont parfois un peu "simplettes".

Pour en savoir davantage, on se reportera à l’ouvrage-papier.

Extraits

turkey_pol83Edesse [1] est au nord de cette plaine. C’était une cité d’importance moyenne : sa population est en majorité chrétienne ; il y a plus de trois cent églises et couvents, dont les cellules abritent les moines : C’est là que s’élève l’église chrétienne la plus grande et la mieux construite qui soit au monde. La ville possède des eaux, des vergers et de nombreux champs cultivés en bonne condition. Elle est plus petite que Kafartutha[2]. On y conservait le voile de Jésus, fils de Marie : au cours d’une de ses incursions, Nicéphore[3] campa devant la ville, l’assiégea et réclama ce voile, qui lui fut livré en vertu d’une trêve qui fut conclue à cette époque. (p. 221)

La ville de Takrit [4], sur la rive occidentale du Tigre, est en grande majorité peuplée de chrétiens. Elle s’élève sur une grande montagne d’une hauteur considérable, sur laquelle se dresse l’édifice appelé la Citadelle, ancienne forteresse habitée et iraq_pol_2004divisée en quartiers, qu’entourait un mur solide. C’est une ville dont la fondation remonte à la plus haute antiquité : elle groupe toutes les sectes chrétiennes et on y trouve des églises et couvents, dont certains sont contemporains de Jésus, - sur lui le salut ! – et de l’époque des Apôtres, bâtiments tellement puissants et solides qu’ils n’ont pas souffert. Une des églises les plus vénérées et les plus anciennes est l’église d’al-Khadra. Les édifices sont construits en plâtre, en pierre, en briques et en gravier. (p. 223)

Les habitants de l’Egypte sont des chrétiens coptes [5] ; ils possèdent de très nombreuses églises, dispersées un peu partout, mais une très grande partie d’entre elles est tombée en ruines. Ces individus font rarement preuve de mauvaise humeur, si ce n’est envers leurs gouverneurs et les fermiers d’impôt de leur région. Il y avait parmi eux des gens riches possédant d’immenses capitaux et des revenus considérables, distribuant des aumônes et concourant à des bonnes œuvres. Ce que j’ai constaté moi-même de leur opulence et de leurs dispositions bienveillantes envers les musulmans serait trop long pour être exposé ici. Rien ne pourrait soutenir la comparaison en aucun autre pays, ni même s’en approcher tant soit peu. (p. 159)

Sites internets à consulter

http://www.diploweb.com/forum/dumont05124.htm (histoire des chrétiens d’Irak)

http://www.cosmovisions.com/monuEdesse.htm (histoire d’Edesse)

www.meb.u-bordeaux2.fr/antinoe/antinoe.htm (tissus coptes)

membres.lycos.fr/majed/tunisie/histoire/fatimides/fatimides.html (Fatimides d’Egypte)

http://www.larevuedegypte.com/default.aspx?IssueID=80 (revue francophone d’actualités sur l’Egypte)

http://www.clionautes.org/article.php3?id_article=495 (sur Hawqal)

http://www.decitre.fr/service/search/fiche_detail/-/ean-9782851621252/index.dhtml (un livre sur les Coptes)

http://www.maisonneuve-adrien.com/description/egypte/viaud_liturgie.htm (livre sur la liturgie des Coptes)

http://www.parutions.com/pages/1-10-56-3911.html (un livre sur l’art copte)

http://www.dossiers-archeologie.com/referencement/les-coptes-dossiers-d-archeologie-n-226-du-01-09-1997.html 

http://www.egypt.edu/egypte/copte/copte01.htm (alphabet copte etc.)

NOTES

[1] Edesse fut une grande ville chrétienne du temps de l’empire byzantin. L'arrivée des Arabes en 637 ne paraît pas avoir modifié la situation. Certes, il y eut des troubles suite aux conflits entre princes. Mais l'empreinte chrétienne sur la ville, en particulier la présence de ses monuments, ne disparut pas. En 678 le calife Moawia paya la reconstruction ou la restauration d’une l'église détruite par un tremblement de terre. Par contre en 825 l'émir Mohammad brûla tous les édifices nouveaux qu'il trouva. Mais il s'agissait d'églises nouvellement bâties.

[2] Kafartutha, ville fortifiée du sud de la Syrie.

[3] Nicéphore, empereur byzantin. En 943 un général byzantin (donc chrétien) assiégea Edesse et se fit livrer par les musulmans une relique, un voile censé conserver l’image du Christ (ne pas confondre avec le Saint Suaire de Turin qui est encore un autre voile). La relique d’Edesse fut amenée à Constantinople où elle disparut lors de la IVe croisade en 1204.

Selon une légende, Jésus aurait envoyé son portrait au roi d’Edesse qui lui en faisait la demande ( !!!). Ce portrait passa à Constantinople au Xe siècle.

Saint Jean Damascène, De orthodo fide, l IV c17 dit ceci : « On raconte l'histoire suivante : Abgarus, roi de la ville d'Edesse avait envoyé un peintre pour faire un portrait du Seigneur et il n'y arrivait pas parce que son visage brillait d'un éclat insoutenable ; le Seigneur couvrit son divin visage de son manteau et celui-ci se trouva reproduit sur le manteau qu'il envoya à Abgarus qui le demandait ».

Cf aussi Nicéphore Hist ecclesiastique. L II c. 7, Fleury Hist de l’Eglise l IV.

Louis Batissier, Eléments d’archéologie nationale, 1843 et Bourassé, Jean Jacques, Dictionnaire d’archéologie sacrée, in Nouvelle encyclopédie théologique ; 11, 12, Paris J. P. Migne, 1851 page 93.

Je me souviens d’une élève voilée d’origine syrienne, en classe de 2de dans les Yvelines, qui sursauta en apprenant que vers 988 un pays dit musulman pouvait avoir des villes majoritairement chrétiennes. A cette époque, l’expression « pays musulman » signifie que les dirigeants, la «nomenklatura» était musulmane. Le peuple par contre restait mélangé, hétérogène, pluriel. Par la suite, la situation démographique de ces pays évolua en faveur de la communauté musulmane.

[4] Takrit, ville irakienne au nord de Bagdad, sur le fleuve Tigre. Elle comprenait beaucoup de chrétiens. Habib ibn Hidma, appelé Abu Ra'ita at-Takriti, évêque jacobite de Takrit (Iraq), fut le premier auteur chrétien arabe (premier tiers du IXe siècle) à développer une démonstration rationnelle complète de la Trinité. Parmi les patriarches syriaques orthodoxes d'Antioche (primats de l'Église syriaque orthodoxe), on remarque : Quryaqos de Takrit (793-817) et Théodose Romanos de Takrit (887-896).

[5] Copte, mot formé à partir d’un mot égyptien désignant originellement le territoire des pharaons, mot déformé par la suite par les Grecs. Copte désigna les habitants de l’Egypte, puis ceux des habitants restés chrétiens après l’arrivée des Arabes et de l’islam.

Beaucoup entrèrent dans l’administration.

Plusieurs universitaires se fondent sur ce passage pour dire que les chrétiens d’Egypte étaient encore nombreux vers l’An Mil. Peut-être étaient-ils encore majoritaires, en tous cas ils formaient une grosse minorité. A vrai dire quand l’auteur écrit que « les habitants de l’Egypte sont des chrétiens coptes », il s’agit d’une phrase vague qui n’a pas de valeur statistique précise.

A ce moment (988) l’Egypte venait de tomber dans les mains d’une nouvelle dynastie, les Fatimides qui appartenaient à la minorité religieuse très particulière des Ismaêliens. Les Fatimides se montrèrent très tolérants envers les chrétiens et juifs égyptiens (Fossier, L’Enfance de l’Europe, tome 2, A. Colin 1982, p. 164). Or si l’on en croit X. de Planhol (L’Islam et la mer, Perrin 2000, p. 29), ibn Hawqal était favorable aux Fatimides ce qui expliquerait pourquoi il parle de leur tolérance.

Ibn Hawqal nous apprend que les Coptes étaient très nombreux, que leurs églises étaient dispersées dans toutes les régions, que beaucoup étaient en mauvais état : sans doute le calife n’autorisait-il pas que l’on les reconstruise. Cela arrivait souvent dans les pays musulmans : la tolérance accordée aux dhimmis (protégés = les minorités juive et chrétienne) restait très partielle. Nous apprenons également que les chrétiens payaient un impôt supplémentaire et que certains d’eux possédaient de belles fortunes.

Aujourd’hui encore les Coptes forment environ 10 % de la population. Il sont soumis à de multiples brimades, rapts, assassinats etc. Mais ils ont une conception de la religion tout aussi littérale que certains musulmans. Ils n’arrivent pas à accepter que le discours de l’historien sur la Bible – ou le Koran pour les musulmans) soit différent du discours religieux traditionaliste.


« Accueil  1 
 
 
Remonter

sur le Web SUR CE SITE