08.11.09
Du voile, de l’antiquité à l’Islam
GENOT-BISMUTH Jacqueline-Lise (professeur à Paris III) et DGHIM Chiheb (diplômé en études arabes de l’université de Sousse, Tunisie),
Du voile, de l’antiquité à l’Islam,
Editions de Paris 2003
NOTE DE LECTURE
La maquette et la mise en page très embrouillées de ce livre n’en facilitent pas la lecture. Néanmoins on y déniche des analyses pleines de rigueur et de bon sens.
Les auteurs mènent une enquête à la fois historique, archéologique, ethnologique et religieuse sur le trop fameux voile pseudo-islamique. Après avoir refermé le bouquin, on reste pantois. Comment les partisans du voile font-ils pour déformer et trahir à ce point le message coranique ?
Les auteurs commencent par décrire le voile dans les anciennes sociétés méditerranéennes et arabes: à quoi il ressemblait, comment il était porté, les différentes sortes etc. Pour cela, ils utilisent les documents antiques : bas-reliefs, textes etc.
Ensuite ils passent à l’étude rigoureuse du Coran et des hadiths.
Ils notent que le hijeb (voile) n’est cité dans le Coran que rarement : « sept fois, juste sept et la seule fois où l’emploi est en rapport avec les femmes, ce sont celles de prophète » (page 25).
« Burka » est un mot perse et non pas arabe. Ce n’est pas un mot du Coran (p. 26). Celui-ci parle d’un autre voile, le jilbab (pp 28 et 108), grand vêtement de forme vague et enveloppant répandu dans l’Orient antique (un peu comme le sari de l’Inde). C’est ce grand voile blanc que les Tunisiennes portaient encore il y a une vingtaine d’années, avant que le hijab moyen-oriental ne vienne véritablement coloniser le Maghreb, évinçant de la sorte les traditions nationales.
Quant au khimar, c’est une étoffe que la femme se met sur la tête (page 139).
Pages 108 et 111. Ce que dit le Coran, si on en fait une lecture rigoureuse et prosaïque est simple : les femmes de la famille de Mahomet doivent ramener sur elles un pan de leur jilbab, comme cela elles seront reconnues par tous - même la nuit - et éviteront d’être offensées.
Al Kurtubi ( = Le Cordouan), commentateur du Xe siècle écrit dans son ouvrage « Le collecteur de la loi du Coran », édité au Caire en 1935 et 1945 :
« L’usage des femmes arabes était d’être dévoilées et le visage découvert pour attirer le regard des hommes. L’Envoyé d’Allah leur a ordonné de ramener leur khimar sur leur poitrine quand elles allaient dehors pour leurs besoins. Elles faisaient leurs besoins en plein désert avant que les latrines soient en usage. Elles portaient le khimar pour se distinguer des esclaves ou des servantes. La femme croyante, avant que ce verset-signe ne soit donné, allait dehors pour ses besoins et se faisait assaillir par des voyous qui la prenaient pour une esclave. Elles allèrent se plaindre au Prophète et ce verset lui fut donné ».
Ici le mot « Croyantes » n’est pas clair : il semble désigner les femmes de prophètes (en général) ou les femmes du Prophète (Mahomet).
Page 105. Un autre commentateur, Al-Bukhari, nous livre le hadith suivant :
« Far’a ibn Abi al Maghra nous a rapporté que ‘Ali ibn Mushar lui a rapporté, le tenant d’Hisham son père, le tenant de Aïcha : Elle a dit : Saouda, fille de Zam’a est sortie dehors la nuit. Omar [qui sera le deuxième calife] l’a vue et l’a reconnue et lui a dit : Sa’ouda ! tu ne peux pas être cachée par Allah ! Elle est allée voir le Prophète et lui a raconté ce qui s’était passé. Il était dans ma chambre en train de dîner. Ses mains se couvrirent de sueur. Un signe lui fut donné qui disait : Allah vous ordonne de sortir dehors pour vos besoins ».
(Edition de Beyrouth 2001, 984).
Fakhr al Din Razi, théologien et philosophe perse originaire du Tabaristan (1149-1209), écrit dans son livre Mafatih al-ghayb (Les Clefs de l’Etrange) XXV 231 : « L’exégèse en dit : les femmes dans les temps de la Jahiliya rejetaient leur khimar vers l’arrière, dégageant leur cou et leurs colliers. On leur ordonna de le ramener sur le devant [la poitrine] pour couvrir leur cou, leurs colliers et tout jusqu’au menton ».
Page 139.
Othman Belkhodja, professeur de théologie de la première classe, sheikh de l’université de la Zitouna. En poste entre 1920 et 1930.
Consultation sur le voile.
« D’après le sens du texte, il est recommandé à la femme de ne se montrer en public qu’avec un vêtement qui lui couvre la poitrine. […] Expliquer le mot khimar comme un voile constitue un contre-sens parce que en langue arabe, le voile qui couvre le visage s’appelle burko et le Coran n’a jamais utilisé ce terme. […]
Ce qui n’est pas permis, c’est qu’elle laisse apparents des vêtements plus intimes qui pourraient éveiller le sens de l’homme […]. Toute autre interprétation voulant que l’interdiction concerne le visage et les mains n’est qu’une déformation du sens du texte.
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J’ai reçu le commentaire suivant :
Du Voile
Suite à votre note de lecture sur le livre concernant le voile, voici la traduction d'un extrait du livre "Islam and Gender" (je viens de traduire ce livre en ourdou) de Riffat Hassan, universitaire pakistanaise anciennement professeur de la civilisation islamique à l'Université de Texas à Houston aux USA :
"C’est malheureux que les vrais mobiles des prescriptions coraniques concernant les femmes n’aient pas été pris en compte dans les sociétés musulmanes. Au lieu d’être considérés comme des êtres mentalement et moralement capables de faire les bons choix en ce qui concerne la conduite à tenir, les femmes sont vues comme des créatures moralement déficientes sur lesquelles un code de conduite doit être imposé.
Non content de « l’habit externe » prescrit par le Coran pour les femmes dans un contexte culturel précis, certains musulmans conservateurs (aussi bien des hommes que des femmes) mettent de la pression sur les femmes de se couvrir de la tête aux pieds laissant seulement le visage et les mains découverts. D’aucun sont allés encore plus loin en stipulant que le visage également (à l’exception des yeux) doit être couvert. Le coran n’a jamais décrété ce genre d’hijab. Ce type d’hijab n’existait pas à l’époque du prophète. Un tel hijab est étranger également à la société urbaine au Pakistan. Concernant l’hijab couvrant le visage, le Docteur Fathi Osman (Egypte) a fait cette remarque pertinente : 'Pendant le pèlerinage (à la Mecque) que un très grand nombre de femmes et d’hommes effectuent ensemble, les femmes ne se couvrent pas le visage' »
Hidayat Hussain
07.11.09
Le fait religieux dans les cours
FORMATION DE FORMATEURS :
Les sujets sensibles à l’école primaire, le fait religieux
IUFM d’Orléans-Tours
Intervention de M. Falaize chargé d’études et de recherches à l’INRP […]
Que faire : Pièges à éviter, pistes de travail ?
Il est vrai que sur ces questions, il faudrait des connaissances théologiques sur les différentes religions, donc un vaste domaine à maîtriser.
1 Ne pas présenter une religion comme un ensemble statique : l’Islam du VIIème siècle n’est pas l’Islam actuel (il y a eu depuis les Croisades, la colonisation…). On peut pareil du christianisme. Par ailleurs, le judaïsme n’est pas seulement l’archéologie du christianisme, Jésus est avant tout juif ! Donc bien marquer les étapes d’évolution et les continuités. Eviter le « fixisme » des regards portés sur les religions.
2 Attention aux traductions hâtives et commodes : dans la religion musulmane, le croyant s’en remet à Dieu, il ne se soumet pas. C’est donc bien inscrit dans une démarche d’homme libre. Les images ne sont pas interdites, c’est leur adoration qui l’est. De la même manière, le djihad est une notion complexe, qui a évolué : fondamentalement c’est un effort tendu vers l’exigence, un combat intérieur. Au temps de Mahomet, il a aussi eu une dimension de défense légitime.
3 Bien distinguer les croyances des savoirs : dire plutôt « les Chrétiens pensent que… ».
4 La démarche comparatiste peut aider à mettre les choses en place. Enseigner le fait religieux, c’est sans doute moins montrer les différences entre elles que de faire la lumière sur leur connivences, à la fois internes (notamment pour les trois religions d’Abraham) mais aussi externe, c’est-à-dire sur ce qui poussent les hommes dans l’histoire à s’en remettre à Dieu pour expliquer le monde.
5 Partir de personnages, de récits comme on le fait pour la mythologie (mais avec beaucoup de prudence ensuite dans le traitement). Comme on mettrait en mémoire un stock d’histoire, une culture commune de savoirs sur les religions : des références partagées.
6 Bon service pédagogique commun entre l’Institut du monde arabe et le Musée d’art et d’histoire juive.
8 L’école n’est pas là pour choquer, mais il n’y a pas de tabou. Il faut pouvoir à chaque moment distinguer les savoirs et les croyances.
En creux sur cette question, il y a évidemment la place de la jeunesse issue de l’immigration dont les parents ont souvent connu une double indignité (cf. « Mémoire d’immigrés de Y. Benguigui, ou les travaux sociologiques de Abdelmalek Sayad) celle de la colonisation et celle de l’exil qui est lavée par les enfants dans un retour à l’Islam. Un danger : renforcer l’ « altérité » des élèves en les interrogeant systématiquement sur l’Islam alors qu’ils ne sont pas forcément croyants ou pas forcément musulmans (il y a des chrétiens aussi dans le monde arabe, voire des athées ou des agnostiques, comme partout).
Compte rendu rédigé par O. Ozanne 18 janvier 2007, relu par les intervenants.
10.10.09
Abdelwahab MEDDEB, Pari de civilisation
Abdelwahab MEDDEB Pari de civilisation
Biographie
Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète, né à Tunis, vit à Paris.
Directeur de la revue Dédale, il enseigne la littérature comparée à Paris X-Nanterre.
Auteur d’ouvrages (de romans, et notamment Talismano et de livres de poésie, notamment Tombeau d’Ibn Arabi ; Matière des oiseaux – Prix Max Jacob ), et de nombreux articles dans les revues Esprit, Communication, Dédale... Il anime l’émission « Cultures d’islam », sur France Culture.
En 2002, son essai La Maladie de l’Islam reçoit le Prix François Mauriac.
En 2007, il reçoit le Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane pour Contre-prêches.
Abdelwahab Meddeb : « quel pari de civilisation pour l’Islam ? ».
C’est en reconsidérant le passé islamique, en montrant comment il a fait évoluer la civilisation, que les musulmans sortiront de leur identité restreinte pour agir dans le monde, dans la reconnaissance de ce qu’ils ont été et sont capables de devenir.
Ce nouvel essai Pari de civilisation propose des relectures du Coran et de la Tradition afin de conduire ce travail de mémoire et de dépassement. Il est demandé à l’islam de rejoindre une modernité à hauteur de ce qu’ont réussi juifs et chrétiens. Pour cela, il ne suffit pas, comme s’y engagent les États islamiques – l’Arabie Saoudite par exemple – d’encourager un « islam du juste milieu », opposé aux interprétations radicales des islamistes. Certes, cet appel à la modération est fondé sur le Coran. Mais ce pas reste timide, par rapport à l’islam en Europe. Les musulmans du Vieux Continent sont capables de vivre dans l’esprit du droit positif et de la charte des Droits de l’Homme, en se détournant de toute référence à la sharî’a. Ils sont en mesure de pratiquer un culte spiritualisé, nourri, entre autres, par le soufisme. Ce n’est pas dans le déni de soi mais dans son affirmation libre que le sujet d’islam sera efficace.
04.10.09
djihad et ijtihad
Emission sur le Djihad et l’Ijtihad.
Dimanche 4 octobre 2009
France 2. Islam. Théologie et pratique : Djihad et Itjihad (2)
A cause de l'actualité internationale, le mot Djihad alimente les peurs et les fantasmes. Quelle est sa signification religieuse, historique et philosophique ?
Invités de l’émission :
►CHARLES SAINT-PROT, directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques (OEG, 36 rue Scheffer 75116 Paris, www.etudes-geopolitiques.com
► Mezri Haddad, docteur en philosophie morale et politique.
http://mezrihaddad.unblog.fr/2009/01/12/
Voir aussi :
http://membres.lycos.fr/asedifres/mezri_haddad.htm
http://www.bladi.net/forum/190324-vampirisation-lislam-mezri-haddad/
Résumé, notes
L’Ijtihad, concept du Coran, est le combat sur soi-même que doit faire chaque être humain, le combat de la vertu contre le vice. Cela consiste à devenir meilleur. On peut aussi l’appeler Grand Djihad.
Le Djihad proprement dit, ou Petit Djihad, c’est la guerre, la résistance, la légitime défense contre une attaque, une invasion. Attention : ce n’est pas un moyen de propager la Foi. Sur ce point, le Coran est très clair : l’islam doit se propager par la discussion et dans la liberté, non par la violence. "Nulle contrainte en religion" (coran II, 256). Le djihad ne doit pas être compris par un appel à l’insurrection armée.
Les musulmans français qui vivent une situation assez nouvelle dans l’histoire de l’islam, celle d’une minorité dans un pays massivement non-musulman, doivent se comporter à la fois comme musulmans et comme citoyens de la République.
L'islam peut et doit se réformer. Dès le départ l’islam fut réformateur. Que l’on pense notamment aux positions - modernes pour l’époque - de Mahomet sur la condition féminine : les femmes ont droit à une part d’héritage, il est interdit à un père de tuer un bébé parce que c'est une fille.
Dans le Coran les mots raison et éducation sont très présents. Que l’on pense au premier verset coranique, injonction à lire, à réfléchir, à se servir de sa raison.
L’islam est à la fois une religion et une société, une sociabilité, comme le christianisme et d’autres religions.
Un hadith raconte l’histoire de quelqu’un qui ne trouvait pas dans le Coran la réponse à ses questions. Il s’adresse à Mahomet et lui déclare : je ferai donc un effort de réflexion personnelle. Le Prophète l’approuve chaudement. Celui qui fait un effort de réflexion personnelle sera récompensé.
Le musulman doit faire un effort d’exégèse, en tenant compte du contexte historique dans lequel chaque verset est apparu.
Autre recommandation de Mahomet : l’encre du savant est meilleure (traduction exacte = plus sacrée) que le sang du martyr.
En cherchant sur internet je trouve un site sympa (http://aminour.unblog.fr/tag/leffort-sacre/page/2/) qui apporte une précision utile :
« Ash-Shîrâzî selon 'Imrân ibn Husayn et Ibn Al-Jawzî selon An-Nu'mân ibn Bashîr par Suyûtî dans Al-jâmi' aç-çaghîr. Ce hadith est également cité par Bayhaqi (qui vécut au début du XIe siècle dans le Khurasan, sainte personnalité qui se voua à recueillir, approfondir et transmettre les paroles des saints personnages depuis la naissance de l’islam), sous cette forme : "Le jour de la résurrection, quand on pèsera l’encre des savants et le sang des martyrs, c’est l’encre des savants qui l’emportera", considérant que "les savants sont les héritiers des Prophètes" (Muslim et Bukhari) »
Autre hadith :
Un jour, Abu Bakr, le futur calife, perdit une bataille. Forts dépités, des musulmans vinrent lui faire des reproches : Dire que nous t’avons suivi ! Tu nous as trahi ! Abu Bakr répondit : vous n’étiez pas obligés de me suivre. Cette bataille n’était pas un commandement de Dieu, c’était une œuvre humaine.
Averroës ou ibn Rochd, le grand savant musulman du XIIe siècle, explique que dans le Coran il faut distinguer ce qui a une valeur absolue et ce qui peut être discuté. Voir dans mon site la page sur Averroës.
Sont des valeurs intangibles pour le musulman : l’unicité de Dieu et l’authenticité du message prophétique. Tout le reste, 94 % du Coran, doit être soumis à l’ijtihad, c’est-à-dire à la réflexion personnelle, à la raison critique.
Un des grands problèmes de l’islam, c’est la sacralisation de choses qui relèvent plutôt de l’esprit humain. Il y a confusion. On sacralise à tort la charia, par exemple. Cela doit être aboli.
Il faut faire un ijtihad, effort de réflexion personnelle. Il faut une « nouvelle lecture du Coran », lecture pas si « nouvelle » que cela, car consistant à faire preuve de rigueur intellectuelle, revenir aux fondements et rejeter les interprétations tendancieuses et politiciennes. Il faut dédogmatiser l’interprétation, l’image de l’islam.
L’islam n’a aucune raison de se laisser étouffer par sa souffrance et ses complexes d’infériorité. Certaines personnes disent que l’exemple des banques islamiques pourrait apporter des idées intéressantes pour améliorer la situation financière. Il n’est pas question de savoir si oui ou non la finance islamique peut être prise comme modèle. Constatons seulement que les musulmans n’ont pas à rougir, ils peuvent apporter une contribution utile au monde moderne. Ils en sont capables. L’islam n’est nullement condamné à rester médiéval.
Il faut que l’islam sorte de sa sclérose. Que l’on cesse de l’exploiter à des fins politiciennes et guerrières. C’est à cause de ce dévoiement politicien que l’on a rendu obligatoire une interprétation ultra orthodoxe, que l’on a interdit l’ijtihad en tant que réflexion personnelle et humaine.
01.10.09
Mahmoud Hussein, Penser le Coran

Un livre clair, facile à lire, contre les courants extrémistes et violents. Il évoque le contexte historique dans lequel le Coran est né. Il traite des rapports entre polythéïstes, juifs, chrétiens et musulmans dans l’Arabie du VIIme siècle. Aborde le débat médiéval entre les partisans du Coran "créé" et les défenseurs du Coran "incréé". Dit quelques mots sur les mutazilites. Parle des fameux versets abrogés.
Mahmoud Hussein, Penser le Coran
Grasset, janvier 2009
200 pages
Mot de l'éditeur
« Contrairement à ce que croient nombre de musulmans, la « Parole de Dieu » contenue dans le Coran n’a pas été livrée en une fois - comme les Tables de la Loi - mais étalée sur 22 années, entre 610 et 632 de l’ère chrétienne.
Ses 6236 versets ont ensuite été rassemblés en un seul volume, dans un ordonnancement inexpliqué, qui ne tient compte ni de la chronologie, ni des contextes changeants de leur révélation. Ce qui rend le texte au départ assez impénétrable.
C’est notamment à la faveur de cette difficulté de lecture, que s’est imposé le point de vue, aujourd’hui dominant, selon lequel il est moins important de comprendre la Parole de Dieu que de la réciter et de s’en imprégner. Chaque mot y est, de toute façon, à prendre sans recul, au pied de la lettre, partout et toujours. C’est l’a priori "littéraliste", qui conduit certains jusqu’à l’intégrisme, tandis que d’autres sont déchirés entre leur fidélité à la Parole de Dieu et la conscience qu’ils ont de ne pouvoir adhérer à des prescriptions coraniques historiquement connotées.
Penser le Coran, écrit dans un langage clair, accessible à tous, livre des clés de lecture qui permettent à chacun de s’initier au texte – en y trouvant des données essentielles jusqu’ici largement occultées. Il propose un lumineux parcours du Coran, jalonné de plusieurs centaines de versets, replacés dans les circonstances historiques où ils ont été révélés au Prophète de l’islam. Au terme de ce parcours, le lecteur est amené à reconnaître cette évidence - que le Coran se présente, dans son contenu comme dans sa forme, comme un dialogue entre Ciel et Terre, situé dans un espace et un temps donnés. »
Note de lecture par Tahar Ben Jelloun
Paris Match, 22-01-2009
http://www.parismatch.com/parismatch/Match-guide/Match-Livres/Coran-alternatif/(gid)/65533/
« Ce que propose Mahmoud Hussein, c’est d’écouter ce que dit Dieu. Ecouter ne veut pas dire interpréter selon ses désirs cette parole, mais la remettre dans son contexte et lui donner le statut d’un message destiné à l’humanité. […]
Quand on lit le Coran avec les lunettes de la transparence et de l’intelligence du cœur, on se rend compte qu’il est le texte le plus farouchement opposé à l’intégrisme, au fanatisme, au djihad en tant que prétexte à l’assassinat d’innocents, au suicide et à toute forme de violence politique qui détourne l’islam de son message d’humanisme et de paix. […] La nouveauté de cet essai est de remettre les idées en place sans intervention extérieure, sans donner de leçons, mais en revenant au texte lui-même […] ».
Lire aussi le mail envoyé par HIDAYAT HUSSAIN :
« Penser le Coran » par Mahmoud Hussein
Note de lecture par Hidayat Hussain (Professeur de français à Karachi au Pakistan)
Note de lecture par Hidayat Hussain
Mahmoud Hussein, pseudonyme de Baghgat Elnadi et Adel Rifaat politologues français d’origine égyptienne, se place à l’intérieur du discours du Coran et démonte le fondement inébranlable de la croyance islamique que le Coran serait un livre intemporel dans le sens d’être coupé des circonstances de sa révélation dans le temps et dans l’espace.
Puisque ce livre s’appuie sur le texte à la fois du Coran et des témoignages de compagnons du prophète d’Islam sur les « Asbab al Nazul » (les causes de la révélation) il éclaire très bien la relativité sociale et le caractère temporel des prescriptions coraniques en les associant aux circonstances de la révélation des différents versets. La révélation selon Mahmoud Hussein était sur le mode interactif. Le Dieu était sollicité sur des problèmes qui surgissaient au cours de l’émergence et du développement de la communauté musulmane (problèmes afférents aux guerres, à la gestion sociale, aux mœurs, à la conduite personnelle et collective, aux rapports homme/femme etc.) et il tranchait en fonction de l’actualité quitte à abroger une prescription précédente ou à la modifier. Il était sollicité non pas seulement par le prophète mais également par ses compagnons par le truchement de celui-ci. Dieu intervenait également sur le vif en pleine guerre, en plein débat sur un problème quelconque. La révélation donc n’était pas du haut en bas entre une source éternelle et un récipiendaire passif. Ce qui prouve que le Coran n’est pas consubstantiel au Dieu et ne participe pas de sa qualité d’ « incréé » mais est bel et bien une création. Chose simple et très bien élucidée mais très difficile à avaler par le croyant musulman car elle va à l’encontre du conditionnement qu’il a subi par un corpus dense d’exégèses et d’interprétations qui a fini par occulter la nature du message d’origine.
Mahmoud Hussein ne s’attaque pas à la croyance mais essaie de remettre dans son cadre spatio-temporel le message du Coran. Il s’attaque plutôt à l’ignorance du croyant et cherche et l’éclairer. Pour ce faire il laisse parler le texte du Coran.
Il y a quelques décennies, Maxime Rodinson à travers sa biographie du prophète d’Islam intitulée « Mahomet », avait restitué la personnalité du prophète d’Islam dans le contexte historique, sociale et géographique de son époque. Tout en dédémonisant sa personnalité (ce n’était pas un imposteur comme disait Voltaire mais bien « Mohamad ibn Abdullah, notre frère »), il avait passé au crible certains de ses actes controversés y décelant des expédients de l’homme d’état, du chef guerrier et du leader d’une communauté naissante. Selon lui, les interventions divines sous forme de révélations venaient valider ces expédients « Allah était toujours fort à propos ». Maxime Rodinson avait aussi parlé de la façon dont les versets étaient révélés (l’état de transe dans lequel le prophète entrait au moment de la révélation) comparant l’état mental du prophète à celui de certains saints et saintes chrétiens.
Sans se verser dans le débat sur la réalité de la révélation il est d’une grande actualité, comme l’a fait Mahmoud Hussein, de démontrer la relativité sociale des prescriptions coraniques en ce qui concerne la conduite individuelle et collective quel que soit le domaine. Mahmoud Hussein a eu un parcours marxiste tout comme l’a été le cas de Maxime Rodinson. Toutefois même si l’objet d’étude est le même l’objectif recherché est différent l’un de l’autre. Le souci du dernier était d’aborder l’étude de l’Islam hors des clichés et du point de vue anthropologique alors que Mahmoud Hussain s’adresse principalement au croyant musulman et cherche à l’amener à comprendre le texte du Coran non pas au pied de la lettre mais dans son contexte temporel et à vivre sa foi de façon vivante comme vécue par le prophète et ses compagnons.
Auteur : Hidayat Hussain
(J'ai mis certains passages en rouge pour le confort du lecteur, Ph. Duret)
24.09.09
Les pays musulmans 632-1300
Histoire des pays musulmans de la mort de Mahomet (632) à 1300. Cours de Seconde.
I) L’unité
II) Les divisions apparaissent : Andalousie, Saladin, les Turcs
III) Des sociétés plurielles. Statut des minorités...
Cliquer ici : PAYMUSUL
30.06.09
Sur Abdelwahab MEDDEB
W O D K A http://wodka.over-blog.com/article-33222248.html
Sur ce blog, on peut lire une bonne note de lecture sur le livre suivant :
Abdelwahab MEDDEB, La maladie de l'islam
Seuil, Paris, 2002, 221 pages
Réédité en collection « Points »
J’en extrais cette phrase : « L'auteur conclut en invitant le lecteur à ouvrir le Coran pour y lire ce verset — comme l'avait fait Voltaire dans son "Traité de la tolérance", « Point de contrainte en religion.» (Coran, II, 256). ».
A lire.
29.06.09
La burqa est contraire à l'islam
Aucune justification religieuse à la burqa, par Abdennour Bidar
Article du Monde, 29 juin 2009
Je résume
« Une innovation venue d'un vêtement traditionnel des femmes d'Afghanistan », une tradition totalement étrangère aux traditions nationales de l'islam méditerranéen..
Un "traditionalisme contemporain", je dirais pour ma part une fausse tradition, une tradition fabriquée, réinventée, contraire au Coran. Aucun verset n’y fait une allusion, même vague ou lointaine. « C'est une innovation dont le caractère islamique est plus que discutable » dit l’auteur.
La burqa nuit gravement à l’image de l’islam, elle renforce les peurs et la xénophobie. L’auteur souhaite que les musulmans manifestent fermement leur opposition à la burqa et que les Ocidentaux n’aient plus peur de cette religion.
Lire l’article : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/29/aucune-justification-religieuse-a-la-burqa-par-abdennour-bidar_1213022_3232.html
05.05.09
Comment philosopher en islam ?
Souleymane Bachir Diagne
Comment philosopher en islam ?
Ed Panama 2008
237 pages, 18 euros.
Un livre agréable à lire, avec du beau papier, des illustrations en couleurs, en particulier sur Averroës.
Un outil agréable pour lutter contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux. Un outil pour combattre une lecture trop littérale ou au contraire trop fantaisiste du Coran.
L’auteur prolonge le travail du philosophe andalou du XIIe s, Averroës. L’étude de la philosophie est légitime et licite, disait ce dernier. L’étude de la philosophie n’est pas contradictoire avec la religion.
Il y a dans mon site, des extraits de texte sur Averroës. Dans la table des matières à droite, voir «Civilisation arabe».
Voir aussi : http://www.assises-senegal.info/spip.php?article127
S. B. Diagne et l'esclavage http://liberte1.afrikblog.com/archives/2007/09/26/6337070.html
Biographie de l'auteur : http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index.html?id=5124
26.04.09
Que dit vraiment le Coran, Al Ajamir
QUE DIT VRAIMENT LE CORAN
Dr Al Ajamir
Théologien spécialiste du Coran
Srbs éditions, 2008
NOTE DE LECTURE
Je ne connais rien de cet auteur. A le lire, il semble ni spécialement moderne ou audacieux, mais pas spécialement conservateur non plus. Ni l’un, ni l’autre. Il s’efforce de lire et interpréter avec rigueur un texte très complexe.
Je n’ai lu qu’un seul passage du livre, celui sur le voile.
Page 87 : le voile
Le voile est cité six fois dans le Coran. Le Coran le considère comme une question de pudeur.
Dans les versets parlant de ce que nous traduisons par le mot français « voile », le Coran fait allusion à deux vêtements très précis de l’Arabie du VIIe siècle :
- Le djilhab (ne pas confondre avec djihad ou hijab), un vêtement ample, ouvert sur le devant, pouvant servir de manteau.
- Le khimmar qui couvre les épaules et la tête est une sorte de fichu.
Dans la sourate 33, versets 32-33, les femmes de la famille du Prophète doivent porter le voile pour montrer l’exemple parce que leur situation n’est pas celle du commun des mortels. En tant que femmes ou filles d’un homme public, dans une ville où des communautés s’affrontent, où l’islam est encore balbutiant et mal assuré de son avenir, ces femmes sont exposées à des regards et à des agressions qu’ignorent les femmes des simples musulmans de base. Il est donc ici question de conflits politiques d’une autre époque qsue la nôtre.
En 33-53 il est question du hijab : mais c’est un rideau de porte protégeant l’intimité du Prophète contre les intrusions des visiteurs. Si le hijab est ici évoqué, c’est uniquement en fonction du contexte, l’affluence qui règne dans cette maison rendant difficiles la méditation et la concentration religieuses. Dans des conditions normales, se retirer à l’abri d’une tenture ne serait pas utile. Il est donc impératif de tenir compte du contexte pour comprendre et interpréter un verset coranique.
En 33-59 il est conseillé aux femmes de rabattre sur elles les deux pans de leurs larges habits. Il est donc recommandé de s’habiller correctement, de ne pas adopter des tenues « sexys » et provocantes, de ne pas exposer sa poitrine au tout-venant. Ce verset fait allusion à un vêtement très précis, le djilhab. Le verset ne parle pas de la tenue féminine en général, dans tous les pays et à toutes les époques. Encore une fois, il faut tenir compte du contexte de chaque verset.
Dans la sourate 24, versets 30-31, il est recommandé aux femmes de couvrir d’étoffes l’échancrure de leur poitrine. Ce verset aussi fait allusion au djilhab.
Autrement dit, aucun verset n’impose un voile précis, un tchador, une burka, un hijab etc. Nulle part la forme, la longueur et la couleur de ce voile ne sont imposés.
Derrière le sens apparent des versets, il faut apercevoir le véritable sens : il est uniquement question de protéger la pudeur féminine quand celle-ci est menacée. Protéger la pudeur peut se faire de différentes façons en fonction du contexte. Toujours tenir compte du contexte.
Le voile n’est ni obligatoire, ni interdit par ce texte religieux.
Quelles idées à retenir pour les élèves musulmanes en France ? Le voile n’est nullement obligatoire. Ce qui est obligatoire, c’est la pudeur. Ce n’est pas pareil. Ne pas confondre.
Le Coran interdit indiscutablement le port de shorts moulants ou de décolletés plongeants. C’est certain ! Mais on peut rester une bonne musulmane sans porter le voile.