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10.12.09
L'histoire-géo en terminale S
Faut-il s’indigner de la suppression de l’histoire-géo en terminale S ?
Je ne le crois pas.
D’abord, notons que les horaires en 1ère S sont augmentés.
Rappelons que la disparition de l’HG en T S a pour objectif de renforcer sa difficulté, de refouler les faux matheux qui s’y égarent alors que leur place est en L ou ES. Ils bossent comme des malades mais obtiennent des notes médiocres, s’angoissent et se font traiter comme des incapables par certains collègues. S’ils obtiennent quand même le bac, ce qui est généralement le cas, ils arrivent en fac plein d’illusions et découvrent au bout de quelques mois que leur niveau est faible. Ils se retrouvent sur le marché du travail avec un bac sans valeur, remplis d’amertume et de rancœur, ils ont perdu confiance en eux.
Il faut absolument ramener davantage d’élèves vers les sections littéraires et économiques.
Arriverons-nous à convaincre les parents d’élèves qui ne jurent que par les maths ? L’existence d’un chômage structurel et permanent n’est pas de nature à les rendre plus sereins dans leurs choix d’orientation. Ce sera difficile.
La mesure proposée par le ministre ne sera peut-être pas efficace, mais au moins, on aura essayé de faire quelque chose.
Le second objectif est de mieux préparer les futurs étudiants aux difficultés qu’ils rencontreront à la fac.
Bravo. On sait que le taux d’échec en première et deuxième année y est considérable et frappe surtout les enfants de milieux populaires. Les enfants de profs et de riches, eux, sont à l’abri dans les classes prépas et les Grandes Ecoles.
Peut-être aussi que l’histoire-géo tourne à vide. Dans le passé, l’histoire a toujours été au service des régimes politiques et des oligarchies en place. Le rêve actuel d’un enseignement basé sur un esprit critique pur et dur, en cristal de roche, forgeant un citoyen parfait, n’est-il pas un fantasme ? Nous nous faisons des illusions sur la culture générale, sur son rayonnement humaniste, sur les possibilités de la démocratiser. La culture générale est élitiste.
Les élèves de sections S sont souvent inquiets, silencieux, embarrassés par leurs lacunes, n’osant pas exprimer un avis. D’ailleurs, ils n’y sont guère encouragés par les collègues qui débitent un cours magistral.
Beaucoup de parents, de professeurs et d’élèves qui font l’éloge de l’HG sont en réalité snobs, conformistes. Il faut de l’HG parce que c’est « chic », pensent-ils.
Pour redonner aux jeunes le goût de l’HG, il faudrait des profs qui osent se montrer subjectifs, engagés, personnels. Fusionnons l’objectivité avec la subjectivité, emboîtons-les. Problématisons, Fabriquons des cours militants. Mais pour mettre en oeuvre un enseignement plus motivant et plus adapté aux élèves faibles, encore faudrait-il que la formation des futurs enseignants ne privilégie pas uniquement les savoirs disciplinaires au détriment de la pédagogie.
Supprimons l’inspection, cela aidera les enseignants à avoir des idées personnelles. Ils deviendront moins infantiles.
Remarquons enfin que les mesures concernant le bac techno (possibilité de cours communs avec les sections dites « nobles ») ne sont pas évoquées par les universitaires hostiles à la réforme. Cela ne semble pas les intéresser.
Un débat public sur les sections STG et ST2S ? mais voyons, ce n’est pas distingué… ce n’est pas digne de nous… Fi…
04.12.09
On embauche
En agriculture et en artisanat ... on embauche !
par Louis G., Economiste du CNAM
Le monde 17.03.09
[…] Certains secteurs de notre économie, pourtant prometteurs, ont du mal à trouver du personnel qualifié. […]
Ainsi en agriculture il manque de personnel qualifié auprès des ateliers de production laitière, des élevages porcins et pour conduire le matériel agricole.
Des écoles d'agriculture existent pour préparer à ces différents métiers et dans le cas où certains n'auraient pas suivi le parcours scolaire classique, il est possible de s'adresser aux Chambres d'Agriculture qui ont plusieurs possibilités de rattrapage […].
En artisanat, les bouchers, les boulangers, les entreprises en bâtiment, manquent également de personnel. […]
Il est même possible pour les plus jeunes de faire une classe préparatoire à l'apprentissage. Il faut être âgé de 15 ans dans l'année civile. Tout en consolidant leurs connaissances générales, l'intérêt est de prendre contact avec différents métiers avant de faire son choix.
Avec le réchauffement climatique, le Grenelle de l'environnement, le développement durable, on parle de création d'emplois, mais encore faudra-t-il avoir du personnel qualifié.[…]
Une fille peut aujourd'hui faire les travaux des champs car on ne retourne plus manuellement la charrue au bout du champ. Tout est automatisé et avec les cabines des tracteurs on ne craint même plus les intempéries. […]
De même dans l'artisanat des filles n'hésitent plus à choisir des métiers de peintre en bâtiment, de maçons etc. […]
07.11.09
Remarques sur le conseil de classe
CONSEIL DE CLASSE
Il ne faut pas développer le pouvoir des enseignants dans le conseil. On verrait les redoublements augmenter alors qu’ils doivent baisser. Le redoublement est rarement efficace. Généralement il enfonce l’élève dans ses difficultés. Réorienter un élève est parfois bien mais les possibilités resteront limitées. Cela ne changera pas.
Un bon conseil est un conseil où le chef d’établissement ou son représentant intervient avec autorité pour mettre le holà à l’irréalisme ou au sadisme de certains profs. Il faut savoir dire non aux profs. En cas de désaccord, c’est le président qui doit trancher. Il faut une présidence cordiale mais énergique.
Le conseil peut être préparé. Comment ?
Non pas avec le pré-conseil entre profs car il ne sert à rien. Redondance.
Par contre, plusieurs jours avant, l’enseignant doit annoncer aux élèves leurs moyennes et appréciations. Les élèves doivent avoir le droit de protester. Le professeur verra s’il peut ou pas rectifier son avis. Ne pas être autiste. Mais en dernière instance c’est lui qui décide. Si on a le temps, l’élève aura le droit de faire un devoir-maison afin de remonter sa note. Il est évident que cette note ultime doit être affectée d’un coefficient réaliste. Mais cette pratique peut redonner aux élèves confiance et goût au travail. Noter large me semble une bonne chose à condition de ne pas exagérer. Donner un coup de pouce aux notes grâce à la note d’oral ou à la note de bonne tenue du cahier encourage les élèves.
La présence de tous les élèves au conseil peut être positive. En cas de problèmes graves. Mais pratiquée systématiquement, la formule rendrait les conseils interminables.
Déjà qu’on s’y emm… prodigieusement.
L’atmosphère y est souvent désagréable et méchante.
Le conseil de classe n’est pas fait pour y tenir des discours interminables. Il n’est pas utile que tous les profs parlent. Il n’est pas indispensable que le prof aille à tous ses conseils. De toute façon, le bulletin est là et on peut laisser un résumé au prof principal.
Un bon conseil est un conseil BREF. D’où la nécessité d’avoir une présidence ferme. Un peu d’humour et de décontraction ne font pas de mal.
La question de savoir s’il faut deux, trois ou quatre conseils par an me semble secondaire.
Qui doit écrire l’appréciation en bas du bulletin ? Le chef d’établissement ou le prof principal ? Du moment qu’on en a discuté…
Convoquer les parents pour leur remettre de main à main le bulletin est une pratique humiliante.
24.10.09
Avoir des enseignants de qualité
ATTIRER, FORMER ET RETENIR DES ENSEIGNANTS DE QUALITE
Rapport de base national de la France
Présenté par Françoise Cros et Jean-Pierre Obin dans le cadre de l’OCDE Avril 2003
Extraits de la conclusion
Cliquer : ATTIRER
22.10.09
Sur le "busing"
La méthode, venue des Etats-Unis, consiste à transporter par bus des enfants d’un quartier vers un autre, afin d’assurer le brassage social. cliquer : Parisien_busing
11.10.09
Dyslexie : problème neuronal ou psychologique ?
Textes sur les rapports entre orthophonie et scolarité
1) Manifeste pour une orthophonie de soins, par la Fédération des Orthophonistes de France
2) Un texte du phoniatre Le Huche
Pour lire cliquez : orthophonie
03.09.09
Comment punir un élève ?
RÉGLES DES CHÂTIMENTS
Par Charles Rollin, pédagogue (1661-1714)
Quand le châtiment a été jugé nécessaire, il y a temps et manière de l'exercer. Les maladies de l’âme demandent d'être traitées au moins avec autant de dextérité et d'adresse que celles du corps. Rien n'est plus dangereux pour celui-ci qu'un remède donné mal à propos et à contre-temps. Un sage médecin attend que le malade soit en état de le soutenir, et épie dans cette vue les moments favorables.
La première règle est donc de ne point punir un enfant dans l'instant même de sa faute, de peur de l'aigrir et de lui en faire commettre de nouvelles en le poussant à bout ; mais de lui laisser le temps de se reconnaître, de rentrer en lui-même, de sentir son tort, et en même temps la justice et la nécessité de la punition, et par là de le mettre en état d'en profiter.
Le maître, de son côté, ne doit jamais punir avec passion ni par colère, surtout si la faute qu'il punit le regarde personnellement, comme serait un manque de respect et quelque parole choquante. Il doit se souvenir d'un bon mot que dit Socrate à un esclave dont il avait sujet de se plaindre : « Je te traiterais comme tu le mérites, si je ne me sentais en colère ». Il serait à souhaiter que toutes les personnes qui ont autorité sur les autres fussent semblables aux lois, qui punissent sans trouble et sans emportement, et par le seul motif du bien public et de la justice. Pour peu qu'il paraisse d'émotion sur le visage du maître, ou dans son ton, l'écolier s'en aperçoit aussitôt, et il sent bien que ce n'est pas le zèle du devoir, mais l’ardeur de la passion qui a allumé ce feu; et il n'en faut pas davantage pour faire perdre tout le fruit de la punition ; parce que les enfants, tout jeunes qu'ils sont, sentent qu'il n'y a que la raison qui ait le droit de corriger.
Comme la punition doit être rare, il faut tout employer pour la rendre utile. Montrez, par exemple, à un enfant tout ce que vous avez fait pour éviter cette extrémité. Paraissez-lui affligé de vous y voir réduit malgré vous. Parlez devant lui avec d'autres personnes, du malheur de ceux qui manquent de raison et d'honneur jusqu'à se faire châtier. Retranchez les marques d'amitié ordinaires jusqu'à ce que vous voyiez qu'il ait besoin de consolation. Rendez ce châtiment public, ou tenez-le secret selon que vous jugerez qu'il sera plus utile à l'enfant ou de lui causer une grande honte, ou de lui montrer qu'on la lui épargne.
Réservez cette honte publique pour servir de dernier remède. Servez-vous quelquefois d'une personne raisonnable qui console l'enfant, qui lui dise ce que vous ne devez pas encore lui dire vous-même; qui le guérisse de la mauvaise honte, qui le dispose à revenir à vous, et à laquelle l'enfant, dans son émotion, puisse ouvrir son coeur, plus librement qu'il n'oserait le faire devant vous. Mais surtout qu'il ne paraisse jamais que vous demandiez de l'enfant d'autres soumissions que celles qui sont raisonnables et nécessaires. Tâchez de faire en sorte qu'il s'y condamne lui‑même, et qu'il ne vous reste qu'à adoucir la peine qu'il aura acceptée. Chacun doit employer les règles générales selon les besoins particuliers.
Mais si l'enfant qu'on punit n'est sensible ni à l'honneur, ni à la honte, il faut faire en sorte que le premier châtiment qu'on emploiera fasse sur lui, par la douleur, une vive et durable impression, afin qu'à défaut d'un plus noble motif, la crainte au moins puisse le retenir.
Je n'ai pas besoin d'avertir que les soufflets, les coups, et les autres traitements pareils, sont absolument interdits aux maîtres. Ils ne doivent punir que pour corriger, et la passion ne corrige point. Qu'on se demande à soi-même si c'est de sang-froid et sans émotion qu'on donne un soufflet à un enfant. La colère, qui est elle-même un vice, peut-elle être un remède bien propre pour guérir les vices des autres ?
Charles Rollin (1661-1714), Traité des Études.
In : Les meilleures pages des écrivains pédagogiques, A. Colin, 1910.
http://www.cosmovisions.com/Rollin.htm
http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3552
http://histoire-education.revues.org/index440.html
09.06.09
Rapprocher le lycée et les parents
Le rapport Descoings sur la réforme des lycées étant difficile à lire, je sélectionne quelques idées sur le resserrement des liens entre l’Educ-Nat et familles. J’ôte les mots inutiles, je fais des phrases courtes.

http://blog.lyceepourtous.fr/wp-content/uploads/rapportconsultationlycee.pdf
L’orientation
De décision couperet, elle devrait se faire questionnement, choix mûris. Chaque année pourrait avoir un temps dédié à l’orientation qui permette son appropriation par les élèves, par des rencontres avec des adultes, des forums, des visites et des stages professionnels. Les documents institutionnels sont peu lisibles par les élèves et leur famille.
La mobilisation des élèves des années ultérieures, des anciens élèves et des parents est fondamentale tant les témoignages individuels dépassent l’efficacité du discours institutionnel.
La mobilisation des parents d’élèves dans les rencontres métier
Plusieurs établissements ont expérimenté avec succès la mobilisation des parents d’élèves dans des rencontres de l’orientation, notamment autour de tables rondes par secteur d’activité.
L’orientation doit être accompagnée par les adultes.
Les familles doivent être mieux intégrées dans l’orientation, avoir un meilleur accès aux informations et comme professionnels apporter leurs témoignages.
Des réorientations en cours d’année pour des élèves en situation d’échec et de souffrance.
Que des rendez-vous réguliers permettent de faire des bilans avec le lycéen et sa famille.
Des journées d’information pour les parents
L’orientation concerne les parents parfois démunis pour comprendre le système éducatif. Le manque d’information des familles se solde par le renforcement des préjugés et de la reproduction sociale. Les journées d’information sur l’orientation, à destination des parents dès le premier trimestre, en 3me, en 2de et en 1re gagneraient à être développées.
Une simplification des sigles des filières et spécialisations serait utile pour une meilleure lisibilité et compréhension de l’offre de formation et des débouchés technologiques. Vérifier la pertinence de la démultiplication des spécialisations
Renouveler l’esprit ciné-club
Afin de mieux insérer les familles dans la vie de l’établissement, elles pourraient être conviées aux séances.
Le lycée comme lieu de formation permanente.
Ouvrir le lycée aux habitants : soit pour de la formation soit pour que les familles s’approprient le lycée, en connaissent les lieux et en comprennent le fonctionnement.
03.06.09
Le prof et sa voix
Le prof et sa voix
Jean Abitbol, L’odyssée de la voix, Robert Laffont 2004
Notes, extraits.
Jean Abitbol : ORL, phoniatre, chirurgien, ancien chef de clinique à la fac de médecine de Paris
Eviter les forçages intempestifs pouvant entraîner des altérations irréversibles.
Parfois, le reflux gastrique est responsable. L’hygiène alimentaire est indispensable pour la santé vocale. Fruits légumes, pâtes, poissons sont des aliments essentiels.
Avant les performances verbales, éviter fromages, laitages, plats en sauce, cassoulets, bière qui alourdissent la digestion et la respiration. Rechercher une alimentation légère, sucres lents, vitamine C.
Les professionnels de la voix sont des athlètes à part entière. […] Protéger sa voix c’est en premier lieu protéger sa respiration : l’énergie de la voix c’est l’air expiré. L’inspiration est principalement nasale. Inspirations courtes, expirations contrôlées et lentes.
Les cordes vocales peuvent se dessécher rapidement par ces allers-retours incessants de l’air. Avoir une bouteille d’eau. Eviter les maisons trop humides, avec moisissures ou trop chauffées.
Mme AG : fragilité vocale excessive, cassure de la voix. Institutrice de maternelle, elle doit pousser sa voix. L’examen montre une réaction aux allergènes acariens et aux poussières.
Porter des vêtements qui laissent respirer le corps, pas trop serrés. Attention aux ceintures.
Le tabac peut altérer le larynx.
Lorsque l’on parle, on ne doit jamais avoir mal à la voix. L’alerte est donnée si on ressent une douleur. On peut crier. Encore faut-il savoir comment crier. Savoir se reconnaître le droit à la fatigue est une force. Le mieux est l’ennemi du bien. En début de carrière il faut se méfier des mauvaises habitudes. L’instituteur ou l’institutrice doit apprendre à placer sa voix.
Mme ES, institutrice à l’école maternelle. « Ma voix se casse dans l’après-midi. Elle a du mal à se dérouiller le matin ». Les petits lui demandent beaucoup, le surmenage vocal est inévitable. Sur la corde vocale, on remarque un polype hémorragique. L’intervention chirurgicale ne suffira pas car elle a acquis de mauvaises habitudes. Il faut une rééducation de la voix avec une orthophoniste. Il faut rééquilibrer la gestuelle pneumophonique entre la voix et la respiration.
Une mauvaise position du cou, une mauvaise posture physique, peuvent provoquer une fatigue vocale. Dans ce cas une rééducation kinési peut s’avérer utile.
Rôle d’une inflammation au niveau des amygdales ou des végétations.
Le coup de froid.
Voix mal positionnée pour des raisons psychologiques.
La séduction est dans la musique de la voix et ses silences.
Une enseignante : « Ma voix grave, elle ne me gêne pas. J’en joue. Je fais des ronds de jambes avec ma voix. Les gens l’aiment bien ».
C’est de l’imperfection vocale que naissent souvent le charme, la beauté et l’attraction d’une voix.
Séduire par sa voix.
Désirer séduire.
Emotion et séduction sont liées.
28.05.09
Nathalie Mons, l'Ecole (extraits)
Nathalie Mons
Chercheuse dans le domaine de l’éducation
Interviews, extraits d’articles
Pour un vrai collège unique 19/11/2007
Pour Nathalie Mons, un véritable collège unique garantirait les meilleurs résultats scolaires à la fois pour l'ensemble des élèves et pour les meilleurs : "En France, les enseignants et parents pensent que les résultats seraient meilleurs dans un système qui présenterait des classes voire des filières scolairement plus homogènes. Or, c'est le contraire. Il y a désormais un quasi-consensus sur le sujet dans la recherche [...]. Ce sont les systèmes qui, dans l'enseignement obligatoire, mixent le plus possible les élèves de niveaux scolaires et de conditions sociales différents qui sont les plus efficaces".
Nathalie Mons, Les nouvelles politiques éducatives. La France fait-elles les bons choix ?, Paris, PUF, 2007.
La France est-elle capable de changement en matière éducative ?
Site du Café pédagogique, rentrée 2007, interview de Nathalie Mons
Oui, la France est capable de changements, d’ailleurs elle change. La recherche présentée dans ce livre montre que, malgré une image d’immobilisme, le système éducatif français s’est réformé pas à pas, depuis vingt ans. […]
Mon étude montre que les pays de l’OCDE qui ont supprimé ou assoupli la carte scolaire l’ont fait dans un cadre démographique favorable. Du fait d’une natalité faible, l’offre scolaire devenait, dans ces pays, excédentaire par rapport au nombre d’enfants à scolariser, ce qui a donc permis d’offrir aux parents la possibilité de choisir entre plusieurs établissements. La France n’est pas dans ce cas-là. […]
Non, l’étude montre que ni le libre choix dans le réseau public, ni le développement du secteur privé […] ne sont associés à une amélioration du niveau général des élèves. […] Par contre, malgré les affirmations des défenseurs de la carte scolaire, la sectorisation est associée à des inégalités scolaires d’origine sociale supérieures à celles liées à certaines variantes du libre choix de l’école. Le libre choix ne conduit donc pas systématiquement à un accroissement des inégalités à l’école. Il n'y a donc pas lieu d’adopter une position manichéenne de défense ou d'opposition systématique sur ce sujet. Il faut concrètement regarder les dispositifs mis en place. […]
Le transfert de nouvelles responsabilités aux chefs d’établissements dans les domaines budgétaires ne semble pas directement en lien avec les apprentissages. Si l’autonomie peut être bénéfique en termes d’efficacité, par contre, cette recherche montre que c’est l’organisation centralisée (programmes nationaux, recrutements centralisés, certification nationale…) qui est associée aux inégalités scolaires et sociales les plus faibles. […]
Si dans certains cas, la décentralisation politique peut être positive, le rôle de l’Etat central reste cependant crucial, mais ce rôle se renouvelle, il intervient davantage dans la conception, le guidage, l’évaluation du système que dans sa gestion directe. Il doit être l’animateur des politiques développées par les collectivités locales. […]
Depuis plusieurs décennies, la sociologie des organisations a mis en évidence cet écart entre la décision politique et sa mise en œuvre, cette illusion de la tout puissance des politiques publiques. […]
Ce sont les systèmes qui, dans l’enseignement obligatoire, mixent le plus possible les élèves de niveaux scolaires et de conditions sociales différents qui sont les plus efficaces. […]
Les dispositifs qui tendent à raccourcir le tronc commun - par exemple en France le module Découverte professionnelle de 6 heures qui exclut du collège les élèves les plus faibles dès la fin de la 4ème -, ce type de dispositifs est contre-productif en termes de performances scolaires. Chaque année de tronc commun perdue est associée à une augmentation du nombre des élèves en difficulté et plus globalement à une baisse du niveau général. […]
Notre école unique ne ressemble pas à l’école scandinave qui accompagne chaque élève individuellement dans sa progression scolaire. […]
http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2007/r2007_Educationbonchoix.aspx
Pour ou contre les statistiques ethniques ?
Nathalie Mons in Café Pédagogique du lundi 23 mars 2009.
En éducation, ces statistiques ont déjà permis de mettre en avant les caractéristiques propres aux trajectoires scolaires des élèves issus de l’immigration. En particulier, ces élèves présentent bien des performances et des carrières scolaires qui se distinguent de celles des élèves nés en France. Pour autant, quand on contrôle statistiquement le statut socio-professionnel de leurs parents, on se rend compte que cette liaison négative entre origine étrangère et résultats scolaires s’amoindrit. Ceci tend à montrer que ces élèves réussissent moins bien parce qu’ils sont placés dans des conditions sociales et même scolaires (collèges ghettos…) peu propices aux apprentissages, leurs « sous-performances » ne sont pas exclusivement en lien avec leur origine étrangère. […]
Nous avons montré grâce à PISA qu’il n’y avait pas de lien entre la taille de la population immigrée accueillie dans un pays et sa performance scolaire moyenne. Donc les immigrés ne « plombent « pas les résultats nationaux. […]
C’est principalement la composition socio-économique des écoles qui semble faire la différence. Dans les pays dans lesquels les enfants immigrés sous-performent, comme l’Allemagne, la Suède, le Danemark ou les Pays-Bas, les écoles sont beaucoup plus ségrégées socialement. C’est le cas également en France. On retrouve là les écoles ghettos, on parle aux Pays-Bas des « black schools » pour repérer ces écoles dont la majorité des élèves sont issus de l’immigration. C’est donc cet entre-soi plutôt que les conditions matérielles d’enseignement qui peut expliquer une partie des sous-performances des élèves d’origine étrangère. […]
Avec Laurent Lima du LSE de Grenoble II, nous sommes en train d’analyser les stratégies parentales des familles immigrées. […] L’enquête montre que les élèves issus de l’immigration ne présentent pas un désengagement face à l’enseignement dans cette discipline ou des aspirations en termes de métiers inférieures à celles des élèves dits « natifs », malgré leur handicap socio-culturel. […]
Est-ce que sur le long terme, dans les pays de l’OCDE, la situation scolaire des enfants issus de l’immigration s’est améliorée ?
[…] Or cette amélioration logique ne se retrouve que quelques pays comme la Suède et la Suisse. Dans les autres pays - marqués le plus souvent par de fortes différences dans les résultats scolaires entre les enfants issus de l’immigration et les « natifs », il n’existe pas de différences significatives entre les résultats scolaires de la première et de la seconde génération. Cela montre clairement les limites de nos modèles d’intégration.
Economiquement, socialement, culturellement, nos pays perdent là un réservoir de talents. […]
Pour ou contre l’autonomie des établissements ?
In Café Pédagogique, mercredi 05 novembre 2008
Mes recherches ont montré que l’autonomie scolaire en matière de pédagogie et dans certaines conditions de RH est associée à un meilleur niveau d’efficacité que l’autonomie budgétaire, en gros il faut rendre les acteurs de terrain compétents dans les domaines qui sont en lien avec les apprentissages et ne pas alourdir leur quotidien par de nouvelles charges administratives qui ne font que les détourner de leur mission principale. […]
La recherche conclut qu’il y a peu de preuves attestant d’effets positifs sur les résultats des élèves des gestions exercées par les professionnels ou par la communauté. Quant au contrôle administratif, les résultats sont peu concluants mais quelques études signalent des effets positifs. C’est un champ qui doit être encore exploré. Au total, l’autonomie scolaire est un sujet extrêmement complexe […]
Le collège unique existe-t-il ?
ISP, cycle de conférences 2008/2009, lundi 9 mars 2009.
Sur le site de l’association « Education et Devenir », Françoise Clerc […] pointait notamment que « [...] toutes sortes de stratagèmes ont permis de contourner massivement l’unicité du collège ». Cependant -ajoute-t-elle : « Nous avons besoin d’un collège qui accueille tous les élèves. […] Au collège il ne peut s’agir de trier les élèves. Il ne peut s’agir non plus d’araser les différences. Il ne faut pas oublier que les institutions qui autrefois assuraient un relatif brassage des populations sont en train de s’affaiblir et que l’école est la dernière en état de préserver une forme de lien, au-delà de l’appartenance sociale classe ou des « communautés ». Il ne faut pas oublier non plus que le niveau de formation assuré par le second degré devient la norme dans les pays riches de l’Europe et du Nord de l’Amérique. […] Les exclus de la norme ont de plus en plus de mal à exister socialement et économiquement. […] Nous devons fermement dire qu’il est possible de surmonter cette grave crise dont la crise du collège n’est qu’un des symptômes. »
[…] Lorsque François Dubet et d’autres rappellent l’hésitation des politiques, au moment de la Loi Haby, entre faire du collège une extension du premier degré ou en faire un pré-lycée, ne faut-il pas voir dans le choix de l’époque : un pré-lycée, une des causes de ses difficultés ? « Le collège ne prend pas la suite de l’école primaire, mais décline plutôt les programmes du lycée pour des enfants plus jeunes » (Agnès Van Zanten).
Les résultats de recherche conduisent Nathalie Mons à opter résolument pour le collège unique même en reconnaissant que « les résultats du collège unique à la française sont médiocres ».
http://www.isp-formation.fr/article.php3?id_article=197