lycées de banlieues

Lycées de banlieue populaire. Professeurs, élèves, vie du quartier. Cours et documents d'histoire-géographie. Conseils aux élèves. Conseils pour le baccalauréat. Améliorer le système scolaire, extraits de rapports officiels. Lectures, visites de musées.

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07.11.09

Remarques sur le conseil de classe

CONSEIL DE CLASSE

Il ne faut pas développer le pouvoir des enseignants dans le conseil. On verrait les redoublements augmenter alors qu’ils doivent baisser. Le redoublement est rarement efficace. Généralement il enfonce l’élève dans ses difficultés. Réorienter un élève est parfois bien mais les possibilités resteront limitées. Cela ne changera pas.

Un bon conseil est un conseil où le chef d’établissement ou son représentant intervient avec autorité pour mettre le holà à l’irréalisme ou au sadisme de certains profs. Il faut savoir dire non aux profs. En cas de désaccord, c’est le président qui doit trancher. Il faut une présidence cordiale mais énergique.

Le conseil peut être préparé. Comment ?
Non pas avec le pré-conseil entre profs car il ne sert à rien. Redondance.
Par contre, plusieurs jours avant, l’enseignant doit annoncer aux élèves leurs moyennes et appréciations. Les élèves doivent avoir le droit de protester. Le professeur verra s’il peut ou pas rectifier son avis. Ne pas être autiste. Mais en dernière instance c’est lui qui décide. Si on a le temps, l’élève aura le droit de faire un devoir-maison afin de remonter sa note. Il est évident que cette note ultime doit être affectée d’un coefficient réaliste. Mais cette pratique peut redonner aux élèves confiance et goût au travail. Noter large me semble une bonne chose à condition de ne pas exagérer. Donner un coup de pouce aux notes grâce à la note d’oral ou à la note de bonne tenue du cahier encourage les élèves.
La présence de tous les élèves au conseil peut être positive. En cas de problèmes graves. Mais pratiquée systématiquement, la formule rendrait les conseils interminables.

Déjà qu’on s’y emm… prodigieusement.

L’atmosphère y est souvent désagréable et méchante.

Le conseil de classe n’est pas fait pour y tenir des discours interminables. Il n’est pas utile que tous les profs parlent. Il n’est pas indispensable que le prof aille à tous ses conseils. De toute façon, le bulletin est là et on peut laisser un résumé au prof principal.
Un bon conseil est un conseil BREF. D’où la nécessité d’avoir une présidence ferme. Un peu d’humour et de décontraction ne font pas de mal.

La question de savoir s’il faut deux, trois ou quatre conseils par an me semble secondaire.

Qui doit écrire l’appréciation en bas du bulletin ? Le chef d’établissement ou le prof principal ? Du moment qu’on en a discuté…

Convoquer les parents pour leur remettre de main à main le bulletin est une pratique humiliante.

24.10.09

Avoir des enseignants de qualité

ATTIRER, FORMER ET RETENIR DES ENSEIGNANTS DE QUALITE

Rapport de base national de la France

Présenté par Françoise Cros et Jean-Pierre Obin dans le cadre de l’OCDE Avril 2003

Extraits de la conclusion

Cliquer : ATTIRER

22.10.09

Sur le "busing"

La méthode, venue des Etats-Unis, consiste à transporter par bus des enfants d’un quartier vers un autre, afin d’assurer le brassage social.

cliquer : Parisien_busing

20.10.09

Projet de réforme des lycées, octobre 2009

Ayant suivi les tentatives Darcos-Gaudemar et Descoings pour moderniser les lycées et mettre l’enseignement au service des couches populaires, je réagis face aux propositions de Luc Chatel, ministre de l’Educ-Nat (octobre 2009).

Je ne vois pas en quoi on pourrait s’y opposer.

Ceci dit, entre l’annonce d’une réforme et sa réalisation, nous savons qu’il y a un abîme. Les groupes de pression corporatistes et conservateurs dont nous connaissons la puissance se feront un plaisir de saboter ce projet.

Pour s’opposer au Nouveau, ils mettront en avant la question des moyens. Il faut stopper la diminution des postes, disent-ils.

Cela dépend des matières et de la sociologie du quartier. Dans les quartiers ZUS, dans les établissements ex-ZEP (actuellement RAR), il faut diminuer le nombre d’élèves par classe. Dans les lycées fréquentés par des catégories plus fortunées et plus diplômées, cela ne me semble pas nécessaire.

Et surtout, les mesures annoncées ne sont pas suffisantes. Il faut re-discuter sur la base du rapport Gaudemar-Darcos de l’automne 2008.

Orientation

Possibilité de changer de filière en première ou en terminale, instauration de « stages passerelles » ou de « remises à niveau » durant les vacances de Toussaint et d’hiver.

Bonne idée : beaucoup d’élèves de STG et ST2S souffrent parce qu’ils ont le sentiment d’être relégués dans une « voie de garage ».  Il faut leur laisser espérer une réorientation vers les filières traditionnelles. Cela les encouragera à travailler, cela les stimulera, cela fera un peu baisser l’absentéisme. S’ils arrivent à changer de filière tant mieux, sinon ce n’est pas grave, leur moral s’en portera mieux.

Mais la mesure sera difficile à faire appliquer par les enseignants. Il faudra que les conseils de classe soient moins violents, que les chefs d’établissement puissent convaincre les enseignants de se montrer moins méprisants vis-à-vis des élèves dits « en difficulté ».

Et que deviendront les classes « technos » une fois vidée de leurs meilleurs éléments ? Ne faut-il pas multiplier les cours communs entre sections technos et sections classiques ?

Je crains qu’il y ait fort peu de candidats pour suivre les cours de remise à niveau pendant les vacances. Comment paiera-t-on les enseignants qui feront ce travail ? Comment éviter que le chef d’établissement choisisse les profs en fonction de ses préférences personnelles ?

Deuxième mesure phare : la création d’un service public d’orientation qui associera le monde scolaire et le monde professionnel.

Je ne crois pas un seul instant qu’un service d’orientation puisse être efficace dans l’Educ-Nat. Il faudrait changer la mentalité des conseillers d’orientation, modifier leur formation, donner un rôle accru aux entreprises en matière scolaire (les entreprises ce ne sont pas seulement les capitalistes, ce sont aussi les organisations syndicales).

« Filières »

Rénovation de la filière sciences et technologies industrielles (STI) dans les lycées technologiques.

Pas d’avis.

Après le bac, des places seront réservées aux élèves des séries technologiques dans les IUT et les BTS.

Excellent. Trop de places sont rafflées par les bacheliers S, L ou ES qui, vu leur formation meilleure, éliminent les bacheliers technos.

La série L va devenir une véritable série internationale. Les langues étrangères y occuperont une place plus importante. Des disciplines comme le droit pourraient y être introduites. Cette réforme, qui suppose des changements de programmes, ne verra peut-être pas le jour avant la rentrée 2011.

Pourquoi pas. Cela suffira-t-il ?

Aide individuelle

Tous les élèves de seconde bénéficieront de deux heures d’accompagnement par semaine. Le dispositif sera étendu en 2011 et 2012 aux premières, puis aux terminales. La question sensible est de savoir dans quelle mesure il faudra tailler dans « l’offre de cours » pour ne pas alourdir des emplois du temps déjà très chargés.

Je ne suis guère optimiste. On a déjà créé les modules qui sont un échec. Où casera-t-on ces heures dans un emploi du temps archi-rempli  ?

Langues

Nicolas Sarkozy propose que l’épreuve écrite de la première langue au baccalauréat devienne orale.

Excellente idée mais cela va poser des problèmes d’organisation s’il faut faire passer un oral de 20 mn à tous. Cela deviendra interminable. A moins de le faire passer en contrôle continu. A moins de réformer le bac… Heum heum...

Il souhaite faire intervenir dans les classes des assistants, des « locuteurs natifs » et développer des visioconférences.

Pourquoi pas. Je croyais que cela existait déjà.

« Nous allons regrouper les élèves par niveau pour les cours de langues », ajoute-t-il.

Pas d'avis.

Arts

Un enseignement transversal d’histoire des arts sera créé, grâce à la réécriture des programmes des disciplines fondamentales.

C’est déjà ce qui se fait en collège. Faire pareil au lycée me semble excellent. Nous avons trop de cours basés sur l’exercice de la raison desséchée. Le XXe siècle nous a montré les limites de la science et de la raison. Il faut développer l’art, la sensibilité, l’amusement, la distraction et le plaisir.

L’histoire de l’art c’est bien à condition qu’il n’y ait pas trop de règlements et d’obligations. Que l'on ne nous écrase pas avec des pages et pages de règlements, d’« objectifs » etc. A quoi cela sert-il de faire des réunions si les profs restent aussi dénués d’esprit critique, toujours aussi obséquieux vis-à-vis de l’Etat bourgeois et de la hiérarchie ? Le travail en équipe - bonne idée en soi - risque de se transformer en machine à fabriquer du consensus.

Comment développer l’histoire de l’art en terminale avec ce bac inutile mais contraignant qui nous empoisonne toute l’année ?

Laissons à chaque enseignant le soin de concocter sa pédagogie personnelle.

L’autonomie

L’engagement au service des autres, dans une association, sera reconnu, grâce au livret de compétences. Les initiatives, y compris en dehors du temps scolaire, deviendront un élément d’appréciation pour l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Excellente idée qui pourrait « booster » les élèves de quartier défavorisés qui ont du mal à s’exprimer par écrit mais possèdent des qualités autres, qui animent des associations de quartier pour (par exemple) envoyer des stylos dans une école africaine etc.

C’est bonne formule que l’on pratique aux E.-U., et sur laquelle repose l’affirmative action.

Ira-t-on jusqu’à récompenser les élèves qui militent dans des associations de soutien aux sans-papiers ?

Je le souhaite.


Voir

Le point de vue du SGEN :

http://www.cfdt.fr/rewrite/article/22114/zoom-sur/reforme-du-lycee.htm?idRubrique=7106

Le point de vue du SNPDEN (personnels de direction) http://personnel-de-direction.blogspot.com/

ou cliquer : PersonnelsDirection

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11.10.09

Dyslexie : problème neuronal ou psychologique ?

Textes sur les rapports entre orthophonie et scolarité

1) Manifeste pour une orthophonie de soins, par la Fédération des Orthophonistes de France

2) Un texte du phoniatre Le Huche

Pour lire cliquez : orthophonie

03.09.09

Comment punir un élève ?

RÉGLES DES CHÂTIMENTS

Par Charles Rollin, pédagogue (1661-1714)

Quand le châtiment a été jugé nécessaire, il y a temps et manière de l'exercer. Les maladies de l’âme demandent d'être traitées au moins avec autant de dextérité et d'adresse que celles du corps. Rien n'est plus dangereux pour celui-ci qu'un remède donné  mal à propos et à contre-temps. Un sage médecin attend que le malade soit en état de le soutenir, et épie dans cette vue les moments favorables.

La première règle est donc de ne point punir un enfant dans l'instant même de sa faute, de peur de l'aigrir et de lui en faire commettre de nouvelles en le poussant à bout ; mais de lui laisser le temps de se reconnaître, de rentrer en lui-même, de sentir son tort, et en même temps la justice et la nécessité de la punition, et par là de le mettre en état d'en profiter.

Le maître, de son côté, ne doit jamais punir avec passion ni par colère, surtout si la faute qu'il punit le regarde per­sonnellement, comme serait un manque de respect et quelque parole choquante. Il doit se souvenir d'un bon mot que dit Socrate à un esclave dont il avait sujet de se plaindre : « Je te traiterais comme tu le mérites, si je ne me sentais en colère ». Il serait à souhaiter que toutes les personnes qui ont autorité sur les autres fussent semblables aux lois, qui punissent sans trouble et sans emportement, et par le seul motif du bien public et de la justice. Pour peu qu'il paraisse d'émotion sur le visage du maître, ou dans son ton, l'éco­lier s'en aperçoit aussitôt, et il sent bien que ce n'est pas le zèle du devoir, mais l’ardeur de la passion qui a allumé ce feu; et il n'en faut pas davantage pour faire perdre tout le fruit de la punition ; parce que les enfants, tout jeunes qu'ils sont, sentent qu'il n'y a que la raison qui ait le droit de corriger.

Comme la punition doit être rare, il faut tout employer pour la rendre utile. Montrez, par exemple, à un enfant tout ce que vous avez fait pour éviter cette extrémité. Paraissez-lui affligé de vous y voir réduit malgré vous. Parlez devant lui avec d'autres personnes, du malheur de ceux qui manquent de raison et d'honneur jusqu'à se faire châtier. Retranchez les marques d'amitié ordinaires jusqu'à ce que vous voyiez qu'il ait besoin de consolation. Rendez ce châtiment public, ou tenez-le secret selon que vous jugerez qu'il sera plus utile à l'enfant ou de lui causer une grande honte, ou de lui montrer qu'on la lui épargne.

Réservez cette honte publique pour servir de dernier remède. Servez-vous quelquefois d'une personne raisonnable qui console l'enfant, qui lui dise ce que vous ne devez pas encore lui dire vous-même; qui le guérisse de la mauvaise honte, qui le dispose à revenir à vous, et à laquelle l'enfant, dans son émotion, puisse ouvrir son coeur, plus librement qu'il n'oserait le faire devant vous. Mais surtout qu'il ne paraisse jamais que vous demandiez de l'enfant d'autres soumissions que celles qui sont raisonnables et nécessaires. Tâchez de faire en sorte qu'il s'y condamne lui‑même, et qu'il ne vous reste qu'à adoucir la peine qu'il aura acceptée. Chacun doit employer les règles générales selon les besoins particuliers.

Mais si l'enfant qu'on punit n'est sensible ni à l'honneur, ni à la honte, il faut faire en sorte que le premier châtiment qu'on emploiera fasse sur lui, par la douleur, une vive et durable impression, afin qu'à défaut d'un plus noble motif, la crainte au moins puisse le retenir.

Je n'ai pas besoin d'avertir que les soufflets, les coups, et les autres traitements pareils, sont absolument interdits aux maîtres. Ils ne doivent punir que pour corriger, et la passion ne corrige point. Qu'on se demande à soi-même si c'est de sang-froid et sans émotion qu'on donne un soufflet à un enfant. La colère, qui est elle-même un vice, peut-elle être un remède bien propre pour guérir les vices des autres ?

Charles Rollin (1661-1714), Traité des Études.

In : Les meilleures pages des écrivains pédagogiques, A. Colin, 1910.

http://www.cosmovisions.com/Rollin.htm 

http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3552 

http://histoire-education.revues.org/index440.html 

13.06.09

Débat autour de Richard Descoings

Il y a quelques jours, votre serviteur fut invité avec d'autres personnes à donner son point de vue sur la réforme des lycées lors d'une réunion animée par Richard Descoings.

09.06.09

Rapprocher le lycée et les parents

Le rapport Descoings sur la réforme des lycées étant difficile à lire, je sélectionne quelques idées sur le resserrement des liens entre l’Educ-Nat et familles. J’ôte les mots inutiles, je fais des phrases courtes.

RD

http://blog.lyceepourtous.fr/wp-content/uploads/rapportconsultationlycee.pdf

L’orientation

De décision couperet, elle devrait se faire questionnement, choix mûris. Chaque année pourrait avoir un temps dédié à l’orientation qui permette son appropriation par les élèves, par des rencontres avec des adultes, des forums, des visites et des stages professionnels. Les documents institutionnels sont peu lisibles par les élèves et leur famille.

La mobilisation des élèves des années ultérieures, des anciens élèves et des parents est fondamentale tant les témoignages individuels dépassent l’efficacité du discours institutionnel.

La mobilisation des parents d’élèves dans les rencontres métier

Plusieurs établissements ont expérimenté avec succès la mobilisation des parents d’élèves dans des rencontres de l’orientation, notamment autour de tables rondes par secteur d’activité.

L’orientation doit être accompagnée par les adultes.

Les familles doivent être mieux intégrées dans l’orientation, avoir un meilleur accès aux informations et comme professionnels apporter leurs témoignages.

Des réorientations en cours d’année pour des élèves en situation d’échec et de souffrance.

Que des rendez-vous réguliers permettent de faire des bilans avec le lycéen et sa famille.

Des journées d’information pour les parents

L’orientation concerne les parents parfois démunis pour comprendre le système éducatif. Le manque d’information des familles se solde par le renforcement des préjugés et de la reproduction sociale. Les journées d’information sur l’orientation, à destination des parents dès le premier trimestre, en 3me, en 2de et en 1re gagneraient à être développées.

Une simplification des sigles des filières et spécialisations serait utile pour une meilleure lisibilité et compréhension de l’offre de formation et des débouchés technologiques. Vérifier la pertinence de la démultiplication des spécialisations

Renouveler l’esprit ciné-club

Afin de mieux insérer les familles dans la vie de l’établissement, elles pourraient être conviées aux séances.

Le lycée comme lieu de formation permanente.

Ouvrir le lycée aux habitants : soit pour de la formation soit pour que les familles s’approprient le lycée, en connaissent les lieux et en comprennent le fonctionnement.

03.06.09

Rapport Richard Descoings

Préconisations sur la réforme du lycée

http://blog.lyceepourtous.fr/wp-content/uploads/rapportconsultationlycee.pdf RD

Richard Descoings 02 juin 2009

Principales constatations

La démocratisation de l’accès au Bac est essentiellement passée par le lycée professionnel […] et par le développement de la voie technologique. […] 25% des jeunes sont aujourd’hui en voie générale série S. C’est exactement la proportion d’une classe d’âge qui allait au lycée à la fin des années 1970, juste avant que la réforme du collège unique fasse ses effets. Etrange coïncidence… 

Lorsqu’on dit « le niveau baisse » ou bien encore « aujourd’hui, tout le monde a le Bac » (sous-entendu : « n’importe qui »), le Bac visé est naturellement le Bac « général ». Or, en 2007, seulement 1 jeune sur 3, dans la classe d’âge concernée, a été jugé du « niveau » de ce Bac là. Et 1 jeune sur 3 n’a pas, du tout, eu le Bac. […]

Mais la question de société sous jacente est la suivante : oui ou non veut-on généraliser à tous les jeunes les études au lycée ? Oui ou non, veut-on que 80 % des jeunes accèdent au niveau de la dernière année du cycle terminal ? Oui ou non veut-on qu’un jour prochain 50 % des jeunes accèdent vraiment au niveau licence ? Les lois de 1989 et 2005 sur l’Ecole ont fixé ces objectifs. Mais je ne crois pas qu’un consensus social se soit réellement construit autour de ceux-ci. […]

Beaucoup de lycéens, de professeurs et de familles souhaiteraient que la norme du nombre d’élèves par classe de Seconde tende vers 30. […] Appliquer cette norme de façon uniforme sur le territoire national ne viendrait en rien atténuer les inégalités parce qu’appliquer une norme uniforme à des situations inégales fait reproduire les inégalités. […]

Le cloisonnement des filières et la disparition dans les faits des passerelles et des classes d’adaptation qui permettent de changer d’orientation contribuent à la rigidité du système et au peu de prise en compte de l’individu. […]

Elle [l’orientation] laisse […] peu de place à l’individu et à la maturation. Elle est ainsi une cause majeure du malaise des lycéens qui la subissent. Bien des élèves la vivent même comme une contradiction entre les idéaux républicains qu’on leur a enseignés au collège, […] et leur expérience intime du système scolaire.

Bien souvent, le redoublement ne permet pas à l’élève d’accéder à la voie générale : il ou elle entre en 1ère technologique, en ayant perdu un an et beaucoup d’estime de soi. […]

Veut-on et accepte-t-on réellement qu’un nombre plus important - de collégiens accède au lycée général et technologique – et les jeunes tels qu’ils sont aujourd’hui au sortir du collège ? […]

- si oui, se donne-t-on vraiment les moyens d’adapter contenus et méthodes pédagogiques pour faire réussir le plus grand nombre possible de ces jeunes, ou bien considère-t-on que c’est aux jeunes de s’adapter aux contenus et aux méthodes ? […]

La voie technologique du lycée général et technologique conduit normalement à la poursuite d’études post Bac. […] L’insertion professionnelle des bacheliers technologiques se fait donc en principe à Bac + 2 au moins. […]

Le système éducatif français dévalorise assez systématiquement la voie professionnelle. […] Cette dévalorisation de la voie technologique entraîne une désaffection pour les filières industrielles. 

Les gisements d’emplois existent en France et ne sont pas connus. […] Les DUT Génie Electrique et Informatique Industrielle, informatique et Réseaux et Télécom, sont par exemple fortement plébiscités sur le marché du travail. […] Ils sont pourtant difficiles à recruter. […]

La crise continue des 1ers cycles universitaires conduit de nombreux bacheliers généraux à se presser aux portes des BTS et des IUT ; la sélection parfois draconienne à l’entrée, surtout en IUT, de ces cycles courts conduit dans bien des domaines, surtout tertiaires, à l’éviction de bacheliers technologiques au profit des bacheliers généraux. Et les bacheliers technologiques s’en trouvent réduits à s’inscrire à l’université dans des 1ers cycles généraux où ils échouent en grand nombre. […]

L’excessive prépondérance de la série S dévalorise de fait à la fois les séries de la voie technologique – et tout spécialement les séries industrielles – et les autres séries de la voie générale, tout spécialement la série L. […]

Beaucoup de lycéens de 2nde se battent (eux et surtout leurs parents) pour obtenir une admission en S, moins par « vocation scientifique » que parce qu’ils entendent retarder le plus possible l’heure des véritables choix et s’assurer qu’aucune porte ne leur sera fermée. […]

Pour les préparations commerciales, les Bacheliers S concurrencent les bacheliers ES. […]

En BTS […] les Bacheliers S sont recrutés de préférence aux titulaires du bac technologique tertiaire. […]

Enfin, les IUT […] ont été érigés en grandes écoles, très sélectives, malthusiennes et très souvent, au détriment des bacheliers technologiques tertiaires. […]

Ma conviction à ce stade de ma mission est que :

- le consensus social aujourd’hui est fortement favorable au  maintien de la voie générale telle qu’elle existe actuellement dans ses fondamentaux.

- le consensus qu’il faudrait progressivement élaborer pour changer le premier exigera beaucoup de temps et sans doute beaucoup d’argent public

- la réforme de la formation des maîtres aujourd’hui débattue va plutôt dans le sens du maintien ou même de l’accentuation de la place de la discipline intellectuelle dans cette formation […].

Commentaire 

L’analyse de Richards Descoings rejoint celle de Bourdieu et débouche sur des constatations très pessimistes. Le système scolaire est inégalitaire. Notre système politique donne le pouvoir aux privilégiés qui se défendent efficacement. Rares sont ceux qui veulent aider les jeunes de banlieue. Cela ne changera pas. Je comprend mieux l'abstention et le communautarisme qui permettent de survivre.

Néanmoins le pessimisme ne doit pas conduire à l’inaction. Mieux vaut peu de réformes que pas de réformes du tout. 

Les recommandations de Richards Descoings feront l’objet d’un autre article de ce blog.

02.06.09

L’enfant et la psychanalyse

L’enfant et la psychanalyse

Editions Esquisses Psychanalytiques CFRP 1993

Page 397 : Régine Mougin-Lemerle, Au risque du désir d’apprendre : d’un impossible à l’autre.

[…] continuer le dialogue, ouvert par Freud, entre psychanalystes et pédagogues. […]

Voilà cent dix ans que Jules Ferry, soutenu par Ferdinand Buisson, a imposé l’accès de tous au savoir. Pourtant, nous savons tous, en dépit de la loi d’orientation de 1975, que de nombreux jeunes en sont encore exclus. Comment concilier les visées universalisantes et normatives de toute politique éducative, avec le respect et la promotion valorisante des différences caractérisant chaque élève comme sujet ? […]

Pourquoi et comment élaborer avec des jeunes, pour la plupart psychotiques et en graves difficultés scolaires, des projets éducatifs articulés à des projets de vie ? […]

Des attentes parentales et scolaires insoutenables. Des parents en trop grandes difficultés psychiques, des enseignants soumis à des programmes scolaires souvent aberrants, des rythmes scolaires éprouvants, des conditions de travail trop insatisfaisantes, une formation encore insuffisante, sont en surdité de leurs enfants et de leurs élèves, indisponibles à une transmission qui donnerait sens à leur action. L’éducation devient impossible voire mortifère.

Mais ces enfants ont fait leur cet impossible, et ce sont eux qui vont être dits « impossibles ». Alors ils sont désignés comme « mauvais élèves », atteints d’anorexie scolaire ou d’inculture chronique, élèves bloqués (donc bloquants pour nombre de leurs enseignants, dénarcissisés par de tels jeunes) et vont grossir le bataillon des échoués […].

Certes, ces impossibles » n’excluent pas toujours l’amour des parents, ni le dévouement des professionnels des soins et de l’éducation. Mais Freud nous a appris à nous méfier du dévouement et Bettelheim de l’amour. Il s’agit plutôt d’entrouvrir  la porte au désir. […]

[L’auteur met ensuite l’accent sur la nécessité d’éviter des pratiques bâtardes mi-éducatives mi-analytiques.]

« Reconnu ou nié, l’Inconscient est dans la classe et parle », affirmait Fernand Oury [F.O., Des instituteurs parlent, in Le bloc-notes de la psychanalyse n°7, p.198 […].

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