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09.07.12

Histoire et mémoire

Histoire et mémoire

1) « L’industrie de la mémoire »
Evaluation du poids économique de la filière du tourisme de mémoire

Sites touristiques comme le Mémorial de Caen, les plages du débarquement, les tranchées de 1914-1918, les champs de bataille, le Plateau des Glières etc.

Les scolaires, français ou étrangers, représentent 24 % des entrées totales.
Le chiffre d’affaires global direct, c'est-à-dire généré au sein des sites de la filière, est de 45 millions d’euros TTC.
En 2010, les sites mémoriels payants ont directement généré 1 050 emplois Equivalent Temps Plein.
A noter : un bémol apporté par plusieurs sites sur la disparition progressive des témoins des évènements présentés avec un témoignage plus compliqué à transmettre aux visiteurs.

http://www.tracestpi.com/fileadmin/contributeur/cabinet-conseil_references/Ressources/Cabinet-conseil/Synthese_Assises_Tourisme_de_Memoire.pdf?PHPSESSID=26m6i40d70ba55unqdhspaa8h3

http://www.senat.fr/rap/a11-109-1/a11-109-12.html

2) Rapport de la commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques. Sous la présidence d’André Kaspi.
Rapport réalisé à la demande du Secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants

Novembre 2008
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/084000707/0000.pdf

Extraits

Les commémorations publiques ou nationales sont trop nombreuses. Elles atteignent aujourd’hui le nombre de 12, soit deux fois plus qu’en 1999. Leur nombre pourrait encore augmenter dans les années à venir. Ce qui entraîne une désaffection et une incompréhension de la part d’une très grande majorité de la population, un affaiblissement de la mémoire collective, des particularismes qui vont à l’encontre de l’unité nationale.

Les grandes dates de notre histoire ne sont pas prises en compte, à la différence des Britanniques, par exemple, qui commémorent encore aujourd’hui leur victoire de Trafalgar.
De notre côté, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, nous ne célébrons pas la victoire de Poitiers (732), celle de Bouvines (1214), celle de Fontenoy (1754) ni celle d’Austerlitz (1804). Les commémorations ont une histoire. De nouvelles peuvent être créées ; d’autres, supprimées. Aucune d’elles n’a vocation à l’éternité.

Les commémorations peuvent être classées en deux catégories.
Les unes évoquent des faits militaires, la fin des guerres mondiales, alors que notre pays échappe à la guerre, sur son territoire, depuis plus de 60 ans. Les autres honorent à juste titre les victimes d’hier, mais n’ont-elles pas tendance à nous entraîner dans «la repentance», comme si la France vivait dans l’obsession des crimes qui auraient été commis au cours de sa longue histoire, comme si elle n’aspirait plus qu’à la rédemption pour expier les fautes d’hier et d’avant-hier.

Les conséquences de l’inflation commémorative ont été longuement décrites par les personnalités que la commission a auditionnées et par les rapports de préfets auxquels nous avons eu accès. Les préfets observent un désintérêt généralisé. Peu de participants, des élus souvent absents, des militaires réticents, de rares écoliers que leurs parents ou leurs maîtres ont fait venir, des anciens combattants de moins en moins nombreux. C’est une véritable désaffection, sauf pour trois manifestations (le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre). Des explications ? Trop de commémorations revêtent un caractère spécifique ou catégoriel.

Il n’en reste pas moins qu’on aurait tort de croire qu’une commémoration, fût-elle nationale, peut remplacer une bonne leçon d’histoire ou d’éducation civique.

Il y a tout naturellement une histoire des commémorations.
Si l’on ne célèbre plus les victoires de Napoléon Ier ou celles de son neveu, si l’on a oublié les faits d’armes de Turenne et de Condé, c’est sans doute que les régimes que les unes et les autres ont illustrés ne sont plus aujourd’hui «politiquement corrects». C’est aussi et surtout que ces victoires et ces faits d’armes ont cessé d’occuper la mémoire collective.

Il est, malgré tout, nécessaire de fixer une échelle des valeurs, avant même de chercher à renouveler les rituels. Toute commémoration doit comporter «des leçons», qu’il convient de ne pas asséner avec des certitudes inébranlables et une insupportable lourdeur. Les nuances, les questionnements intelligents convainquent davantage.
Les grands et beaux discours, parsemés de phrases creuses et d’expressions usées jusqu’à la corde, ne rendent pas service
. C’est le moins qu’on puisse dire.

Une autre difficulté surgit. Les prescripteurs ne marchent pas du même pas. Les historiens tiennent une place primordiale. Ils sont soucieux de respecter leur déontologie. Les règles de la recherche historique sont exigeantes et ne supportent pas les déformations ni les à - peu -près. Les historiens scrutent inlassablement le contenu des commémorations, dénoncent les dévoiements, réclament avec force que les cérémonies soient intimement liées aux faits. Les survivants, eux, veulent que leurs souffrances soient évoquées, presque sanctifiées, qu’elles soient métamorphosées en récits épiques. Les politiques résistent, tant bien que mal, aux pressions de leurs concitoyens, qui sont aussi leurs électeurs.

La commission s’interroge sur une autre possibilité. Ne pourrait-on pas demander à un historien de replacer, en une dizaine de minutes, l’événement dans l’histoire de la France et de l’Europe ?

A vrai dire, on n’obtiendra rien de la presse, si l’on ne met pas en avant un événement hors du commun, une nouvelle spectaculaire, une cérémonie originale. On est ici dans le domaine du storytelling, de la communication qui, à l’exemple des langues d’Esope, peut donner le pire ou le meilleur.

Un accident se produit-il sur un passage à niveau ? Les enseignants sont chargés de mettre en garde leurs élèves sur le danger qu’ils courent en traversant les voies ferrées.
Un chien a-t-il attaqué à un enfant ? Les enseignants devront parler en classe des chiens dangereux. L’Education nationale prend désormais en charge les problèmes, tous les problèmes de la société. Elle doit à la fois instruire et éduquer, remplacer les familles, tenir compte des préoccupations sociales. Une tâche immense, pour laquelle elle n’est pas préparée et ne dispose pas toujours des moyens nécessaires.

Qui n’a pas été ému en entrant dans un camp de concentration, dans une clairière où des patriotes ont été fusillés, dans une rue où un homme célèbre a été assassiné ? La visite du village de Vauquois, un village martyr dont il ne reste rien, de Verdun et de son ossuaire, d’Oradour-sur-Glane, pour ne prendre que quelques exemples, vaut autant qu’une très bonne leçon d’histoire. Des élèves de toutes les générations sont allés dans la vallée de la Loire pour y découvrir la splendeur des châteaux et mieux saisir la richesse intellectuelle et architecturale de la Renaissance.

L’Etat doit développer le tourisme de mémoire. […] Sans aucun doute, les finances nationales et régionales y trouveraient leur compte.

Les pouvoirs publics sont tenus de définir une politique qui vaut pour l’ensemble de la nation. Il ne leur appartient pas de décider du contenu de l’histoire. Des incidents récents ont montré qu’il y a là un danger à éviter.
Aucune assemblée politique ne doit tomber dans le piège.
L’histoire est une discipline qui repose sur des règles rigoureuses.
Elle exige l’indépendance.
Elle ne peut pas être ballottée au gré des idéologies ou, plus simplement, des inclinations politiques. Elle sert à éclairer. On ne s’en sert pas.

Il faut combattre l’inflation commémorative, même si cela coûte quelques voix aux candidats à des fonctions électives.

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