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01.06.12

Robert Fossier, médiéviste

Avec Robert Fossier meurt un pan de "l’histoire économique et sociale"

img558http://www.nonfiction.fr/article-5851-avec_robert_fossier_meurt_un_pan_de_lhistoire_economique_et_sociale.htm

 

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Robert Fossier a profondément renouvelé l’étude du Moyen Age.
Ne se contentant pas des l’étude des parchemins – au demeurant indispensable – il utilisa des sciences méprisées par la tradition mandarinale. Cet intérêt pour le côté matériel des choses résulte sans doute d’une influence marxiste. Il ne s’agit pas ici de cla vulgate économiste et déterministe, mais d’un marxisme prenant en compte les facteurs culturels (ainsi que le firent Gramsci ou Mao rompant avec le schématisme d’Engels).
Voici quelques extraits de son introduction au premier volume de la trilogie « Le Moyen Age » (A. Colin 1982).

La preuve a été faite que l'enfant est attiré, au contraire, par le Moyen Age tout de suite après le goût qu'il ressent pour la préhistoire ou la Chine d'après Mao : attrait de l'exotisme ? d'un certain « merveilleux » ? ou plutôt naturel sentiment d'être au coeur même de la vie quotidienne ? Et voici que la curiosité gagne leurs parents ; comme disent les responsables des moyens de communication de masse - ou plutôt des « mass media » , ainsi s'expriment ceux qui croient parler américain.
Pour trop d'hommes d'aujourd'hui il en est encore ainsi : le Moyen Age est un cimetière. Ils ne s'avisent pas que le chemin qu'ils suivent à la campagne, Ie nom qu'ils lisent sur une borne, le tournant brusque d'une rue dans leur quartier urbain, le sous-bois qu'ils foulent distraitement et les blés qu'ils voient mûrir sont un legs autrement plus durable ; qu'en regardant leur montre, en feuilletant un livre, en saisissant leur fourchette, en passant les manches de leur manteau, en endossant un chèque, en tirant leur mouchoir, ils ne sont que des héritiers. Vétilles que tout cela ? Le sens du péché, l'amour conjugal, la polyphonie et le professeur dans la cité le sont-ils aussi ? […]

Notre connaissance de ces dix ou douze siècles a longtemps reposé uniquement sur l'écrit ; comparé aux temps antiques ce bagage était un riche trésor. On n'en méconnaissait pas la faiblesse : une littérature de classe écrite par et pour une infime élite ; un bagage réglementaire […] probablement plus théorique que réel ; des actes de la vie pratique qui ne touchent qu'aux privilèges et à la fortune, et que l'Église, faute d'autres armes, conservait presque seule […] les inégalités de répartition géographique ; le silence presque absolu des cinq premiers siècles, puis le papillotement de quelques lueurs brèves dans une durable pénombre. […]
Mais depuis trente ans, que dis-je ! quinze à peine, de puissants éclairages percent les zones encore obscures ou font briller en convergences lumineuses les petits « faits » étiquetés par nos pères. A peu près nulle part, au reste, le médiéviste n'a innové : il emprunte, imite, adapte une technique qui a fait ses preuves en un autre contexte ; et pourquoi en rougir ? Ainsi des nombres et des mots […] on s'est avisé qu'il fallait à tout prix quantifier, à tout prix décrypter  […].

Groupés, les mots évoquent plus qu'une notion, ils ouvrent la voie à l'anthropologie historique. Ils découvrent alors l'arrière-plan du mental collectif, le rite, le tabou, l'usage. le fantasme  […] Ce que ne disent pas nos textes, même radiographiés, l'anthropologue peut le suggérer. Il est sans doute présomptueux de croire à une « Nouvelle Histoire », alors qu'il y a bien longtemps qu'ont commencé à écrire Georges Dumézil ou Claude Lévi-Strauss : du moins sommes-nous bien en présence d'une nouvelle approche de la même histoire. […].

Et voici qui est plus décisif et plus concret aussi : l'archéologie a, depuis vingt ans, ouvert ses chantiers médiévaux. […] Qui aurait songé à bouleverser un champ, écarter les buissons poussés dans une masure écroulée, sonder un égout urbain, retourner un cimetière ? […].

Ce n'est pas tout. […]. Comment suivre la conquête de l'espace sans instruments scientifiques de mesure ?
C'est l'archéogéographie qui est, cette fois, mise à contribution : l'étude des cadastres et de la carte appuie, évidemment et depuis longtemps, la recherche des étapes de l'occupation humaine ; mais le millénaire médiéval a connu […] un « écosystème », dont les éléments naturels ont pu se déplacer […]. Or il est fondamental d'avoir notion de ces déplacements : si l'étude des sols fossiles ou usés, celle des niveaux successifs des nappes aquifères souterraines progressent peu, on a mis au point en Angleterre et en Allemagne une méthode d'examen des formes dégradées de la végétation, celle des lisières forestières, celle des haies, celle des maquis ; surtout, la palynologie […] permet d'estimer Ies variations, sur une longue durée, des pollens arboréens ou herbacés, c'est-à-dire de la couverture végétale. […]

Voici, et pour conclure, l'une des dernières en date : le squelette humain fournit sur le défunt force données à l'historien.

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