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07.02.12

Robert Frank, La hantise du déclin

Robert Frank, La hantise du déclin, La France 1920-1960 : finances, défense et identité nationale, Belin 1994.

Note de lecture

"Il y a longtemps que la France est hantée par son déclin. […] Ce pays voulait s’accrocher à son rang de grande puissance. […] L’ambition des Français ne reposait pas seulement sur le message généreux de 1789 qu’ils voulaient transmettre au monde. Puis survient le drame de 1940 qui casse à la fois l’ambition, l’identité et l’idée." […]


P1080472La défaite de 1940 est la défaite des élites. En son temps, Robert Guillemin l'avait écrit, ce qui lui valut les foudres du milieu universitaire qui l'accusait de simplisme. Et pourtant... C'est aussi ce que nous démontre Robert Frank.
A la veille de la guerre de 1939 il y eut une faillite des élites qui ne montrent pas l’exemple. Par leur anticommunisme viscéral, elles refusent de mettre en pratique l’unité nationale et le patriotisme dont leurs discours sont pourtant remplis. Elles manifestent un a priori hostile aux classes populaires. Un véritable racisme social. Seul le Front Populaire prit des décisions pour améliorer le niveau de vie de ces dernières.
La montée des fascismes et la perspective d’une  guerre basée sur de nouvelles armes n’ont pas été pensées à l'avance, ni par les politiciens ni par l'Etat-major. En faisant alliance avec de petits pays d’Europe Centrale incapables de s’opposer à l’Allemagne, en choisissant comme seule alliée une Grande-Bretagne fondamentalement insulaire et isolationniste, la France se condamnait à l'impuissance diplomatique. L'alliance britannique conduisit aux accords de Munich (1938).
Sur le plan économique la faible croissance française empêchait de dégager les financements nécessaires à la modernisation de l’armée. Si l’on n’avait pas attendu 1936 pour faire une politique sociale, il est probable que l’on aurait pu équiper l’armée en temps utile. Blum puis Daladier réarmèrent le pays mais on avait pris du retard. La modernisation militaire finit quand même par avoir lieu, mais tardivement, à la veille du conflit, alors que l’on ne pouvait plus arrêter la marche guerrière du gouvernement allemand. 

Encore aurait-il fallu concevoir des plans moins défensifs que la ligne Maginot. A partir du milieu des années 1920, le nationalisme anti-allemand s'épuise et le pays traumatisé et anéanti par la quasi défaite de 1918 n'a plus de ressort et s'abandonne au pacifisme, véritable délice de Capoue. Le pacifisme des Français joua en faveur d’Hitler.

Ce pacifisme était diversifié et évolutif. La droite, était en 1919-1920 nationaliste et anti-allemande. Que l’on se souvienne des mises en garde de l’historien Jacques Bainville contre le risque d'une renaissance germanique. Puis à partir de la deuxième moitié des années 1930 la droite affolée par le « danger » communiste évolua et éprouva des indulgences coupables pour les fascismes.
Quant à la gauche, immobilisée par un humanisme gentillet et incantatoire basé sur le désarmement, la non-violence et la sécurité collective, après 1933 elle évolua heureusement vers l’acceptation d’une guerre antifasciste.
Mais toujours, jusqu’à la veille du drame et même au-delà, le sentiment pacifiste demeura prégnant et affaiblit le pays.

Après la guerre de 1939-1945 la France connaît un sursaut. Elle donne priorité à la modernisation intérieure plutôt qu’à l’action extérieure. On sort des rêveries sur la prétendue puissance apportée par l'Empire colonial. La France liquide ses colonies dont le poids financier l’alourdit.  Protégée par la superpuissance américaine, par l’OTAN, par la bombe atomique, elle peut sans crainte se rapprocher d’une Allemagne idéale qui n'a plus ni armée ni politique étrangère. D'où le traité d’amitié franco-allemande de 1963 qui n’eut jamais d’autre vocation que d’affirmer un principe de d’affirmer un principe de politique étrangère. C’est ainsi que l’on peut comprendre le ressentiment de De Gaulle vis-à-vis d’une Grande-Bretagne tournée vers l'Amérique du nord.

Robert Franck se livre à des médications sur le temps court et le temps long. Le débarquement américain de 1944 nous apporte bon gré mal gré  le Gouvernement Provisoire et clôture une Guerre de Trente  Ans commencée en 1914. Une expression un pe racourcie car pendant ces trois décennies il y eut une succession de plusieurs guerres civiles européennes : 1914-1918, l’occupation de la Ruhr, la guerre contre la jeune URSS, la Guerre d’Espagne, 1939-1945.

L’Europe actuelle - franco-allemande à la base - est fille du 6 juin 1944. Dès cette époque, la France renonce de fait à ses rêves de grandeur, à sa puissance militaire, à son indépendance monétaire pour se fondre dans une Europe qui se substitue à la grandeur nationale. L'amitié franco-allemande devient la colonne vertébrale de cette politique. Cela enraye-t-il le déclin ou permet-il seulement de le ralentir et de l'aménager ?
Et si la France se tournait vers l'espace méditerranéen, comme ce fut le cas sous l'empire romain ? Cela lui donnerait du poids. Quel aveuglement que de ne pas saisir cette opportunité.

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