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10.05.11

sur les révolutions arabes 2011


neuf REMARQUES SUR LES REVOLUTIONS ARABES de 2011

mai 2011

 

 

 

 

 

 

 

1°) Nous assistons à un évènement considérable et heureux qui doit être comparé aux révolutions européennes des années 1789-1810, au Printemps des peuples de 1848, aux révolutions communistes des années 1905-1920,  aux mouvements contestataires des sixties et aux luttes antistaliniennes de 1976-1991.

 

2°) On en perçoit les premiers effets : la répression policière diminue, la liberté d’expression se développe, des élections libres et des révisions constitutionnelles sont annoncées.

 

3°) Notons que les extrémistes religieux restent à l’écart, nettement désavoués par la quasi-totalité de la population arabe. Néanmoins ils n’ont pas disparu et il suffit d’une dizaine de fanatiques pour faire exploser des bombes.

 

4°) La France sort discréditée de ce tournant à cause de l’appui constant qu’elle fournissait aux dictatures (Hassan II, Ben Ali, les généraux milliardaires algériens, Moubarak, Saddam Hussein…). Quel que soit le parti au pouvoir (gaullistes, centristes, pseudo-socialistes), le même néocolonialisme a perduré. Il est d’ailleurs probable que les hauts fonctionnaires soient plus coupables que les présidents et ministres. Les hommes politiques se sont fait manipuler par les hauts fonctionnaires, les diplomates, les militaires et les services secrets.

Nos démocraties parlementaires aussi ressemblent beaucoup à des oligarchies.

 

5°) Comme dans toutes les révolutions, l’avenir est impossible à prévoir.

 

6°)  A cause du colonialisme, la pensée laïque est mal perçue  dans le monde arabe et il est probable qu’elle ne concerne que les privilégiés et peut-être une petite partie de la classe moyenne. Le mouvement Baas, jadis dirigé par des chrétiens orientaux, a accouché des dictatures irakienne et syrienne.

Il faudra inventer un compromis historique entre la laïcité et la religion. D’où la nécessité de relancer la réflexion théologique, de mettre au point une exégèse coranique qui ne soit pas littérale mais basée sur le raisonnement rigoureux (cf ibn Rochd) et le contexte historique (cf Jacqueline Chabbi etc .).

Cela pose aussi la question des limites de l’arabe littéraire et de l’écriture consonantique. La revalorisation de l’arabe dialectal sera indispensable à la réussite du processus démocratique.

 

7°) Même si le fondamentalisme religieux semble bien avoir perdu la guerre, la question du rapport hommes/femmes est loin d’être réglé. La violence masculine et son corollaire la violence féminine engendrent de terribles souffrances dans ces sociétés.

Le problème n’est pas réservé au monde musulman d’ailleurs ; les sociétés chrétiennes de la rive nord (Corse, Serbie…) sont aussi marquées par le machisme.

Or, la révolution démocratique échouera si elle demeure masculine. Les hommes devront se remettre en cause, partager leur pouvoir et ce ne sera pas facile. Changer des siècles d’oppression des femmes prendra du temps mais il faut commencer. A cet égard, le fait que la Tunisie se dirige vers la parité hommes/femmes dans son futur Parlement constitue un signe encourageant.

 

8°) La question économique non plus n’est pas réglée. Comment augmenter les rendements agricoles dans des régions semi-arides dotées de sols pauvres ? Comment développer une industrie légère qui ne soit pas balayée par la concurrence asiatique ? Comment mettre en place une industrie sophistiquée ? Comment donner du travail aux diplômés ? Comment assouplir le commerce extérieur de ses traditions bureaucratiques et paperassières ? Comment lutter contre la corruption endémique ?

 

9°) Dans cette affaire, l’Europe montre que sa politique étrangère commune n’existe pas. Le pays qui la dirige, l’Allemagne, ne s’intéresse absolument pas au monde méditerranéen. La RFA est plus tournée vers la Baltique et vers l’Est que par le Sud. Il y a là une constante historique, l’intervention allemande au Maroc (1905, 1911) ou en Afrique noire (Sud-Ouest africain, Cameroun) fut tardive et limitée.

Pour se hisser à la hauteur de ses responsabilités, l’Union européenne devrait s’ouvrir vers le Sud, aider les pays méditerranéens et envisager avec certains un rapprochement pouvant aller jusqu’à l’adhésion.

S’imaginer qu’une politique du bunker nous protégerait relève d’une grande naïveté. La xénophobie et l’intégrisme laïc ne feront qu’affaiblir et isoler la vieille Europe.

 

Philippe Duret


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