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03.02.11

Ithaque, théâtre des Amandiers, Nanterre

Ithaque 

 

Jusqu'au 12 février 2011, au Théâtre des Amandiers de Nanterre (92).

Texte de Botho Strauss mise en scène de Jean-Louis Martinelli.

Avec Charles Berling et Jean-Marie Winling.

 

La mise en scène de Martinelli mélange modernité et tradition : costards d’aujourd’hui, péplums, costumes d’hoplites, armes grecques, feux d’artifice façon 14 juillet. Elle mélange le passé et le contemporain. Normal : Ulysse est rusé, Athéna qui elle-même se montre sous des formes diverses transforme le guerrier Ulysse en un vieux mendiant impossible à reconnaître sans sa fameuse cicatrice.  berling

Le décor est réduit à l’essentiel de l’essentiel. Dépouillement un peu excessif.

Des trucages rigolos : haches, pétards, l’arbre en plastique qui descend du ciel, la piscine, les tuniques qui trempouillent dans l'eau, les câbles, la fosse où l’on jette les morts.

Pourquoi des accents différents, chansons à boire en allemand ? Accents : l’auteur est allemand, il s’adresse à toute l’Europe.

Beaucoup d’humour dans ce spectacle, à plusieurs reprises on éclate de rire. Il y a un côté facétieux et espiègle dans la pièce. Des morceaux d’humour inattendus surviennent d’un coup, sans annonce. On passe du très sérieux à la gaminerie avant de revenir au très grave, tout ceci en deux minutes. Une belle performance d’écrivain de Botho Strauss que la mise en scène conserve et met en valeur. Faut pas frimer, faut pas se prendre au sérieux, conservons   un côté décalé.

 

Les personnages :


- La déesse Athéna est une nénette totalement irresponsable, c’est une poussette-au-crime tendance grave, elle a un côté sale garce. On peut lui reprocher la mort de plusieurs milliers de soldats grecs. Ses transformations m’enchantent : elle porte tantôt un étroit jean blanc, tantôt elle revêt le costume typique d’Athéna avec son armure, son casque et sa lance.

- Comment Pénélope a-t-elle fait pour patienter si longtemps ? Quand elle revoit Ulysse elle n’y croit pas, elle a les boules, elle angoisse à bloc, hyper désaxée. La pauvre.

- On découvre qu’Ulysse n’est pas du tout un type sympa, il est accro à la guerre, il a un côté général Aussaresses, un côté général Bigeard. Combien de ses compagnons sont morts à cause de sa folie guerrière ? Par caprice, il a ainsi décimé une grande partie des familles princières grecques.

Finalement, une fois vainqueur, Ulysse a dû s’emmerder après avoir tué tout le monde. A-t-il été capable de s’arrêter, on en doute et on constate de visu  que non. Un drogué, je vous dis. Peut pas s’arrêter. Faut tout de suite le traîner devant le Conseil de Guerre. J’imagine que la guerre ça fait jouir. Et le doux délire écolo-pacifiste de l’Allemagne d’aujourd’hui ne permet pas de combattre efficacement ce militarisme. L’autocensure et la mièvrerie cul-cul la fraisette des mangeurs de salades bio affaiblissent l’intelligence critique. Entre le conformisme cruel des nazis et le conformisme bétassou des antinucléaires, il y a de fortes ressemblances.

Autre étude : les rapports de couples. Ulysse devrait s’excuser, quand même. Euh… j’étais sorti du palais cinq minutes pour prendre des nouvelles d’Hélène et hop ! mine de rien, cela m’a pris vingt ans pour revenir. Comme le temps passe vite. Pendant ce temps Pénélope se déchire, s'efforce de résister au harcèlement des prétendants. Ulysse veut la revoir mais une fois sur place il découvre que ce n'est pas si simple. Il redécouvre que la vie de couple est compliquée.

- Les prétendants à Ithaque : c’est la cour à Sarkozy, la bande du Fouquet's, les copains de Poutine ou de Berlusconi. Ils méprisent le mendiant, se moquent de lui, l’humilient. Ce sont les gens de chez Maxim’s pleutres, sans morale et âpres au gain mal acquis. Ceci dit l’austérité désagréable et huguenote façon Angela Merkel, ce n’est pas mieux non plus.

A la fin les prétendants sortent de leur tombe pour errer sans fin. Oh Européens, qu’avez-vous donc à vous reprocher ? Votre conscience vous tourmente ? Il y a de quoi, mais c’est trop tard. Comment faire pour ne pas recommencer ? Vous n’y arriverez pas. Le seul à se montrer lucide dans cette affaire c’est Zeus cinq minutes avant le tomber du rideau.

- La pièce est pessimiste sur la démocratie. L'assemblée citoyenne des prétendants se vautre dans le ridicule. Le pouvoir personnel est-il préférable ? C'est apparemment ce pense l'auteur.


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