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03.01.11

Gramsci et l'école

Gramsci, penseur et homme politique italien (1891-1937)

 

Abréviations utilisées

IC = Gli intellettuali e l’organizzazione della cultura, Einaudi Turin 1954.

MS = Il materialismo storico e la filosofia di Benedetto Croce, Einaudi, Turin 1954.

PP = Passato e presente, Einaudi Turin 1966.

 

Pourquoi certains n’ont-ils pas envie de se cultiver ?

 

« Pourquoi y a-t-il encore en Italie tant d'analphabètes?... Parce qu'en Italie trop de gens limitent leur vie à leur famille, à l'ombre de leur clocher. On n'éprouve pas le besoin d'apprendre la langue italienne, parce que le dialecte suffit à la vie communale et familiale, parce que la conversation en dialecte suffit à exprimer entièrement les relations courantes. Apprendre à lire n'est pas un besoin. C'est pourquoi cela se transforme en supplice, en exigence tyrannique. Pour que cela devienne un besoin, il faudrait que la vie collective soit plus chaleureuse, qu'elle concerne un nombre toujours plus grand de citoyens et fasse ainsi naître, spontanément, le sentiment du besoin, de la nécessité de connaître l'alphabet et la langue. La propagande socialiste a fait davantage pour l'instruction que toutes les lois sur l'enseignement obligatoire. La loi est une contrainte : elle peut vous imposer de fréquenter l'école, elle ne peut vous obliger à apprendre, ni quand vous avez appris, à [ne pas] oublier. »

Gramsci, La Città futura, 11 février 1917.

 

La bourgeoisie italienne du début du XXe siècle ne s’intéresse pas à l’école

 

 « Nous ne pouvons affirmer, en conscience, que la bourgeoisie détourne l’école dans le sens de sa domination de classe : s’il en était ainsi, cela signifierait que la classe bourgeoise a un programme scolaire, qu’elle le poursuit avec énergie et persévérance ; l’école serait école vivante. Il n’en est pas ainsi : la bourgeoisie, classe qui domine l’Etat, se désintéresse de l’école, laisse les bureaucrates la faire et la défaire à leur guise, les ministres de l’Education nationale être choisis selon les hasards de la concurrence politique des intriques, des dosages de partis, des combinaisons de cabinets. En de telles conditions, l’étude technique du problème scolaire devient un jeu de l’esprit, une gymnastique intellectuelle, non une contribution sérieuse et concrète à la solution du problème lui-même ».

Gramsci, Ordine Nuovo, 27 juin 1919, 1, n°7.

 

Contre l’école à deux vitesses

 

« En Italie, l'école est restée un organisme purement bourgeois, au pire sens du mot. L'école moyenne et supérieure, qui dépend de l'État, ce qui signifie qu'elle est payée par l'impôt général, donc par les contributions directes versées par le prolétariat, ne peut être fréquentée que par les fils de la bourgeoisie qui jouissent de l'indépendance économique indispensable à la tranquillité des études. Un prolétaire, même s'il est intelligent, même s'il est en possession de tous les atouts nécessaires pour devenir un homme cultivé, est obligé de gâcher ses qualités en exerçant une autre activité, ou bien de devenir un franc-tireur, un autodidacte, c'est-à-dire (à part les inévitables exceptions), une demi-portion, un homme qui ne peut donner tout ce qu'il aurait pu donner si la discipline de l'école était venue le compléter et le fortifier. La culture est un privilège. L'école est un privilège. Et nous ne voulons pas qu'il en soit ainsi. […]

Exclu des écoles de niveau moyen et supérieur par l'actuelle organisation sociale qui établit une forme de spécialisation des hommes, spécialisation anormale parce que basée sur autre chose que les différences de capacités, et par conséquent destructrice et corruptrice de la production, le prolétariat doit se déverser dans les écoles parallèles : techniques et professionnelles ».

Gramsci, Hommes ou machines, Avanti !, édition piémontaise, 24 décembre 1916

 

Se cultiver requiert discipline et travail

 

« Dans l'État bourgeois, tout le monde obéit : les mulets de la batterie au sergent de la batterie, les chevaux aux soldats qui les montent; les soldats au lieutenant, les lieutenants aux colonels des régiments; les régiments à un général de brigade; les brigades au vice-roi des Indes. Le vice-roi à la reine Victoria. […] La discipline bourgeoise est la seule force qui maintienne solidement l'agrégat bourgeois. A discipline, il faut opposer discipline. Mais la discipline bourgeoise est une chose mécanique et autoritaire, la discipline socialiste est autonome et spontanée. »

Gramsci, La Città futura, 11 février 1917.

 

« La culture est une chose bien différente. Elle est organisation, discipline du véritable moi intérieur; elle est prise de possession de sa propre personnalité, elle est conquête d'une conscience supérieure grâce à laquelle chacun réussit à comprendre sa propre valeur historique, sa propre fonction dans la vie, ses propres droits et ses propres devoirs... Mais tout ceci ne peut advenir par évolution spontanée, par actions et réactions indépendantes de notre volonté».

Gramsci, Socialisme et cultura, 1916.

Il s’agit d’un texte de jeunesse écrit par Gramsci dans Il Grido del Popolo, le 29 janvier 1916. Gramsci y parle des rapports entre culture et prolétariat. Il explique que le prolétariat doit tirer profit de la connaissance.

 

220px_Gramsci« La discipline n’annule pas la personnalité au sens organique, mais limite seulement l’arbitraire et l’impulsivité pour ne pas parler de la fatuité. […] La discipline n’annule pas la personnalité et la liberté ».

Gramsci, PP p. 65

 

« La culture est une chose bien différente. Elle est organisation, discipline du véritable moi intérieur; elle est prise de possession de sa propre personnalité, elle est conquête d'une conscience supérieure grâce à laquelle chacun réussit à comprendre sa propre valeur historique, sa propre fonction dans la vie, ses propres droits et ses propres devoirs... Mais tout ceci ne peut advenir par évolution spontanée, par actions et réactions indépendantes

L’enfant qui peine sur les divers types de discours logiques « se fatigue, certes – et il faut s’en tenir à la seule fatigue nécessaire – mais il devra toujours peiner pour se contraindre lui-même, par des privations, par une discipline gestuelle, pour se soumettre à un apprentissage psycho-physiologique. Il importe de persuader maintes personnes que l’étude elle-même est un métier, un rude labeur, qu’elle implique un apprentissage spécial à la fois intellectuel et musculaire-nerveux. C’est un processus d’adaptation, c’est une disposition acquise moyennant l’effort, l’ennui, voire la souffrance. La participation de larges masses aux études secondaires comporte la tendance à ralentir la discipline, à demander des « facilités ». Beaucoup pensent que les difficultés sont artificielles parce qu’ils sont habitués à relier la fatigue au seul travail manuel ».

Gramsci, IC p. 113-114.

 

Le peuple doit se cultiver

 

 « La classe ouvrière doit s’entraîner, se former à la gestion sociale, acquérir la culture et la psychologie de classe dominante, les acquérir avec ses moyens et selon ses modèles, avec ses réunions, ses congrès, ses débats et l’éducation réciproque ».

Gramsci, Ordine nuovo 28 février- 6 mars 1920, n°3

 

 « Je préfère voir un paysan se rapprocher de notre mouvement, plutôt qu'un professeur de faculté. Reste seulement que le paysan devrait essayer d'acquérir autant d'expérience et de largeur de vue que peut en avoir un professeur de faculté, afin de ne pas rendre stériles son action et son éventuel sacrifice. »

Gramsci, La Città futura, 11 février 1917.

 

Faut-il s’exprimer simplement ?

 

Des journalistes de droite se moquent de journaux socialistes qui selon eux écrivent dans un style incompréhensible pour les ouvriers. Gramsci répond :

« Sous prétexte d'être faciles nous aurions dû dénaturer, appauvrir, un débat qui portait sur des idées de la plus haute importance, sur la plus intime et la plus précieuse substance de notre esprit. Agir ainsi, ce n'est pas se rendre faciles, cela revient à frauder, comme le marchand de vin qui vend de l'eau colorée en place de Barolo ou de Lambrusco. Une idée difficile en soi ne peut être rendue facile dans sa formulation sans se transformer en une platitude. […]

Les hebdomadaires socialistes s'adaptent donc au niveau moyen des milieux régionaux auxquels ils s'adressent; cependant le ton des articles et de la propagande doit toujours être un peu supérieur à cette moyenne, afin de stimuler le progrès intellectuel, afin qu'au moins quelques travailleurs échappent à la généralité imprécise des rabâchages de brochures et raffermissent leurs esprits par une vision critique supérieure de l'histoire et du monde où ils vivent et luttent. […]

Certes, à Turin comme ailleurs, la classe prolétarienne absorbe continuellement de nouveaux individus, qui ne sont pas intellectuellement préparés, qui ne sont pas capables de comprendre toute la portée- de l'exploitation à laquelle ils sont soumis. Pour eux, il faudrait toujours tout reprendre aux premiers principes de base, à la propagande élémentaire. Et les autres, alors? Et ces prolétaires déjà intellectuellement développés, déjà rompus au langage de la critique socialiste? Qui faudrait-il donc sacrifier? A qui s'agit-il de s'adresser? Le prolétariat est moins compliqué qu'il n'y peut paraître. Une hiérarchie culturelle et spirituelle s'est formée spontanément, et l'éducation réciproque fait son œuvre là où ne peut parvenir l'activité des écrivains et des propagandistes. »

Gramsci, Il Grido del Popolo, 25 mai 1918.

 

Pour une école de type nouveau

 

« Il faut en finir avec une conception de la culture comme savoir encyclopédique où l’homme est envisagé sous le seul aspect de récipient à remplir […] La culture est tout autre chose. Elle est organisation, discipline de son moi intérieur, possession de sa personnalité, conquête d’une conscience supérieure par quoi on parvient à comprendre sa propre valeur historique »

Gramsci, Socialisme et cultura, 1916.

 

 « Qu’un peuple ou un groupe social arriéré aient besoin d’une discipline interne collective, pour être civilement éduqués, ne signifie pas qu’ils doivent être réduits en esclavage ».

Gramsci, IC, P. 117.

 

Gramsci soutient « une école unique initiale de culture générale, humaniste, formatrice, qui équilibre le développement des aptitudes au travail (technique, industriel) avec celui des aptitudes au travail intellectuel. De ce type d’école unique,, à travers des expériences répétées d’orientation professionnelle, on passera à une école spécialisée et au travail productif ».

Gramsci, IC p. 98.

 

« Il importe non de multiplier et de graduer les types d’école professionnelle, mais de créer un type unique d’école préparatoire qui conduise le jeune jusqu’au seuil du choix professionnel et qui fasse de lui, en même temps, une personne capable de penser, d’étudier, de diriger et de contrôler les dirigeants ».

Gramsci, IC p. 112.

 

« Ce qui est nécessaire au prolétariat, c'est une école désintéressée. Une école où serait donnée à l'enfant la possibilité de se former, de devenir un homme, d'acquérir ces critères généraux qui servent au développement du caractère. Une école humaniste, en somme, telle que l'entendaient les Anciens, et, plus près de nous, les hommes de la Renaissance. Une école qui n'hypothèque pas l'avenir d'un enfant, et ne contraigne pas sa volonté, son intelligence, sa conscience en formation, à s'engager sur des rails au terminus fixé d'avance. Une école de liberté et de libre initiative, et non point une école d'esclavage et de dressage mécaniste. Les fils de prolétaires, eux aussi, doivent avoir devant eux toutes les possibilités, et tous les champs doivent leur rester libres afin qu'ils puissent réaliser leur personnalité de la meilleure des façons, à savoir de la façon la plus productive, tant pour eux-mêmes que pour la collectivité. L'école professionnelle ne doit pas devenir un incubateur pour petits monstres sèchement instruits en vue d'un métier, dépourvus d'idées générales, de culture générale, d'âme, et n'ayant à leur actif qu'un coup d'œil infaillible et une main sûre. Même à travers la culture professionnelle, il est possible de faire jaillir, à partir de l'enfant, l'homme. A condition que ce soit une culture éducative et non pas seulement une culture informative, que ce ne soit pas une pure pratique manuelle. »

Gramsci, Hommes ou machines, Avanti !, édition piémontaise, 24 décembre 1916

 

 « L’homme moderne devrait être une synthèse de traits que l’on a hypostasié en caractères nationaux : l’ingénieur américain, le philosophe allemand, le politique français, en recréant pour ainsi dire, l’homme italien de la Renaissance, le type moderne de Léonard de Vinci, en le faisant devenir l’homme-masse, homme qui soit collectif tout en gardant sa forte personnalité et son originalité individuelle ».

Gramsci, Lettre à son épouse, 1er août 1932 (Lettr., p. 654).

 

« Dans le monde moderne, l’éducation technique, étroitement liée au travail industriel même le plus rudimentaire, le moins qualifié, doit constituer la base d’un nouveau type d’intellectuel ».

Gramsci, IC p. 7.

 

 « Mais le pire, dans les présupposés théoriques des programmes, est que l’activité scolaire devrait se faire toujours plus aérienne, évanescente, l’enseignant devenir un philosophe et un esthète, avec pour résultat l’oubli des notions concrètes et l’inflation de formules creuses. A ce compte, l’école tombera en décadence parce qu’elle affrontera de moins en moins la dense matérialité du certain et ne procurera qu’un vrai de parole, un vrai théorique. »

Gramsci, IC p. 108.

 

 

Source :

- Franco Lombardi, La pédagogie marxiste d’Antonio Gramsci, Privat 1971.

- Université du Québec à Chicoutimi, les classiques des sciences sociales

http://classiques.uqac.ca/classiques/gramsci_antonio/ecrits_pol_1/ecrits_pol_1.html

 

 


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