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10.06.10

Un universalisme si particulier

Extrait du site Les mots sont importants 

http://lmsi.net/spip.php?article1036 palombella2

 

Un universalisme si particulier, introduction du livre Un universalisme si particulier. Féminisme et exception française (1980-2010)

Par Christine Delphy,

1er mai 2010


Introduction

Nous publions ici quelques extraits de l’introduction du nouvel ouvrage de Christine Delphy, consacré à la manière très particulière (c’est-à-dire au nom de valeurs universelles dont la France serait en quelque sorte dépositaire) dont sexisme et racisme continuent de prospérer dans ce pays. [universalisme_delhpy_prd

 

Article

[…] Dans le même temps que la France n’arrête pas de répéter qu’elle est la « patrie des droits de l’homme » (ce qui, même historiquement, est faux puisque c’est dans la déclaration d’indépendance américaine qu’ils sont inscrits pour la première fois dans l’histoire occidentale), c’est au nom de cette proclamation de la révolution et de la république qu’elle nie les droits humains. Elle le fait en niant dans un premier temps qu’ils soient bafoués : en niant la discrimination et l’oppression. Un procédé rhétorique risible, mais qui, localement — c’est-à-dire à l’intérieur de l’hexagone — marche. Dans un deuxième temps, puisqu’il n’y a pas de torts, il n’y a pas non plus matière à réparations. […] 

Voir le concept de république utilisé contre les valeurs qu’il est censé incarner, c’est un peu fort de café, et c’est pourtant ce à quoi nous assistons depuis une bonne trentaine d’années. Contre les femmes, puis contre les homosexuels, maintenant contre les racisé.es. Les Français, enfin, ces Français-là, mais qui sont la majorité à gauche comme à droite [4], se sont approprié l’idéal républicain, comme si les autres pays occidentaux n’affichaient pas les mêmes valeurs. Et ils vont maintenant très vite de République à Nation, ou de Nation à République [5]. On a vu apparaître des « nationaux-républicains ». Et qu’est-ce qui permet cet oxymore, cette contradiction dans les termes ? L’appropriation de la république par la France, elle-même conçue de plus en plus comme une nation « ethnique » [6]. Une idéologie de plus en plus nationaliste se développe, sous couvert de républicanisme. Et qu’entend-on par nationaliste ? Exclusive et excluante, raciste, centralisatrice et autoritaire. Les porte-parole de la nation, qui sont les dominants, excluent maintenant les dominés au nom de la république. Dictent aux citoyen.nes ce qu’elles et ils doivent porter et dire, au nom de la Nation-Etat-République, trois termes désormais fondus en un seul dans une union aussi mystérieuse pour l’esprit que la Sainte-Trinité chrétienne.

Qu’un pays soit raciste, cela se conçoit. Les autres pays européens le sont aussi. Qu’un pays ait des tentations nationalistes, cela se conçoit aussi. Mais qu’il le fasse en invoquant des valeurs humanistes et universelles, ça c’est exceptionnel : ça c’est français. […]


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