lycée banlieue culture

Le Savoir pour s'ouvrir, comprendre, regarder. Histoire, musées, lycées, actualité, cours, documents, géographie, conseils pour le bac, améliorer le système scolaire, pédagogie, Judaïsme. Christianisme. Islam. Migrations. Expositions. Livres

30.08.09

E. Lavisse, évolution de la pédagogie

Ernest LAVISSE, ÉVOLUTION NÉCESSAIRE DE LA PEDAGOGIE 

Comment donc faudrait-il s'y prendre pour former des éducateurs ? Ici, nous rencontrons l'objection préalable que les qualités essentielles de l'éducateur ne s'enseignent ni ne s'acquièrent. Soit. Mais je suppose un homme pourvu de ces qualités. N'aurons-nous donc rien à lui apprendre ? N'a-t-il pas besoin d'une éducation philosophique et, si la psychologie a été en ce siècle l'objet de tant de profondes et de fines études, devra-t-il les ignorer ? Comme j'ai peur de faire sourire ici quelques praticiens, je dirai que des pages de mon ami Th. Ribot m'ont révélé mon ignorance de quelques conditions essentielles du bon enseignement. Le futur éducateur n'a-t-il pas besoin de quelques notions de physiologie et d'hygiène ? Quiconque ignore la croissance, les effets qu'elle produit et le régime qu'elle commande, commettra les plus graves erreurs  de discipline intellectuelle et morale.  […]

Ne devrait-il pas savoir l'histoire de cet enseignement, en France et à l'étranger,  et éclairer ainsi la théorie par l’expérience du passé et par l'expérience d'autrui ? N'est-il pas exposé, faute de cet apprentissage, à trottiner toute sa vie dans les vieilles petites routes, dans les routines ?

Ne faut-il pas que le futur éducateur connaisse aussi la psychologie générale des générations auxquelles il a affaire, c’est-à-dire son temps et l'esprit de son temps ? L'éducation n'est pas une chose en soi, identique à elle-même toujours, et les pédagogues abstraits et théoriques, qui légifèrent pour des âmes idéales, lesquelles ne se rencontrent jamais nulle part, sont de beaux mais inutiles personnages. Le meilleur éducateur est celui qui connait le mieux son temps, qui perçoit le plus finement les grands traits caractéristiques de la vie contemporaine, et qui jouit de cette vie et qui en souffre. Il faut, sans doute, qu'il soit un philosophe, mais averti des réalités présentes par des mouvements de sensitive. Celui-là seul qui suit attentivement l'évolution des idées et des moeurs saura quelle sorte d'esprits et de caractères  cette évolution lui apporte: il connaîtra soit les vagues aspirations, soit les vagues répugnances que l'esprit du temps met dans toute jeune tête, et parmi lesquelles s'en trouvent toujours de légitimes, à côté d'autres qui peuvent être mauvaises et dangereuses. Il saura en quoi il faut innover, où il faut résister et quel traitement convient aux jeunes âmes d'aujourd'hui. S’il ignore les générations qu'il doit élever, celles-ci l'ignoreront à son tour: n'avons-nous pas eu tous des maîtres, qui nous semblaient avoir cent ans, plus que nous, au moins cent ans ?

Ernest LAVISSE.

(A propos de nos Écoles, Librairie Armand Colin).

In : Les meilleures pages des écrivains pédagogiques, A. Colin, 1910, page 8,

- PEDAGOGIE - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

    Besoin de temps

    Ci-dessous, un lecteur répond à l'article.

    Bluffant ! Ce texte date de 1910 ?! Il est terriblement actuel et les questions sont toujours sur le tapis en 2009 au sujet de la formation des éducateurs. Encore peu d'impact de telles idées, à l'évidence.
    Peut-être sommes-nous trop impatients ... car il aura fallu plus de deux millénaires pour que la révolution du Néolithique s'accomplisse (cultiver la terre et domestiquer l'animal). Cela fait finalement peu de temps qu'on s'essaie à éduquer les jeunes - et encore, pas sur toutes les surfaces habitées du globe.
    En même temps, il nous faut apprendre à gérer nos matières premières et nos déchets, accompagner aussi hommes et femmes vers la fin de la domination masculine...
    Combien de milliers d'années ?

    Posté par Berplume, 01.09.09 à 10:26

Poster un commentaire







 

Remonter (pour la page suivante, cf + haut)