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20.08.09

Gabrielle Russier (éloge de)

Hommage à Gabrielle

Quarante ans déjà ! Quarante ans depuis qu’un 1er septembre 1969, Gabrielle Russier, professeur de lettres, s’est suicidée.

Etant jeune, Gabrielle est bonne élève et s’intéresse au Nouveau Roman. En 1967elle obtient l’agrégation de Lettres modernes. Elle se retrouve au lycée Saint-Exupéry de Marseille (quartiers Nord) et se passionne sans réserve (c’est bien le problème) pour le métier, pratique la pédagogie nouvelle (bravo), recherche avec ses élèves une communication totale et qui abolirait (en apparence) toute hiérarchie. Après sa mort l’un d’entre eux lui fit cet hommage : « elle dépoussiérait les bouquins, les cerveaux. Elle pourchassait le conformisme » (France-Soir, 28/09/1969). Quand on connaît l’ennui et le conformisme que dégagent certains enseignants, on ne peut qu’applaudir Gabrielle. Ceci dit, gare au vertige du cours parfait. L’ascendant excessif du prof est contraire aux droits de l’homme.

Gabrielle retrouve ses élèves après le lycée, sort avec eux au cinéma ou à la neige, les reçoit chez elle. Une pédagogie sympa et féconde mais entraînant des risques que l’on peut gérer que si l’on est fort dans sa tête. Elle se priva d’un repos et d’une distance qui auraient été bien utiles pour bousculer ses certitudes (on en a tous besoin), distinguer le principal de l’accessoire, renforcer ses protections, découvrir d’autres mondes.

Elle eut une liaison avec un élève de dix-sept ans, militant d’extrême-gauche. Leur différence était de quinze ans. En juillet 1968, plainte des parents, proches du PC italien. A certains égards, les PC se montraient aussi conservateurs que la droite et l’Eglise. Pour Gabrielle, commence la descente aux enfers. Les puritains (républicanistes ou cathos, c’est kif-kif) crachent leur haine et leur jalousie. On l’accuse de captation, d’envoûtement. Elle est envoyée dans un autre lycée, puis en clinique psychiatrique.

Souvenons-nous de cette époque moralisatrice. L’émancipation des femmes ne faisait que commencer, le totalitarisme familial restait puissant, la sexualité provoquait l’embarras.  « La maladie de la famille, c’est la peur du risque», Françoise Parturier dans Le Monde du 10/10/1969. Et aussi : « le rôle que joue la famille en produisant, à travers la socialisation initiale de l’enfant, la normalité et la base du conformisme » (David Cooper, Mort de la famille, Seuil 1972, p. 15). De ce point de vue, Mai 68 et les seventies ont humanisé la société.

Les juges persécutèrent Gabrielle au nom de cette odieuse idée presque cléricale et catholicarde selon laquelle le professeur serait un « délégué de l’Etat », pour reprendre une formule de Guist’hau, ministre de l’Instruction publique en 1912 (!). « Les enseignants sont tenus à une certaine réserve » lit-on dans L’Express du 29/09/1969.

Gabrielle est emprisonnée quelques jours en décembre 1968 puis huit semaines en avril 1969. Elle en sort brisée, angoissée. Le procès commence le 10 juillet, au milieu d’une campagne de presse hystérique. Elle fait appel mais craque.

Après le suicide, la presse se retourne. Les journaux reçoivent beaucoup de lettres. Un groupe d’extrême-gauche, la GP, prend sa défense : « contre les rapports décadents et autoritaires dans les lycées entre profs et élèves ». Jean Cau écrit un article désagréable dans Paris-Match.

Le 22 septembre, en conférence de presse, le Président de la République Georges Pompidou cite ces vers :

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdu

(Paul Eluard)

Un soutien émouvant mais tardif. Plus tard le groupe de rock Triangle écrit Elégie à Gabrielle.

Aujourd'hui encore, désobéïssons aux défenseurs de la morale bourgeoise !

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Commentaires

    Elle fait appel mais craque ==========> Ce n'est pas tout à fait exact.Ce n'est pas Gabrielle qui interjette appel, mais le procureur Marcel Caleb,sur la pression du recteur Paul Franck et des Rossi. D' ailleurs on se souvient des bons mots. Marcel Caleb :- Un professeur n'a pas a supplanter l'autorité parentale sinon où irions-nous? Le procureur Paul Tirel:- Gabrielle Russier s'est suicidée pour ne pas se présenter en cours d'appel. Le substitut Jean Testut:- Gabrielle n'était qu'une fleur maladive elle a pourri d'amour. etc. .../...

    Posté par Djamel, 24.11.09 à 19:15

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