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05.01.09

Barack Obama, discours de Philadelphie

 BARACK OBAMA, discours de Philadelphie, campagne électorale (extraits

Barack Obama, discours de Philadelphie

18 mars 2008

Ce discours est l’un des plus importants de toute l’histoire états-unienne, au même titre que celui de M. Luther King (I have a dream). Il peut être utilisé comme document dans un cours de géo de 2de (migrations, peuplement) ou de terminale (géo des E.-U.).

 

 

  Nous le peuple, en vue de former une union plus parfaite.

Constitution de 1787

Il y a deux cent vingt et un ans dans une salle qui se trouve toujours de l’autre côté de la rue, un groupe d’homme s’est réuni et avec ces mots simples a inauguré l’improbable expérience de la démocratie en Amérique. Fermiers, savants, hommes d’Etat et patriotes ayant traversé un océan pour échapper à la tyrannie et aux persécutions, ils ont finalement concrétisé leur déclaration d’indépendance à la Convention de Philadelphie qui a duré tout le printemps de 1787. Le document qu’il rédigèrent fut alors signé mais finalement inachevé .Il portait la tache du péché originel de cette nation ; une question qui divisait les colonies et a mené la Convention dans l’impasse jusqu’à ce que les pères fondateurs permettent au commerce des esclaves de se poursuivre pendant au moins vingt ans, et laissent la décision finale aux futures générations.

Bien sûr la réponse à la question de l’esclavage était déjà inscrite dans la Constitution, une Constitution qui avait en son cœur l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi, une Constitution qui promettait au peuple liberté et justice et une union qui pourrait être et devrait être perfectionnée sans cesse.

Et cependant les mots sur le parchemin ne seront pas suffisants pour délivrer les esclaves de leurs chaînes, ni assurer aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute confession tous leurs droits et leurs devoirs de citoyen des Etats-Unis. Il faudra un long temps de générations successives d’Américains qui désiraient jouer leur rôle – par les protestions et les luttes, dans les rues et devant les tribunaux, au travers d’une guerre civile et par la désobéissance civile, et toujours au prix de grands risques, comblent le fossé entre les promesses de nos idéaux et la réalité de leurs temps.

Ceci est une des tâches que nous avons mis en avant au début de cette campagne : poursuivre la longue marche de ceux qui nous ont précédés, une marche pour une Amérique plus juste, plus libre, plus solidaire, et plus prospère. J’ai choisi de me présenter à la présidence à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons faire face aux défis de notre temps sans que nous ne les résolvions tous ensemble – sans que nous ne perfectionnions notre union en comprenant que nous pouvons avoir des histoires différentes mais que nous avons des espoirs communs ; que nous pouvons ne pas nous ressembler et que nous pouvons ne pas venir du même endroit, mais que nous voulons tous aller dans la même direction- vers un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits enfants. Cette croyance vient de ma foi inébranlable dans l’intégrité et la générosité du peuple américain. Mais elle vient aussi de ma propre histoire américaine.


Je suis le fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas. J’ai été élevé avec l’aide d’un grand père blanc qui a survécu à la Dépression en servant dans l’armée (du général) Patton pendant la seconde guerre mondiale et d’une grand-mère blanche qui travaillait sur une chaîne d’assemblage de bombardiers à Fort Leavenworth (1) tandis qu’il était outre mer. Je suis allé dans quelques unes des meilleures écoles en Amérique et j’ai vécu dans l’un des plus pauvres pays du monde. Je suis marié à une femme noire qui a en elle du sang d’esclaves et de propriétaires d’esclaves- un héritage que nous transmettons à nos deux filles chéries. J’ai des frères, des sœurs, des neveux, des oncles et des cousins, de toutes races et de toutes couleurs dispersés sur trois continents, et aussi longtemps que je vivrai, je n’oublierai jamais qu’il n’y a aucun autre pays sur la terre où mon histoire soit possible.


C’est une histoire qui ne fait pas de moi le plus conventionnel des candidats. Mais c’est une histoire qui a imprimé dans mes gènes l’idée que cette nation est plus qu’une somme de ses composantes- à partir de cet multiplicité nous sommes véritablement un. Durant la première année de campagne, contrairement à toutes les prédictions, nous avons vu combien le peuple américain avait soif de ce message d’unité. En dépit de la tentation de voir ma candidature à travers le prisme purement racial, nous avons remporté des victoires décisives dans des Etats avec quelques une des plus importantes populations blanches du pays. Dans la Caroline du Sud, où le drapeau confédéré flotte encore, nous avons construit une puissante coalition d’Africain Américains et d’Américains blancs. […]


Dans mon premier livre, « Les rêves de mon père », j’ai décrit l’expérience de mes premiers pas à la Trinité [l’Eglise de la Sainte Trinité du Christ] : « Les gens commençaient à crier, à se lever de leur siège,à frapper des mains et à pleurer, un souffle puissant portait la voix du Révérend sous la voûte…et dans ce simple mot : espoir, j’ai entendu quelque chose d’autre ; au pied la croix, dans les milliers d’Eglises de la ville, j’imaginais l’histoire du peuple noir se mêlant aux histoires de David et Goliath, de Moïse et de Pharaon,des chrétiens dans la fosse aux lions, la vallée des ossements desséchés d’Ezekiel. Ces histoires de survie et de liberté ; et d’espoir, devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang répandu était notre sang, les larmes étaient nos larmes ; jusqu’à cette église qui semblait dans la lumière de ce jour, comme un vaisseau portant l’histoire d’un peuple aux futures générations et à un monde plus vaste. Nos épreuves et nos triomphes devenaient uniques et universels, noirs et plus que noirs ; la chronique de notre voyage, l’histoire et les chants nous donnaient les moyens de reconstituer les souvenirs dont nous devions pas avoir honte… des souvenirs que chaque peuple peut étudier et chérir- et avec lesquelles nous pouvions commencer à reconstruire… » […]


Mais nous avons réellement besoin de nous rappeler que beaucoup de disparités qui existent aujourd’hui dans la communauté Africaine Américaine [African-American community] proviennent directement des inégalités passées depuis les premières générations qui ont souffert du brutal héritage de l’esclavage et de Jim Crow.(2)


Les écoles de la ségrégation étaient et sont toujours des écoles inférieures ; nous n’y avons toujours pas remédié cinquante ans après Brown contre le Ministère de l’Education (3) et l’éducation inférieure qu’elles prodiguaient, alors et maintenant, permet d’expliquer l’écart qui existe actuellement entre les étudiants noirs et blancs. La discrimination légale - qui empêchait les noirs, souvent par la violence, de posséder des propriétés ou d’obtenir pour les entrepreneurs Africains Américains ou pour des propriétaires qui ne pouvaient accéder aux prêts hypothécaires de la FHA (4), ou les noirs étaient exclus des syndicats, ou des forces de police, ou des pompiers - signifiait que les familles noires ne pouvaient accumuler suffisamment de richesses à léguer aux générations suivantes. Cette histoire permet d’expliquer l’existence du fossé de la richesse et des revenus entre les noirs et les blancs, et la concentration des poches de pauvreté qui persistent aujourd’hui dans tant de communautés urbaine et rurales. Le manque de possibilités pour les hommes noirs, la honte et la frustration née de l’incapacité à subvenir à sa propre famille, ont contribué à l’érosion des familles noires, un problème que les politiques d’action sociale ont aggravé depuis de nombreuses années. Et que les manques de politique d’aide sociale ont aggravé depuis de nombreuses années – des parcs pour les enfants pour y jouer, des patrouilles de policiers, un ramassage régulier des ordures et un renforcement du code de la construction- tout cela a créé un cycle de violence, de gâchis et d’abandon qui continue de nous hanter. […]


Beaucoup de blancs de la classe ouvrière et de la classe moyenne ne ressentent pas qu’ils ont été particulièrement privilégiés par leur race. Leur expérience est celle d’immigrants - en ce qui les concerne personne ne leur a rien donné. Ils ont construit de leurs propres mains. Ils ont travaillé dur toute leur vie, et souvent pour voir leur emploi partir au delà des mers ou leur retraite disparaître après une vie entière de travail. Ils sont anxieux de l’avenir et voient leurs rêves s’évanouir ; dans une époque de salaires bloqués et de compétition globale, les opportunités apparaissent comme un jeu de sommes nulles, dans lequel vos rêves se forment à mes dépens. Ainsi quand on leur dit d’envoyer leurs enfants à l’école à l’autre bout de la ville, quand ils entendent qu’un Africain Américain a obtenu un bon emploi ou une place dans un bon collège en raison d’une injustice qu’ils n’ont pas commise [l’action affirmative], quand on leur dit que leurs peurs à propos de la criminalité dans les quartiers urbains relèvent de préjugés, leur ressentiment s’accroît. De même que parfois dans la communauté noire, ce ressentiment n’est pas toujours exprimé de manière policée. Mais il a façonné le paysage politique depuis au moins une génération. La colère envers l’aide sociale et l’action affirmative [welfare and affirmative action] a aidé à forger la coalition de Reagan. Les politiciens exploitent constamment la peur de la criminalité à leurs propres fins électorales. Les hôtes des débats télévisés et les commentateurs conservateurs ont construit leur carrière entière en mettant en avant des faits de racisme tandis qu’ils récusaient les discussions légitimes sur l’injustice raciale et l’inégalité, comme du simple politiquement correct ou du racisme inversé. De la même façon que la colère noire souvent s’est montrée contreproductive, ces ressentiments des blancs ont détourné l’attention des réels coupables de la pression sur les classes moyennes. […]

Mais ce que nous savons - ce que nous avons vu- c’est que l’Amérique peut changer. C’est le véritable génie de cette nation.

(surligné par moi)

NOTES


(1) Fort Leavenworth : ville d’industries militaires, non loin de Kansas City, dans les Grandes Plaines.

(2) Nom du personnage noir caricatural d’une chanson, qui devint le symbole des lois instituant la ségrégation. Instaurées en 1876, les lois dites Jim Crow créent dans le sud des Etats-Unis la ségrégation raciale. Elles réorganisent la société sudiste après l’abolition de l’esclavage et la guerre de Sécession. La ségrégation remplace l'esclavage. La majorité des lois Jim Crow resteront en vigueur jusqu’au vote du Civil Rights Act en 1964.

(3) Arrêt de la Cour Suprême de 1954 interdisant la ségrégation scolaire.

(4) Depuis le New Deal, les États-Unis ont un dispositif public de soutien au marché immobilier. Il regroupe différentes agences, fédérales ou bénéficiant d’une garantie publique, telles que la FHA. Elles ont un rôle d’assureur de prêts.


source:http://www.humanite.fr/Discours-de-Barak-Obama-prononce-le-18-mars-a-Philadelphie,872105

 

 



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