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20.04.08

Bernard Lambert paysan

 

Libération mardi 30 juin 1984. main_logo_220x100 

Bernard Lambert : retour à la terre

 

 

Le fondateur du syndicat des Travailleurs Paysans, s'est tué avant-hier au volant de sa voiture. Sa confédération avait organisé en mai dernier l'enlèvement du directeur de l'Office du lait, Francis Ranc.

 

 

Figure légendaire du syndicalisme agricole de gauche, Bernard Lam­bert s'est tué dans la nuit de dimanche à lundi au volant de sa voiture. L'accident s'est produit au cours d'une collision dans la commu­ne de Becon-les-Granits (Maine-et-L­oire)alors que le leader paysan, âgé de 52 ans, se rendait à Angers.Au cours de ces dernières années, il avait subi plusieurs malaises cardia­ques. img282

Bernard Lambert, c'était une gueu­le. Grande. Et qu'il était difficile de faire taire. Rond et jovial, mais intransigeant sur les principes et redou­table quand un contradicteur avait l'idée saugrenue de lui marcher sur les pieds, il avait contribué pour une bonne part à la création du mouve­ment des «paysans travailleurs»dans les années 70. Nombre de jeunes ruraux avaient alors trouvé dans son livre, Les paysans dans la lutte des classes, la « bible » qui leur manquait tant, et qui proposait aux campagnes l'application des analyses développées « en ville » au printemps de 1968. Bernard Lambert était toujours à l'heure de sa mort l'un des anima­teurs les plus actifs de la « Confédé­ration nationale des syndicats de Tra­vailleurs Paysans » née en 1981 en se donnant pour but d'élargir l'assise un peu étroite des «paysans travail­leurs». La CNSTP s'était récemment faite remarquer en organisant à Rennes «l'enlèvement»de Francis Ranc, directeur de l’Office du lait.

 

Homme de passion et d'enthousiasmes, parfois démesurés, Bernard Lambert n'a pas toujours connu le sort des syndicalistes minoritaires.

Responsable de la Jeunesse agricole chrétienne en 1954, il devait devenir deux ans plus tard secrétaire général adjoint du Centre national des jeunes agriculteurs dont la tête de file était alors Michel Debatisse.

En 1958, saisi par le démon de la politique, il est élu député MRP de Chateaubriant en Loire Atlantique et monte aussitôt à l'Assemblée nationale pour réclamer l'indépendance de l'Algérie. Battu en 1962 par un notable UDR, il referme la parenthèse parlementaire et rentre rapidement au PSU, qu'il ne quittera qu'en 1972, avec la fraction de la « Gauche ouvrière et paysanne » dont il suivra patiemment tous les soubresauts. Car, c'est surtout le syndicalisme « pur » qui l'intéresse... En 1965, il a manifesté cette dévorante boulimie d’action en prenant les rennes agricoles de son département et en faisant élire secrétaire général de la Fédération départementale des Syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), poste qu’il occupera jusqu’en 1970.

En 1966, il fonde la Fédération régionale des syndicats d’exploitants de l'Ouest, mais occupe simultanément une bonne partie de son temps à tisser des liens de plus en plus étroits entre le syndicat paysan de Loire Atlantique etles organisations ouvrières. Ses effortsporteront leurs fruits en mai 1968 et Nantes sera considérée, un peu grâce à lui, comme un symbole de la solidarité entre la ville et les champs.img281

Infatigable voyageur, ila cherché à convaincre les paysans au cours de centaines de réunions publiques, de débats et d'interventions. En 1973, il est à l'origine de l'appel pour le rassemblement sur le Larzac et se démène pour faire connaître la « lutte des Lips ». En septembre 1980, il dénonce l'emploi d'hormones pour l'élevage des veaux en batterie, cam­pagne qui sera vigoureusement reprisepar l'Union fédérale des consommateurs. Et entre temps, comme si tout cela ne suffisait pas, il continue d'exploiter sa ferme avicole, en GAEC (1) avec son frère, à Teillé en Loire Atlantique (où il sera enterré aujour­d'hui mardi). Là encore, il s'« investit »à fond et occupe jusqu'en 1974 le poste de président de la Coopérative agricole « SICA-CHALLANS ».

Les syndicalistes agricoles qui avaient pris l'habitude de le consulter sur tout et de prendre chaque jour ses conseils et n’avaient n'avaient trou­vé que lui pour occuper en 1981 le poste de permanent de la CNSTP.

Toujours prêt, le vieux Lambert !

Jean GUISNEL


 

(1) GAEC : Groupement agricole d'exploitation en commun.

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Le MONDE lemondefr_grd

BIBLIOGRAPHIE

« Bernard Lambert - trente ans de combat paysan »

Un syndicalisme de personnes

Retracer l'histoire d'un militant syndical, en dessiner le portrait, chercher à comprendre ce qui le fit courir présente aujourd'hui une utilité certaine. Puisqu'on s'interroge sur la désyndicalisation, sur le renouveau possible des structures et des actions, il n’est pas mauvais de questionner le passé.

Le livre Bernard Lambert - trente ans de combat paysan (1) a cette vertu. Mais ce portrait, c'est aussi l'histoire de l'agriculture des trente dernières années, d’autant plus passionnante qu'elle dévoile l'envers du décor officiel.  img289 

 

A homme exceptionnel, formule exceptionnelle : la vie de Bernard du Lambert est ici racontée par ses proches, et sa femme. Yves Chavagne, journaliste, tient pour eux la plume, une plume alerte, sans citations excessives, sans le ton respectueux que l'on redoute dans ce centre d'exercice. Le témoignage fait mou­che.

Loin des facilités de l'hagiogra­phie, les défauts mêmes du «grand» homme, mort dans un accident de la route le 24 juin 1984, à cinquante-trois ans, sont analysés. Le plus souvent justifiées aussi avec humour, tendresse. Ainsi l'inimitable façon qu'avait Bernard Lambert d'empor­ter seul une adhésion... démocrati­que. De même les difficultés familiales, rarement absentes chez ceux qui sont souvent absents, sont évoquées avec pudeur.


 

Précurseur, Bernard Lambert le fut, lorsque député météore, le plus jeune à quelques mois près en novembre 1958, il proposa l'autodé­termination des habitants de l'Algé­rie. C'était le 9 juin 1959 et il ne pût terminer son discours devant l'Assemblée... Précurseur il l'était quand dès les années de formation au sein de la Jeunesse agricole Catholique (JAC), il insistait sur l'information, celle de la base pay­sanne, celle des journalistes, celle des autres catégories professionnelles.


 

Sortir l'agriculture de son corpo­ratisme ; faire alliance avec les ouvriers et les étudiants, que ce soit en mai 68 à Nantes, sur le Larzac, avec les Lip ; contester la dérive capitaliste de la coopération et du mutualisme ; autant de combats qui restent d'actualité. Sur le statut pay­san, sur la question foncière, sur la politique agricole commune et son cortège d'absurdités (comme la pou­dre de lait reconstituée pour nourrir les veaux), jusqu'à l'analyse du productivisme et de ses méfaits, il aura réfléchi,travaillé, proposé.

Ces parcours, Bernard Lambert les a découverts successivement. S'il était cohérent, le chemin n'était pas tracé d'avance, d'où d'inévitables contradictions. Il fut aussi souvent seul, devant les autres, ou plutôt un coup devant, un coup dans la coulisse. Figure de proue des paysans-travailleurs, après l'avoir été à la JAC, au CNJA, puis à la Fédération, régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, il dut convaincre son extrême gauche pour reconstruire l'unité de la gauche paysanne.img292

Photo étonnante que celle du bureau national de la JAC en 1957. Autour de Bernard Lambert on voit notamment Michel Debatisse, Ray­mond Lacombe, Lucien Douroux qui eux ont pris le chemin des insti­tutions. Dès cette époque, Bernard Lambert plaidait pour un syndica­lisme de personnes, par opposition aux groupes et aux produits. C'est cette conception du syndicalisme qui l'amènera à se dépenser dans une succession de luttes pour la défense de cas individuels, dans l'analyse desquels il puisait cepen­dant les outils de la théorisation.

1.Editions La Digitale (Baye, 29130 Quimperlé), 284 pages, 120 F.

Préface de Bernard Thareau

JACQUES GRALL


 

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Plaquette de lancement du livre

Bernard LAMBERT est décédé en juin 1984. Quelques-uns de ses amis ont décidé de sauvegarder sa mémoire et la mémoire collective de tous ceux qui ont partagé ses combats, en créant l'association « Bernard Lambert ».

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Depuis fin 1985, un collectif de rédaction réunissant des cher­cheurs et des syndicalistes de la région nantaise a entrepris la rédaction d'un ouvrage qui, à travers sa biographie, retrace de façon à la fois précise et vivante une trentaine d'années de l'histoire récente du monde agricole : de la J.A.C. des années 50 à la Confédération Paysanne des années 80, du M.R.P. au P.S.U. de la guerre d'Algérie de la dénonciation des veaux aux hormones... en passant par les grandes heures de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles de l'Ouest, la « commune de Nantes » de 68, la marche sur le Larzac de 73, la présidence de la SICA de Challans... c'est toute la vie agricole, mais aussi sociale et politique d'un tiers de siècle qui est évoquée.

En confiant la mise au point définitive de la rédaction à un journaliste, Yves Chavagne, les auteurs ont voulu faire un livre sérieux qui dépasse les 300 pages) mais facile et agréable à lire. Les 16 pages de photos qui l'illustrent en font un document attachant.

L'ouvrage est publié par les éditions La Digitale de Quimperlé [...].

 Il paraîtra début novembre 1988.

Lecollectif de rédaction :

Paul Bonhomeau, Joseph Bourgeais. René Bourrigaud, Jean Cadiot, Joseph Chevalier, Nicole Croix, Marie-Paule Lambert, Médard Lebot, René Philippot.

Préface de Bernard Thareau.

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« LES PAYSANS DANS LA LUTTE DES CLASSES »

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extraits 

Page 122.

Risques de technocratie.

La tentation technocratique n'est pas l'apanage des seuls techniciens. Beaucoup de responsables professionnels y succombent (et tous les techniciens ne sont pas technocrates). Malgré les efforts et les moyens mis en oeuvre pour informer, le contre-plan reste le plus souvent étranger, voire incompréhensible, pour la plupart des paysans exploités. Souvent, il est inopérant : les échelons nationaux du syndicalisme agricole ont toujours dénaturé la signification politique des projets; ils y opposent une des forces parmi les plus difficiles à vaincre : la force d'inertie.

Quant aux pouvoirs publics, sachant que la masse agricole n'est pas informée, ils ont beau jeu d'ignorer les problèmes posés, ou de créer des commissions pour occuper les responsables à enterrer le tout. De plus, le langage utilisé contribue à isoler les paysans. Souvent, il est difficile à comprendre, éloigné des difficultés quotidiennement ressenties. Il crée à la base un sentiment d'infériorité plus qu'il n'engage au combat. […]

Page 129. Renforcer la conscience collective.

Ces perspectives pourront paraître anarchistes à certains. D'autres les qualifieront d'utopistes : lutter à la base contre les cumuls ? Les paysans eux-mêmes refuseront et condamneront l'action. Regardons-y de plus près.

Les paysans sont parfaitement capables de se retrouver, à l'échelon de la commune ou du quartier, chez l'un d'entre eux, pour discuter de leurs problèmes, des évolutions qui seraient né cessaires dans une perspective de justice sans tenir compte des critères légalistes et capitalistes. Un travail de ce genre représente sans doute l'action la plus importante du syndicalisme et des animateurs de développement.

Pourquoi ne pas examiner alors ce que devrait être la destination des terres qui seront disponibles dans les cinq ou dix ans ? A qui devraient aller ces terres, compte tenu des besoins, et en dehors des spéculations ? Quel devrait en être le prix, compte tenu de leur valeur et des revenus possibles ? La destination la plus souhaitable ne serait pas forcément agricole. Les besoins d'urbanisation, d'industrialisation, de circulation, de reboisement pourraient être pris en compte et donner lieu à discussion avec les ouvriers, les élus municipaux par exemple. Tout le jeu des spéculateurs consiste à susciter des réactions individuelles, à dresser les travailleurs les uns contre les autres en évitant toute forme de concertation. Collectivement, les paysans concernés par le sol auront des réactions différentes.manif_agricole

Beaucoup de départements, à partir de réunions de ce genre, ont mis au point le répertoire des exploitations (superficie, types de productions, âge de l'exploitant, reprise assurée ou non, etc.). Beaucoup de communes ont réalisé, à l'occasion du remembrement, le classement et la répartition des terres en employant cette méthode. Lorsqu'un remembrement est réalisé de manière autoritaire, avec consultation individuelle des intéressés, chacun a l'impression d'être lésé par le géomètre ou ses voisins; la délibération collective crée un autre climat et aboutit à plus de justice.

Sans attendre les pouvoirs publics, les paysans peuvent mettre au point leur plan d'occupation des sols. Beaucoup de heurts entre voisins au moment des ventes ou des locations seraient évités grâce à ce travail préalable. Ainsi, l'action collective en cas de surenchère ou de cumuls, serait l'action de tout le groupe qui interviendrait pour faire appliquer ses propres décisions.

Cette méthode de travail peut tout aussi bien s'appliquer à d'autres domaines : commercialisation, prix des fermages, contrats, action contre un intégrateur, etc. Il n'est pas normal de faire appel aux paysans pour agir sans leur avoir permis de participer à l'étude, à la réflexion à partir de leurs propres difficultés quotidiennes. Il ne faudrait toutefois pas en rester à ce stade. Les décisions qui déterminent le revenu, l'avenir des agriculteurs se prennent aussi à Paris, à Bruxelles, à Genève également dans le cadre du G.A.T.T. [actuellement O.M.C.,note de l’auteur du blog]. II importe d'agir pour que constamment l'action de base soit liée à l'action globale et inversement.

 

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