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15.12.07

Les ghettos noirs aux USA

 

Les ghettos noirs aux Etats-Unis

 

 

NY76Informations glanées ici ou là sur internet, malaxées et fondues. Hélas je n’ai pas pensé à noter les sources consultées. Mea culpa.

Cela peut servir à un cours sur la ville américaine en Seconde, ou sur les Etats-Unis en Terminale.

Ce cours intéresse beaucoup les élèves des banlieues sensibles. Mais ils ont du mal à croire que les latinos et les Asiatiques ont des conditions de vie meilleures que celles des Noirs. Quand on dit que les ghettos ont une population surtout noire, ils sont choqués. Ils n’aiment pas que l’on dise « Noirs », d’ailleurs. Ils confondent la description d’un phénomène avec le fait d’émettre un jugement. Ceci dit, le cours passe bien.

Comparer avec les banlieues « sensibles » en France.

On peut éventuellement raccourcir. Il ne faut pas trop insister. Ce cours est l’une des occasions où le professeur réputé « d’histoire-géographie » doit laisser tomber sans hésitation le discours géographique pour faire un cours de sociologie urbaine, mille fois plus intéressant. Tant pis pour les corporatistes.

Provoquer les élèves en faisant l’éloge de l’affirmative action. Ils sont très (trop ?) marqués par les fameuses valeurs républicaines.

Aujourd’hui, il faudrait insister davantage sur la renaissance des ghettos.


 

 

Le ghetto est noir à 96 ou 99 %.

Les Blancs, Juifs compris, n'ont connu que des quartiers ethniques au recrutement volontaire et hétérogène et qui sont toujours restés ouverts à la manière de sas de transition


1.      Des zones immenses


Un ghetto américain est une enclave qui peut dépasser une grosse ville de province. Il faut plus de vingt-cinq minutes en voiture pour traverser celui du West Side de Chicago, qui contient à lui seul près de 300 000 habitants, et où tous les phénomènes d'exclusion sont agrandis.

Les rares quartiers dits "intégrés" sont le plus souvent des zones de transition en passe d'être nouvellement ségréguées ou de petites poches où la cohabitation des races est rendue tolérable par le recrutement élitiste. En fait, même la (petite) bourgeoisie de couleur qui est parvenue à s'échapper du centre des villes se retrouve contenue à son corps défendant dans des quartiers périphériques noirs.

Aujourd'hui, New York, Los Angeles, Chicago, Détroit comptent une majorité de "minorités" raciales, parquées dans des quartiers de couleur, et elles continuent de se vider de leurs habitants blancs. Le recensement de 1990 montre que la ségrégation raciale dans les grandes métropoles états-uniennes n'a pas reculé d'un pouce depuis les années 50 : ainsi, à Chicago, plus des deux tiers des Noirs habitent toujours dans des zones à plus de 95 % noires et 99,5 % des logements sociaux sont implantés dans des quartiers noirs pauvres.


2. Histoire du ghetto


Le ghetto est né dans les premières décades du siècle sous la poussée des grandes migrations des Noirs des États du Sud, descendants des esclaves affranchis.

Sous la pression de l'hostilité blanche se constitue une véritable ville noire dans la ville, avec ses réseaux commerciaux, ses organes de presse, ses Églises, ses sociétés d'entraide, ses lieux de distraction, sa vie politique et culturelle propres.

Cette ville noire, fichée en plein coeur de l'agglomération chicagoanne enferme la totalité de la vie de la communauté et offre une rampe de lancement à la bourgeoisie de couleur. Politiciens, professions libérales et petits entrepreneurs noirs y trouvent une base électorale et économique captive qui a autant besoin d'eux qu'eux d'elle.

Mais le ghetto américain s'est transformé depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il s'est vidé de la classe moyenne noire, et des institutions et des activités qui lui donnaient son autonomie et sa force. Le ghetto a également perdu la fonction de réservoir de main d'oeuvre bon marché.


2.      Une forte ségrégation raciale


Des quartiers délabrés 

kilomètres de rues jalonnées de maisons abandonnées, de magasins éventrés aux devantures calcinées, de terrains vagues envahis d'éboulis et de mauvaises herbes ou jonchés d'ordures et de verre cassé.

Les habitants de ces quartiers eux-mêmes évoquent l'image d'une ville bombardée pour dépeindre leur environnement. Le dernier commerçant blanc d'un quartier de Chicago décrit la 63ème Rue, l'un des joyaux de la ville dans les années cinquante, comme suit : « On croirait Berlin après la guerre et c'est triste. La rue est comme rasée à coups de bombes (bombed out), à l'abandon. Elle s'est vidée aux trois quarts.».

Le nombre de commerces et entreprises du quartier est passé de 700 à moins de 100 en trente ans et le nombre des habitants a diminué des deux tiers.

Dans certaines zones, c'est plus de la moitié des logements qui ont été détruits ou condamnés depuis les émeutes raciales de 64-67 et qui pourrissent sur pied.

Il est vrai que les propriétaires "absentés" continuent pendant des années de défalquer de leurs impôts l'amortissement de bâtisses abandonnées et leur trouvent encore des locataires parmi les familles pauvres.

Une enquête menée en 1980 dans un quartier du West Side de Chicago comptant près de 50 000 résidents et ayant perdu 40 % de son parc d'habitation de 1960, recensait 8 % de logements en bon état, 10 % au bord de l'effondrement et 40 % nécessitant des réparations majeures.

Et ses frontières sont clairement marquées : on passe brusquement d'un quartier blanc à un quartier totalement noir, à l'exception des quartiers "hispanisants" qui servent de zones-tampons.

Le parc social américain est si mal entretenu que le nombre des sans-abri est en augmentation constante, en raison notamment de l'effondrement généralisé des services publics qui affecte les quartiers noirs du centre des grandes villes. 

Un chômage élevé 

La majorité de ses habitants sont exclus du marché de l'emploi durant une bonne part de leur existence.

Près de la moitié des familles du centre du Chicago noir, par exemple, ne (sur)vivent que d'assistance sociale, de rapines et de travail irrégulier, trois adultes sur quatre étant dépourvus d'emplois. Six ménages sur dix ne comptent officiellement pas de père et reçoivent une assistance alimentaire sous forme de coupons ou de repas gratuits distribués par l'Armée du Salut ou une Église de quartier.

Au total, un tiers des Noirs de la ville vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Les minorités et les femmes restent défavorisées : le taux de chômage chez les Noirs est toujours deux fois plus élevé que chez les Blancs; 97 % des cadres supérieurs des administrations des 1 000 premières sociétés sont des Blancs de sexe masculin; en 1992, 33,3 % des Noirs et 29,3 % des Hispaniques vivaient dans la pauvreté, contre 11,6 % des Blancs.

En 1993, les Hispaniques de sexe masculin avaient deux fois moins de chance que les Blancs d'être cadres et 0,4 % seulement des postes de cadre supérieur dans les 1 000 premières sociétés industrielles et les 500 premières sociétés de service sont occupés par des Hispaniques


Ceci dit, le chômage des jeunes, est deux fois plus faible aux Etats-Unis qu'en France. Aux Etats-Unis, chaque mois, un peu plus d'un tiers des chômeurs retrouvent un emploi : la durée moyenne du chômage y est d'environ trois mois.


Une violence spectaculaire 

En bref : 850 homicides volontaires (par armes de poing) à Chicago pour la seule année 1990, dont la grande majorité touchent des jeunes hommes noirs ; 19 600 revolvers saisis par la police, des taux de crimes graves qui frappent jusqu'à 1 % de la population dans certains quartiers, où 5 % de la jeunesse passe devant un tribunal en 'une année.

Dans moult grands ensembles, les enfants apprennent dès l'âge de quatre à cinq ans à se jeter au sol dès qu'ils entendent les balles siffler, ce qui arrive quotidiennement. Bon nombre d'adolescents de ces quartiers arrêtent leurs études car aller dans certains collèges ou lycées revient littéralement à risquer sa vie. A Chicago, New York ou Détroit, les écoles publiques sont équipées de portiques de détection de métaux et on pratique la fouille au corps. Une récente enquête auprès de 31 écoles de l'Illinois a révélé que près d'un tiers des élèves amènent une arme en cours dans le but d'assurer leur sécurité.

L'homicide volontaire est la première cause de "surmortalité" masculine dans les ghettos : les jeunes Noirs de Harlem ont aujourd'hui plus de chances de mourir de mort violente qu'ils n'en avaient en partant au front durant la guerre du Vietnam. Cette insécurité est liée aux luttes entre gangs et à l'explosion du trafic de drogue.

A East Harlem ou South Central Los Angeles, le commerce de stupéfiants est devenu le seul employeur, autant que la principale cause de leurs taux d'incarcération : il y a plus de jeunes Noirs de 19 à 25 ans en prison ou sous tutelle judiciaire que sur les campus universitaires.

Les surnoms que les habitants des quartiers délabrés de Chicago donnent à leurs "cités" disent le degré de dangerosité du ghetto : Wild West (le Far West), Murdertown ("Meurtreville"), The Killing Fields ("Champ de tuerie").

Un échec scolaire massif 

À Chicago, l'enseignement public, en état de crise budgétaire vu que ses finances sont alimentées par les taxes à l'habitation, constitue un système de facto réservé aux Noirs, aux Latinos et aux pauvres. Seulement un élève de troisième sur 14  y parvient en terminale avec un niveau scolaire supérieur ou égal à la moyenne nationale.

Inégalités devant la santé 

Dans les quartiers du ghetto, la mortalité infantile a augmenté depuis le milieu des années 70 pour dépasser par endroits les trente pour mille (plus de trois fois la moyenne des Blancs de l'Illinois).

On manque d'infirmiers, de vaccins élémentaires, de tests de dépistage de l'hypertension ou du diabète.

Bon nombre de mères (adolescentes) accouchent sans suivi médical. 

Cause : la diminution des aides pendant les années 1980 

le gouvernement Reagan a diminué les subventions.

Entre 1975 et 1985, l'aide sociale de base (allocation aux mères seules avec enfants et coupons alimentaires) a diminué de moitié. Dans le même temps, la couverture des allocations chômage, limitées à 40 % du dernier salaire pendant 26 semaines dans le meilleur des cas, est tombée de 50 % à moins de 25 % des licenciés.

Et la politique fiscale est régressive : dans l'Illinois, les familles les plus pauvres paient plus d'un dixième de leurs revenus en impôts locaux, soit deux fois plus que les familles riches.


3. La renaissance des centres


Dans les centres, l'Etat fédéral intervient pour rénover : destruction de bâtiments et construction de grands ensembles.

Les programmes de discrimination positive de la fin des années 1970 donnent des avantages aux minorités et prétendent leur donner accès aux emplois .

Parallèlement, les yuppies se réapproprient certains quartiers et partent à la reconquête de secteurs abandonnés. C'est la gentryfication 

rénovation urbaine dans les vieux quartiers

Des paysages de banlieues se retrouvent dans les villes-centres : shopping malls, stades, centres de congrès. 

La baisse de la criminalité

constat :

Ces dernières années, lLa criminalité a fortement baissé !!! 

Depuis 1994, la délinquance a diminué globalement de 54,4 %, les affaires criminelles de 64 %.

D'autres grandes villes américaines ont connu un retournement semblable. La criminalité américaine reste plus forte qu'en France. Mais elle baisse rapidement là où des mesures sont prises.

Qu'il s'agisse de meurtres, viols, cambriolages ou de vols de voitures, on constate une forte baisse depuis le début des années 1990.

causes :

En ce qui concerne le vol de voitures, l'on a inventé des antivols plus performants. Le crack est remplacé par des drogues moins nocives, ce qui explique en partie le recul de la criminalité.

La politique de tolérance zéro est-elle responsable de la baisse de la criminalité  ? 

politique vigilante qui signifie que le moindre délit est sanctionné.

L'idée  est que si une seule fenêtre cassée n'est pas réparée, on y verra le signe que personne ne se soucie de l'immeuble ; les vandales seront encouragés. Puis ce sera tout le pâté de maisons, puis son voisinage, et ainsi de suite.

Les gens ne sont pas seulement sensibles aux crimes les plus violents, ils souffrent aussi de la multiplication des atteintes à leur environnement, comme la prostitution, le vandalisme, les ordures. En poursuivant ces agissements, la police a réduit la délinquance.

Elle a permis d'éviter des crimes plus graves en agissant avant qu'ils ne se produisent.

La délinquance dans le métro a baissé de 87 % . Lutter contre toute fraude à la billetterie, contre toutes les resquilles qui ne sont qu'une première étape vers des comportements plus graves. Puis on a élargi la méthode à tous les autres actes de délinquance.

Durant les années 60, la démographie pénitentiaire du pays s'était orientée à la baisse, si bien qu'en 1975 le nombre des détenus était tombé à 380 000 après une décrue lente mais régulière (d'environ 1 % par an pendant une décennie).

Mais la courbe allait brusquement  s'envoler : les effectifs des personnes emprisonnées ont bondi à 1,6 million en 1995.

Leur taux d'incarcération - 645 détenus pour 100000 habitants en 1997, soit cinq fois le chiffre de 1973 - est de six à dix fois supérieur à ceux des pays de l'Union européenne.

L'augmentation des budgets n'a été possible qu'en amputant les sommes vouées aux aides sociales, à la santé et à l'éducation.

A l'aide de fonds fédéraux, la ville de New York a embauché des policiers supplémentaires. Nous avons recentré ses missions en supprimant les unités superflues, tout en augmentant les forces de patrouille pour répondre rapidement aux besoins. De nouvelles unités d'élite ont été chargées de la lutte contre le trafic d'armes, les gangs, la drogue.

Nous avons renforcé les critères d'admission : nous exigeons de nos candidats une expérience militaire.

L'un des moyens qui ont permis à la police municipale de réussir dans sa lutte contre le crime vient d'une mémoire statistique qui retrace les crimes et les délits dans chaque quartier. Cela facilite le redéploiement des ressources humaines et aide à contrecarrer les nouvelles formes de criminalité.

Un revers : la «noircisation» des prisons 

Cette politique répressive frappe particulièrement les Noirs.

Depuis 1989, les Afro-Américains sont majoritaires au sein des établissements de détention, bien qu'ils ne pèsent guère que 12 % de la population.

Un homme noir a presque une «chance» sur trois de purger au moins un an de prison, et un hispanophone une chance sur six, contre une sur ving-trois pour un Blanc.

caractère discriminatoire des pratiques policières, judiciaires et pénales. A preuve: les Noirs représentent 13 % des consommateurs de drogue mais un tiers des personnes arrêtées et les trois quarts des personnes emprisonnées pour infraction à la législation sur les stupéfiants.

Cette politique répressive soustrait des hommes à la population à la recherche d'un emploi - et fait gonfler l'emploi dans le secteur des services carcéraux.

Durant la décennie 1990, les prisons ont enlevé deux points à l'indice du chômage.


En réalité ce sont la reprise de la croissance économique en 1996 et la chute du chômage qui ont amélioré la situation des ghettos.

 

 

Le plus important, plus important que de verser une larme sur les ghettos, c’est de montrer l’étrangeté du phénomène urbain que constitue Los Angeles, la pseudo-ville, l’anti-ville, la ville qui n’est pas une ville, la banlieue qui a assassiné son centre-ville.

 

 


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